‹ Conférences pratiques de médecine légaleChapitre 46 sur 99 · INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION

de très petites doses accélèrent fréquemment le pouls ; des doses un peu fortes le ralentissent. Vulpian, après ses nombreuses expériences sur les grenouilles avec les différents poisons du coeur (digitale, upas antiar, venin du crapaud, atropine, etc.), dit qu’on peut obtenir au début une légère accélération.

Je dois rechercher quelles conclusions on peut tirer de ces faits. Il me semble d’abord qu’il faut séparer complètement les cas cliniques des expériences sur les animaux. Chez les malades les doses de digitale sont absorbées progressivement ; c’est en quatre ou cinq heures, souvent beaucoup plus, qu’une infusion de 0 gr. 30 à 0 gr. 40 est prise par les voies digestives, tandis que dans les expérimentations avec les chevaux, les lapins, les grenouilles, on fait pénétrer d'emblée une dose habituellement forte sous la peau ou directement dans le torrent circulatoire. Ne peut-on pas admettre que dans ces cas la substance agit sur le cœur lui-même sans influencer les vaso-moteurs, qu’elle le surprend pour ainsi dire et paralyse le pneumo- gastrique, son nerf d’arrêt, lequel se trouve épuisé comme après une excitation produite par un courant galvanique très intense ? De là l’accélération, grâce à l’action des filets du grand sympathique ; de là aussi l’augmentation de la tension créée par cette accélération elle-même, phénomènes qui sont en parfait accord avec les idées de Marey. Bientôt la digitale se répand dans tout l’organisme, son influence est moins puissante; elle agit sur le pneumo-gastrique à l’instar d’un courant galvanique assez énergique ; le cœur se ralentit ; de plus les vaso-moteurs sont excités à leur tour, et grâce à cette excitation la tension artérielle, aug-

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mentée dès le début par l’accélération du cœur lui-même, se maintient et même s’accroît encore ; car si les vasomoteurs n’entraient pas enjeu, on aurait une diminution de la pression en vertu de cette loi de Marey : l’afflux diminuant, la pression diminue également.

Chez les malades, au contraire, la digitale pénétrant peu à peu, ne sidère pas le cœur, si l’on peut s’exprimer ainsi ; elle est analogue à un courant galvanique assez énergique, de là le ralentissement ; elle influence les vasomoteurs, de là l’augmentation de la tension. Dans les cas où les observateurs ont noté une accélération initiale, n’est- 011 pas autorisé à admettre que le médicament a été ingéré trop rapidement ou que la dose a été trop forte ? M. Teissier a rarement observé cette accélération initiale, il a presque toujours constaté le ralentissement, très peu accusé lorsqu’il donne la digitale à faibles doses, plus marqué s’il administre l’infusion • moi-même chez tous les malades que j’ai pu suivre, j’ai remarqué un abaissement dès le lendemain.

Ainsi donc, sans nier l’accélération initiale au point de vue clinique, je crois qu’elle est très rare, tandis que dans les expériences sur les animaux, avec des doses directement introduites dans le torrent circulatoire ou mises en rapport avec le cœur, elle doit être la règle.

Le ralentissement du pouls existe donc toujours, bien qu’Orflla n’ait pu, paraît-il, l’obtenir à l’état physiologique ; il se manifeste, dit Lorain, même chez un homme dont le pouls est déjà très lent. Dans certains cas on a compté 28 pulsations sous l’influence de la digitale.

4 Lorain, Le pouls, 1870, p. 280.

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