‹ Conférences pratiques de médecine légaleChapitre 6 sur 99 · COM BL'STION II U M A I N E · texte numérisé non relu

COM BL'STION II U M A I N E

D’après Eulemberg, lo sang défibriné oxy carboné mélangé avec le double de son volume d’une solution de potasse de 1,3, se colore en rouge carmin clair, par l’addition d’une solution concentrée de chlorure de calcium ou de chlorure d’ammonium. M. Brouardel soumit le sang examiné à ces deux réactions et obtint une confirmation de ses premiers résultats.

« Cette expérience démontre donc cpie le sang des individus qui succombent victimes d’une combustion absorbent, dans certaines conditions, de l’oxyde de carbone. Nous ajoutons que cette constatation suffit à démontrer que l’individu respirait encore au moment de l’incendie (1). »

Remarquez, Messieurs, que l’incendie dont il s’agit a eu lieu presque à l’air libre, à l’aide de matériaux excessivement secs et par conséquent dans des conditions où la quantité d’oxyde de carbone produite devait être relativement faible. Par conséquent, l’expérience a été faite dans des conditions peu favorables à l’absorption d’une grande quantité d’oxyde de carbone.

Notre sujet s’est trouvé, au contraire, placé dans les meilleures conditions pour absorber le gaz, puisqu’il a succombé dans une chambre, dans un espace confiné, où le renouvellement de l’air était difficile. Or, je puis vous dire tout de suite que son sang, recueilli par M. lé docteur Coutagne, a été examiné hier dans le laboratoire de M. le professeur Chauveau, et que l’analyse spectrale y a révélé la présence indubitable de l’oxyde de carbone.

(1) M. Brouardel, loc. cit., p. 345.

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La présence de ce gaz dans le sang d’individus morts dans les mêmes circonstances avait déjà été signalée, en 1869, à l’occasion d’un incendie qui fit périr trois personnes, à Kcenigshoffen , aux environs de Strasbourg (1). Mais on n’avait pas su tirer de cette constatation toutes ses conséquences, on n’avait pas su généraliser la valeur de ce signe, qui indique nécessairement la persistance de la respiration et de la vie au moment de l’accident. Tout le mérite de cette découverte revient donc sans conteste à l’éminent professeur de Paris.

M. Brouardel a fait connaître un second signe important tiré de l’examen microscopique des poumons. Vous vous rappelez la coloration rouge de ces organes chez notre sujet. Les deux femmes mortes dans l’incendie de l’hôpital Saint- Antoine présentaient également la même particularité, qui trouve son explication dans les faits révélés par le microscope.

Ici, je cite textuellement : « Les coupes montrent les contours élastiques des travées alvéolaires, des bronches et des vaisseaux: la physionomie d’ensemble est donc à peu près celle d’une préparation faite sur le poumon normal. Mais celui-ci a un caractère spécial, c’est la coloration rouge vif de toute la préparation. Il semblerait que tous ses éléments ont été teints dans un bain de matière colorante rouge. La lumière des vaisseaux est remplie par une masse brune à la lumière directe, rouge vif à la lumière transmise. Les parois des vaisseaux sont fortement teintées en rose;

(1) Cité par M. Tourdes, in Dict. encyclop. des se. médicales.

COMJH'STION H I : M A I NK .

il en est de môme des parois des alvéoles et des bronches.

Dans ces diverses parties, on ne trouve pas de globale sanguin normal; les globules sont réduits à l’état de corpuscules sphériques de 2 à 3 millièmes de millimètre de diamètre ; ils sont entassés les uns sur les autres, et leur ensemble forme un bloc d’apparence granuleuse sans trace de fibrine.

Quelle peut être la cause de cette coloration rouge de tout le parenchyme pulmonaire ? Il semble que les globules sanguins ont été détruits dans le poumon par le contact de l’air surchauffé; que leur destruction a eu pour effet de laisser diffuser leur matière colorante, l’hémoglobine, dans tous les tissus de l’organe. L’intensité de la coloration s’explique, soit par la congestion intense du poumon qui a accompagné l’asphyxie, soit par le renouvellement d’ondées sanguines qui sont venues se brûler successivement dans les alvéoles au contact d’un air enflammé. »

Absorption de l'oxyde de carbone, diffusion de V hémoglobine dans le parenchijme pulmonaire , voilà, Messieurs, les deux signes nouveaux ajoutés à ceux que l’on possédait déjà pour reconnaître que la combustion a eu lieu pendant la vie. Qu’indiquent ces deux phénomènes ? D’une part, que la respiration s’effectuait au moment de l’incendie, puisqu’il y a eu absorption du gaz oxy carbonique ; d’autre part, que la circulation persistait, puisqu’il y a eu imbibition profonde de tous les éléments du parenchyme pulmonaire par l’hémoglobine. C’est ce qui donne à ces signes une extrême valeur, car ils résultent de l’ac-

complissement des actes mêmes de la vie. En conséquence, ils prouvent tous deux que la victime vivait au moment d’être brûlée, et il est bien évident qu’ils ne peuvent se produire dans les conditions inverses, lorsque la combustion a succédé à la mort.

Ces deux signes et les phénomènes de la brûlure au deuxième degré sont les seuls d’ordre purement scientifique qui indiquent la combustion pendant la vie ; les autres qui peuvent être mis en œuvre se tirent des circonstances accessoires du fait. Maintenant que nous les connaissons et que nous en avons discuté la signification, je crois utile d’examiner comment ils se présentent à nous dans les cas les plus fréquents.

1. — Dans une première catégorie de faits, le cadavre, peu endommagé par le feu, offre sur les

points les mieux conservés une ou plusieurs phlyc tènes.

(a) Les phlyctènes sont vides, pâles, affaissées, la peau parcheminée tout autour ne présente aucune trace de rougeur.

Si les renseignements recueillis, ou à leur défaut, si l’habitus extérieur du sujet vous indiquent qu’il était d’une vigueur ordinaire, vous pourrez en conclure que la mort a précédé la combustion. Mais j’ajoute, une fois pour toutes, que quelle que soit votre assurance, vous ne devez jamais vous dispenser de faire l’autopsie complète, et d’étudier en particulier le sang et les poumons.

Une fois bien certains que la mort a précédé la combustion, il vous reste à déterminer la cause de la

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