‹ Conférences pratiques de médecine légaleChapitre 7 sur 99 · COM 111 'STI ON IH MA1NK · texte numérisé non relu

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tut d’un crime. Nous reviendrons plus loin sur ces différents points.

Si tout concorde a vous faire admettre que le sujet était déjà profondément débilité par une longue maladie, la constatation des signes précédents ne vous donne aucune notion rigoureuse et certaine. On admet en effet que le feu peut dans de semblables conditions ne déterminer aucune rougeur autour des points qu’il va soulever en phlyctènes, bien que la vie persiste à ce moment. On observe en clinique des faits similaires, souvent les vésicatoires ne prennent pas sur les sujets profondément affaiblis, et les caustiques, dans ce cas, détruisent les tissus, parce que cette destruction est indépendante des actes vitaux, mais sans faire naître de réaction autour de l’eschare.

En pareille occurence l’examen du sang et des poumons vous sera d’un précieux secours et rendra aisée une solution qui, naguère, eût été impossible. Si faible que fût l’individu au moment de l’incendie, par cela seul qu’il respirait encore, il a absorbé de l’oxyde de carbone, dont vous décélérez la présence dans le sang par les moyens usités. Dans le cas contraire, l’état des phlyctènes et l’absence du gaz oxy carbonique dans le sang vous permettraient de conclure que la mort n’a pas eu lieu par combustion et nous rentrerions ainsi dans les faits précédents.

(b) On trouve sur le cadavre des phlyctènes remplies de sérosité, mais sa,ns auréole autour.

La valeur de ce signe varie suivant que le cadavre est infiltré ou non.

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Dans le cas où le sujet n’est pas infiltré, les phlyctènes séreuses sans auréole indiquent peut-être que le feu a agi immédiatement après la mort, je dis peutêtre, parce que l’on n’est pas encore fixé sur ce

point.

M. Brouardel rapporte un fait où les choses ont pu se passer ainsi : Lors de la catastrophe de la rue Béranger (15 mai 1878), produite, comme on le sait, par l’explosion de caisses d’amorces au fulminate de mercure, on trouva dans les décombres le cadavre de Mme Mathieu entièrement nu. Le corps portait dans toute son étendue des traces de brûlures, caractérisées par un aspect noirâtre presque général, l’induration de la peau et des phlyctènes presque confluentes sur les épaules, les bras et les avant-bras, mais non entourées d’un cercle rouge.

L’examen du sang au spectroscope n’a pas révélé la présence de l’oxyde de carbone, d’abord parce que les gaz qui se détachent dans la combustion du fulminate de mercure ne contiennent pas ou contiennent peu d’oxyde de carbone, puis parce que la mort, dans les cas d’explosion, n’a pas lieu par le même mécanisme que dans les cas de combustion ordinaire.

M,no Mathieu a été presque foudroyée par la déflagration d’un demi-kilogramme de fulminate, déflagration qui a pu élever la température du magasin presque instantanément à plus de 2,500 degrés centigrades. Pour le dire en passant, dans les cas d’incendie suivi d’explosion, un phénomène d’ordre vital peut prouver que la victime vivait au moment de l’accident : c’est la présence de brûlures des premières

voies, Louche, langue, larynx. La colonne d’air surchauffé ou enflammé pénètre au moment d’une inspiration, le blessé « avale le feu », suivant l’expression usitée parmi les ouvriers des mines.

Mais revenons aux phlyctènes constatées sur le cadavre de M"IC Mathieu. L’absence d’auréole autour d’elles a été, à la Société de médecine légale, l’objet d’une discussion intéressante. M. Brouardel pense que l’absence de rougeur tient à ce que la vie s’est arrêtée brusquement, et que la congestion qui suit ordinairement la brûlure est un acte de vie qui n’a pas eu le temps de s’opérer dans le cas actuel. Il ajoute qu’il a vu des applications du marteau de Major pendant les derniers instants de la vie déterminer une rougeur qui subsiste rarement après la mort.

M. Devergie pense, au contraire, que les phlytènes ne peuvent se produire, même dans les derniers moments de l’existence, sans être entourées de l’auréole. Vous voyez, Messieurs, que cette question doit être réservée et demande de nouvelles recherches.

Elle a heureusement perdu un peu de son importance dans les cas d’incendie sans explosion, parce que l’examen du sang sera toujours là pour nous servir de critérium. Si le sang contient de l’oxyde de carbone, en même temps qu’il y a des phlyctènes sans auréole, on peu affirmer que l’individu vivait au moment où l’incendie éclatait, la valeur positive du premier signe effaçant la valeur douteuse du second.

Si, au contraire, le sang ne contient pas d’oxyde de carbone et s’il y a cependant des phlyctènes sans auréole, il est certain que le sujet était déjà mort;

mais il est 'probable que le feu l’a atteint immédiatement après son dernier soupir.

Lorsque les phlyctènes séreuses sans auréole existent sur un cadavre infiltré, elles perdent toute leur signification, et l’examen du sang et des poumons devient F unique ressource de l’expert.

fcj Les phlyctènes remplies de sérosité, entières ou rompues, sont entourées d’une auréole, et présentent au-dessous de la couche d’épiderme une surface rouge.

Ces signes attestent que la personne était vivante au moment où elle a été surprise par le feu ; et il est infiniment probable que l’examen du sang et des poumons — examen que vous ne devez jamais négliger — confirmera cette première donnée. Si vous constatez un désaccord entre ces deux ordres de signes, c’est-à-dire des phlyctènes avec auréole et l’absence d’oxyde de carbone dans le sang, vous pourriez en conclure que l’individu était vivant, mais qu’il n’a pas pu respirer, ou qu’il n’a pas respiré longtemps. Il faudrait alors porter plus particulièrement votre attention vers la région cervicale et rechercher s’il n’y a pas des traces de strangulation ou de suffocation.

IL — Je passe à la deuxième catégorie de faits où le cadavre, comme celui que je vous ai montré, est presque complètement carbonisé.

Les signes tirés de l’examen des téguments nous font complètement défaut, et nous n’avons pour nous éclai*

COMIlUSTION HUMAINE.

rer que les signes de M. Brouardel, sur lesquels j’ai trop insisté pour avoir à y revenir.

Il me reste à vous entretenir plus spécialement des cas où vos investigations, ainsi dirigées, vous ont amenés à conclure que le sujet n’était pas mort de combustion. Le plus souvent, je vous l’ai dit, c’est là une forte présomption en faveur d’un meurtre que l’on a cherché à dissimuler. Vous avez donc, pour poursuivre votre expertise, à rechercher qu’elle a été la cause de la mort, et si vous ne trouvez aucune cause de mort subite, ni vaste épanchement de sang dans le cerveau, ni rupture d’anévrysme, etc., redoublez d’attention. Portez plus particulièrement votre examen vers le cou et la tête. Les procédés de meurtre les plus ordinairement employés sont en effet les coups violents assénés sur le crâne et la strangulation avec les mains ou avec un lien. Je n’ai pas à insister sur cette recherche qui n’offre rien de spécial en l’espèce que sa plus grande difficulté. Rappelez- vous que les fractures de crâne produites par le feu consistent en un fendillement n’intéressant à la fois au même point qu’une table de l’os, la table externe; qu’il n’y a pas de ces fractures rayonnantes autour d’un centre déprimé; rappelez-vous, enfin, que les pertes de substance déterminées par le feu ont des bords desséchés,

grenus, cassant, s’effritant au moindre contact.

La bonne conservation , souvent inespérée des viscères, vous permettra de reconnaître une blessure du cœur ou des gros vaisseaux, ou même de retrouver sur les poumons les signes de la mort par strangulation ou par suffocation. Examinez attentivement la

région cervicale et n’oubliez pas la recommandation de M. Tardieu, de toujours inciser les parties qui vous paraissent le plus carbonisées ; vous serez étonnés souvent de trouver au-dessous des signes inattendus.

Pour résoudre la question d’identité, ne perdez pas de vue que le premier effet du feu est de déterminer un ratatinement du corps et de tous les organes.

Je crois, Messieurs, par cette étude déjà longue, vous avoir mis à même de résoudre, avec assurance, la plupart des questions médico-légales qui vous seraient posées à propos d’un cas de ce genre et qui d’ordinaire sont les suivantes :

1° La brûlure a-t-elle été faite pendant la vie, ou après la mort? 2° La mort est-elle le résultat de la combustion? 3° La combustion a-t-elle été produite par un accident? Quelles sont les causes et les circonstances de cet accident ? Peut-il être attribué à l’imprudence de la victime, à son état d’ivresse? (Réponses tirées des circonstances accessoires et des renseignements fournis sur les habitudes de la victime.) 4° La combustion est-elle la conséquence d’un crime? A-t-elle été opérée pour dissimuler un autre genre de mort, pour faire disparaître le cadavre? 5° Les lésions observées proviennent-elles de violences ou ont-elles été occasionnées par le feu? etc. Ces citations suffisent pour vous indiquer quel genre de questions sont ordinairement posées à l’expert; mais il en est deux autres qui peuvent être faites et qui vous embarrasseraient.

L’une, quelquefois très-sérieuse dans ses conséquences, se pose lorsque plusieurs victimes d’une

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