EXPLICATION
lignes ascendantes dans le tracé carotidien jusqu’au moment delà pulsation faible. Après cette pulsation l’artère ale temps de se vider; la pression s’abaisse beaucoup, ainsi que l’indique la ligne descendante du tracé ; il ne saurait donc, dans les conditions de tension qui suivent cette dernière pulsation, y avoir pour le cœur de contraction comme avortée. Cette théorie de l’abaissement de tension est si vraie que Marey, ralentissant le rythme de son schéma , et permettant alors à la tension artérielle de baisser davantage par l’ effet de l’écoulement à travers les capillaires, a vu les pulsations faibles ne revenir que toutes les trois ou quatre pulsations et même disparaître complètement. Il est convaincu que le mécanisme invoqué pour expliquer le rythme cardiaque peut se rencontrer chez l’homme; il fait remarquer que sur un tracé sphygmographique le début de la faible pulsation coïncide avec le maximum de tension; d’ailleurs il a observé des malades chez lesquels un souffle s’entendait au moment de la systole avortée et accompagnait lapouls bigéminé. Pour lui ce reflux cesserait évidemment si l’on diminuait la tension artérielle, en appliquant par exemple une ventouse Junod; d’autant plus, ajoute-t-il, que les intermittences périodiques disparaissent sous l’influence de la marche qui abaisse comme on le sait la tension. Tel est l’exposé peut-être trop long des expériences de Marey sur le redoublement du cœur.
Pour le savant physiologiste > la pression artérielle peut donc périodiquement modifier la circulation intracardiaque et la contraction ventriculaire.
Certainement dans son expérience il ne produit pas une bigémination véritable, puisque la pulsation fai-
DU RYTHME BIGEMINÉ
ble ne revient pas toutes les deux pulsations ; mais on est toujours autorisé à admettre théoriquement que, dans certaines conditions circulatoires, la tension artérielle, après chaque systole principale, l’emporte assez sur la tension ventriculaire pour forcer le coeur à modifier son rythme.
Etudiant le redoublement dans les insuffisances mitrales, F. Franck admet une théorie qui se rapproche beaucoup de celle de Marey. Il indique comme une des causes de ce redoublement le reflux du sang dans l’oreillette ; ce reflux serait du à une exagération de pression aortique par suite d’une série de systoles rapprochées ; le ventricule, ne pouvant lutter contre cette augmentation de pression, donne une systole avortée, qui lance tout le sang dans l’oreillette à travers l’orifice insuffisant.
Voyons maintenant si, pour expliquer la bigémination digitalique, on est autorisé à invoquer le mécanisme indiqué par Marey, ou si l’on doit en trouver un autre.
Dans l’observation xiv nous avons affaire à un homme de 65 ans dont le cœur, sans être graisseux, avait évidemment perdu de sa force, ses battements étant très peu appréciables, et chez lequel la tension était à peu près nulle. La digitale est donnée à une dose moyenne (Ogr. 30 d’infusion), elle est continuée pendant dix jours sans provoquer de symptômes d’intolérance, et néanmoins en raison de l’état général, peut-être d’une certaine susceptibilité particulière, elle ralentit la circulation d’une façon exagérée; elle la régularise, puisque avant son administration, il y avait une véritable arythmie; mais, tout en agissant sur le rythme, tout en augmentant la force du cœur et la tension artérielle, elle dépasse le but, et
Si LA CLINIQUE S'ACCORDE-T-ELLE
no peut parvenir à régler les contractions. Au moment delà bigéminàtion le pouls se trouve ralenti; sa tension est moyenne; la ligne ascendante verticale prouve que l’artère se laisse distendre et remplir facilement ; le sommet est plutôt arrondi; la ligne descendante est oblique par suite de la lenteur des pulsaiions.
Malgré la suppression de la digitale le 17, la bigémi nation persiste encore le 22 janvier, époque à laquelle on redonne le médicament à la dose de 0,25; on le supprime le 26, et le 4 février seulement la bigémi nation disparaît ; la digitale manifeste encore son action neuf jours après qu’on l’a cessée. L’étude attentive du tracé recueilli le 4 février montre que les deux dernières pulsations, dontl’une n’a pas été reproduite, sont évidemment moins amples que la pulsation principale qui a précédé la pulsation avortée, de telle sorte que la somme de ces deux dernières, sans les égaler, s’en rapproche un peu. La pulsation qui suit la pulsation faible a de l'amplitude, parce que l’intervalle qui les sépare toutes les deux a permis à la tension artérielle de diminuer par l’écoulement du sang vers la périphérie, et au cœur par conséquent de se contracter plus énergiquement, d’après les principes de Marey.
Le 8 février l’action de la digitale se fait à peine sentir, comme l’indique le tracé ; le 21 on revient presque à l’état du malade à son entrée; la digitale, administrée de nouveau, est mal supportée; elle agit cependant, puisqu’elle ralentit le pouls ; mais elle relève à peine la tension , elle ne tonifie pas assez le cœur pour produire des systoles relativement énergiques suivies de systoles affaiblies*
On supprime le médicament; il semble que deux jours