‹ Conferences prononcees a l'Union catholique de MontrealChapitre 9 sur 22 · COK] C · texte numérisé non relu

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jamais, c'esl de faire quel pie chose pour sortir de c ignorance et s'instruire sérieusement de leur religion.

le demande que peu! devenir une génération chrétienne qui en es! là '! Ma <-<>n iction profonde est que là se trouve, pour les âmes ci [•oui- l'Eglise, une cause incalculable tic faiblesse ....

.( 11 n'y a que la foi à lVi.it de lumière <'t de flamme qui puisse faire des âmes énergiques et vaillantes, comme il en faudrait aujourd'hui.

« Plus la foi est éclairée, plus In pratique est ferme : niais avec l'ignorance de la religion, la loi elle-même languil et s'en va, connue un feu qui ne jette plus que de faillies élincelles. el s'éteint faute d'aliment.

« 11 fuit absolument fortifier, nourrir notre foi, si nous voulons qu'elle se soutienne : il faut plus, aujourd'hui surtout ; il faut la défendre, car de toutes parts elle est attaquée, et une religion qui s'ignore elli- nônie est peu propre à résister aux attaques. Je dirai ici ma pensée dans toute sa rudesse : l'ignorance volontaire de la religion, dans un homme qui croit, est tout simplement absurde. C'est se priver de tout ce qu'il y a de plus consolant et de plus fortifiant dans la religion. Tous ces biens si précieux du croyant, la sécurité dans la foi, le calme profond de l'âme, la joie de ces grandes admirations que donnent les clioses de Dieu, le bonheur de posséder la vérité, de se sentir en pleine lumière, d'avoir, ce que si peu d'hommes ont ici bas, une vie digne, gourvernée par des convictions et non par des habitudes, une vie sûre d'elle-même dans la bonne \oie, voilà ce qu'ignoreront à jamais les hommes qui n'ont de la religion que l'écorce et ne cherchent pas à la pénétrer par nue connaissance approfondie. »

On a dit : la religion est bonne pour les femmes, voulant insinuer par là qu'elle est indigne des préoccupations des hommes. Eh bien, je dis, moi, avec une conviction pro fonde, l'ignorance des vérités éternelles, l'ignorance des clioses de la grâce, l'ignorance des devoirs envers Dieu, envers les hommes et envers soi-même ; l'ignorance de la religion enfin, est le partage de l'être prive d'intelligence,

de raison, de volonté et de cœur, qui broute l'herbe des champs, sans jamais lever vers le ciel un regard reconnaissant.

Sans doute la religion, qui est la vie de l'humanité, est bonne pour les femmes : elle sont la noble et charmante moitié dn genre humain ; mais elle est aussi bonne pour les hommes, au moins tant qu'ils compteront comme partie intégrante de l'humanité.

Une chose digne de remarque, c'est que les libres-penseurs conséquents ont essayé d'établir leurdescendance directe du pins laid des animaux. La secte semblait organisée pour Cela ; mais l'indignation générale qui est restée vivante sur Cette hypothèse, ne l'a pas voulu.

Mais assez de ces considération^, et hâtons-nous d'indiquer quelques-uns des principaux ouvrages où il faut qu'un homme du monde aille puiser les connaissances de la Religion.

On commencera par le Nouveau-Testament que l'on doit lire, relire et méditer jusqu' à ce qu'il soit possédé parfaitement. C'est un livre qui se recommande de lui-même à cause de son origine divine. En tout cas, voici un témoignage non suspect : « l'Evangile, dit Rousseau, dans son Emile, t. III L. 4., l'Evangile, ce livre, le seul nécessaire à un chrétien, et le plus nécessaire à quiconque ne le serait pas, n'a besoin que d'être médité pour porter dans i'àme l'a mour de son auteur et la volonté d'accomplir ses préceptes. Jamais la vertu n'a parlé un si doux langage : jamais la plus profonde sagesse ne s'est exprimée avec tant d'énergie et de simplicité. On n'en quitte pas la lecture sans se sentir meilleur. Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe ; qu'ils sont petits auprès de celui-là ! Se peut-il que Ce livre à la fois si sublime et si sage sait l'ouvrage des hommes ? Se peut-il que celui dont il fait ihisloire ne soit qu'un homme lui-même ? »

Concurremment avec le Nouveau-Testament, on étudiera le catéchisme ; et pour cela on userait avec profit de celui de Persévérance, par Mgr. Gaume. Cet ouvrage restera, en même temps que ia gloire de son auteur, un chef-d'œuvre

de netteté, de simplicité el d'orthodoxie. Ce livre a toutes 1rs qualités, sans avoir aucun des défauts des antres œuvres de l'illustre Protonotaire apostolique : lisons le.

Nous ne fermerons le catéchisme que pour ouvrir l'Histoire du christianisme, en prenant non pas à l'avènement de Jésus Christ, mais au berceau du monde. Et pour cela se servir, soit d'une Bible annotée, soit d'un précis d'Histoire sainte, on d'une Histoire universelle ; le discours de Bossitct, Y Histoire universelle de belranc ou de Chantrel.

Cela fait, prenons l'Histoire de l'Eglise proprement dite • commençons par un abrégé : Drioux et L'homond, ouvrage refondu, complété, annote par l'abbé V. Postel,sont, dans ce genre, tout à-fait recommandables. Ensuite recourons aux ouvrages étendus et développés. L'embarras seulement sera de trouver une œuvre parfaite ; car toutes les Histoires générales cl universelles de l'Eglise sont défectueuses. Cependant, je cro.s pouvoir recommander l'abbé Rohrbacher, comme le moins imparfait et le plus utile.

h" Introduction à l'élude delà Religion, parle Père Millet, nous fera faire un pas de plus. L'histoire, les dogmes, la morale et les institutions de l'Eglise nous démontreront clairement qu'elle est ici-bas le dernier but des législations sociales et des desseins providentiels.

J'en dirai autant de Y Introduction à l'étude du christianisme, par Mgr. Affre. Bien que l'illustre archevêque fut gallican, il n'a pas cessé d'être, sous plus d'un rapport, une lumière dans l'Eglise.

Un autre ouvrage qui ne manquera pas. j'en suis sûr, de nous familiariser avec la Religion, c'est Le grand don de Dieu, dû à la savante plume de l'abbé Monuier. Dogmes, morale, sacrements, lithurgie, tout est là. La raison et le cœur y trouvent ieur compte ; de plus, la méthode et le sLyle sont parfaits et à la portée de toutes les intelligences.

Aux incrédules et aux croyants de Delauro-Dubez complétera nos premières études en religion ; à l'aide de preuves évidentes, d'une discussion lumineuse et d'un raisonnement solide, l'honorable conseiller de Montpellier établit que tout homme doit être théiste, que tout théiste doit être chrétien et que tout chrétien doit être catholique.

Faudra-til s'arrêter là ? Non. Il faudra pénétrer plus a va ni la divine Science 1 1, pour cela étudier d'abord les apologistes dn christianisme, Si. Justin, St. lrénèe, Tertnilien. Si. Jérôme, Si. Augustin, Si. Ambroise, Prudence, Athènagore, Laclance, Si. Prosper, etc ; Si, Thomas, St. Bonaventure ; Bossuet, Fénélon ; ci parmi les contemporains, Mgr. Frayssinous, Bal m es, Mgr. Wiseman, le Père Ravigiian, le Père Lacordaire et le Père Félix. La renommée de loules ces gloires si pures du catholicisme, me dispense de faire leur éloge. J'indiquerai seulement deux ouvrages où l'on trouvera les travaux des apologistes des premiers siècles, celui de l'abbé Migne, intitulé: Chefs d 'œuvres des Pères île l'E(jlis(\ et celui de Genoude : Diffuse du Christianisme par tes Pères des premiers siècles de VEylise.

Qu'il me soit permis de citer encore : L'Accord de la Religion nv e la /îii, du P. Marin de Boylesve et les Etudes Philosophiques sur le christianisme, par A. Nicolas. Le Père Boylesve réfute les sophisme* apporte les preuves sur lesquelles s'appuie la vérité contraire et répond à toutes les objections les plus répandues. M. Nicolas montre le catholicisme dans toute sa beauté et sou unité. C'est un théologien et un philosophe de premier ordre. Je ne sache pas qu'un laïque ait jamais formulé, en faveur de la vérité ca iholique. un plaidoyer [dus éloquent.

J'allais oublier Les Grandeurs du Catholicisme par A. Signier. L'auteur interroge la pensée, la morale, les croyances des nal ions les [dus illustres. Il discute, il examine tous les systèmes. Les grands hommes passent et saluent dans le christianisme, le flambeau de la vérité éternelle. Le Christ se levé et sa parole puissante et divine vient sanctionner les h iminages du génie. C'est de la philosophie, c'est de l'histoire, c'est de la raison, c'est de la vérité : lisons-le.

Vou'c -vous ensuite savoir quel compte faire du Protestantisme, du Volta.rian sine, d i rationalisme et de la librepeusée, pénétrons dans la polémique chrétienne, en nous attacha it surtout aux œuvres récentes, parce qu'e les répondent à tout ce que l'erreur oppose encore à la vérité.

CONFERENCES, 7!l

Pour le protestantisme, contentons-nous de mantfonner / Protestantisme comparé au Catholicisme, écrit par lialmes dans le but d'empêcher celle erreur do pénétrer en Espagne, où t'influence anglaise el la plume brillante de M. Guizot lui préparaient des sympathies. Puis Le Catholicisme en 'lire des sectes dissidentes, ouvrage dû à la plume de l'abbé Elzâguirre el digne d'être placé à côté des œuvres contemporaines qui ont le plus victorieusement établi la supériorité du catholicisme sur toutes les mitres religions.

Enfin {Catholicisme il Pi otestanlisme) par Foiset; on a reproehe à cet auteur d'être Libéral,et on a eu raison ; c'est probablement pour faire oublier ce tort qu'il a publié le livre en question.

Quant aux sophismes, lisons Mgr. de Ségur et en particulier ses Réponses aux objections les plus répandues contre la Religion, l'ouvrage du même nom par le Père S. Franco ; Discours sur les rapports entre lu science el lu relu/ion révélée du cardinal Wiseman. L 'avertissement a ta jeunesse el aux pères de famille, sur les attaques dirigées contre lu Religion par quelques écrivains de nos jours, par Mgr. Dupanloup; La Défense de l'Eglise contre les erreurs historiques de .1/1/. Guizot, Augustin et Amedè Thierry, sortie de la plume de l'abbé Gorini ; le Discours de Mgr. Pie sur les principales erreurs du temps, discours qu'on trouvera dans les Œuvres choisies du saint et savant évèquede Poitiers ; enfin La vérité catholique^ par M. Xault. A l'élégance du style, aux eboix des preuves et des citations, à l'abondance de l'érudition tous ces auteurs joignent l'ortbodoxie des principes.

Oublions-nous La Vierge-Marie, par A. Nicolas, les Moines d'Occident, par le Comte de Monlalembert,et les Associations R ligieuses dans le Catholicisme, par C. Lenormant. La Mère de Dieu et les ordres religieux jouent un tel rôle dans Véconomie catholique, qu'il est vrai de dire qu'on n'aura jamais qu'uni1 connaissance imparfaite de la religion, si on ne les coi! nait bien.

Je ne puis me résigner à fermer cette liste sans conseiller de lire encore L'Eglise Romaine, ouvrage de Grétineau Joly et dans lequel on a, avec l'histoire des dernières attaques

djpgées contre le pouvoir temporel des Papes, les raisons providentielles de cette institution séculaire, sur laquelle repose la sécurité de la puissance spirituelle ; et aussi La Souveraineté pontificale selon le droit catholique cl le droit curopêen. Ce livre comptera connue réouvre capitale de Mgr. d'Orléans. C'est avant tout de la haute etsaine politique. Eu lisant ces pages, inspirées par le plus profond dévouement et le pins sincère amour pour l'Eglise, on bénira la divine Providence d'avoir inspiré la pensée d'un tel plaidoyer en faveur de la plus noble et, aujourd'hui, de la plus infortunée cause. Je recommande particulièrement le premier chapitre, où L'on verra que l'auteur croyait à l'infaillibilité. Je recommanderai de môme les troisième et quatrième chapitres qui traitent de l'indépendance du Pape au dehors et au dedans ; les huitième, neuvième et dixième, où il est question de Rome sans le Pape, de l'Italie et de l'Europe sans la Papauté. Enfin, aux admirateurs quant même de la politique, anglaise, ja mentionnerai, tout spécialement, le dix-neuvième et le vingtième chapitre. D'ailleurs, c'est tout le livre qu'il faut lire, relire, méditer et approfondir studieusement, Aujourd'hui surtout que Rome est la proie de l'envahisseur et que le Pape est prisonnier dans son propre palais, les catholiques ont besoin de savoir ce qu'est le Pouvoir temporel et quelle est sa véritable portée religieuse et son irréfragable influence, je ne dis pas seulement européenne, mais sociale et politique ; or voilà précisément ce que l'on trouvera dans le livre admirable du célèbre p'élat Terminons ce qui nous reste à dire sur l'étude de la reli. gion, par un conseil de d'Aguesseau à son fils. « Mon cher fils, vous allez entrer dans le monde, et vous n'y trouverez que trop de jeunes gens qui se font un faux honneur de douter de tout, et qui croient s'élever en se mettant au-dessus de la religion : quelques soins que vous preniez pour éviter les mauvaises compagnies, comme je me suis persuadé que vous le ferez, et quelque attention que vous ayez, dans le choix de vos amis, il sera presque impossible que vous soyez assez heureux pour ne rencontrer jamais quelqu'un de ces prétendus esprits forts qui blasphèment ce

qu'ils ignorent 11 sera donc fort important pour vous de vous être l'ait de bonne heure un boa fond de religion, etde vous être mis hors d'état de pouvoir être ébranlé ou môme

embarrasse par des objections qui ne paraissent spécieuses à ceux qui les proposent, une parce qu'elles flatteut l'orgueil de l'esprit ou la dépra\ a'.ion du cœur.

«Ce n'est pas, mon cher fils, que je veuille vous consoiller d'entrer en lice avec ceux qui voudraient disputer avec vous sur la religion. Le meilleur parti, pour l'ordinaire, est de ne leur point répondre, et de ne leur faire sentir son impro- Dation que par son silence. Vous devez môme éviter avec soin de paraître vouloir dogmatiser. C'est un caractère qui ne convient point à un jeune homme, et qui ne sert qu'à donner aux libertins le plaisir de le tourner en ridicule, ëtquelquefois même la religion avec lui. Mais c'est une grande satisfaction pour un jeune homme aussi bisn né que vous l'êtes, de s'être mis en élat de sentir le frivole des raisonnements qu'on se donne la liberté de faire contre la religion, etde bien comprendre que le système de l'incrédulité est infiniment plus diiïicile à soutenir que celui de la religion ; puisque les incrédules sont réduits à oser dire ou qu'il n'y a point de Dieu (ce qui est évidemment absurde>,ou que Dieu n'a rien révélé aux hommes sur la religion (ce qui est démenti par tant de démonstrations de fait qu'il est impossible d'y résister). En sorte que quiconque a bien médité toutes les preuves trouve qu'il est non seulement plus sûr. mais plus facile de croire que de ne pas croire, et rend grâces à Dieu d'avoir bien voulu que la plus importante de toutes les vérités fût aussi la plus certaine, et qu'il ne fût pas plus possible de douter de la vérité de la religion chrétienne, qu'il l'est de douter s'il y a eu un César ou un Alexandre.»

Voilà ce qu'un illustre magistrat disait, il y a plus d'un siècle, à son fils ; et ce qu'il disait, nous pouvons le redire avec plus de vérité peut-être à tous les hommes de notre temps. Ce qui est sûr, c'est que si la religion n'est pas plus certaine de nos jours qu'alors, elle est plus attaquée, plus ridiculisée, plus combattue, et, qu'ainsi, il est très-important de la connaître à fond, si nous voulons posséder la vérité.

Je serai bref sur le chapitre de la théologie. J'ai déjà tra'té ce sujet devant vous; et puis ce que nous venons de poser touchant la Religion, est applicable à la théologie qui est la première science religieuse.

Je me bornerai à trois réflexions :

La première, que la théologie, reine des sciences par l'excellence des questions qu'elle traile et par la vaste étendue de l'horizon qu'elle embrasse, est la science qui satisfait le mieux l'esprit humain ; car elle a à son service les trois plus grands moyens de connaître que possède l'esprit humain, savoir : le témoignage de la raison privée, le témoignage du sens commun et celui de la révélation on de la parole de Dieu.

Le témoignage de la raison privée. Le théologien, s'il n'a pas toujours le dernier mot des vérités qu'il énonce, a cependant l'évidence de ces vérités et il les définit, les explique, les commente et les résout d'une manière rationnelle. Sans doute le théologien ne comprend pas tout ; puisqu'il rencontre souvent le surnaturel ; cependant il connaît tout, môme le surnaturel qu'il ne peut comprendre, parce qu'il lui suffit pour connaître, de savoir qu'une chose est, sans qu'il lui soit nécessaire de savoir en môme temps, comment elle est.

Le témoignage du sens commun. La théologie n'est pas l'œuvre d'un, de deux ou de trois hommes seulement; pas pins que celle de tel ou tel siècle. Elle est l'œuvre d'une multitude d'hommes ; et quels hommes? des savants, des saints, des génies immenses, des intelligences colossales, des esprits considérables qui tous s'accordent sur les questions fondamentales de la science elle-même.

La révélation. En effet, c'est sur la parole de Dieu môme que la théologie s'appuie pour poser ses principes. En sorte que c'est sur l'autorité divine que repose les fondements essentiels de cette divine science.

Il est donc naturel que celui qui cherche la vérité, fasse de la théologie sa première étude.

En deuxième lion, la théologie, n'est pas, comme on semble le croire ordinairement, une science particulière au sacerdoce. Elle est avant tout une science propre et essentielle à tout homme, par cela môme qu'étant homme, il a des rapports avec Dieu. Tous nous avons besoin de connaître Dieu : parce que tous nous avons Dieu pour principe et pour fin ; tous nous avons besoin de connaître les lois et les devoirs que Dieu nous impose ; parce que tous nous sommes soumis à ces lois ; parce que tous nous sommes obligés à ces devoirs. De même que l'Univers ne peut faire nn pas dans l'espace infini sans rencontrer la lumière; de même l'homme rencontre partout Dieu, d'où il vient et où il va.

L'homme isolé, l'homme individu naît de Dieu qui l'en voie, vit de Dieu qui le soutient et meurt par D'uni qui le rappelle pour l'éternelle haine ou pour l'éternel amour.

L'homme famille, l'homme nation, s'élève, dure et finit par Dieu qui ne lui fait une place dans la limite du temps, qu'afin qu'il rende à l'Eternel l'hommage de la louange et de l'adoration.

L'homme genre, l'homme univers n'a commencé et ne se continue que pour célébrer le cantique d'actions de grâces à travers les siècles. Aussi ne s'achèverait-il que quand la grande voix des âges remplis, comme le cygne, expirant, aura fait entendre son plus beau chant. Ce sera le chant de l'union, la note de l'indicible harmonie : un seul troupeau, un seul pasteur ; c'est-à-dire l'humanité n'ayant plus qu'un seul symbole, qu'un seul code théologique.

Pusque, par tous les côtés, l'homme tend vers Dieu, par tous les côtés aussi, il réclame les lumières de la théologie qui est la science de Dieu comme principe et fin de toutes choses.

Mais,et c'est la troisième et dernière réflexion que je veux vous offrir, l'homme, les nations, le genre humain se séparent de plus en plus de Dieu, dont ils ignorent ou méconnaissent et les lois et les droits.

Le rationalisme gagne de plus en plus du terrain chez les individus ; or le rationalisme, qui déifie la raison humaine, est la négation de l'autorité divine.

Le libéralisme impie se greffe profondément sur l'arbre antique dos nations ; or le libéralisme, qui met sur le même pied L'erreur et la vérité, est la négation de l'autorité divine.

Le Césarisme devient la foi do l'humanité ; or le Césarisme, qui est l'absorption du pouvoir divin dans l'Etat, est aussi la négation de l'autorité divine.

Voilà comment le monde du dix-neuvième siècle se sépare de plus en plus de Dieu.

Ne nous étonnons pas, Messieurs, de l'extrême faiblesse des nations modernes. Ne nous étonnons plus si elles chancellent : elles ignorent ou elles méprisent les lois de leurs forces.

Qu'on veuille bien le remarquer, je mets sur le même pied l'ignorance et le mépris des choses théologiques et c'est à dessein.

Sans doute le mépris qui sait, est plus coupable que l'ignorance qui ne sait pas; mais les choses, qu'elles soient blessées par l'gnorance ou le mépris, produisent le même vide, amènent les mêmes suites et entraînent les mêmes malheurs.

Si je l'osais, j'irais plus loin. Je dirais que, dans un sens, mieux vautle mépris que l'ignorance. Le mépris s'affiche; ou le commit, et on le combat. L'ignorance, elle, est cachée ; souvent elle est au fond des esprits les mieux intentionnés, qui sont loin de soupçonner le mal qu'ils fout. Quand, par exemple, un législateur méprise un bon principe, les gens de bien s'y opposent ; quand, au contraire, des hommes publies portent des lois sur des points importants, ceux qui regardent l'Eglise ou l'Etat, si vous voulez, et que ces politiques, d'ailleurs gens de bien, ignorent les droits de l'Eglise, il arrive trop souventque,sans le vouloir, ils créent des lois anti-catholiques, en vertu desquelles, l'autorité religieuse est molestée, froissée misérablement. Le Gallicanisme, dont les législations modernessont entièrement imprégnées, n'a pas, croyons le bien, d'autre cause que cette ignorance d'autant plus funeste, qu'elles est le vice de meilleures âmes.

Quoiqu'il en soit de ce mépris et dé cette ignorance de la théologie, les nations ne connaissent on no reconnaissent

plus Dieu, et ('Mes s'en vont.

Nations européennes, vous chancelez aujourd'hui sur vos bases, vous inclinez à la ruine ; demain, peut-être, le soleil de la civilisation cessera de luire sur vous. Vos coupoles rayonnantes tombées, vos monuments fameux anéantis, vog villessuperbes détruites, ne refléteront plus ses payons bienfaisants ; une nuit profonde couvrira votre ciel jadis si beau Vos rivages, que sillonnaient hier encore lesflottes mercantiles étrangères, ne vous apporteront pins que l'écume blanchie de l'océan étonné de si; trouver désert. Eh bien, sur la pierre qui scellera vos sépulcres fumants, l'histoire, l'impitoyable histoire, gravera ces mots que l'écho ré. pèterà, d'âge en âge, comme un tocsin d'alarme : Elles n'ont pas connu ou elles ont méprisé Dieu, qui était leur vie, et elles sont mortes.

Car telle sera, Messieurs, la malheureuse histoire de l'Europe, si elle ne se hâte de revenir à Dieu et aux bons et vrais principes de l'ordre religieux et social, en revenant à la théologie catholique.

C'est donc entendu, la théologie est trois fois indispensable ; et pour arriver à la vérité et pour ne pas la perdre, et pour ne pas perdre, avec la vérité, l'équilibre de toute vie religieuse et politique.

Mais, comment un homme du monde étudiera-t-il la théologie avec profit ?

D'abord, ce que je ne puis me lasser de répéter, dans les livres élémentaires.

Dans la théologie à l'usage des gens du monde, que Sainte- Foi a destiné à toutes les personnes qui veulent s'instruire et s'édifier. L'orthodoxie de ce livre est garantie par la double approbation des archevêques de Bordeaux et de Reims. Ou bien encore dans la théologie morale et dogmatique du Cardinal Gousset. L'éminent prélat de Reims a pris Saint Thomas et Saint Alphonse de Liguori pour guides , c'est assez dire que sou traité est orthodoxe et profond.

80 CONFLUENCES.

Le Dictionnaire théologique des gens du monde, par l'abbé Jacquin, renferme, dans un cadre assez restreint, une

grande érudition ; tontes ses vues sont justes; excepté en ce qui regarde certains rapports de l'Eglise et de l'Etat, car le savant abbé avait reçu une certaine dose de gallicanisme ; et l'ouvrage du même titre, de l'abbé Bergier, quatre fui ts in-quarto, d'une science vaste et étendue , seront nos guides naturels dans ces premières études.

Ces premiers fondements établis, on étudiera Thomassin, Saint Liguori, les Pères Perrone, Gury et Newman, Conférences de l'Oratoire de Londres. Trevern, Discussions, le Traité théorique et dogmatique de la vraie religion, par Bergier. Et encore l'Histoire des variations, les Avertissements aux protestants, Y Exposition de la doctrine catholique, de Bossuet ; ainsi que les deux œuvres immortelles de de Maistre, je veux dire : du Pape et l'Eglise, gallicane.

Pour ceux à qui ni le courage, ni le temps ne manquerai t.c'est dans la. Somme théologique de Saint Thomas d'Aqnin qu'ils devront se reposer finalement. « Egal, au moins à Aristote comme métaphysicien et logicien; nullement contraire à Platon; plein de Saint Augustin, et impliquant, dès lors, ce que Platon a dit de vrai: du reste, n'ayant pas tant les idées même que les forces de ces génies, Saint Thomas, dans sa Somme, saisit, résume, pénètre, compare, explique, prouve et défend, par la raison, par la tradition, par toute la science possible, acquise ou devinée, les articles de la foi catholique dans leurs derniers détails, avec une précision, une lumière, un bonheur, une force, qui poussent sur presque toute question le vrai jusqu'au sublime. Oui, on sent presque partout, s'il est pprmis de s'exprimer ainsi, le germe du sublime frémir sous ces brèves et puissantes furmules, où le génie, inspiré de Dieu, fixe la vérité.» C'est vraiment VAnge de l'école qui a pris son essor dans les hau teurs du vrai où il plane à pleines ailes.

Etude de la Religion, étude de la Théologie, c'est par là qu'il faut commencer. Telles sont les premières sources du vrai, et nous n'aurons jamais que des connaissances imparfaites, que des lumières fausses, qu'une science duu-

tcuso, si nous ne faisons d'abord luiro les rayons de ces deux Astres incomparables dans nos âmes.

Allons donc à cos divines sources. Nous y boirons l'onde pure ; l'onde rafr; î hissante qui a fortifié les sages et les saints; nous y puiserons, avec le courage de la boi ne vie, le germe f rtile par lequel la vérité1 s'incarne dans te génie, comme, par le soleil, la lumière brille dans le monde.

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