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DEUXIÈME CONFÉRENCE

NOS FAIBLESSES ET NOS FORCES A L EGARD DE LA VERITE

Monsieur le Président, Messieurs,

Je viens, sur la demande du R. P. Directeur, développer la partie de ma dernière conférence, où il est question de notre union personnelle à la Vérité.

Nous avions reconnu, alors, que pour s'unir à la Vérité, il était nécessaire de vaincre les obstacles qui empêchent et d'user des forces qui amènent cette divine et suprême alliance.

Parmi les obstacles, nous avions, il vous en souvient, mentionné les faiblesses et les sophismes de la raison et de la volonté ; les préjugés de son éducation, de son pays et de son siècle ; enfin les préoccupations de la vie et le manque d'une bonne méthode.

Parmi les forces, nous avions distingué plus particulièrement la connaissance de la Religion, de la Théologie, de la Philosophie, de l'Histoire, de la Littérature, des Sciences mathématiques, naturelles et politiques, enfin l'étude et l'amour du Christ.

Eh bien, telle est la matière sur laquelle on m'a demandé de plus longs développements.

Voilà bien des veilles laborieuses d'une vie toute occupée que je consacre à ce grand travail ; avant de vous être énoncée, ma pensée se sera iispirée aux sources les plus vives, les plus fortes, les plus autorisées, souvent même les plus renommées; ce n'estqu'après avoir lu, relu et médité ce qui a été écrit sur ce sujet par Saint-Augustin, Saint- Thomas, Fénélon, Bossuet, Fleury, Rollin, De Maistre,

Frayssinous, Lacordaire, Balmès, Ozanam, LibérMore, l'ab- Poullet, Mgr. Dupanloup, lePèreGratry,RaUierefcqnel-

qm's autres illustres amis de la jeunesse, parmi lesquels figurent plusieurs des plus pures gloires de notre Canada, que j'aborde un tel sujet, et cependant, je sens qu'il m'éorase.

En effet, que dire aux autres de la voie qui conduit à la vérité, quand on est soi-même si peu éclairé? Puis, que peut, après tout, pour me rassurer pleinement, l'autorité des grands hommes que je viens de nommer, et sur laquelle je m'appuie, quand presque tous ont erré par quelque côté ?

Hélas ! l'autorité humaine ne vaut pas mieux ; bon gré, mal gré, il faut s'y résigner.

Deux choses pourtant m'encouragent : les bienveillantes sympathies que vous m'avez si généreusement accordées jusqu'ici, et vos lumières qui ne manqueront pas de suppléer aux trop nombreux vices de mes pensées.

Sur ce, entrons en matière, et commençons par les obstacles, en nous occupant d'abord des faiblesses de la raison humaine.

Je vous ai déjà parlé, messieurs, de l'étrange dualisme qui se livre en nous, entre la vérité et l'erreur, la lumière et le- ténèbres, la science et l'ignorance.

Nous avons vu par quelle inénarrable catastrophe, la Vérité avait eu tout à coup pour nous d'indomptables mystères ; la lumière, d'invincibles ombres; la science, d'incorrigibles obscurités, et comment l'intelligence fut alors réduire aux limites bornées de la raison affaiblie et des sens dégénérés.

Nous avons constaté qu'en toute chose, il se rencontre un élément incompréhensible, devant lequel notre raison doit s'humilier, se soumettre, et nous avons nommé le renoncement.

Arrêtons-nous un moment sur ce sujet.

La science, messieurs, est la connaissance de la vérité, et la vérité est ce qui est ; en sorte que nous pouvons définir la science, la connaissance de tous les êtres, de leur nature, de

leurs formes, de leurs lois, de leurs rapports, de leurs propriétés* etc. Mais la connaissance présuppose un sujet connaisseur, c'est-à-dire l'intelligence ; or. il y a des êtres finis et un ête infini, une intelligence infinie et des intelligences finies. Mais l'infini est absolu et le fini, relatif. Donc l'intelligence infinie connaît seule pleinement l'infini, et les intelligences finies, elles, ne connaissent le fini et l'infini que relativement et dans une certaine mesure.

Telle est notre faiblesse. De quelque côté que nous jetions nos regards dans l'immense horizon de la vérité, nous rencontrons l'infini qui n'a point de bornes, et le fini qui, dans les derniers retranchements de ses proportions vastes et larges, se dérobent aux embrassements de l'intelligence déchue.

Tel est, avec le côté sombre de la vérité, le côté faible de notre science.

"Affirmons donc, avec Lacordaire, qu'en toute chose il se rencontre un élément incompréhensible. Rien, ajoute-t-il, n'est plus à la portée de la raison que les corps qui peuplent l'espace, et surtout que les corps dont se compose le globe habité par nous ; la raison les voit, les touche, les pèse, les mesure, les confronte, les analyse, elle en fait lout ce qu'elle veut. Et cependant, cemment nomme-t-elle ce qui dans les corps est soumis à ses observations ? Elle le nomme un phénomène, c'est-à-dire quelque chose qui apparaît. Energique et sincère aveu, qui prouve qu'elle ne voit pas tout le corps, et que si quelque chose s'y livre à sa curiosité, quelque chose s'y dérobe aussi. En doutez-vous ? Considérez cette autre expression par où la science désigne le corps lui-môme, expression bien autrement formidable et désespérée, et qui est au phénomène ce que la nuit est au jour. Elle appelle le corps une substance, c'est-à-dire ce qui est dessous, ce je ne sais quoi qui est sous l'apparent. Et en effet, qu'est-ce que le corps en soi ? Quand vous avez constaté sa couleur, son poids, le mode d'agrégation de ses parties, l'action qu'il exerce sur d'autres corps, savezvous ce qu'il est ?

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"La chimie moderne, el avant elle L'alchimie, ont essayé, sans doute, de poursuivre la substance jusqu'à ses dernières profondeurs, et de lui ravir le secret de sa composition. Elles y ont môme réussi à un degré qui tient du prodige, et qui a mis à nu devant nous des mystères que la nature avait Longtemps soustraits à nos investigations. Néanmoins l'ombre n'a fait que reculer sans disparaître, et la place qu'elle a cédée à la lumière, n'a pas diminué pour nous l'abîme de L'inconnu. Nous savons que Les corps, contraints par l'analyse, se résolvent en un certain nombre de substances que nous appelons les éléments ; mais ce qu'est l'élément, nous ne le savons plus. La matière se réfugie là comme dans un fort où elle brave l'orgueil de nos expériences et la dictature de notre volonté."

Nous ne discernons donc dans l'ordre matériel et physique que des faits ; quant au mécanisme des innombrables phénomènes qu'il renferme, nous n'en savons absolument rien. Le monde entier est là sous nos yeux, sans cesse agissant, sans cesse opérant ; nous le voyons, nous le scrutons, nous l'interrogeons et nous n'obtenons jamais d'autre solution que l'incompréhensible.

Que dire maintenant de l'ordre surnaturel? Quelle intelligence embrassera pleinement Dieu, ses perfections infinies, ses lois internes, sa trinité, sa vie et sa félicité divines, sa vertu créatrice ? Qui comprendra son Verbe éternel et son incarnation dans le temps ? Qui pénétrera son Paraclet avec ses lumières et ses dons ? Qui percera les sublimes profondeurs où l'homme se rencontre avec Dieu, pour s'unir à lui dans les douceurs infinies de l'éternel amour ?

Hélas, notre orgueil aura beau s'agiter, se révolter, partout, dans l'ordre surnaturel, comme dans l'ordre naturel, elle ira s'arrêter à l'inaccessible roc de l'inconnu.

Semblable à la trombe furieuse qui s'élève et veut planer dans les cieux, et que l'air crève et précipite dans le gouffre avec fracas, en vain faîtière raison humaine se heurterait à ces barrières du mystère, que le péché lui a faites si opiniâtres et si compactes, elle recevrait, dans cet effort insen-

se, de mortelles atteintes qui la repousseraienl jusque dans li - s imbres abîmes du scepticisme.

Le philosophe, messieurs, nomme le corps et l'Ame ; il va plus loin : il parle d'union, d'influenc i et de rapports réciproques entre ces deux substances. Demandez-lui par quel secret ont lieu ces rapports, cette influence et cette union ; il répondra ce seul mot : mystère !

Demandez au physicien oe que vous voudrez ; demandezlui pourquoi sept rayons lumineux, comment de l'absence ou du mariage de tous ou de quelques-uns de ces divers l'ayons naissent, toutes les nuances ? Il répondra ! Je vis de phénomènes, ma science se borne à tirer de l'incompréhensible ce qu'il renferme de rationnel ; voilà tout ce que j'en sais.

Le mathématicien vous parle, par exemple, de deux lignes qui s'approchent l'une de l'autre à l'infini, sans se rencontrer jamais par un attouchement commun. 11 démontre même cette vérité trigonpmétriqUe, parce qu'elle est rationnelle ; il n'en peut pas dire le dernier mot, parce qu'elle est du domaine de l'inconnu.

Le théologien enseigne un Dieu en trois personnes, n'étant qu'un seul et môme être. Il l'enseigne, il le croit, mais il ne le comprend pas ; c'est incompréhensible !

Plus de doute, messieurs ; de même que dans l'univers, l'ombre s'associe perpétuellement à la lumière ; de même dans les profondeurs infinies qui recèlent toute vérité, la raison et l'incompréhensible se rencontrent sans cesse.

Cependant, que d'hommes, heureusement doués et que tout appelle à rendre à la science d'importants services, consacrent des efforts nombreux et un temps considérable à la solution de toutes ces questions insolubles, et qui, faute d'accepter comme vraies les axiomes incompréhensibles, mais certains, afin d'en déduire tout le merveilleux édifice scientifique, tombent dans les erreurs les plus monstrueuses et dans les absurdités les plus énormes !

Le scepticisme nie Dieu, l'univers et l'homme qu'il ne comprend pas. En niant Dieu, il nie la théologie ; en niant l'univers, il nie toutes les sciences naturelles, physiques et

coni 'i:iii:m:i:s.

mathémathiques ; on niant l'homme, il nie toutej les ncea philosoph.iqu

Le Bintérialisme ne comprend pas l'esprit il le nia Ce n'est que par une contradiction étrange avec lui même qu'il affirme la matière, car il ne la comprend pasplusque l'esprit

Le rationalisme ne comprend pas l'autorité en dehors de la raison humaine privée ; il nie le sens commun, la révélation. l'Eglise.

De môme de tontes les erreurs. Elles naissent il-1 l'orgueil de la raison, de l'orgueil philosophique. C'est la lutte contre l'incompréhensible, l'inconnu et le mystère qui fait que les hommes arrivent souvent, à force d'étude, de réflexion, j'ajoute, el de raisonnement, an dernier d^gré de l'ignorance, à celte ignorance raisonnée et systématique qu'on appelle, par une amère dérision sans doute, la tibre-peit et qui se résume par cette proposition : Je n'admets, je ne crois, je ne sais que ce que je comprends.

Pour nous, messieurs, fesons mieux. Reconnaissons humblement les limites posées à notre intelligence ; portons noblement cette faiblesse de notre nature ; croyons, sans hésiter, les vêrilés naturelles et surnaturelles que nous ne comprenons pas ; contentons-nous des lumières de l'évidence, et nous puiserons dans ce renoncement sublime, la force de nous élever jusqu'à la vérité.

D'ailleurs, qui ne voit qu'entre croire, connaître et comprendre, il y a tout un abîme ? Croire, c'est admettre l'exice ; connaître, c'est s'expliquer l'existence; comprendre, voir clairement, c'est saisir pleinement les causes, la nature, les modes de l'existence.

Dans ce gland, que ma main va déposer en terre, se trouvent la tige, les feuilles, les branches et les racines du

chêne immense qui servira d'asile aux oiseaux et d'ornement à la terre. Non seulement ce germe renferme un premier arbre, mais encore tous ceux qui naîtront de lui. Phénomène admirable que je crois et connais sans le comprendre, parce qu'il se renouvelle sans cesse sous mes yeux. 3

C'est cela ! Il n'y a aucune corrélation légitime, aucun

rapport logique entre la crédibilité et la notion d'une chose ei sa campréihensiniïité ; entre le point de savoir si cette chose est vraie et connue, et celui de savoir si elle est comprise. Par suite, quiconque rencontre une vérité incompréhensible, insaisissable, mais évidente pour la raison, doit, sons peine de tomber dans l'absurde et de déchoir misérablement de la qualité d'être raisonnable, l'accepter comme certaine.

Aussi, loin de rejeter les mystères des vérités religieuses et scientifiques, prenons les pour ce qu'ils sont, pour impénétrables ; au lieu de perdre à scruter l'incompréhensible, des forces, une activité et un temps précieux, contentonsnous de son existence.

Convaincus de l'impuissance de la raison à l'égard de l'inconnu, cherchons hors d'elle une force, une puissance secourable, pour en faire le point d'appui à l'aide duquel nous lèverons le monde de la pensée.

Imitons le naturaliste. Quand, après avoir contemplé dans les grandes œuvres de la nature, celles dont l'organisation est la plus complexe, il veut admirer les multitudes d'êtres vivants coutenusdans une goutte d'eau, il commence par accuser ses yeux d'impuissance ; puis saisissant un instrument fameux, il appelle sur la merveilleuse gouttelette une forte convergence et une concentration puissant© des rayons solaires. Alors un monde nouveau se découvre à ses regards étonnés.

S'agit-il de vérités particulières et qui se rapportent à notre individualité prise à part, à nos besoins personnels, à notre manière de percevoir et de sentir, à notre activité propre et qui constituent notre moi, adressons-nous avec confiance au témoignage des sens, de la mémoire, du sens intime et de la raison.

Sagit-il de certaines vérités religieuses et des vérités naturelles, mais communes, générales, essentielles : appelonsles lumières du sens commun ou de la raison universelle.

S'agit-il de certaines vérités de l'ordre religieux, devant lesquelles la raison privée et le sens commun sont impuis-

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Mftta ; ayons recours au témoignage de la révélation ou de l.t f mi rôle tic Dieu,

S'agit il, enfin, de toutes Les vérités appartenant aux trois OrdriM Ci-des5il8 mentionnés, con>iderees non pins comme évKhucr, certitude et témoignage mais comme incomprehensil.ilité; alors reconnaissons la faiblesse de la toison : sai-

■<<"> \o nnjcrosco/iC du nuonccnirut chrétir,,, appelé 7770?*

philo ophique par le paganisme ; aussitôt les lumières convergeront dans notre esprit.

Nous verrons clairement tout ce que nous pouvons raisonnablement nous efforcer de comprendre ; nous connaîtrons, avec la mesure de nos forces, celle de notre faiblesse; uons romprendrons '-que l'intelligence de Deu étant essentiellement infinie, celle de l'homme essentiellement bornée, la première doit nécessairement comprendre une foule de choses qui, sont mystères pour la seconde, et que, comme c est en tout que l'intelligence humaine est bornée, il est natuiel qu'il y ait partout mystère pour l'homme."

Le renoncement est la loi fondamentale de la vie, c'est aussi la loi de la science. Pour pénétrer les profondeurs de la vente, il faut un regard allumé à la grande lumière du sacrifice. Le sacrifice perce les abîmes avec l'audace de l'aigle, parce qu'il n'y descend que pour y trouver Dieu le père de la Vérité.

Voilà ce que je voulais dire, messieurs. La raison humaine peut, quand elle voudra, prendre son vol s'élever des tristes rivages de l'ignorance jusque dans les hauteurs sub.imes de la science, et là, planer et étendre ses grandes ailes dans l'azur du repos et de la béatitude. Que faut-il pour cela ?

Que sur les ailes du sacrifice, elle s'élève dans l'horizon de son air respirable, c'est-à-dire qu'elle ne désire voir et comprendre que ce qui est ici bas du domaine de ses facultés ujfuibUes, bien que puLmntts encore.

J'ai nommé les sophismes de l'intelligence. J'entends par là les erreurs provenant de l'inattention de la légèreté ou de tout autre vice de l'esprit.

Les logiciens distinguent un grand nombre do ces Bophismes, qu'ils rangent en plusieurs dénominations douL le dé' tuil serait interminable.

Aussi bien, il faudrait ici des volumes, et c'est à peine si le cadre de notre travail nous permet quelques payes sur Chaque matière.

Bornons-nous donc à dire un simple mot sur les sophisines intellectuels les plus communs.

Et d'abord n'est-ce point une grande maladie parmi les hommes, Messieurs, que la manie de juger ex professo des Choses que l'on ignore.

On veut paraître tout savoir, et par suite, on parle de tout avec un sans-gène admirable, j'allais dire; avec un désintéressement prodigieux de la vérité. On prodigue la science d'autant plus volontiers qu'elle nous a moins coulé, et on s'aventure d'autant plus hardiment sur le terrain des principes, que la confusion y est plus grande.

Et puis, tout a été dit en fait d'erreur et de vérité, et il y aura toujours moyen de rencontrer, dans la longue file des prnsfiirs, une autorité quelconque en faveur des principes les plus faux !

En outre, si la vérité nouséchappe, il n'y a après tout que deux alternatives à redouter: passa- pour menteur ou pour insensé. Or un saint personnage a dit : " (ont homme est menteur'" et un autre n'a pas craint d'affirmer que tout homme est fou ! N'y a-t-il pas une certaine gloire à être ce que tout le monde est?

Donc, tout compte fait, il n'y a pas à se gêner ; et on ne se gène pas!

Toute chose a son sujet; toute cause, son effet ; tout effet, sa cause; tout être, ses lois; tout principe, son fondement, etc.. Si on ne connaît pas le vrai sujet d'une cause, la véritable cause d'un effet, le constant effet d'une cause, les lois réelles d'un être, le fondement obligé d'un principe, etc., ce n'est pas une raison de garder le silence qui sent trop l'ignorance ! L'imagination est la folle du logis; à défaut de science, ou la fait jouer, et elle joue ! Elle avance et elle dispute; elle définit et elle contredit; elle affirme et elle conteste ; le tout, bien entendu, à tort et à travers.

Pondant ce temps, l'intelligence étudie, sans approfondir ; regarde, Bansvoir; décide, sàrta réfléchir ;juge,saoiCôrtnnilre. Elle se fausse, se fourvoie, s'aveugle, s'égare et se perd misérablement

Telle est, Messieurs, l'histoire des sophismes de l'intelligence.

Ici, on prend pour cause ce qui n'est pas cause: on prend les jeux île l'imagination pour le travail du raisonnement, les rapports secondaires pour des causes premières; m) se paie de mots, de phénomènes apparents^ de circonstances remarquables, de certains événements dont on tire de fausses inductions Un chimiste dira que le poison Un-, parce qu'il renferme une vertu mortelle! Uw autre dira que l'airain retentit à cause d'une propriété retentissante.

Mas laissons M. de M ûstre, dans son examen île la philo- $o]>hie de Bacon, ridiculiser le sophisme en ques.ion :

" Comment se forme le cristal de roche? Rien de plus simple. L'eau, en circulant au hasard dans les enti ailles de la terre, arrive enfin, sans trop savoir pourquoi, jusque dans certaines cavités obscures et profondes où elle gèle misérablement; à la fin, cependant, lorsqu'elle a demeuré longtemps dans cet état, sans espoir de chaleur, elle prend soq p rti et ne veut plus se dégeler : et voila ce qui fait le cristal de roche. — Ce que c'est que l'habitude!

u Pourquoi dans les années pestilentielles y a-t-il beaucoup de mouchés, de grenouilles, de sauterelles et autres créatures de cette espèce? La raison en est claire. C'est parce que ces animaux étant engendrés par la putréfaction, dès que la terre tourne à la corruption, ils foissonnent de toutes parts..

" Pourquoi les déjections de tous les animaux exhalent elles une odeur désagréable? — La cause est manifeste : elle vient de la tristesse physique qui saisit ces matières au moment où elles se voient exclues par le corps lui même. En effet cette espèce de rélégalion est mortifiante

k- Pourquoi tin parfum placé près d'une fosse d'aisance s'évaporc-l-il moins et conscrvc-l-il son odeur plus longtemps que dans tout autre lieu ? Il se resserre alors, de peur de s'encanailler en se mêlant à des miasmes deshonnèles.

Là on ignore le sujet; c'est-à-dire qu'on entreprend des polémiques, des discussions, etc., sur des choses que Ton ne sait pas.

C'est un avocat qui parle de médecine qu'il ignore, un ■ médecin qui argumente sur des questions de droit dont il ne sait pas le premier mot. Ce peut-être môme un voltairicn qui s'occupe de cathédrale ou un légiste quelconque qui appelle l'union de l'Eglise et de l'Etat, en affirmant que les Cuiions, la théologie et la discipline ecclésiastique, qu'il ignore, so.it, en principe, pour l'union, et en pratique, pour la séparation !

Pourquoi aussi faut-il qu'il y ait de ces choses où la séparation se rencontre dans l'union, et Yunionùa.ns la séparation.

Le savant auteur n'y est pour rien : c'est l'antithèse d'une thèse anticatholique, comme tant d'autres. Seulement, en face de questions qui touchent à de pareils principes, si on ne se sent pas la force de les servir heureusement, il vaudrait mieux, je crois, garder un modeste silence- La vérité y gagnerait, et personne n'y perdrait.

Ailleurs, on conclut du particulier au général. C'est Voltaire niant la sanction de la loi divine, parce qu'elle ne réprime pas toutes les passions. Comme si les écarts des -uns, n'étaient point contrebalancés par la fidélité des autres ! Comme si encore un acte de faiblesse d'une vie, n'était pas -Contrebalancé par une multitude d'actes de force! C'est le scrupuleux Jean Jacques condamnant la civilisation, à cause des désordres dont elle est souvent le témoin. Que n'a- 1- il condamné les demi-savants, ceux surtout qui renient la vertu, la pudeur, la justice, l'honneur, comme ils ont renié leur père terrestre et leur père céleste !

Ce sont enfin ceux qui tirent une conclusion simple, absolue et sans restriction de ce qui n'est vrai qu'accidenLellement.

Ailleurs encore, on substitue l'absolu au relatif L'Angleterre est heureusement gouvernée par le parlementarisme ; tes Etats-Unis, par la république; tel autre pays, par la monarchie absolue. On en conclut que telle ou telle de ces formes administratives, selon que le veulent les sympathies-

do chacun, est seule capable de rendre les peuples heureux. Si ou réfléchissait d'avantage on verrait sans peine que les

mœurs, l'esprit, les tendances, les besoins des peuples étant différents, chacun doit avoir un gouvernement eu rapport avec ses besoins, et qu'ainsi toute organisation politique n'çst bonne que relativement.

D'autrefois, on se contente de supposer pour vrai ce qui n'est que probable ou douteux, de n'analyser les choses que d'une manière incomplète et de ne les envisager que par un seul cote.

Je ne citerai qu'un exemple de ce sophisme, celui d'un citoyen honorable qui, dans une conversation où je me suis trouve par hazard, justifiait une œuvre récente d'un de ses amis par l'espèce de syllogisme que voici :

" Un livre qui renferme1 dns principes catholiques est bon ;

Or le I vred \ M contient t ils et v-\- principes calhJiques:

Donc \t livre de M est un bon livre."

Le malheur voulut qu'un malin se permit de riposter :

" Un livre qui renferme des principes condamnés par les Papes et les Oncles, est mauvais;

Or le livre de M contient d?s principes condamnés par tels et tels

Pap s ■ i i s tii n<;ilt'S :

JDjiic le livre de AI est mauvais.''

Je n'ajouterai pas qu'un troisième tenta de proposer, comme base du syllogisme, la majeure suivante :

" Un livre, pourvu qu'il renferme l'affirmation d'un seul principe condamne, est mauva.s."

L'ami de l'auteur en question ne voulut rien entendre; il se fâcha ; censura ce qu'il appelait les prétentions exagérées de certains catholiques trop zélés] argumenta sur tous les démembrements passés, présents et futurs ; disserta sur les donations, des origines d'une certaine colonie, comme aussi sur les dispositions des traités lors d'une conquête, prétendant que 1p tout annulait et annihilait les canons, les décrets, les encycliques, les conciles et toute la théologie. L'haleine allait lui manquer malheureusement ou heureusement, quand une idée lumiueuso lui fournit une péroraison d'une logique con-

Gluante : " D'ailleurs, dît-il, on fesant un dernier et suprême effort pour ranimer sa voix, M. X. qui est un homme publie distingué s'est prononcé : or M. X. a décidé la question précisément dans mon sens : Donc j ai raison, et vous avez tort ! ! !"

Mais su (lit, Assez de ces exemples ; et il demeure prouvé que les sophismes de l'intelligence naissent de la légèreté, ■de l'inattention et de tous les autres vices de l'esprit.

Le seul remède que nous puissions apporter à ces erreurs, c'est de travailler à former son jugement, à le fortifier par la réflexion et l'étude, à se garder du péril de l'imagination, surtout à se persuader que l'esprit, la droiture des intentions et même la profondeur du savoir ne suffisent pas pour préserver de l'erreur, et que toutes ces choses échoueront misérablement, si l'on ne se fortifie d'abord contre les sophismes de l'intelligence.

Parlons maintenant des sophismes de la volonté, et écoutons d'abord Mgr. Trayssinous :

" En vain, dit-il, on m'avertit de me tenir en garde contre les illusions des sens et de l'imagination, contre l'abus des mots et les équivoques du langage ; en vain, j'aurai étudié tons les procédés de l'analyse et de la syn lèse, appris à mettre de l'ordre et de l'enchaînement dans nies idées, à lier les conséquences aux principes, et à démêler les vices qui se glissent dans le raisonnement ; en vain, j'aurai médité Aristote, Descartes, Locke et Gondillac ; tout cela ne me servira de rien, si, égaré par les passions, je les mets à la place de la raison ; elles ont une logique insidieuse, qui rend inutiles toutes les règles de la logique ordinaire. Le dernier siècle a été l'époque de l'analyse, et n'eu a pas moins été l'époque des plus monstrueuses erreurs; c'est que la vérité, pour être sentie, ne demande pas moins de droiture dans le cœur que de lumières dans l'esprit; et à quoi servent les lumières sans la bonne foi? Ou a dit que l'orateur est un homme de bien, qui possède

le talent do la parole, el l'on pent dire que le logicien est nu homme île tien, qui possède le talent de raisonner avec justesse. Oui les passions sont comme un nuage qui obscurcit l'intelligence : et qui se place entre la raison el la vérité; elles troublent, et agitent l'Ame, lui font perdre cette attention soutenue, cette impartialité sévère, cette rectitude inflexible, qui écarte l'illusion et l'erreur."

Selon que l'observe St-Augustin, il n'est pas toujours aisé d'établir une ligne de démarcation entre les sophismes de la volonté et ceux de l'intelligence. Souvent même les uns et les autres conspirent, de concert et comme à l'envie, pour lions égarer.

Rarement les passions nous entraînent dans l'erreur, sans

que le défaut d'intelligence y soit pour quelque chose;

comme aussi le défaut d'intelligence découle fréquemment

des passions qui obscurcissent les lumières de la raison,

en corrompant le jugement.

Quoiqu'il en soit de cette connexion et de cette dépendance, il est certain que la vérité a, en nous, autant d'ennemis que de passions mauvaises.

L'orgueil, Fégoisme, l'avarice, la volupté et toutes les passions sont autant de voiles ténébreux propres à nous cacher la vérité.

L'orgueilleux, convaincu de la valeur sans pareille de ses raisonnements, se révolte à la vue des erreurs qu'on lui impute ; incapable de s'avouer des torts, de reconnaître qu'il s'tst laissé abuser, il cherche par tous les moyens possibles à justifier, à ses yeux, comme à ceux des autres, ses avances. C'est ainsi qu'il s'égare et se perd dans les plus misérables sophismes.

L'égoiste rapporte tout à soi. ramène tout à son sens propre. Il ne voit pas que sa passion est le renversement de lous les fondements essentiels de l'ordre religieux et social. Il ne cherche, il ne voit, il ne trouve au fond de tout que sa personnalité. 11 ne connait, il ne veut reconnaître qu'une morale, qu'une loi, qu'un droit, qu'un principe : — Charité bien ordonner commence par soi-même. Morale fausse, loi dangereuse, droit injuste, principe erroné, sophisme eufiu,

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qui détruit les meilleurs facultés de l'esprit, après avoir perverti les meilleurs cœurs

Pour justifier sa passion que ne fait pas, à son tour, l'avare ? Il appose sa conduite à celle du prodigue, il se persuade qu'il cherche le bonheur par dos voies bien plus légitimes et qu'il l'atteint par des moyens bien plus honnêtes. S'il ne donne pas aux pauvres, c'est qu'il ne veut pas entretenir la paresse, l'oisiveté et tous les autres vices du paupérisme. S'il ne contribue pas à telle œuvre religieuse, à telle entreprise nationale, c'est qu'il sent le besoin de vivre dans la retraite et le reeueillenient loin de toute peine, de tout sacrifice, de toute communication extérieure. D'ailleurs chacun a sa vocation particulière, marquée par la Providence et la sienne, à lui, c'est la vie cachée, la vie cantonnée. Tant il est vrai que toute passion poussée à l'extrême, aliène cruellement la raison, en cherchant à justi fier ses propres excès.

" Le voluptueux, dit Rattier, s'appuie sur un principe vrai : L homme rst fait pour te bonh'ur ; la suprême félicité, le bien parfait, voilà la fin de son existence, voilà quel doit être Vfbjit de srs vaux, le but légitime de toutes ses recherches. Par conséquent, ce qui nous rend parfaitement heureux doit être préféré à tous les autres biens de la vie. Or, les plaisirs des sens nous rendent parfaitement heureux ; donc ils doivent être mis au-dessus de tous les autres biens; donc l'homme est fait pour la volupté. Ce sopbisme n'est pas une pure invention : c'est celui d'Epicure, qui a fait eh la sensation le critérium infaillible du vrai et du bien, et de la volupté la loi universelle des êtres ; c'est celui de tous les libertins, qui ne parviennent à se justifier à eux-mêmes leurs désordres, qu'en s'autorisaut de l'instigation des sens, de la force du tempérament, de l'attrait même de la jouissance, qu'ils considèrent comme la voix de la nature, c'està-dire cou. me la règle même de nos actions. Obéir aux peiicliants de la nature, c'est doue obéir à la loi de son être, c'est donc accomplir sa destinée. Ainsi conduits d'abord au matérialisme par le sensualisme, ils s'appuient ensuite sur le matérialisme, pour nier la réalité, la possibilité même d'un bien parfait conçu en dehors de la matière, et dis-

CONFLUENCES. 43

tin rt des voluptés sensuelles. C'est à l'ombre de ces détestables maximes que l'homme esl parvenu à w faire un système d'impndeuce. qui l'empêche de rougir de son déshonneur et de son ignominie, qui lui fait tirer une gloire honteuse de ses faiblesses Vt de ses égarements, qui lui fait braver les bienséances et le mépris public, qui le porte enlin à s'applaudir avec ostentation du scandale de ses mœurs, et <h. désordre de sa conduite, comme d'une preuve de sagesse et de raison."

" Quels troubles n'ont point excité de tout tempe, dit Massillon, les désira impurs de la chair? L'homme, ne se souvenant plus de l'excellence dé sa nature et de la sainteté df son origine, se livra sans scrupule à l'impétuosité de cet instinct brutal. Le trouvant dans son cœur le plus universel de Sèa penchants, il le croyait aussi le plus innocent et le plus légitime. Pour l'autoriser même davantage, il 1'' ht entrer dans son culte, et se forma des dieux impurs, dans '.e temple desquels ce vice infâme devenait le seul hommage jui honorait leurs autels."

Ii en est de même, messieurs, de toutes les passions. La vente est à l'intelligence, ce que le soleil est à notre globe.

Quand aucun obstacle n'empêche l'astre lumineux de faire arriver jusqu'à nous ses rayons bienfaisants, la terre semble renaître ; les montagnes avec les grands bois qui les couronnent, les coteaux avec les bosquets qui les tapissent, les campagnes avec les moissons qui les couvrent, les prairies avec les rivières qui les arrosent, se rajeunissent, les oiseaux le saluent de leurs chants mélodieux, et l'homme, repose, reprend, heureux, l'instrument de son travail. Un nuage, des nuages viennent-Us nombreux et persistants, nous voiler ce foyer de lumière et de chaleur, tout s'attriste, tout s'étiole, tout périt, tout meurt bientôt. — La vérité a ses layons, sa chaleur et sa vie. Nos passions sont les brouillards épais qui nous dérobent le foyer de la vérité, dont l'absence fait les ténèbres de la mort.

Ah! que jamais des bas-fonds de notre âme ne s'élèvent les nuages du vice ; car nous mènerions alors une vie sans soleil ; cest-adire une vie sans vérité, une vie morte, une vie qui n'eu serait pas une.

Nous avons encore dans les préjugés de l'Education de sérieux obstacles à la possession de la vérité.

L'erreur et la vérité se disputent les intelligences. Dès qu'un enfant ouvre ses premiers regards à la vie et reçoit les premières impressions qui développent sa raison naissante, il se trouve en face de ces deux puissances ennemies.

La vérité lui parle par tous les objets de la perception externe ; elle lui parle par l'entremise de ceux qui l'entourent et qui répondent, par l'amour, à ses premiers sourires ; elle lui parle par tons ceux qui, de proche ou de loin, s'associent à ses[premiersjeux, à ses premiers ébats, à ses premières études. Elle lui parle surtout par cette lumière, par ce travail secret et mystérieux que* Dieu se plaità faire dans toute âme.

La lumière de Dieu est toujours vraie, son travail sans cesse bienfaisant. En est-il de même des lumières et du travail des hommes et des choses? Hélas! non. Et pour ne parler ici que des hommes, on sait combien de préjugés d'erreurs, de sophismes se mêlent à leur insu, et en eux, à la vérité.

L'erreur profite donc du moment où nous sommes sans force, sans méfiance, du moment où, ignorant le mal et souriant au bien, nous nous confions sans réserve à tous ceux qui nous parlent avec amour, pour imprimer son funeste cachet dans nos âmes.

Et son action en ceci est d'autant plus décisive que ces victimes sont plus impressionnables, ses agents mieux intentionnés. En effet que peut l'enfance, contre les préjugés et les erreurs d'une mère chérie, d'un père tendre, de sœurs, de frères affectueux, de condisciples aimants, d'amis et d'intituteurs dévoués? Rien. Cependant n'est-ce pas de tous ces êtres bien aimés que nous apprenons avec les premières vérités, les premières erreurs ?

On sait quelle influence exerce la première éducation sur toute la vie. La vérité, par exemple, ne se perd que diffiei-

lement dans une âme où elle a élé fortement greffée par l'éducation.

L'âme pourra un moment faiblir et s'égarer: mais soudain une réaction s'opérera et une voix s'élèvera qui couvrira les mille bruits discordants et tumultueux de ses égarements. Se repliant sur elle-même, comme le volcan fatigué de vomir la lave, elle remuera les cendres de son passé, une étincelle de foi et d'amour en jaillira, qui la sauvera.

Hélas! pourquoi faut-il qu'il en soit de même pour l'erreur? Il y a des éducations si complètement fausses que malgré tous les efforts tentés l'on ne parvient jamais à secouer entièrement leurs préjugés. Il y en a d'autres, et c'est le plus grand nombre, on l'erreur sans être complète, existe cependant et oppose, par suite, à la vérité, jusque dans l'extrême vieillesse, de bien grands obstacles.

Veut-on maintenant savoir jusqu'à quel point il est difficile de vaincre ces préjugés de l'éducation? Prenons-en un comme exemple, celui des revenants, si vous voulez.

Personne ne laisse le premier âge, sans avoir fait connaissance avec l'histoire de certains revenants originaux, farceurs, enpricieux, tels que ceux qui, de leur mains glacées, vous flattent la figure, vous prennent les pieds ; ceux qui remuent les meubles, renversent les lits, traînent les chaînes, clanchent les portes, frappent à coups redoublés sur les ustensiles de cuisine, et finissent, s'ils ne sont pas assez tristes pour soupirer, ni assez gai pour s'éclater de rire, par prendre une prise ou par éternuer.

Tout absurdes que soient ces contes, ils ne la;ssent point d'influer, dans un degré ou dans un autre, sur les personnes les plus raisonnables. Eu effet, qu'est-ce que cette frayeur invincible qu'éprouvent beaucoup de personnes instruites, lorsqu'il leur arrive de perdre quelqu'un de leurs proches ou leurs amis ?

Sinon le vestige saisissant des préjugés de leur enfance.

Pour triompher de ces vices de l'éducation, il faut le tri pie concours de l'intelligence, de la volonté et du travail.

L'intelligence se repliera sur elle-même, afin de découvrir quelles impressions fausses et mensongères l'éducation lui aura laissées.

La volonté entreprendra une courageuse lutte, afin d'effacer jusqu'aux plus légères traces de ces impressions funestes.

Le travail enfin viendra seconder l'action mutuelle do l'ii telligence et de la volonté, en leur apportant la double force des lumières qu'il appelle et des succès qui le couronnent toujours infailliblement.

Cela fait, il faudra encore s'affranchir des préjugés et des passions de la nation.

Je ne chercherai pas à établir que chaque nation a ses préjugés particuliers; c'est une vérité trop connue. Je me bornerai à dire qu3 de toutes les passions et de toutes les erreurs, je n'en connais pas de plus difficile à vaincre. En effet l'erreur se glisse ici sous les dehors les plus séduisants, ceux du patriotisme : vertu encore si fortement enracinée au sein des grandes familles humaines, malgré leurs fautes et leurs malheurs.

Chaque peuple à ses croyances religieuses, ses données scientifiques, ses lois morales. L'Angleterre est anglicane ; la Prusse luthérienne; la Russie schismatique; la Turquie musulmane; la France a un caractère catholique ; le Canada est catholique romain et le sera toujours, si comme je l'espère, il parvient à vaincre les sociétés secrètes, les libéraux et les gallicans.

Dans tous les pays, il se rencontre des hommes d'un sens profond, d'une science vaste, d'un esprit élevé, d'une raison forte et d'une intelligence supérieure. On peut, au moins, rendre ce témoignage à un Lcibnitz et à un Macaulay. Pourquoi le philosophe allemand est-il resté luthérien à Leipzig et l'historien philosophe anglican à Londres ? Est-ce que la vérité religieuse peut-être le oui et le no7i? Il y aurait absurdité de le prétendre. D'où vient donc qu'on demeure si volontiers protestant à Berlin et à Londres, schismatique à St-Petersbourg, musulman à Constantinople? C'est qu'il est presqu'impossible à la raison humaine de secouer l'erreur que le préjugé de sa nation lui impose.

La physique va nous fournir une autre preuve. Pariant de la lumière, Descaries l'attribuait à des mouvements vibratoires, produits dans un milieu élastique et subtil appelé cllio: Newton est venu ensuite et l'a attribuée à un fluide matériel impondérable, extrêmement subtil que lescorps lancent autour d'eux dans tontes les directions, traversant l'espace avec une prodigieuse vitesse, et produisant ainsi chez l'individu la sensation de la lumière. Or pour qui connaît l'histoire de la physique en Angleterre et en Fiance, il est de l'ait que les physiciens anglais sont demeurés constamment altachésà l'hypothèse de l'émis sion. tandis que les français ont suivi celle des ondulations et cependant si l'une est vraie, l'autre est nécessairement fausse. Dira-t-on qu'on a moins le sens des sciences physiques en Angleterre qu'en France et réciproquement? Non. Mais simplement que dans ces pays on est esclave du préjugé national ; ce qui est un malheur.

Les passions nationales ne sont pas moins à redouter que les préjugés.

Je connais un peuple qui a deux passions dominantes, la jalousie et l'inconstance.

Sa jalousie le porte à faire une guerre acharnée, une guerre à outrance à tous ceux des siens qui réussissent; en sorte qu'il y suffit de pointer pour se trouver en butte à la haine et à la persécution. Et comme la jalousie procède de l'egoisme, le bien chez ce peuple, est isolé et particulier. Son sol est couvert d'institutions capables de rendre à la religion et à la patrie, qui les ont créées à grands frais, d'importants services. Chacune de ces institutions est animée de beaucoup de zèle ; malheureusement plusieurs d'entre elles veulent travailler isolement; elles ont horreur du dévouement commun. Delà des ombrages, des jalousies, des divisions, entre telle et telle ville, entre telle et telle corjoratièu civile ou religieuse, entre telle et telle société savante. Delà malheureusement aussi, les fractionnements, les diminutions, les affaiblissements et les grandes et douleureuses faiblesses du bien.

l* Ah, je le dirai avec un illustre évèque, triste temps que celui où ou ne peut trouver deux honnêtes gens qui veu-

lotit travailler ensemble à une même 'œuvre! Que celui où les petites raisons empêchent toutes les grandes choses! Que celui où les intérêts et les hommes particuliers dominent et absordent les intérêts et les hommes publics, lesintérêts et les homme» religieux."

Pourquoi n'ajouterai je pas: Triste pays aussi où de telles anomalies se rencontrent?

Mais ce n'est pas tout; il y a encore l'inconstance.

L'inconstance, Messieurs, est l'ennemie mortelle du succès. C'est dans L'inconstance que les grandes choses trouvent le plus ordinairement leur tombeau.

Chez le peuple que j'ai en vue, rien n'égale l'ardeur virile avec laquelle on embrasse une idée généreuse. Ll suffit d'élever la voix en faveur d'une œuvre de bien pour que l'enthousiasme gagne tous ceux qui sont 1rs amis des ouvriers de cette œuvre. Les adhésions, les encouragements et les espérances se multiplient. S'il est question de secours pécuniaires, on ouvre sa bourse, s'il s'agit d'efforts, ou promet généreusement son concours. Aussi les instituts se fondent, les cabinets, les cercles d'étude s'établissent, les sociétés, les unions surgissent comme par enchantement.

Un mois, deux mois, plusieurs mois s'écoulent et voient les entreprises se former, se multiplier comme par miracle. Puis viennent les années, et, avec elles, le refroidissement. Peu à peu les sociétés se dépeuplent, les salles deviennent désertes, les entreprises sont abandonnées. Chacun se regarde avec étonnemeut et se demande avec inquiétude la cause cachée, mystérieuse d'un dénoûment si inattendue.

Les uns nomment l'égoisme, la jalousie ; les autres accusent les rivalités, les ombrages des hommes de bien ; tous reconnaissent qu'à toutes ces misères, il faut joindre l'inconstance.

Jamais, messieurs, on ne saura combien de pareils dé fauts sont ennemis de la vérité.

Que pensez-vous que deviendra un jeune talent, tout puissant que vous le supposiez, s'il est un jour ou l'autre,, la proie facile d'aussi misérables passions nationales.

Qu'il soit l'homme d'une ville ou d'une société p.iilicu-

Hèie, et il ne verra, il ne jugera que par cette société ou cette ville : cantonnée dans un intérêt particulier, son intelligence n'aura qu'un horizon borné, qu'une action rétrécie.

Qu'il suit l'esclave de l'inconstance : toujours il échouera misérablement après le premier pas vers le vrai.

Demandons au ciel, Messieurs, que l'avniir (car jo ne veux rien dire du passé et du présenti ne puisse accuser le peuple canadien, de jalousie, d'égoisme et d'inconstance. Demandons-lui pour chacun des enfants de la patrie, si par malheur ces défauts avaient pris naissance dans son sein, la force de vaincre ces passions !

La nature ici ne fait rien mesquinement et en petit. Notre St. Laurent est le roi des fleuves ; nos rivières roulent partout leurs eaux profondes ; nos lacs sont d'immenses réservons ; les arbres de nos forêts sont des géants séculaires ; plusieurs de nos montagnes élèvent jusqu'aux nues leurs sommets verdoyants ; notre végétation est prompte et vigoureuse ; notre soleil ne semble se retirer l'hiver dans les profondeurs de l'espace, que pour nous revenir tout brûlant l'été ; enfin toutes les forces de la nature s'unissent et présentent sous notre beau ciel, le grandiose spectacle de leur force et de leur puissance.

Que ce soit là le spectacle moral que nous offrirons désormais au monde divisé et à l'univers attristé.

Sachons mettre au service du bien, toutes les forces vives de nos âmes ! Que ni les passions ni les préjugés nationaux n'entravent notre marche vers le vrai 1

Restent les préjugés du siècle.

Toute malheureuse, Messieurs, que soit la science, elle est encore plus heureuse que le temps. Le temps est ce qui passe ; la science, ce qui dure. Le temps en se précipitant, court à une catastrophe ; la science en se développant, marche vers une conquête. Un jour, la science et le temps rencontreront le siècle sans bornes ; celui-ci pour se dissiper

à jamais ; celle-là pour régner clans l'éternel avenir. En attendant, tous deux pérêgrinent à travers les vicissitudes de ce monde : — le temps comptant ses âges, par chaque nouvel anneau ajouté, tous les cent ans, à la mystérieuse chaîne qui unit le chaos des commencements à celui des ruines ; — la science mesurant ses siècles, à la durée d'un système, d'une idée.

Un siècle scientifique se compose donc d'un, de trois, de neufs siècles ordinaires et môme de plus, avec l'ensemble de toutes les doctrines, de tous les préjugés, de tous les systèmes, de toutes les opinions ; en un mot un siècle scientifique, c'est la mesure temporelle d'un principe vrai ou faux.

Près de deux mille ans ont passé sur l'établissement de la loi nouvelle apportée par le Christ, et le front de ses disciples porte encore au milieu de la décrépitude des temps et de l'affaiblissement de l'Europe, le cachet d'une éternelle jeunesse. C'est le siècle de la vérité catholique qui dure et durera toujours !

Le mahométisme est treize fois séculaire. Ses enfants ne traînent plus par le monde qu'une vie chétive et malade î c'est son siècle qui s'achève avec eux !

Trois cents ans se sont écoulés depuis les jours de Luther et de Calvin. Le Protestantisme se divise, se fractionne à l'infini ! C'est son siècle qui s'en va !

Comptez les générations qui se succèdent depuis Platon, Aristole, St-Augustin, St-Thomas, Descartes, Leibnitz et tant d'autres ; vous trouverez que la génération présente est restée fidèle, par plusieurs de ses fils, soit aux erreurs, soit aux vérités que ces brillants génies représentent. C'est leur siècle qui dure !

Le siècle d'une idée commence par celui qui l'énonce, se poursuit en celui qui la partage et s'achève avec celui qui refuse de la continuer.

Ainsi se perpétue la vérité ; ainsi se continue l'erreur.

Prenons y garde! mille idées vraies et mille idées fausses se disputent la sanction des siècles sur le vaste champ de bataille des intelligences. L'étendard de l'erreur et l'éten-

coxn:i;!:Nci:s. 51

d.trd de la vérité sont tous deux frappés aux écussons du génie ; seulement pendant que l'un mène à la victoire, l'autre conduit à la défaite.

Pii.im et Agamenmon sont doux guerriers glorieux et réputés invincibles ; deux camps, palpitants d'espérance, se fdrfïM»nl autour d'eux ! Vous savez Le reste : les dieux étaient pour Agamemfton ; le valeureux Priam et sa vaillante année furent précipités dans la défaite.

Bien des courants se forment autour des pères de la science. Faut-il se laisser séduire par l'éclat et la réputation des chefs ? Non, cherchons seulement de quel côté se trouve Dieu ; c'est à dire la vérité.

De plus, â part le Vicaire de Jésus-Christ, en tant que Pierre, nul homme n'est ici bas infaillible. L'histoire des intelligences d'élite es!, à des exceptions excessivement rares, l'histoires des variations. Tel qui enseigne aujourd'hui la vérité, proclamera l'erreur demain. Delà les variations et les contradictions des écoles, delà les préjugés des grands siècles scientifiques.

Veut on savoir, combien il en coûte de vaincre les préjugés d'un siècle et de se garder de l'illusion, du prestige d'un nom fameux ainsi que de l'autorité d'un génie colossal ? qu'on se rappelle Louis XIV et les géants de gloire qui ont illuminé son soleil.

L'illustre monarque avait solidement assis son autorité sur le dogme dn pouvoir absolu. Plus rien dans son royaume ne pouvait contrarier son action politique, si ce n'est la puissance spirituelle des Papes et la discipline ecclésiastique. L'Eglise de France, se dit-il, aura des libertés particulières à l'égard de Rome, et sera ainsi asservie au pouvoir de la couronne. Si Louis XIV était politique, à coup sûr, il n'était pas théologien et l'épiscopat le savait bien. Mais il v avait là Bossuet, génie sans pareil, qui avait pénétré la Théologie, du môme regard d'aigle qu'il avait lu dans les âges, la philosophie de l'histoire. Soit condescendance coupable, soit illusion passagère, l'immortel Evêque de Meaux ne s'opposa pas, du moins énergiquement, aux vues du

royal maître, et la trop fameuse déclaration de 16S2 fut signée.

C'en était fait ! Louis XIV avait triomphé : l'Eglise de France avait trouvé la servitude dans la liberté ; car elle ne brisait plusieurs des liens qui Punissaient à Rome, que pour se mettre aux chaînes de l'état. Une grande erreur, pleine de disputes, de colères et de malheurs, s*était levée sur le monde.

Devenu la base des rapports de l'Eglise et de l'Etat, le gallicanisme fut, depuis cette malheureuse époque jusque vers la fin de la première moitié de notre siècle, enseigné en France et ailleurs. Faisant partie de l'enseignement théologique et civil, il devint préjugé d'éducation pour plusieurs ; pour les Français, préjugé de nation surtout ; pour tous, préjugé du grand siècle de Louis XIV et de Bossuet.

Qui dira jamais le nombre des intelligences élevées, desesprits profonds, des âmes saintes qui ont été, en théologie et en politique, les malheureuses victimes de cette erreur? Hélas ! môme dans ces derniers temps, n'avons-nous pas eu la douleur de voir plusieurs des plus brillantes illustrations de l'épiscopat, du sacerdoce et du laïcisme, céder devant le prestige gallican et faire à la vérité catholique, dont ils étaient, sous plus d'un rapport, les intrépides défenseurs, l'opposition la plus déplorable ?

Evitons donc soigneusement le préjugé du siècle. Payons au génie l'admiration qui lui est due. Puisons dans les œuvres immortelles qu'il nous a laissées, tout ce qui est l'éternelle vérité ; mais, à l'exemple de l'abeille, qui ne tire des fleurs que les sucs capables de nourrir ses gâteaux, élaguons tout ce qui n'est pas le vrai.

TROISIEME COSFERILNCE

NOS FAIBLESSES ET NOS FORCES A L'EGARD DE LA VÉRITÉ

L'orgueil de la raison, les sophismes de l'intelligence e* de la volonté, les préjugés de l'Education, de la nation et du siècle, vaincus, tout ne sera pas fini. Il faudra de plus trouver le temps et la vraie méthode d'étudier.

Le temps de se recueillir et de s'abimer dans les études profondes et sérieuses, on ne l'a pas toujours ; surtout clans un pays, où les fortunes héréditaires sont si rares et où la science n'a pas, comme science, de carrière ouverte. C'est ainsi qu'en Canada la jeunesse instruite n'a d'autres perspectives que celle des professions libérales, du journalisme, de la politique, du commerce, du sacerdoce, toutes positions honorables, mais laborieuses, très laborieuses.

Est-ce un bien? Est-ce un mal? Plusieurs s'en plaignent. Ont-ils raison ? Ont-ils tort? Je ne l'examine pas. C'est un fait, cela suffît.

Une chose consolante à cet égard et digne de remarque, c'est que plusieurs des illustrations étrangères, ont eu, elles aussi, le travail professionnel en partage.

D'ailleurs toutes ces nobles fonctions de l'ordre social et religieux réclament toutes les lumières d'une éducation lar gement conçue. La médecine, le droit, le commerce, la législation, la magistrature, la diplomatie ne sont la patrie des grands labeurs que pareequ'ils sont le foyer des grands services. Et, s'il faut ici dire toute ma pensée, j'avouerai que je trouve naturel que la plus illustre portion du genre

humain soit la plus occupée; car malgré ïa peine qu'il porte, le travail demeure toujours la plus noble, la plus sainte, j'allais dire, la plus divine chose d'ici-bas!

Malheureusement, plusieurs se sont fait sur les grands emplois,des idées fausses et condamnables.Beaucoup y voient le moyen facile et aisé d'atteindre la fortune et rien de pins. N'entrevoyant que le côté matériel, que le côté purement positif des choses, ils croient satisfaire la société, quand ils renferment leur action dans les strictes bornes de leur état.

Parler à ces hommes d'études étrangères aux besoins professionnels ; leur conseiller d'approfondir les que lions vita les de l'ordre religieux et social ; leur demander de s'élever dans un horizon pins étendu, afin de travailler, avec toutes les belles intelligences et les grands esprits, au bien de tous, c'est exiger l'impossible.

Aussi, n'est-ce pas à ces égoïstes que je m'adresse. Je parle à ceux qui, tout en cherchant le bien être pour eux, s'occupent d'esprit et de cœur, des intérêts généraux de leurs frères; je parle à ceux qui, croyant que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais surtout de vérité, se livrentvolontiers à la contemplation studieuse de toutes les vérités fortes et vives qui sont la nourriture des âmes, je parle enfin à ceux qui, placés par leur position au haut de l'échelle sociale, s'efforcent de devenir, l'esprit et l'âme de l'humanité; et voici ce que, les choses étant ce qu'elles sont, je me permets de leur conseiller :

De consacrer aux affaires professionnelles, aux relations habituelles et aux soins de la famille tout le temps nécessaire et requis ; de prendre dans le sommeil, dans les causeries, dans les visites amicales et dans les divertissements honnêtes le repos et les délassements nécessaires pour activer et renouveler les forces intellectuelles, morales et physiques. Les occupations journalières, les divertissements et les relations peuvent employer toute la journée, depuis neuf heures du matin à neuf heures ou dix heures du soir; le reste doit être consacré au sommeil jusqu'à cinq heures du matin. C'est alors le moment de se lever, de prier Dieu et

CONFÉRENCES. o'<)

de se mettre, sons co seul regard divin, au travail intellectuel, travail qu'il sera toujours possible de continuer jusqu'au déjeuner.

Cette étude matinière, alors que l'esprit est prédisposé, par un sommeil réparateur, sera d'un grand secours. I'.mr moi. l'expérience me permet de l'affirmer, je n'en connais pas de pins bienfaisante.

J'ajouterai que tous les moments libres appartiennent à la réflexion. Je m'explique. On a lu le matin un chapitre de philosophie; pendant le jour les occupations nous mènent de chez soi au bureau, du bureau ailleurs ; si aucun autre sujet ne réclame alors l'attention, pourquoi ne [tas profiter de ce temps pour méditer la lecture du matin ?

J'avoue qu'une vie ainsi départie est une vie laborieuse. Sans doute, elle ne fera pas de tous, des hommes universels ; cependant elle ne manquera pas de fournir, dans tous les ordres, bien que dans certaines mesures, des hommes spéciaux dont les lumières privées, en passant à la société, formeront un tout admirable duquel il est permis d'espérer beaucoup.

Et qu'on ne dise pas que je demande l'impossible ; que j'oublie et la nécessité du repos et les entraves de la profession ; que je méconnais les rapports sociaux, la réalité même de la vie; que je suis dans un nuage doré, loin, bien loin, dans un milieu impossible, d'où je n'aperçois plus la terre et que, par suite, j'en parle mal.

Certes, en accordant huit heures par jour au sommeil, c'est-à-dire le tiers de la vie, je crois ne pas méconnaître la nécessité du repos physique; en consacrant certains auLres moments de la journée à la prière, à la réflexion n'aeeordèje rien au repos moral, au repos de l'esprit? Car enfin le repos de l'âme, le repos de l'intelligence, qu'est-ce autre chose? sinon le retrempement de l'âme et de l'intelligence dans leurs forces ; et la prière et la méditation profonde, n'est ce pas la vie, la force par excellence? L'âme qui prie se repose en Dieu ; elle se recueille loin de toute distraction extérieure, elle oublie un moment le monde et

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se? mille bruits; elle laisse, pour ainsi dire, les tumultueux rivages de la vie pour les grands et paisibles azurs delà brut i tude du recueillement Elle écoute; Dieu lui parle et cette voix charmante lui procure des douceurs infinies.

L'âme qui refléchit, impose silence à toutes les voix ; elle n'entend plus ni la parole de l'homme, ni les bruits du dehors, elle se replie sur elle-même; elle ne parle pas; (die écoute. Et que lui dit on ? Ne me le demandez pas. Arrêtez-vous seulement une minute; refléchissez et dites si une expression humaine est capable de rendre jamais la douceur, la suavité de cette parole intérieure que vous avez entendue ; dites, si jamais il est tombé des lèvres humaines une parole plus pure, plus limpide et plus réparatrice. Voilà pour le repos.

Quant à la nécessité de se voir, je la crois, à plus d'un égard, indispensable La société demande que ses membres soient étroitement unis par l'amitié et l'estime. Pour s'estimer et s'aimer, il faut se connaître, et le moyen de se connaître, c'est de se rencontrer. Ces relations amicales seront d'autant plus profitables que la conversation y aura une plus large part, La conversation est l'institutrice de l'esprit; or l'esprit, s'il ne suffit à aucune chose, il sert à beaucoup.

C'est précisément parce que je connais toute la haute portée sociale de la conversation, que je demande qu'on ne se rencontre pas, sans une préparation studieuse. Une seule réunion, une seule rencontre me déplait et m'inspire de graves inquiétudes : la rencontre des gens dont l'esprit est vide et le cœur plus vide encore. Mais les réunions, les conversations de gens qui savent, qui connaissent; qui, par les connaissances acquises, l'expérience réfléchie et un jugement exercé, peuvent juger sainement des hommes et des choses, je ne les crains nullement, je les conseille, je les recommande à tous et en particulier, à mes jeunes concitoyens

Donc, je n'exige pas qu'on renonce aux charmes des fréquentations sociales; je ne veux, je ne demande qu'une chose, qu'on s'y prépare par l'étude.

Pour les détails de la vie, je ne nie pris qu'ils soient do sérieux obstacles au travail intellectuel. Je dis simplement qu'avec de la bonne volonté, de l'ordre, une vie bien ôe, où ohaque chose a son moment marqué, il Bira toujours possible de ménager quelques heures à l'intelligence.

Que si, malgré tout ce qui vient d'être dit, on troutre encore mes prétentions exagérées, c'est que, les malheurs des

temps le voulant ainsi, les esprits sont ensorcelés pour la paresse et le plaisir.

J'ai connu un brave jeune homme, heureusement doué et riche d'avenir. Gomme je lui conseillais de se livrer aux études sérieuses, de se vouer au travail, et de n'en pas démordre, il réclama, invoquant le repos et la récréation. Eh bien ! savez vous, Messieurs, ce qu'il entendait par ces deux mots? Voici : se reposer, c'était ne rien l'aire trois ou quatre heures par jour, et dormir toute la nuit jusqu'à huit heures du matin ; se recréer, c'était lire les romans, hanter les billards, aller au spectacle, faire des promenades et fréquenter, trois fois la semaine, les veillées mondaines. C'est bien, lui dis-je : et pour ne pas offenser le bon sens, votre fameux plan de vie ne sollicite qu'une simple modification dans les termes : — appelez le sommeil, la pipe et tous vos plaisirs un travail; Vélude et toute occupation sérieuse un repos, une récréation. Pour peu qu'on se laisse prendre à cette dépravation profonde du langage, vous passerez pour un rude et opiniâtre travailleur.

Voilà bien l'histoire de plusieurs jeunes hommes de nos jours. Leur vin est tellement vide de tout travail sérieux, que quand il leur arrive de faire trêve à l'inaction et au plaisir, on est autorisé à croire qu'ils en sont fatigués, blasés, et que c'est pour se reposer du repos qu'enfin ils travaillent.

Et cependant le travail n'est-il pas la loi essentielle de la vie ? « Est-ce que, pour me servir d'une image favorite d'un homme enlevé trop tôt à ses labeurs, l'illustre Ozanam, estve que l'homme en fécondant la terre de ses sueurs, comme le soleil la fertilise de ses feux et les nuées de leurs pluies

ne rentre pas dans l'ordre régulier de l'Univers? Estce que par une admirable économie, toute créature ne se satisfait pas en usant de ses forces ? Est-ce que lame ne se plait. pas au jeu de ses facultés ? ne jouit-elle pas de ce qu'elle peut ? ne trouve-t-elle pas son repos véritable dans le travail même ? »

Et, pour parler avec Bossuet, quel profit y a-t-il à commencer par L'inapplication et la paresse une vie qui doit être occupée et agissant? ? De tels commencements feraient qu'étant né avec beaucoup d'esprit, on serait responsable de l'extinction de cette lumière admirable, dont le riche présent vient de Dieu. Une vie qui se poursuivrait et s'achèverait ainsi dans l'inaction de l'esprit, serait déshonorée par les plus honteuses passions; le goût du plaisir et du repos la porterait à toutes sortes de crimes, et le seul flambeau qui aurait pu la guider, étant une fois éteint, elle serait bors d'elat d'atteindre son but.

D'ailleurs, qui ne sait que la peine, le travail, l'étude et l'application seuls ont fait les grands hommes, les grands génies, les grandes vertus, les grands services.

J'achèverai ce grave sujet de l'emploi du temps par une humble supplique à mon pays.

Dans les professions libérales, c'est à dire la classe éclairée du Canada, il se rencontre des hommes de talent et eiitit rement dévoués à la vérité ; seulement la pénurie de leur état les condamne à un travail professionnel qui ne leur laisse presque aucun loisir pour d'autres études.

Encourageons-les ; venons-leur en aide, en les favorisant d'une clientèle lucrative. Au lieu de confier sa santé, son crédit, sa fortune, comme cela arrive trop souvent à des médecins, à des avocats, à des notaires protestais, voltairieits, libres-penseurs, mettons ces biens précieux entre les mains de ceux qui se disent catholiques et qui le sont réellement.

Une clientèle lucrative apporte toujours un capital suffisant; elle donne des loisirs pour l'étude et elle procure les jouissances du travail.

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Sans CQiqpter qu'il y aura toujours profit à verser le capital entre les mains des hommes tjui sont les soutiens n études grandes œuvres. Par contre, départir la richesse aux ennemis du bien et de la vérité, c'est leur permettre d'élever des temples nombreux, de fonder des institutions malheureuses, de soutenir des sociétés condamnées par CEet même de poursuivre des procès en faveur de l'impiété et du mal.

Le manque de méthode n'est pas le moins sérieux des obstacles qui s'opposent à nos divines noces avec la vérité.

Etudier sans ordre, sans suite, sans dicernement, sans méthode, rien n'est plus fréquent et moins profitable.

Lire sans réfléchir, sans analyser, sans prendre des notes, sans discuter, sans peser tout ce qu'un auteur nous dit ; travailler aujourd'hui de la philosophie, demain de la politique, un autre jour de la théologie, le tout superficiellement et sans descendre au fond de rien ; faire trêve tout à coup à l'étude 'pour la lecture de tel ou tel roman; consacrer un temps considérable aux journaux ; les lire en entier depuis le feuilleton jusqu'aux rapports des cours de police ; entreprendre, pour la publicité, des travaux sur des sujets que l'on n'a pas assez approloudis d'avance, se livrer, à moins d'une nécessité absolue, à la correspondance, en un mot poursuivre la science, sans boussole, est et sera toujours peine perdue.

« L'essentiel, mon fils, disait un illustre homme d'état à un enfant sur lequel il reposait toute ses espérances, est de vous former d'abord un plan général des étudesque vousèles sur le point d'entreprendre, de suivre ce plan avec ordre et fidélité, et surtout de ne pas vous effrayer de son étendue. Ce n'est pas ici l'ouvrage d'un jour ni même d'une année; mais, quelque long qu'il puisse être, si vous êtes exacts à en exécuter tous les jours une partie, vous serez comme ceux

qui, dans les travaux qu'ils font faire, suivent toujours un bon plan, sans jamais changer. Comme ils ne perdent point de temps, ils mettent à profit toute la dépense qu'ils font. Insensiblement, l'édifice s'élève, les ouvrages s'avan cent,et, quelque lent qu'en soit le progrès, on arrive à la fin qu'on se propose, pourvu que Ton marche constamment sur la même ligne et qu'on ne perde jamais de vue le plan que l'on s'est formé une fois.»

Inutile d'appuyer sur ces conseils de d'Aguesseau : ils sont marqués au coin de la plus haute sagesse, comme il sont l'expression de la plus profonde sollicitude.

Doue d'abord un plan général des éludes, puis la fidélité, la persévérance dans la voie qu'on s'est une fois tracée.

Mais quel sera ce plan d'étude ?

Rien n'est plus difficile à dire ; parce que tout dépend ici des goûts, des aptitudes et aussi de la sphère où l'on est appelé à exercer ses talents. L'essentiel est de ne point trop embrasser, surtout lorsque l'on commence. Cependant sans vouloir ici rien généraliser, je conseillerai aux jeunes gens qui viennent déterminer leur coursclassique, d'employer les deux ou trois premières années de leur cléricature à repasser les principales matières de leurs études ; car quelque succès qu'ils aient pu remporter au collège, ils n'ont reçu que le.-, rudiments des sciences, et la multiplicité des choses qu'ils ont vues, ainsi que la tendresse de leur âge ne leur ont pas permis de se familiariser suffisamment avec les notions premières et élémentaires.

Ce conseil pourra paraître étrange ; cependant je le crois d'une importance majeure et je ne vois rien de plus propre à le faire priser aux jeunes gens, que de leur rappeler ce qui est l'étonnante force de la Société de Jésus. Dès qu'un Novice Jésuite a terminé son noviciat, il consacre plusieurs années à revoir les éléments de toutes choses. Ne nous étonnons pas, si après avoir reçu le sacerdoce, il devient, comme cela arrive le plus fréquemment, un homme éminent. Quelqu'un qui certes n'était ni bigol, ni flatteur et qui se connaissait en politique, ne craignait pas d'affirmer

CONFLUENCES. Gl

qu'avec les Constitutions de l'Ordre de St. Ignace, il pouvait gouvernez le monde d'une manière admirable. Je le crois. Et bien que les oracles des hommes n'aient pas tons le même prix, je n'hésite pas à dire qu'en imitant les Pères Jésuites, en ce qui regarde la direction intellectuelle, on peut gouverner admirablement le monde de la pensée.

En tout cas, si on ne reprend pas ce qu'on a déjà su, et je m'adresse maintenant à tous, il faut, bon gré, mal gré, s'attacher tout d'abord aux livres élémentaires. Les livres élémentaires sont à la science, ce que le lait de la more est à reniant. Ils procurent à l'esprit une nourriture facile et appropriée. Ils renferment la substance môme de la science Ils en sont le grand apprentissage. Ouvrez un livre élémentaire, vous trouverez, de suite, une définition courte, simple et pure de son objet ; la science vous y apparaîtra dans ses divisions naturelles ; elle vous découvrira ses propriétés, ses bases essentielles et premières ; elle vous expliquera son langage ; elle vous familiarisera avec sa terminologie propre ; en un mot elle se dévoilera à vous, si vous me permettez l'expression, dans toute sa nudité.

Lisez les livres élémentaires, me disait un homme, un grand citoyen qui n'est plus, mais dont le souvenir vit dans mou cœur, comme sa mémoire est gravée dans notre histoire, lisez les livres élémentaires, me disait M. D. B. Viger, ils vous ouvriront les grandes routes du vrai. J'aime à me rappeler ces paroles : elle m'ont rendu service. J'aime à les redire aux autres, assuré qu'elles leur feront un grand bien.

Quand on sera certain de posséder les notions essentielles et premières, on passera à des ouvrages d'un plus grand développement et d'une science plus étendue, en ayant soin de les lire d'une manière profitable. Ce qui pourra s'effectuer, d'après le conseil de Mgr. Dupanloup, de la manière suivante :

« Lire avec suite, attentivement, lire doucement, sans précipitation; se nourrir de sa lecture. Réfléchir en lisant; résumer sa lecture, s'en rendre un compte exact, de telle

sWte qu'après avoir lu un livre, on le possède. Et par conséquent, lire ta plume à la main, habitude souveraine : noter, rédiger, pour les préciser et les fixer, ses réflexions ; autrement ton; est vague et s'évanouit.

« El aussi, toujours selon l'illustre ôvèque d'Orléans, faire des Extraits qu'on retrouve au besoin. Si c'est là savoir lire, avouons que ce n'est pas coin mm.

« C'est par l'activité et la réaction qu'on profite et qu'on fortifie son esprit. Autrement il demeure lâche et paresseux, et reste pauvre toute sa vie.

a Pour tout dire, on n'est ricin que de ce qu'on possède et on ne. possède intellectuellement que ce qu'on s'est approprié par le jugement et la réflexion »

Quand l'aigle a rasé de son vol précipité la surface des mers et des plaines ; quand il s'est reposé sur la cime séculaire qui couronne le sommet d'une haute montagne, et que, de cette magnifique position, il a joui de l'aspect d'une contrée, il s'élève mijestueux et rapide jusque dans les p us prodigieuses hauteurs; c'est alors que son œil puissant domine et embrasse l'ensemble du globe.

Tel l'esprit quand il connaît les éléments des choses, quand il s'est familiarisé avec les données générales, doit s'élever jusqu'aux grands principes, afin de les saisir dans leur affinité secrète et dans leur ensemble.

Mais comment procéder alors ? Voici :

Approfondir les œuvres des maîtres, des pères de la science; pour cela, après avoir lu les ouvrages généraux, faire usage des traités sur les questions fondamentales et de polémique, en procédant comme suit:

Lire la préface, si elle est courte; la laisser de côté, si elle est interminable: immédiatement après, faire connaissance avec la table des matières, alors fermer le livre ; essayer de saisir la pensée de l'auteur, c'est à-dire se mettre à sa place et développer rapidement le plan de l'œuvre. Ensuite reprendre le livre pour connaître la division du premier chapitre ; fermer le livre de nouveau ; composer soi-même le sujet de ce premier chapitre avant de le lire. Enfin, conti-

nuer ainsi, article par article, chapitre par chapitre jusqu'à

la fin.

1 ainsi que Balmès etudra.it les grandes questions ; c'est ainsi « que toute lecture devenait pour lui une composition originale et une œuvre critique. »

C'est ainsi que l'éducation intellectuelle se complète; ainsi que le savant se forme, c'est ainsi que le génie se parfait, c'est ainsi que les ténèbres se dissipent etque la lumière se fait. La lecture graduée, la lecture sérieuse, la lecture réfléchie; l'ordre enfiu et la réflexion : tout est là.

Que dirii-je encore ?

Interrogeons la vertu, le talent, Fexpérience et le dévouement les [tins renommés et les plus illustres. Ils nous diront ce qu'il faut faire; ils nous donneront de sages conseils ; iis nous ouvriront les grandes voies du beau, du bien et du vrai.

Interrogeons le sage et pieux Rollin. La voix de l'illustre Instituteur a des accents d'un charme indicible; je ne sais quelle profondeur de sagesse, quel parfum de vertu, quel arôme de foi et de charité on rencontre dans les pages immortelles qu'il nous a laissées. Je viens de relire son Traité des éludes; jamais je ne pourrai dire ce que cette lecture, si souvent répétée, me laisse, chaque fois, d'impressions vives et durables. Ah ! il faut bien que je le confesse, je trouve dans ces pages charmantes ce que la jeunesse catholique réclame si impérieusement aujourd'hui et ce dont je sens, pour moi-même, un si profond besoin : des conseils inspirés aux sources les plus pures et les plus fécondes de l'amour chrétien et patriotique.

Le Chrétien dans le 7nonde, les Heures pieuses, les Hures sérieuses d'un jeune homme et Le livre des âmes, par Charles Sainte-Foi, nous feront aussi un bien incalculable.

J'en dirai autant des Discours sur VElucation, par l'abbé Poullet ; de Y Appel a la jeunesse catholique, du Père Marin de Boylesve; des Lettres d'Ozanam et de celles de Lacordaire. La sagesse semble naitre tout naturellement sous ses pieuses et savantes plumes.

Les Sources du Pèra Gratry renferment une odeur d'éd i ficalion pleine de charmes irrésistibles. C'est dans cotte œuvre si belle qu'on sentira surtout le prix de la prière et

du silence. C'est en relisant ers pages, écrites dans un temps meilleur, que l'illustre auteur lui môme, trouvera, je l'espère, la tranquillité d'âme et la quiétude d'esprit qu'une

déplorable erreur, dont il a été la triste victime, lui a l'ail perdre.

La Lettre de Mgr. d'Orléans, sur les études qui conviennent à un homme du momie, devrait être dans tontes les mains. Mgr. Dnpanloup s'est formé au service de la jeunesse. A une intelligence vaste, élevée et profonde, il ajoute un cœur noble, pur et dévoué. Si quelques unes de ces œuvres portent un caractère de faiblesse, la grande partie sont douées d'une force étonnante, et celle que je recommande présentement est du nombre de ces dernières. En lisant cette volumineuse Lettre, on se sentira encouragé et porté naturellement à l'étude et au bien. A part quelques restrictions touchant la théologie et la philosophie, on peut, sans danger, embrasser tous ses conseils.

De l'esprit chrétien dans les études, par M. Laurentie,quoique destiné plus particulièrement aux politiques, nous sera d'un grand secours. Le célèbre publiciste, avec cettre profondeur de génie qui lui est propre, a sondé le vice radical de l'Education et en a trouvé les remèdes. Gomme le mal est immense, les moyens proposés pour le vaincre appellent des efforts nombreux et persistants : ce qui est coûteux. Malheureusement la société a horreur du travail et de la peine; elle ne veut, elle ne demande que le repos. Le tort de M. Laurentie est d'avoir trop bien jugé son pays et son temps, en lui proposant une lutte courageuse. Il a eu le sort de tous ceux qui, quand il s'agit de la vérité et du bien, ne transigent pas : on l'a placé au nombre des utopistes. Apprenons son utopie ; ayons le courage des choses qu'elle recommande, et nous serons sauvés.

L'Esprit de V éducation, par M. G. Grimaud de Gaux, contient dans ses deux premières parties, savoir : la Science et la Religion, des lumières très-précieuses. Tout le livre

eut d'ailleurs écrit avec une force de raisonnement et une richesse de style qui le rendent lout-à fait remarqn i

El L'An (famver au vrai donc ? 1 lalmès non- y enseignera Pari île lti.Mi penser ; il fixera notre attention, dirigera notre ii 'tel lige n ce el notre volonté ; nous dira, avec le prix, les conditions de la science ; avec la faiblesse, la force de la raison ; avec les misères. 1rs ressources de la nature humaine ; eîi un mot, il nous communiquera nn désir nnlent de posséder la vérité el nous inspirera tontes les grandes et secourables vertus don; nous .indus besoin.

Enfin, car je dois sur ce p »iut. comme sur tous ceux qui vont suivre, limiter les indications, les Discours sur l'amour delà vérité et sur la force morale, prononcés ici-meme, par le vénérable abbé Raymond. Rome vient de payer, aux vertus, aux talents et aux Fervices de cette belle physio mie du clergé canadien un magnifique hommage.

Mgr. Raymond a dévoué sa haute intelligence el son n ; eur à l'Eglise et au Canada ; ses travaux respirent le plus pur amour et renferment une science et une sagi remarquable. En lisant ses ouvrages et, en particulier les deux discours ci dessus indiqués, on sentira que l'âme tonte entière du digue prêtre est passée dansées pages ; ou sentira, surtout, que celte âme est grande et qu'à son coutact, on devient meilleur.

Entrons maintenant, et sans plus tarder, dans la seconde grande division de notre étude : les forces, en commençant, par la Religion.

La religion est ici-bas le premier et dernier mot de ton les choses

Naguère, Messieurs, un homme de talent, notre compatriote et membre de notre " Union," visitait les ruine- fameuses d'un monde qui n'est plus.

Près de l'antique Liban, il y a une ville tombée, reste d'une grande gloire perdue et d'une prospérité éteinte. No-

no-

tre voyageur veut donner à son âme le spectacle de cette splendeur évanouie. Que trouve-t il ? Des murailles détruites, des temples en ruine, des monuments décrépits ; erres, des marbres renversés, des tronçons de colonnes, des débris de statues mutilées. Ce que je vois, se dit il, n'esl pas normal: ces monceaux, ces fragments devaient former jadis de superbes édifices. — Voyons; considérons attentivement ces pierres éparses, et cherchons quelle place chacune d'elles occupait dans l'arrangement primitif, lise met à l'œuvre; il reconstruit, par la pensée, la cité que les siècles ont réduite en poussière. L'antiquité secoue les cendres séculaires où elle git ; ses temples, ses palais, ses monuments, sa magnificence se relève : Bulbcc, étudiée, approfondie et reconstruite par le génie d'un homme, apparaît telle qu'elle fut, riche, brillante et superbe !

Vous m'avez compris, Messieurs, vous dites : Balbec, c'est le genre humain avec son mélange inexplicable de vertus et de vices, de faiblesses et de forces, d'ignorance et de savoir, d'erreurs et de vérités, de biens et de maux : l'humanité c'est un temple en ruine, c'est une ville renversée, c'est un mystère profond, c'est une grande et douloureuse obscurité. Le voyageur éclairé est la Religion dont l'infinie science explique tout, dont les éternels principes rétablissent partout l'ordre, dont la divine morale règle tout d'une manière admirable, dont les grands enseignements brisent, enfin, le redoutable énigme qui enveloppe l'humanité.

Eh bien, vous avez raison, Messieurs, etvous pouvez affirmer, en toute sûreté, que sans les lumières projetées par l'éternel flambeau de la religion sur l'homme et sur la sphère immense où il promène sa vie, nous ne verrions rien, si ce n'est l'impitoyable jeu d'une amère folie.

Folie de l'existence qui commence par les pleurs, qui poursuit dans les larmes et qui achève par des soupirs, une vie faite pour le bonheur ! Folie de l'intelligence qui s'élance sans cesse vers le savoir, pour retonib'r éternellement, ici-bas dans la nuit profonde de l'ignorance ! Folie de la

■volomé qui, admirant, estimant et aimant le Lion, fait le ma: qu'elle méprise déteste i t abhorre ! Folio du cœur qui hait Dii'i:, vers lequel il tend par la loi même 4e sa vie ; folie du cœur q.ui fuit et repousse le frère qu'il sent le nuir dans la sublime harmonie de l'amour ! Folie mystérieuse, perversion étrange de rame, mélange extraordinaire de toutes les choses contraires, qui appelle l'ordre et s'abandonne si volontiers au désordre !

Oui. messieurs, il n'y a que la religion pour nous expliquer le mystère d'une telle folie.

La religion nous montre l'homme, crée dans un état primitif de bonheur, soumis à la grande épreuve du libre arbitre, loi de son être et de sa vie. Elle nous fait assister à ce mémorable conseil dans lequel, le premier père *H la première mère de l'humanité décrètent, d'une commune voix, avec la première désobéissance, le premier désordre. Puis elle nous enseigne comment, l'ordre une fois rompu, la maladie, la souffrance et la mort ; la perversion, la malice et le péché ; la faiblesse, le malheur et les misères de toutes sortes; l'ignorance, l'inconnu et le mystère envahissent tout et nous livrant une guerre si acharnée et si persistante. Elle nous donne sur les anomalies, les contradictions et les ah rations de notre nature, dos lumières assez vives et des enseignements assez profonds pour nous permettre de poursuivre, avec sécurité, dans notre chemin la voie qui mène au bonheur. Enfin, nous parlant du [dus grand concordat réalisé dans le temps, elle nous révèle Jésus-Christ et son immortelle Eglise, et ainsi, elle établit notre vie sur une base d'une ineffable béatitude, car elle la pose alors sur le phare même de l'éternelle vérité.

La religion, messieurs, c'est avec tout cela, bien plus encore. Elle est le fondement essentiel de la famille, la pierre angulaire de l'état, le lien naturel et indestructible dos nations !

La religion est la lumière de l'esprit, la flamme du cœur, la puissance de la conscience, la loi des mœurs, l'autorité ■du caractère, le secours de la vertu, la grâce de la sainteté.

Par elle, l'homme so forme et se prépare an service de la patrie terrestre ; par elle, il se forme et se prépare à la céleste patrie.

l'ai- elle, l'humanité entre et s'établit, ici-bas, dans ses voies; pai* elle, l'humanité entre et s'établit dans l'éternité

La religion ! mais n'est-elle pris « l'harmonie de toutes la nobles puissances, de toutes les grandes facultés de la nature humaine ? )> n'est elle pas enfin la grande force d'attraction qui unit l'homme à Dieu, la terre au ciel, le temps à l'éternité

Delà dans les études religieuses une force sans pareille pour arriver à la vérité.

Pourtant, où en sommes-nous à cet égard ?

Je laisse le soin de répondre à Mgr. Dupanloup ; ce qu'il dit de son pays, me semble convenir parfaitement au nôtre.

« S'il y a une chose qui parfois me contrisle profondément et m'alarme pour l'avenir religieux de ce pays et le salut éternel des âmes, c'est de voir le pou qu'on sait, et le peu qu'on fait pour savoir quelque chose en religion ; c'est de voir tant de chrétiens ne pas comprendre la rigoureuse obligation que nous imposent sur ce point capital, le malheur des temps où nous vivons et les luttes présentes.

« Je ne craindrai pas de le dire pour l'avoir expérimenté trop souvent, il y a, aujourd'hui, parmi nous, en matière de religion, une ignorance déplorable. J'ai rencontré souvent pour ma part, même chez des hommes très instruits d'ailleurs, môme chez des personnes chrétienneset pratiquantes, de véritables profondeurs d'ignorance à cet endroit.

«On ignore tout de sa religion : on ne sait rien, ou presque rien de ses enseignements quelquefois les plus essentiels, rien de sa constitution, rien de sa lithurgie, rien de ses preuves, de ses droits; de son action dans le monde, presque rien de ses origines, de son histoire, de l'histoire même de Jésus Christ ; on ne cornpiend pas ses intérêts les plus évidents ; on est incapable de les servir et de les défendre. Et, s'il y a une chose qui paraisse superflue à bi aucoup de gens irréfléchis, et dont la pensée ne leur vienne/

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