PROBABILITÉ DU FAIT DE LA RÉVELATION
Chercher si un fait est possible, chercher s’il est probable, sont deux questions fort différentes. On comprend facilement qu'il est inutile de traiter de la probabilité, si la possibilité est incertaine ; mais on comprend tout aussi ai-
0e sément que la première exige plus que la seconde. Pour établir la possibilité d’un fait, il suffit de montrer qu’il n’enferme ni contradiction, ni répugnance ; mais, pour nous convaincre qu'il est probable, il le faut étudier dans ses rapports nombreux avec tout ce quis’y rattache, le rapprocher de ses causes, et l’envisager dans les circonstances variées de temps, de lieu, de desseins, d'actions, de personnes.
C’est seulement après cet examen complet qu'il est permis à la prudence de juger, à la raison de décider s’il est probable, et quel est le caractère et le degré de sa probabilité; s’il approche de la certitude, s’il est sur le point d’y parvenir et de l’atteindre, ou s’il s’en tient à une distance plus ou moins considérable.
C'est pourquoi, revenant au sujet de ces Conférences, rappelons-nous ce que nous avons démontré, et voyons comment désormais nous pourrons continuer le lissu de notre argumentation.
Nous avons démontré qu’au nombre des droits incontestables du Dieu suprême, il nous faut mettre le pouvoir et l’autorité de parler au
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genre humain un autre langage que celui qui retentit dans l’univers et dans la conscience, et qui se réfléchit dans ce flambeau dont la lumière brille en nos âmes, et nous rend intelligents et raisonnables ; et conséquemment nous avons démontré que Dieu est parfaitement libre de nous obliger à croire-des vérités ajoutées à celles que la nature connaîtrait par elle-même, et de nous imposer l’obéissance et la soumission à des devoirs qui ne sont pas compris dans ceux que prescrit la raison.
Il nous reste donc, pour procéder avec ordre, à rechercher s'il a jugé à propos de se prévaloir de ce droit, si, par le fait, ils’en est prévalu, et s’il paraît probable à la raison qu’il en ait fait usage.
Je partirai de cette dernière question; et, mettant pour le moment de côté la question de fait, je traiterai la uuestion de la probabilité, et Je tâcherai de dé:ontrer avec évidence qu’il est souverainement probable, pour ne pas dire certain, que Dieu, aux témoignages écrits et visibles dans le grand livre de la nature, dans le livre intime de la conscience, dans la lumière
#4 ee HÉPAS dé ge 4 | | Ses | même de la raison, en a ajouté d’autres pour | ic | diriger l'intelligence dans sa foi, pour régler la é ç' | volonté dans ses actes. | Mettez en regard, en effet, et comparez l’or- de dre physique, perçu par les sens, et l’ordre re- La | ligieux, qui s'élève au-dessus de leur portée; et, | de la conduite que Dieu a suivie à l'égard du | premier, concluez, suivant les règles de la pro- | ” | babiïiité et de la vraisemblance, celle qu’il tieni à ” | à l'égard du second. | es | Eh bien! est-ce que par hasard Dieu, dans ce ci monde physique ei sensible, s’est restreint au d'o pur nécessaire; et n’a-t-il pas donné avec ma- fn gnificence tout ce que nous pouvons désirer en Dre outre d’utile ou d’agréable? II faudrait, certes, ni être bien novice dans la connaissance de ce ricl monde des sens pour affirmer que Dieu n’y a Fe pas dépassé les limites de la nécessité et des !
besoins de l’homme.
Et, en effet, à quoi se réduit le nécessaire pour les yeux? À la lumière. Et pourquoi donc cette richesse infinie de teintes, cette variété des couleurs, la grâce de leur mélange, et le contraste de leurs ombres, tantôt légères et dé-
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licates, tantôt fortes et profondément accusées? C'est que Dieu est magnifique, est généreux, est libéral; c’est qu’il ne se contente pas du nécessaire, et qu'il nous prodigue et l’utile, et le beau, et tout ce qui nous peut servir.
A quoi se réduit le nécessaire pour la vie ?
À bien peu de chose : à l'air que nous respirons, à l’eau qui nous désaltère, aux végétaux qui servent à notre nourriture. Et pourquoi donc ces saveurs exquises, ces fruits variés, cette abondance de liqueurs, cette multitude d'oiseaux, de quadrupèdes, et l’innombrable famille des poissons ?: C’est que, au lieu de prendre pour règle de ses largesses le strict nécessaire, Dieu les mesure à ses trésors, à ses richesses, à cette infinie bonté qui veille sur nous avec amour.
À quoi se réduit le nécessaire pour l’ouie? A l'organisme de la voix et à l’air qui sert à sa propagation. Et pourquoi donc tant de ravissantes mélodies, d’harmonieux concerts, de chants magnifiques, et toutes ces jouissances variées que produisent des sons faibles et forts, suaves et énergiques, délicats ct retentissants ? C'est