‹ Conférences prononcées dans l'église du Gesù à Rome pendant le Carème de 1851 [microforme]Chapitre 17 sur 49 · DAT · texte numérisé non relu

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der de plus. Une conclusion de cette espèce ne se relie nullement à ce qui précède; elle est trompeuse, elle n’accuse que l'ignorance et la légèreté. Je crains, en second lieu, que l'on n'ait pas assez réfléchi aux propriétés essentielles des connaissances et des devoirs religieux, et que l'on ne distingue pus suffisamment la raison humaine considérée idéalement et d’une manière abstraite, de la raison humaine envisagée en elle-même et dans la réalité du fait. Et que cette crainte ne soit pas vaine, je me flatte de le démontrer avec évidence, pourvu que l'on me prête attention.

Quelles sont, en effet, les propriétés essenlielles üe: connaissances et des devoirs dont l’ensemble constitue la religion, et qui servent de règle à notre vie religieuse ? On ne saurait douter que les connaissances religieuses ne doivent être universelles, certaines, et exemptes d’erreur. Elles doivent être universelles, car la religion est une obligation inhérente à la nature humaine; elles doivent être certaines, car elles ont la gloire de servir de règle à la vie religieuse ; elles doivent être exemptes d'erreur,

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car autrement, loin d’être la source de la piété et de la religion, elles donneraient naissance à des superstitions impies. Elles doivent être universelles et s'étendre à tous les temps et à tous les lieux, parce que, en tout temps et en tout lieu, c’est pour les hommes une obligation rigoureuse d’honorer Dieu par les actes de la religion. Elles doivent être certaines, parce qu'une connaissance certaine seule est eflicace, seule est agissante, et mérite l’assentiment de la raison. Elles doivent être exemptes d'erreur, car ce mélange impur les dépouillerait de leur évidence, de leur certitude, de leur stabilité, de leur uniformité, de leur puissance.

Et maintenant, si telles doivent être les propriétés des connaissances religieuses, pourronsnous encore regarder comme suffisantes celles que propage la triple voix de la nature, de la conscience, de la raison ? Non, je n'hésite point à le nier, pourvu que l’on distingue, comme il est juste, la raison humaine considérée idéalement et d’une manière abstraite, de la raison humaine considérée telle qu’elle est en ellemême et dans la réalité du fait.

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La raison humaine, si nous la considérons dans son idée abstraite, nous apparaît comme un flambeau d’un éclat pur et limpide à tous les degrés ; elle suffit à tous ces actes nécessaires, à toutes ces connaissances que réclame notre nature. Elle se présente à nous comme nous apparaît l'idéal d’un concert, d’un palais, d’une figure humaine où tout est perfection, tout est grâce et beauté, tout est conforme à toutes les règles, à toutes les lois du goût. Mais dans le fait est-ce bien ainsi qu'elle est en ellemême? Répond-elle à cet idéal que nous nous en formons ; en est-elle la reproduction fidèle et la complète expression ? Empruntons notre réponse d’un côté aux œuvres de l’art, de l’autre à l’expérience et à l’histoire.

Est-ce la nature des œuvres de l’art de reproduire l’idéal sans s’en écarter d’une ligne? Plût à Dieu qu’il en fût ainsi, nous ne posséderions que des chefs-d’œuvre; la peinture n’aurait que des merveilles ; la musique ne produirait que des merveilles ; l'architecture ne nous offrirait que des merveilles ; et pourtant les produits des beaux-arts sont, pour le plus grand

ER eee nombre, tout autre chose que des prodiges. Et celles-là même que nous admirons, ces rares merveilles du génie, il s’en faut bien qu’elles atteignent à l’excellence de l'idéal ; tant il est faux de conclure de l'idée au fait, de labstraction à la réalité ; et conséquemment de la raison considérée dans son idéal à la raison telle qu'elle est en clle-même.

Eh bien! parce que je ne refuse pas à la raison idéale de suffire à tout, parce que je lui accorde une sorle de toule-puissance, et conséquemment le pouvoir de produire des connaissances religieuses universelles, fermes, constanleset parfaitement exemptes de l'ombre même de l'erreur, en devrai-je nécessairement conclure qu’elle possède encore la même puissance et la même étendue quand je la considère en ellemême et telle qu'elle se rencontre dans la multitude infinie des individus humains? Certes, et l'induction et l'analogie, loin d'appuyer cette conséquence, la détruisent et l'anéantissent entièrement.

Cette conséquence est renversée et anéantie avec plus de clarté encore par l'expérience et

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par l’histoire. Que nous enscigne l'expérience? que nous raconte l’histoire? Voici les enseigne ments de l’expérience. Elle nous montre le développement de l'intelligence variant à l'infini, non-seulement suivant la différence des races, des climats, des royaumes et des cités, mais encore entre les différents individus. Elle nous apprend que chez un très-grand nombre ce développement est tardif, faible, incertain; elle nous apprend que le plus grand nombre des hommes ne peut qu’à peine s'élever au-dessns des sens, et se faire des idées nettes et distinctes de Dieu et des devoirs; elle nous apprend que l'immense majorité des hommes, contraints de pourvoir aux nécessités de la vie, n’ont ni le pouvoir ni la volonté de se livrer à ces nombreuses recherches, que cependant réclame indispensablement tout système de connaissances religieuses ; elle nous apprend qu'abandonnés à eux-mêmes, les peuples mélent à un petit nombre d'idées vraies une foule de mensonges et d'erreurs ; elle nous apprend que l’enseignement philosophique, que la raison comme instrument, par le fait, n’ont jamais servi et

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