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ne sauraient, par leur nature, convenir à l’éducation morale et religieuse des peuples.
Tels sont, et il y en aurait bien d’autres dans le même sens, les enseignements de l’expérience, ave’ lesquels s’accordent parfaitement et la voix et les témoignages de l’histoire, témoign® es sinombreux et si uniformes, que l’on peut établir comme un théorème historique démontré que le genre humain, laissé à lui-même sans le secours et l'appui d’une Providence extraordinaire et bienfaisante, loin de se suffire à lui-même, tombe au contraire dans les erreurs religieuses les plus mensongères et les plus absurdes.
Si donc il est vrai que la triple voix de la nature, de la conscience et de la raison est nécessaire pour la religion ; s’il est vrai que l’on peut même la regarder comme suffisante, lorsque l’on ne considère que la raison idéale, il n’en est pas moins complétement faux qu’elle puisse suffire, si l’on considère la raison telle qu'elle est par le fait, telle qu'elle se manifeste et se développe dans les races humaines.
Il s'ensuit, ou que Dieu a suppléé à sa fai-
blesse, à son insuffisance, par d’autres voies, par des manifestations en dehors de ses manifestations naturelles, on que le genre humain, en ce qui concerne la religion, doit désespérer de lui-niême, et s’enfermer misérablement dans des ténèbres non moins épaisses que pernicieuses. Nous préserve le ciel de prononcer une telle sentence ! Qui donc oserait professer tant de mépris pour la race humaine, et si peu de confiance en la bonté infinie de ce Dieu, notre père par la création, et, par les soins d’une amoureuse Providence, notre protecteur et notre gardien”?
Concluons donc que, si cela n’est pas certain, au moins est-1l souverainement probable que Dieu, dans l’ordre religieux, n’a pas déployé moins de libéralité et prodigué moins de bienfaits que dans l’ordre matériel et sensible, et qu'ainsi il est des témoignages qui s'ajoutent aux témoignagesde la nature, lumières qui nous guident et lois qui nous gouvernent.
Si done, etnous restreignons le plus possible nos conclusions, il est pour le moins souverainement probable que Dieu, gar d'autres témoi-
— 89 — gnages que ceux de la nature, s'est manifesté lui-même et a fait connaitre au genre humain ses conseils et ses volentés, quel jugement porter de ces hommes qui songent à tout autre chose qu’à s'assurer de ces manifestations divines, et se contentent de répéter avec assurance qu'ils trouvent en eux-mêmes, et dans les lumières de leur raison, tout ce qui leur est nécessaire pour leur conduite religieuse etpour l’accomplissement de leurs devoirs et de leurs obligations envers Dieu? Pourrons-nous nous empêcher de dire qu’ils sont malheureux et imprudent(s ?
Car c’est uné imprudence de ne tenir aucun compte des probabilités, imprudence d’autant plus grande, que ces probabilités sont plus évidentes et plus certaines ; c’est une imprudence de mépriser les conjectures, et c’est une imprudence impardonnable quand le nombre en est presque infini, quand leur poids et leur valeur les élèvent presque jusqu’à la force d’une démonstration rigoureuse. Eh bien! qu’avonsnous fait jusqu'ici? Nous avons amassé des conjectures innombrables, et graves, et déci-
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sives, et nous avons dû en inférer qu’il est sinon certain, du moins souverainement probable, que Dieu ne s’est pas contenté des seuls moyens naturels pour gouverner l'ordre de la religion. Îls sont donc coupables d'imprudence, et d’une inexcusable imprudence, ces hommes qui, sans tenir compte de toute la force de ces conjectures, négligeant toutes ces vraisemblances sur lesquelles repase la probabilité du fait, se contentent de nous répéter qu'ils n’ont pas d’autres recherches à faire, que les enseignements de leur raison elur suffisent.
Hommes imprudents et téméraires! et nonseulement imprudents et téméraires, mais misérables et infortunés ! Ce n’est pas seulement l’homme qui souffre que l’on peut appeler malheureux : il l’est aussi, celui qui s'expose au danger de souffrir. N’est pas malheureux seulement l’homme qui porte le poids de la colère divine, mais encore celui qui ne fait rien pour s’en préserver. Or, que font ces hommes dont nous venons de parler? Ils s’exposent au péril manifeste de transgresser les préceptes divins, et, dans leur audace, ils ne prennent nulle précau-
tion pour ne pas renverser cet ordre, qu'il est souverainement probable que Dieu a décrété. Ils nous disent par leur conduite : «Je ne m'’inquiète pas des desseins de Dieu, et peu m'importe de savoir quels peuvent être ses conscils! » Fatale indifférence! et qui peut être cause que Dieu dit à son tour: « Ni moi non plus je ne songe pas à vous! ou, si j'y songe, c'est seulement en juge vengeur, et non en père auront et miséricordieux. »