‹ Conférences prononcées dans l'église du Gesù à Rome pendant le Carème de 1851 [microforme]Chapitre 2 sur 49 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le rapprochement établi par le rédacteur de la Civittà entre les conférenciers de France, d'Angleterre et d'Italie, vient de luimême à la pensée. À la seule annonce de nouvelles Conférences religieuses , l'attention s’éveille, la curiosité est excitée : on veut savoir comment des esprits si différents d’ori-

ed gine, d'éducation, de position, ont envisagé ces grandes questions de l’apologétique chrétienne. On aime, sous la variété des sujets, des formes, et sous toute la libre allure de génies divers, à retrouver ce fonds commun et invariable du christianisme et de la démonstration évangélique. On aime à voir comment l’apologétique, en des mains habiles, sait se plier à toutes les exigences des temps, des lieux et des peuples.

Autre est le langage du R. P. Lacordaire, autre celui du R. P. de Ravignan, autre celui du P. Newman; et je ne sais rien à la fois de curieux et de touchant comme ce scrupule de l'illustre converti à l'annonce

de la traduction de ses Conférences aux ca-

tholiques et aux protestants. Il craignait,

en établissant l'autorité de l'Église chez un peuple où l' athéisme est inconnu, d’ébranler par les mêmes arguments la croyance à Dieu dans notre > patrie, ou de fournir des arines

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aux impies qui l’attaquent. Grâces à Dieu nous ne sommes pas encore un peuple athée, et tout autre est le sens des Conférences sur . Dieu, du R. P. Lacordaire.

Le P. Passaglia vient à son tour, et, dans son œuvre comme dans celles de ses célèbres rivaux, nous pouvons découvrir un reflet des esprits auxquels il s'adresse : c’est une révélation de l’état des âmes en Italie. le ne sais si Je me trompe, mais, quelque soin qu’il mette à combattre le rationalisme, on sent, en lisant ses Conférences, qu'il s'adresse à des chrétiens; qu’il réveille, qu'il fortifie la foi plutôt qu'il ne travaille à la faire naître. Il y a là des fidèles, exposés sans doute, ébranlés peut-être et chancelants ; il n’y a point d'ennemis, point de lutte, point de combat. Son succès démontre qu’on ne saurait attribuer ce caractère de ses discours aux habitudes du professeur, aux

bienveillantes dispositions de son âmo : il

n’a pu réussir à ce point qu'en entrant dans la pensée de ses auditeurs, en saisissant la question au point précis où ils se la posaient

à eux-mêmes.

Aussi, bien que l’apologétique soit devenue, en Italie même et à Rome, une triste nécessité de notre époque, on n’en saurait conclure, ce me semble, que la foi y ait reçu du rationalisme autant de blessures que dans le reste de l'Europe. La plaie est plus récente, elle est moins profonde ; des mains habiles autant que charitables se chargent d'y porter remède. Laissez-nous cette douce espérance : cette patrie de la foi et des vertus n'aura pas besoin de descendre jusqu’au fond de l’abîme de l'erreur pour apprécier, pour aimer la vérité, et s’y attacher de nouveau.

L'œuvre du P. Passaglia nous offre un caractère bien rare dans notre siècle, Dans sa brieveté, elle embrasse les questions les plus importantes de l’apologétique, ou plutôt c’est

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un Cours complet d’apologétique. Rien n'y 1 manque : vous y trouvez la préparation évangélique et les inductions, la démonstration « et les preuves rigoureuses. Vous partez des É droits de Dieu, de la possibilité de l'autorité 1 et de la révélation; et, passant par les © preuves que le christianisme tire du grand { miracle de son établissement, de sa diffusion merveilleuse, des changements qu'il | opère dans le monde, vous arrivez aux 1 preuves primitives et fondamentales des mi- “racles et des prophéties, et à celte figure céleste du Sauveur, de l'homme-Dieu, qui ‘scelle de sa propre divinité la divinité de son œuvre. La progression est régulière et ' onstante; vous diriez un livre d’un seul jet Ælutôt qu’une suite de Conférences détachées;

Œhacune, au fait, n’est qu'un chapitre du

#léveloppement d’une seule et même pensée

% Comment embrasser un si vaste sujet

ans un si petit espace ? C’est l'avantage de

la méthode de l’auteur, et l'intérêt de son livre. Laissant de côté les questions de détail, les recherches d’érudition, les faits qui se trouvent recueillis partout, il s’est attaché à mettre en lumière la philosophie de l’apologétique, le côté logique et rationnel des preuves, leur enchaînement, leur déduction, leur progression croissante. C’est grâce à ce procédé qu’il a pu, sans sortir un instant de son plan général, renfermer dans le cadre étroit d’une seule Conférence un traité complet de l’Incarnation.

= Et que l’on ne redoute pas la sécheresse des recherches philosophiques. Le P. Passaglia ne procède pas par abstractions, par synthèses compliquées, par analyses trans-

cendentales : il s'adresse à la zsison de tous

les jours, au grand maître de la vie hu- M4

maine, au bon sens. C’est bien à lui, en effet, qu’il appartient de prononcer sur ce

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celui qui domine tous les autres et règle notre vie tout entière. Clarté, simplicité, lucidité parfaite, évidence irrésistible du bon sens, voilà ce que vous trouvez à chaque page. C’est là ce qui lui tient lieu de ces mouvements de la passion et de l’éloquence auxquels il aurait pu s'élever, comme le prouvent, en particulier, plusieurs passages de la septième Conférence, et la dixième tout entière. Il a mieux aimé éclairer et convaincre qu'émouvoir et entraîner.

Il est un autre mérite de son œuvre qui ne sera pas aussi facilement apprécié du lecteur. Le P. Passaglia est, depuis longtemps, célèbre pour l'élégance de sa diction. Il parle à son Cours de théologie dogmatique, au Collége Romain, la langue cicéronienne.

Autant qu’il nous est donné d’en juger, il n'est pas au-dessous de lui-même quand il emploiesalangue maternelle. Un descharmes

de ses Conférences est ce style à la fois nom-

mn 4 breux, savant, cadencé; cette phrase aux membres parallèles, où la pensée se développe avec ordre et précision, et s'exprime dans ses moindres nuances, sans sécheresse toutefois : loin de là, tout est semé de grâce, d'élégance, de suavité. Habitué à la sobriété de notre langue, on serait tenté de lui en faire un reproche, s'il était un seul mot inutile, une seule fleur qui ne servit à donner à la pensée plus de clarté ou de relief.

Voilà ce que j'aurais voulu rendre dans ma traduction : un plus habile y eût réuss ; bien souvent j'ai senti que cette tâche était au-dessus de mes forces. La langue ne me fournissait pas assez de tournures différentes, pas assez de formules logiques :

son impatience se pliait mal à la cadence grave et compassée, et cependant parfaitement élégante et fleurie, du modèle. Je tenais à le reproduire lui-même, et non pas à don-

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sue UE on ner une simple imitation de son œuvre : je n’ai,pas craint, pour atteindre ce but, de laisser souvent à ma phrase une tournure étrangère. Il me semble, en relisant, que la traduction'y perd sans que l'original y gagne. On trouvera dans cette traduction la pensée tout entière du philosophe, l'œuvre du théologien et de l’apologiste : ce serait une injustice de prétendre juger d’après elle le P. Passaglia comme écrivain et comme

orateur.

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