‹ Conférences prononcées dans l'église du Gesù à Rome pendant le Carème de 1851 [microforme]Chapitre 22 sur 49 · CD · texte numérisé non relu

CD

lâtrie fut-elle soumise à l'examen, que les peuples civilisés la répudient, qu’elle devient l’objet du mépris et de lanathème des nations éclairées. Il est donc prouvé, par l’expérience, que jamais consentement trompeur et mensonger ne fut garanti par les signes que nous exigeons.

Le raisonnement, à son tour, démontre qu’un tel consentement n’a jamais existé et ne se pourra jamais rencontrer. Et, de fait, le concours des indices négatifs prouve que ce consentement ne saurait provenir de l'erreur; et le concours des indices positifs démontre qu'il ne peut être que l'effet de la vérité. Ramenez votre pensée sur ces deux classes de signes que nous avons indiqués, pesez-les, étudiez-les, et vous ne pourrez vous empêcher de nous accorder ce que nous affirmons, c’est-à-dire de nous accorder qu’un consentement marqué de tous ces signes, appuyé sur ious ces indices, ne soit une preuve invincible de vérité.

Mais, s’il en est ainsi, serrons notre argumentation, et réduisons toute la question à ces termes : que le genre humain, depuis son ori-

gine, en tout temps, en tout lieu, se soit toujours accordé à reconnaitre des manifestations divines distinctes de celles qui brillent dans le grand livre de la nature; c’est un fait historique aussi certain que le règne d’Alexandre ou la dictature de César; il n’est pas plus certain que les Grecs ont eu des lois ajoutées aux lois naturelles, et que les Romains ont été régis par un code civil et militaire distinct du code de la

nature.

Si le fait est certain, si le fait est incontestable, il n'y a plus de difficulté que pour préciser quelle est au juste son importance, quelle

valeur il faut lui donner. Mais la valeur du fait doit correspondre à sa cause : elle sera souveraine et absolue, si cette cause est la vérité ; vaine et nulle, si cette cause est le mensonge et l'erreur. Toute la question se réduit donc à rechercher laquelle des deux est la véritable cause, et si le fait du consentement universel doit s’attribuer à l'erreur ou à la vérité. Or, tous les signes, tous les indices négatifs et positifs, graves et légers, obscurs et évidents, nous attestent que l'erreur et le mensonge ne peuvent

— 9ù — être la cause véritable d'un tel fait, d’un tel consentement.

Et, en effet, que trouvez-vous, dans ce consentement, d'opposé à la nature divine, à la nature humaine et aux lumières de la raison?

Ou plutôt, qu'y trouvez-vous qui ne convienne également et à la nature de Dieu, qui veille avec amour à l’éducation de la grande famille humaine; et à la nature humaine, qui y trouve l’aide et le secours dont elle a besoin ; et à la raison, forcée de reconnaitre l’opportunité de manifestations divines plus éclatantes encore que celles de la nature? Le perfectionnement des sciences, le développement de la culture intellectuelle, le progrès de la civilisation, auraient-ils découvert, par hasard, que ce consentement doive s’attribuer à l’imposture, à l'ignorance, à la barbarie? Interrogez l’Amérique, et surtout écoutez l’Europe, le siége véritable et la noble patrie des sciences, des lettres et de la civilisation. Que répond l'Amérique, et que vous dit l’Europe? Elles n’ont qu’une même voix, avec l'Asie toujours dans l’enfance, et l’Afrique encore au berceau. L'Américain,

mm DO — l'Européen, d’accord avec les fils de l’Afrique et de l’Asie, nous affirment et nous répètent que Dieu a daigné se manifester à l’homme par un autre langage que le langage de la nature ; qu’il y aurait folie et témérité sans pareille à le nier ou seulement à le révoquer en doute ; que, parmi les vérités qui nous sont connues, aucune n’est mieux appuyée, aucune n’est plus évidente.

Done, tous les signes capables de distinguer le consentement véridique du consentement trompeur sont pour nous; et, nous n’en saurions douter, la vérité seule a pu réunir tous les hommes dans cette croyance universelle, que Dieu, par d’autres témoignages que ‘ceux de la nature, s’est manifesté lui-même, et nous a révélé ses desseins, les devoirs qu'il attend de nous, la forme de notre culte et de notre religion. On ne saurait donc le nier, on ne saurait se refuser à cette conclusion ou la combattre, sans se révolter contre la vérité, s'abandonner à l'erreur, se soustraire aux bienfaits de la divine Providence, et tomber sous les châtiments de la justice divine.

pus lle,

eux

ous | de ‘elirait tre, ner | dients

Et, puisque nous en sommes à traiter ce point d’une gravité, d’une importance souve-

raines, et d’où dépend la direction religieuse de

notre vie et la destinée suprême qui nous est réservée, je ne me contenterai pas de ce que j'ai dit jusqu'ici : je veux ajouter lumière à lumière, je veux pousser plus loin encore mes démonstrations. Si le consentement du genre humain prouve et établit invinciblement que Dieu s’est révélé à nous par d’autres voies que celles de la nature, le consentement des peuples chrétiens n’a pas moins de force, n’est pas d’une moindre valeur. Je prétends démontrer que tel est le caractère, telle est la force de ce consentement des peuples chrétiens, qu’il faut de toute nécessité s’y soumettre, et qu’on serait inexcusable de lui résister.

Mais, avant tout, cet accord des peuples chrétiens existe-t-il? Oui, certes, il existe, et son existence est appuyée sur des preuves si nombreuses et si claires, qn’il serait impossible d’en souhaiter de plus invincibles.

Il est attesté par le nom même de chrétiens, célèbre depuis dix-neuf siècles ; il est attesté

D En re

par les cinq parties du globe, sur lesquelles est répandue la société chrétienne; il est attesté par les temples, les autels, les rites sacrés, les cérémonies, les catacombes; il est attesté par les actes des conciles, les écrits des Pères, les ouvrages des saints docteurs ; il est attesté par la musique, la peinture, la sculpture; il est attesté par le glorieux témoignage des martyrs, par la succession des évêques, par le corps du sacerdoce et la brillante variété des ordres religieux ; il est attesté par les codes romains et barbares ; il est attesté par les histoires juives, profanes et ecclésiastiques; il est attesté’ par cette preuve splendide entre toutes, le Vatican! Il existe donc un consentement, il existe donc un accord des peuples chrétiens,

Mais quel langage nous tiennent-ils ? quel est l’objet de ce témoignage? sur quoi porte cet accord ? Ils sont unanimes à attester que Dieu, il y a aujourd’hui dix-neuf siècles, s’est révélé au monde d’une manière toute nouvelle et surprenante; que, par le ministère de Jésus de Nazareth et de quelques hommes choisis par lui, il a fait retentir dans tous les coins de la

‘terre quelle est l’origine, quelle est la destinée du genre humain; ce qu’il attend lui-même des hommes, le culte qu'il exige, la religion qu'il réclame ; que les apôtres choisis par Jésus ont tellement rempli leur ministère, qu’à partir de ce moment la société chrétienne fut grande, fut célèbre dans le monde, se développa avec le cours des siècles, et bientôt nous apparait presque seule digne du nom de société, seule s0ciété vraiment universelle.

Et, maintenant, si tel est le témoignage unanime des chrétiens, quelle estime en devonsnous faire, quelle valeur lui faudra-t-il donner ? Rien ne saurait lui être préféré, rien ne saurait égaler sa valeur, et nous ne pouvons nous dispenser de le considérer comme une preuve décisive et invincible.

Considérez en effet ces témoins, et ne vous contentez pas de les compter, appréciez surtout les qualités qui les distinguent.

Leur nombre est presque infini, ils embrassent toutes les parties du globe. Quel est le peuple, quelle est la nation, quelle est la race, qui ne soit témoin du fait solennel de la révé-

lation chrétienne? Témoins les peuples des îles et ceux des continents ; témoin l’Africain qui se rencontre ici avec l'habitant de l'Océanie; témoin la Chine d'accord avec l'Europe; témoins les enfants de Sem, unissant leur voix à la voix des fils de Cham et de Japhet! Toutes les langues, toutes les nations, sont les témoins de la révélation chrétienne. Pourriez-vous exiger des témoins plus nombreux ?

IL n’est pas moins impossible de demander à des témoins des garanties plus complètes. Réclamez-vous la science ? Mais est-il une science, est-il une philosophie en dehors du christianisme? Exigez-vous la connaissance de la cause? Mais que d'études pendant tant de siècles pour découvrir la vérité et éviter les piéges de l’erreur ou de l’imposture! La piété? Mais où jamais a-t-elle brillé d'un plus vif éclat que dans la société chrétienne? Demandez-vous qu’il y ait entre eux divergence de génies, de caractères, d'intérêts? Mais le christianisme compte dans son sein les peuples les plus variés, les plus opposés de génie, de caractère et d’intéréts. Voulez-vous des discussions, des disputes, des

oppositions violentes? Mais la chrétienté, d'accord tout entière pour attester le grand fait de la révélation chrétienne, se partage sur tout le reste en fractions rivales, hostiles, acharnées les unes contre les autres. Le nestorien combat contre le monophysite; le photien est aux prises avec le melchite; l'Orient, divisé en luimême, est en lutte contre l'Occident, et l’Occident à son tour se divise, et, sous des bannières opposées, des camps divers se livrent d’innombrables combats. L’anglican est aux mains avec les puritains ; ils s'unissent contre les quakers; les méthodistes font camp à part; les luthériens se maintiennent dans leur isolement ; les

baptistes se livrent à leurs frénésies ; les catholiques, unis entre eux, soutiennent les assauts de tous.

Après cela, on ne nous refusera pas le droit de faire ce raisonnement : un fait certifié par des témoins presque innombrables, que leur science, leur probité, leur connaissance de la cause, la variété des caractères, l’opposition des intérêts, leurs discussions enfin et leurs débats, mettent au-dessus de toute exception; un

fait ainsi garanti est un fait incontestable. Mais que Dieu, par le ministère de Jésus de Nazareth, se soit manifesté au genre humain, qu'il lui ait révélé ses conseils, qu’il lui ait imposé une forme particulière de religion et de culte ; c'est un fait que nous attestent des témoins innombrables, illustres par leur science et leur probité, célèbres par leurs études ct leurs travaux à la recherche de la vérité, nés sous tons les climats, de génies divers, d'intérêts opposés, fameux enfin par leurs contestations, leurs luttes, leurs défis, leurs combats. Donc le fait de la révélation divine, par le ministère de Jésus de Nazareth, doit être tenu pour indubitable et parfaitement certain, et on ne saurait le nier sans encourir le reproche d'audace, de légèreté, de témérité indigne de toute excuse.

Quelle sera donc maintenant notre manière d’agir envers ces hommes qui ne craignent pas de mettre le christianisme au nombre des fables, des impostures, des institutions vieillies et surannées ?

Avant tout, nous leur conseillerons l'usage de leur jugement et du simple bon sens; et,

s'ils refusent, nous cesserons de leur en faire le reproche. La prudence, la raison, le bon sens, nous commandent, lorsqu'il s’agit de faits, de nous en tenir aux témoignages décisifs, de les respecter, d’y conformer nos pensées et nos paroles. La révélation chrétienne est un fait, et un fait qui n'est pas d’une autre espèce que la législation de Solon ou de Lycurgue : il faut donc nous en lenir aux témoignages ; et, s'ils le méritent, ajouter foi aux dépositions des témoins. Agir autrement, c'est renverser les règles de la vie humaine, contredire la raison, rejeter la prudence, substituer au jugement, au bon sens, le caprice et la passion. Or, quels témoignages sont plus magnifiques, plus décisifs, que ceux qui nous assurent de la révélation chrétienne? C’est donc faire œuvre de jugement et de sens que de s’y soumettre, les suivre, vénérer le christianisme et en faire profession.

Que si on refuse de le faire, il ne reste plus qu’à passer des conseils et des avertissements aux paroles de blâme et de reproche. Car il ne mérite autre chose celui qui, loin de céder à tant de lumière et de se rendre à tant d’évi-

dence, renonce à sa raison pour suivre l’arrogance de son cœur et les fantômes d’une imagination trompeuse et abusée.

Page 1