‹ Conférences prononcées dans l'église du Gesù à Rome pendant le Carème de 1851 [microforme]Chapitre 23 sur 49 · VÉRITÉ DU CHRISTIANISME PROUVÉE PAR SES EFFETS · texte numérisé non relu

VÉRITÉ DU CHRISTIANISME PROUVÉE PAR SES EFFETS

Une révélation vraiment divine doit se montrer telle dans son origine, dans ses moyens, dans ses effets. Les œuvres de Dieu s’élèvent infiniment au-dessus des œuvres de l’homme :

dans les unes brille l’infini, le fini nous appa-

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rait dans les autres; les premières portent le sceau de la toute-puissance, les autres nous présentent les signes de la faiblesse; les premières embrassent l’homme tout entier, subjuguent son âme, dominent son cœur, règlent ses mœurs, gouvernent sa vie; les secondes s’étendent à peine au delà des sens et des biens du corps. Par les œuvres divines, l'homme se transforme intérieurement et devient meilleur dans l’ordre des idées de la morale et de la religion, tandis que, soumises à d’éternelles vicissitudes, les œuvres de l’homme ne peuvent agrandir et perfectionner que l’ordre matériel du corps et des sens.

Si donc Dieu s’est manifesté par Jésus, s’il a voulu, par le ministère de Jésus, enrichir les hommes d’une révélation céleste qui règle leur intelligence, gouverne leur volonté et les guide dans ce terrestre pèlerinage , nous pouvons et nous devons nous tenir parfaitement assurés qu'il nous en sera donné des signes évidents et nombreux dans les effets qui en ont découlé, dans les moyens employés pour produire ces effets, et dans les principes mêmes qui servent

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de point de départ à tout l’ensemble, L'étude de ces effets va faire l'objet de la présente Conférence, et le fruit que nous en retirerons sera une conviction beaucoup plus éclatante et plus inébranlable de la vérité invincible de la religion chrétienne,

Parmi tous les principes sur lesquels s'appuie le raisonnement humain, je ne crois pas qu’il yen ait de plus certain et de plus fréquemment employé que cel axiome touchant les rapports de la cause avec les effets qu’elle produit : la cause correspond à l'effet. Nous comprenons tous, et nous le comprenons à la lumière de l'évidence la plus éclatante, que l’effet doit être proportionné à la cause qui le produit ; que la cause doit être d'autant plus puissante que l'effet est plus grand; qu’elle doit être d’autant plus élevée qu’il est plus noble; qu’elle doit être surhumaine et divine si l’effet est surhumain et divin.

Pourquoi, à la vue d’un excellent tableau, prononçons-nous qu’il est l’œuvre d’un peintre distingué? Pourquoi les sons d’un harmonieux concert nous révèlent-ils immédiatement l’es-

prit délicat et cultivé de l'artiste, et son exquise sensibilité ? Ces jugements et tous les autres de la même nature ne sont que des conséquences immédiates du grand principe que les effets doivent nécessairement, dans une proportion convenable, correspondre à leur cause.

Fort bien. Mais à quoi bon tout ceci ? A nous aplanir la voie qui conduit au but vers lequel nous marchons. Quel est l’objet de nos recherches? C’est de connaitre s’il y a des effets tellement liés avec le christianisme, qu’ils nous découvrent son origine divine, et nous fassent voir en lui une révélation descendue du ciel. Mais, pour atteindre cette fin, qu’y avait-il de plus à propos que de rappeler à la pensée le rapport nécessaire qui relie l'effet à la cause, et nous fournit l'unique moyen de découvrir et de reconnaître la cause elle-même ? Maintenant donc que nous avons constaté l’existence de ce rapport et indiqué la marche de nos déductions et de nos raisonnements, passons à l'exposé historique des effets du christianisme, à l’étude

de ses propriétés ; il nous sera facile ensuite de conclure quelle est sa cause.

rt ES ET LUE ES

Un regard sur le monde avant le christianisme, et puis un regard sur le monde devenu chrétien : qu'était le monde avant le christianisme, dans ses idées, dans ses affections, dans ses mœurs, dans ses lois et dans tout l’ensemble de son système social? Que nous raconte l'histoire, que nous rapportent les monuments, que nous transmet la tradition, et qu’observonsnous de nos jours partout où le christianisme n’est pas encore parvenu à exercer son action, à manifester son caractère ?. Répondons par crdre et successivement ; et, d’abord, répondons à cette première question : Qu’était le monde dans ses idées avant le christianisme ?

On peut ranger en trois classes les idées de l’homme : les unes se rapportent à cet univers qui nous environne, les autres à l’homme luimême, les autres à l'infini, à Dieu. Chercher quelles étaient les idées du genre humain avant le christianisme, c’est donc chercher ce que pensaient, ce que croyaient les hommes et de cel univers si magnifique, ct d'eux-mêmes, de l’homme qui en est l’abrégé, et du Dieu très-

haut. Eh bien! qu’en pensaient-ils? quel jugement en ont-ils porté?

En ce qui concerne l'univers, il nous faut distinguer deux classes de sentiments : les croyances communes du peuple, du vulgaire ; les opinions particulières aux sages, aux philosophes. La première classe nous est révélée par les chants des poëtes et par les rêves de la mythologie : nous découvrons la seconde dans les écrits des sages, dans les systèmes des philosophes. Mais que trouvons-nous donc dans les chants des poëtes, et dans les rêves de la mythologie, et dans les écrits des sages, et dans les laborieuses spéculations des savants, qui soit digne de notre approbation et de nos éloges ?

Homme, l’amour de l’humanité me porte à jeter un voile épais sur d'innombrables opinions qui n'ont pu être émises que dans le délire de l’ivresse, et jamais dans le calme et le sang-froid de la raison. Je m'en tiens à ce que trouvèrent de mieux, à ce qu’inventèrent de plus parfait les contemplateurs de l'Orient et les sages de la Grèce, et voici ce que je vous signale,

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Jes ale,

Ce fut une opinion presque unanime que la matière est éternelle, qu’elle renferme les germes du mal, qu'elle résis'e à la sagesse, qu’elle lutte contre la bonté qui voudraient lui donner la forme et l'harmonie, et qu'elle refuse de se laisser disposer et ordonner suivant les conseils du Très-Haut. Demandez à Platon d’où viennent tous les maux qui se rencontrent dans ce monde sensible, et il vous répondra qu'il faut en chercher la cause dans la résistance de la matière, qui n'a pas permis à l’idée divine de s'exprimer parfaitement en elle. Demandez à Aristote ce qu'il faut penser de l'origine du monde, et vous l’entendrez vous affirmer que le monde est coéternel à l'intelligence, qu’il n’a Jamais commencé, qu’il a toujours existé.

Et la cause de ces mouvements innombrables et variés d'où dépendent la vie, la beauté, l’harmonie de cet univers, qu’en pensa jamais la sagesse païienne? Le Livre du Monde, attribué à Aristote, l'ouvrage des Sentiments des Philosophes, que l’on croit de Plutarque ; les récits de Diogène Laërce, les Philosophes raillés d'Hermias, et tout ce qui nous reste de la savante an-

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