CONFÉRENCE VII
VALEUR DES MIRACLES ET DES PROPHÈTIES COMME PREUVES DE L'ORIGINE DIVINE DU CHRISTIANISME.
Si quelqu'un vient à comparer les livres de l'Évangile et les écrits des apôtres avec les ouvrages des auteurs ecclésiastiques, il lui sera facile de remarquer une différence très-notable dans la manière d'établir et de démontrer l'ori-
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gine surnaturelle et divine du christianisme. Dans les Évangileset dans les Lettres desapôtres, toutes les preuves se réduisent à deux chefs : aux miracles, invoqués comme la voie de Dieu même, argument invincible pour persuader aux hommes qu'ils doivent le reconnaître pour l’auteur souverain du christianisme, et aux prédictions, aux prophéties, preuve d’une force irréfragable pour démontrer qu’il faut de toute nécessité regarder comme céleste une doctrine annoncée par une infinie variété de figures pendant le cours de tant de siècles, et prédite par un tel ensemble de témoignages.
Le fondateur du christianisme, Jésus, en appela constamment aux miracles qu'il opérait, aux prophéties qui annonçaient sa doctrine. Il s’'appuya constamment sur les miracles et les prophéties, soit pour exiger la foi, soit pour reprendre ou condamner tous ceux qui refusaient de croire en lui.
Les apôtres et les premiers prédicateurs de l'Évangile suivirent fidèlement cette voie tracée par Jésus. C’est à celte même source des miracles et des prophéties qu'ils puisent les
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moyens dont ils se servent pour confondre les Juifs, convaincre les gentils, et amener le genre humain tout entier à embrasser les doctrines du Christ, à les révérer, à les accepter comme les règles nécessaires de sa foi et de ses actions.
Mais les monuments ecclésiastiques, les lettres de Clément, d'Ignace et de Polycarpe, les livres d’Hermas, les apologies de Justin, de Tatien, d’'Athénagore, de Théophile, les écrits célèbres de Clément d'Alexandrie, d’Origène, de Tertullien, d’Arnobe, de Lactance, d’Eusèbe et d’Athanase, nous découvrent un riche dépôt de preuves nouvelles, un arsenal tout autrement pourvu d'inductions et d’arguments.
Il est vrai que les auteurs ecclésiastiques eux-mêmes reprennent à leur tour les preuves tirées des miracles et des prophéties, qu’ils les développent de la manière la plus pressante, les ornent, les défendent ; mais il est vrai aussi qu'ils en ajoutent plusieurs autres que vous chercheriez en vain dans les Évangiles et dans les écrits des apôtres.
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SO ses apôtres, pour démontrer la divinité du christianisme, de s'appliquer, de dessein formé, à mettre en lumière son accord et son harmonie avec les enseignements de la raison, avec les principes de la morale et du droit, avec les quelques dogmes légitimes de la philosophie?
Leur est-il jamais arrivé, pour établir sa céleste origine, d'emprunter leurs arguments aux flots de sang versés pour le soutenir, aux persécutions subies pour ne le pas abandonner, ou à l'étendue et à la rapidité de ses conquêtes, ou à la transformation du genre humain et de la société humaine? Eh bien! ce sont ces arguments et ces preuves, négligés par Jésus, omis par les apôtres, qui reviennent plus souvent sous la plume et sur les lèvres des écrivains ecclésiastiques. C’est à ces preuves qu'ils en appellent, c’est avec elles qu’ils combattent, c'est par elles qu’ils triomphent,
Il n’en est pas un parmi eux qui, pour gagner les Juifs, pour convaincre les gentils, n’ait fait ce raisonnement : « On ne saurait regarder comme humaine, il faut tenir pour divine une œuvre qui porte tous les signes de la toute-
puissance et de l'intervention du ciel; mais c'est un signe de la toute-puissance et de l’intervention du ciel que l'héroïsme de tant d’athlètes qui, par l’effusion de leur sang et le sacrifice de leur vie, pendant trois siècles, dans toutes les parties du monde, ont soutenu la divinité du christianisme. »
C'est un signe de la toute-puissance et de l'intervention du ciel qu’une semence si faible qu'était d'abord le christianisme ait pris de si vastes et si rapides développements, et se soit trouvée en état, au bout d’un temps si court, de couvrir la face entière du globe.
C’est un signe de la toute-puissance et de l'intervention du ciel que toute cette faiblesse humaine qui nous apparaît dans un crucifié et dans une poignée de Juifs ait triomphé de toute la puissance humaine, ait triomphé des haches de Rome, des bûchers de la Perse, des artifices de la philosophie, des sarcasmes de la satire et des colères de la superstition.
C'est un signe de la toute-puissance et de l'intervention du ciel que le monde civil, moral et religieux, non-seulement ne soit plus le
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Eh bien! quelle peut être la véritable raison de cette différence dans les preuves employées d’un côté par le Christ et les apôtres, de l’autre par les maitres et les docteurs ecclésiastiques ? Vous la trouverez, cette raison, dans la différence des temps, comme il est facile de Île faire voir par une comparaison bien claire.
Supposez qu'il s'agisse de la nature et des propriétés d’une plante faible encore, et qui jusqu'ici ne s’est fait connaître ni par ses fleurs ni par ses fruits : où prendre les éléments du jugement que vous en porterez? Vous ne les trouverez que dans sa semence déjà connue et étudiée par vous. Ses fleurs et ses fruits ne pourront que plus tard vous aider dans cette recherche, lorsqu'après des mois et des années la faible plante sera devenue robuste, et avec la force aura acquis sa fécondité.
Il nous faut précisément en dire autant des preuves du christianisme. Dans son enfance, le christianisme ne pouvait démontrer sa divinité qu'avec les miracles et les prophéties: mais
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dans les âges suivants, dans la jeunesse et dans l'âge mûr, on voit en outre concourir à cette démonstration, comme autant de fleurs et de fruits, tous ces signes dont surent se prévaloir avec tant de justice et d’habileté les apologistes chrétiens.
Il résulte clairement de là que, si les miracles et les prophéties ne sont pas les seules preuves de l’origine surnaturelle et céleste du christianisme, ce sont du moins les seules universelles et constantes. C’est d'elles que je vais vous entretenir, autant qu’il est nécessaire à mon dessein, dans la présente Conférence.
Voici un avis plein de sagesse que nous donnent également les philosophes et les jurisconsultes : lorsqu'il s’agit de preuves, deux points réclament une attention toute spéciale. D'abord et avant tout, ce qu’on allègue mérite-t-il d’être tenu pour preuve? Ensuite, est-ce avec vérité qu’on l’allègue? n'est-ce point plutôt une supposition adroite ou une coupable fiction? Si l'un ou l’autre de ces deux points vient à faire défaut, la preuve n'est qu'apparente : elle est mensongère, elle se réduit à un grossier et hon-
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Et ce ne serait pas moins un honteux sophisme si les allégations ne sont pas loyales et sincères, mais feintes el supposées; ainsi ce serait un sophisme et non une preuve d'en appeler,
dans une question de botanique, à des observations qui n'ont jamais été faites, et dans une question de chimie à des expériences qui n’ont jamais eu lieu.
Pour appliquer tout ceci à notre sujet, au christianisme, aux miracles et aux prophéties allégués comme preuves incontestables de son origine surnaturelle et céleste, deux choses doivent être recherchées et définies avec le plus grand soin : si les miracles et les prophéties ont vraiment la valeur et le caractère de preuves ;
si c’est à bon droit qu’on apporte les miracles et les prophéties en faveur du christianisme
et à l'appui de sa divinité. La première de ces deux questions est une question d’ontologie et de droit; la seconde, de critique historique et de fait. Dans quel sens doit-on les décider? Je commence par la première.
Le caractère intime de toute preuve consiste dans le lien qui la rattache à ce que l’on veut démontrer. Les preuves appartiennent à la classe des signes, et doivent en conséquence être en rapport avec les choses signifiées par elles ; les preuves sont des voies et des traces conduisant au but ceux qui les suivent fidèlement : il faut donc qu’elles partent de ce but comme de leur centre, qu’elles s'unissent à lui comme à leur terme.
Or, à quelle fin s’allèguent les rniracles et les prophéties? que veut-on démonirer avec les miracles et les prophéties? On veut démontrer que le christianisme ne vient pas de l’homme, mais de Dieu; qu’il n’est pas de la terre, mais du ciel. Les miracles et les prophéties auront donc le caractère nécessaire à la fois et suffisant de toute preuve, s’ils se séparent et se détachent de ce qui est humain et
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terrestre, pour s'unir et se lier à ce qui est céleste et divin; si les miracles et les prophéties sont la voix de Dieu et non la voix de l’homme, sont la voix du ciel et non la voix de la terre. Car en effet, s’il en est ainsi, se rendre aux miracles sera se soumettre à Dieu qui parle; vénérer les prophéties sera faire un acte d’obéissance au ciel. Tout donc se réduit à savoir si les miracles sont la voix de Dieu, et si les prophéties sont le langage du ciel. Mais si c’est là le seul point à établir, nous avons gain de cause, et il est impossible de nier aux miracles et aux prophéties la nature et le caractère de preuves aptes à démontrer avec évidence la divinité du christianisme.
J’en appelle au consentement du genre humain, et à ce consentement universel dans tous les temps et dans tous les lieux; j’en appelle à la nature des choses, aux lumières dé la raison et aux enseignements de la philosophie : qu’a pensé à toutes les époques le genre humain des miracles et des prophéties? On peut partager le genre humain en deux grandes époques : avant Jésus-Christ et après Jésus-Christ ; et pour la
première époque le renfermer tout entier dans la grande division de gentils et de Juifs; pour la seconde le réduire en quatre classes si différentes entre elles des gentils, des Juifs, des chrétiens, des musulmans. Eh bien! à ces deux époques et dans toutes ces classes des gentils, des Juifs, des chrétiens et des musulmans, il n’y à jamais eu qu'une seule pensée et qu’une mème voix : les miracles et les prophéties sont du ciel et non de la terre, sont l’œuvre de Dieu maître souverain de la nature, et non l’œuvre de l’homme qui n’est qu'une partie de cette création ; de Dieu dont la sagesse est infinie, et non de l’homme dont la vue est si bornée, même dans le présent.
Cet accord unanime de pensée et de langage nous est amplement attesté par les histoires latines, grecques et barbares; par les inscriptions, par les rits, par les poëmes, par les proverbes, par d'innombrables monuments de toute espèce : de sorte que le révoquer en doute serait prendre le parti du scepticisme, et se déclarer pour les pyrrhoniens.
Mais d’où vient un tel accord dans un si long
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cours de siècles? d’où vient un consentement si parfait entre des hommes non-seulement de caractères, de conditions, de philosophies, de foi, de religions différentes, mais opposés sur tous ces points, mais rivaux, mais ennemis et toujours en lutte, toujours les armes à la main ? On ne saurait répondre rien de simplement vraisemblable, si l’on n’avoue qu'il est clair et évident à la raison humaine, j'allais ajouter à l'instinct et au sentiment de notre nature, que les miracles et les prophéties sont les manifestations perüculières d’un Dieu infiniment sage et maître souverain de la nature.
Et, en effet, qu’est-ce qu’un miracle, considéré en lui-même et dans sa substance? C’est un phénomène, c’est un fait sensible qui n’a pas sa cause et son principe dans les lois par lesquelles est dirigée la nature, mais qui s’élève au-dessns des lois universelles, des lois constantes, des lois bien connues de la nature, et qui leur est opposé.
Qu’est-ce qu’un miracie? C’est un eorps qui, malgré une pesanteur spécifique supérieure, surnage de lui-même; c’est une cécité de nais-