‹ Conférences prononcées dans l'église du Gesù à Rome pendant le Carème de 1851 [microforme]Chapitre 35 sur 49 · Déjà ils · texte numérisé non relu

Déjà ils

triomphaient, et, dans les témoignages bruyants de leur joie, ils mélaient les insultes contre le Nazaréen aux menaces contre les galiléens.

Mais voici que, lorsqu'ils en viennent à sonder le roc et à chercher le moyen de rattacher les nouvelles constructions aux anciennes, des globes de feu s’élancent des fondements, une horrible fumée s'élève, des flammes quel’on n’a jamais revues depuis jaillissent du sol , consument les ouvriers, et, s'étendant de tout côté, opposent un obstacle insurmontable à quiconque essaye de s’approcher du lieu fatal. Le nombre des morts fut très-grand, les autres prirent la fuite; mais ces esprits dominés par une haine frénétique ne reculèrent pas devant ces obstacles et n’abandonnèrent pas leur malheureux projet.

Lors donc que la terreur et l’épouvante eurent, sinon cessé, au moins diminué, la fureur reprend le dessus, et, de nouveau, ils se mettent à leur travail de reconstruction. Mais le feu s’élance avec plus de force et sur un plus vaste espace; il est accompagné d’un horrible tremblement de terre. Et ce feu, et ce tremblement

de terre, détruisent et les hommes, et les instruments, et les machines, et les matériaux, tout ce qu’ils avaient amassé et préparé. Et, comme si cela ne suffisait pas, on vit sur les habits des Juifs et des gentils des croix couleur de sang si fortement imprimées, qu'aucun effort ne pouvait les enlever.

Tant de morts, tant d’épouvante, tant de prodiges, abattirent l’audace des ouvriers. L’empereur, quand il en reçut la nouvelle, fut frappé de terreur, et ne put s'empêcher d’expédier surle-champ des ordres pour défendre de continuer l’entreprise.

Eh bien ! que vous en semble et qu’en pensez-vous ? Ah! je n’ai pas de peine à m’apercevoir qu’il est une pensée qui vous préoccupe et vous embarrasse. Peut-être vous demandez-vous à vous-même si c'est là un fait historique, ou plutôt si ce n’est pas une fable? Et, si le fait est historique, quel jugement faut-il porter de sa nature, et quelles sont les conséquences légitimes qu’il nous oblige d'admettre?

Je vais répondre par ordre à toutes ces questions ; mais, auparavant, j'aimerais à constater

instrux, tout comme bits des sang Si ne pou-

t de pro- L’empeit frappé dier surde conti-

u’en penm’aperceoccupe el ndez-vous rique, Ou le fait est rter de sa ices légiti-

$ CES quesà constater

avec vous quelle chose est nécessaire et suflisante pour discerner avec certitude un fait historique d’un récit fabuleux. Il est nécessaire que le fait soit public, éclatant et appuyé de témoignages au-dessus de toute accusation d’erreur ou de mensonge. N'est-ce pas ce que tout le monde admet?

Or, quel fait plus public et plus solennel que cette entreprise, commandée par un empereur, dirigée par un comte, soutenue par le commun accord des Juifs et des gentils, et considérée par tous comme un dernier défi, comme un défi décisif jeté au Christ et au christianisme ? C’est donc en vain que vous chercheriez une publicité plus grande, et que vous souhaiteriez une solennité plus éclatante.

Vous ne pouvez donc plus, mais vous avez droit de le faire, qu'exiger des témoins si nombreux et si imposants que, devant leur autorité, ce soit une nécessité de croire, une inexcusable folie de nier. Eh bien! si on les exige, j’en ai les mains pleines, et je les tiens tout prêts. J'ai sous la main les païens, j'ai sous la main les chrétiens, j'ai sous la main les Juifs.

Parmi les païens, nous avons un témoin de la plus grande valeur dans Ammien Marcellin, qui raconte et décrit au long le fait dans le XXIIT livre de son Histoire. Nos témoins, parmi les chrétiens, sont Grégoire de Nazianze, .Chrysostôme, Rufin, Ambroise, Théodoret, Socrate, Sozomène , Épiphane diacre , Zonare, Nicéphore, Callixte, Glycas et l’arien Philostorge. Les témoins juifs eux-mêmes ne nous font pas défaut, comme on peut le voir dans David Gansi et le rabbin Gedeliah.

Donc, toutes les religions qui se partagent l'Empire sont unanimes à attester le fait, à l’assurer, à le rapporter comme indubitable. Et elles le rapportent comme indubitable, non-seulement dans le temps où il arriva, mais encore dans toute la suite des temps qui se sont écoulés jusqu’à nous. Et ce ne sont pas seulement ceux qu’il glorifiait, mais aussi ceux dont il était la condamnation et la honte, qui le rapportent comme indubitable. Niez donc toute certitude historique et toute évidence critique, ou accordez que le fait dont nous parlons ne saurait être ni mieux appuyé, ni plus certain.

oin de rcellin,

Zonare ,

Philosne nous dans Da-

partagent e fait, à table. Et non-seuis encore ont écouseulement x dont il le rapporjute certiitique, Ou ns ne Sautain.

Mais quel jugement porter : . sa nature et de ses caractères ? Le regarderons-nous comme un fait naturel, ou plutôt comme surnaturel, miraculeux, divin? Votre appréciation se réglera sur ce que nous apprendront de la nature du fait l’ensemble de ses circonstances et celui de ses rapports, et sur le jugement que toujours et partout en ont porté les hommes de sens et de prudence.

Eh bien ! repassons dans notre esprit le récit du fait, considérons-en les circonstances, pesons ses rapports divers, et mettons-nous sous les yeux l’ensemble de l’événement.

Qu’y trouvez-vous qui ne soit extraordinaire, prodigieux, divin? C’est un prodige que ces tranchées comblées tant de fois sans le travail de l’homme; c’est un prodige que ces flammes qui jamais n’avaient été vues auparavant, qui jamais ne l’ont été depuis, et qui parurent seulement lorsque l’on travaillait à cette reconstruction; c’est un prodige que ces globes de feu qui poursuivaient les ouvriers dans leur fuite; c’est un prodige que le concours simultané du feu, du tourbillon et du tremblement de terre ; c’est

un prodige et une œuvre divine que ces croix imprimées sur les vêtements, et qu'aucun effort ne pouvait effacer. De là l’accord unanime des chrétiens à le proclamer miracle, à l’opposer aux gentils, à le reprocher aux Juifs; de là le silence des païens ; de là la honte et les fureurs de la synagogue ; de là ce fait attesté par Grégoire de Nazianze dans ses invectives contre Julien : « Presque tous élevèrent vers le Dieu des « chrétiens une voix suppliante, et s’appliquèrent « à l’apaiser par des louanges et des prières. Bien « plus, un très-grand nombre, éclairés par tant de «lumière, frappés de tant de signes, vaincus par «une évidence si éclatante, dirent un éternel «adieu au paganisme et à la synagogue, se «convertirent au christianisme, adorèrent sa «croix, embrassèrent ses enseignements. »

Mais s’il en est ainsi, si le fait est indubitable, s’il est divin et miraculeux, que faut-il en conclure? quelles en sont les conséquences inévitables et immédiates ?

C’est une conséquence de ce fait, que, dans le duel entre le christianisme d’un côté, le paganisme et le judaïsme de l’autre, la voix de

S Croix effort me des

Dpposer de là le fureurs par Gréntre Ju- Dieu des iquérent es. Bien rtant de ncus par n éternel pgue, se èrent Sa ts. »

indubitafaut-il en nces iné-

que, dans té, le paa voix de

— 9H — Dieu est miraculeusement intervenue, et a déclaré le christianisme vainqueur.

C'est une conséquence de ce fait, que la conduite de Dieu envers les conjurés pour la réédification du temple n’est pas absolument différente de sa conduite envers ceux qui tentèrent de construire la tour gigantesque des plaines du Sennaar.

C'est une conséquence de ce fait, qu’il plut à Dieu d'employer la force de sa toute-puissance pour établir et confirmer le christianisme.

C'est une conséquence de ce fait, que Dieu, d'une manière toute divine, confirmant les signes anciens, proclama solennellement Jésus prophète véridique et divin.

Cest une conséquence de ce fait, que l’œuvre de Jésus est l’œuvre du ciel, et non de la terre ; est l’œuvre de Dieu, et non de l’homme.

C'est une conséquence de ce fait, qu’il n’y a pas moins d’impiété à attaquer l’œuvre de Jésus qu’à se révolter contre la toute-puissance, et que, s’il se rencontre un homme si imprudent et si téméraire, il ne peut et ne doit se promettre qu'un feu éternel, représenté et figuré

par ces flammes enveloppant et réduisant en

cendres les audacieux qui voulaient, par la voix du fait, dire au Christ : « Tu as menti! »

Page 1