‹ Conférences prononcées dans l'église du Gesù à Rome pendant le Carème de 1851 [microforme]Chapitre 37 sur 49 · SR TE · texte numérisé non relu

SR TE

Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, Dieu grand, Dieu béni dans les siècles des siècles, Dieu distinct du Père par sa personnalité, Dieu un avec le Père par sa nature: et de la vient que le Père est en lui et lui dans le Père, et qu'il ne peut se voir sans qu’en lui, et avec lui, et par lui, on ne voie en même temps le Père.

Après l'avoir contemplé dans ses rapports avec le Père, considérons ce qu’il est pour tout l’ensemble des êtres créés, matériels, spirituels et mixtes : nous n’aurons rien à retrancher de notre étonnement, de notre admiration.

Qu'est donc le Verbe si, de ce point de vue, nous fixons sur lui notre pensée la plus pénétrante et le regard le plus pur de notre intelligence? Il est l’alpha et l’oméga, le principe el la fin de toute créature ; il est le Tout-Puissant. Toutes choses ont été faites par lui, et sans lui rien n’a été fait de ce qui est compris dans le cercle immense de la création. C'est par lui que les minéraux ont l’être, par lui que les plantes ont la vie, par lui que les animaux ont la faculté de sentir, par lui que les hommes

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ont la pensée et la liberté de leurs actes. C’est par lui qu’existe tout ce qui se trouve de fini, de contingent, de créé, au ciel et sur la terre : et ainsi c’est à lui que doivent l'existence les trônes, les dominations, les principautés, les puissances. C’est donc à lui que s'applique ce chant prophétique : «C'est vous, ô Seigneur ! qui, dans le principe, avez fondé la terre, et les cieux sont l’œuvre de vos mains. Le ciel périra, la terre périra ; mais vous subsisterez immuable. Le ciel et la terre vieilliront comme vieillit par le long usage une chaussure ou un vêtement; mais vous, vous serez à jamais semblable à vousmême, et vos années ne passeront point, car vous êtes l’Éternel. C’est vous qui donnez libéralement au monde le mouvement et la vie ; c'est vous qui soutenez l'univers de votre force. Vous faites avec le Père tout ce qu'il fait; vous êtes sa vertu et sa droite: vous êtes avec le Père un seul créateur et conservateur de lunivers.

«Mais c’est à vous, sagesse engendrée, splendeur de la gloire du Père, qu’il convient particulièrement d'être cette lumière de vérité tllu-

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minant tout homme qui vient en ce monde et qui respire le souffle de la vie. Les patriarches furent lumière, les prophètes furent lumière, Moïse fut lumière, le précurseur fut lumière, les apôtres aussi furent lumière ; mais vous êtes la lumière, vous en êtes le foyer, l’origine, la source. Les patriarches brillèrent, les prophètes jetèrent un vif éclat, les apôtres illuminèrent le monde ; mais c’est de vous, comme de leur soleil, qu’ils recevaient cette lumière qu'ils réfléchissaient et faisaient rejaillir sur les hommes. »

Et, en effet, qui done remplit des rayons d’une lumière supérieure les âmes encore innocentes de nos premiers parents, les tourna vers Dieu, et fit naître en elles l'amour de Dieu ? Nul autre que le Verbe, qui, imprimant en elles son image et sa ressemblance, les fit jouir de sa lumière et participer à sa sagesse. Quai inspira à l'homme pécheur l'espérance du pardon, et lui promit le triomphe et la victoire? Nul autre que le Verbe, qui, pour soutenir l’homme et l’encourager, adressa ces paroles au serpent séducteur, à celui qui fut ho-

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micide dès le commencement : « Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme, je ferai ta rivale et ton ennemie de celle que tu as trahie; je mettrai inimitié entre ta postérité, tous les impies qui te reconnaissent pour père, et Île fils de la femme, fils unique, fils céleste, fils béni, cause et principe d'une bénédiction universelle. Ce fils t'écrasera la tête, il brisera tes forces, il détruira ton règne, il renversera dans Îa poussière toutes tes œuvres, il les réduira au néant. »

Ce fut le Verbe qui renouvela à Abraham, à Isaac et à Jacob, la promesse de ce descendant divin par lequel devaient être bénies toutes les nations, par lequel devaient être reconciliés tous les peuples.

Ce fut le Verbe qui délivra de la captivité d'Égypte la postérité d'Israël; ce fut lui qui parla par le ministère du législateur Moïse ; lui qui, par tous ces rites et ces innombrables cérémonies, imprimait dans la loi l'image obscure de l'avenir, fortifiait la foi, faisait refleurir l'espérance et enflammait la charité.

Le Verbe, même dans cette longue et triste pé-

riode qui sépare le déluge de l’époque nouvelle du christianisme, dans ces temps de ténèbres, d'ignorance, de superstition et de mort, n’abandonna jamais entièrement son image dans la grande famille humaine. Il l'instruisait par la voix des cieux, qui racontent la'gloire du Très- Haut; il l'instruisait par la voix de la conscience, lui révélant le juste et l’honnèête, lui découvrant ce qui est honteux et défendu ; il l’instruisait par la voix de la raison, lui montrant la grossièreté de l’idolàtrie et l’infamie du vice ; il l’instruisait par la voix de ces traditions primitives qui jamais ne s’éteignirent entièrement ; il l’instruisait par ces révélations faites aux patriarches et aux prophètes, et répandues au loin ; il Pinstruisait, par le moyen de son peuple, d'Israël son héritage, dont il fit, dans ce but, parvenir la renommée en tous lieux. Il se servait de ses fléaux pour le gouverner, de ses châtiments, de l’eau, du feu, comme d’un frein pour l'arrêter, de ses bienfaits pour l’amollir, de ses grâces pour attendrir son âme; il usait de toutes les industries d’un artisan qui veille sur son œuvre, d'un père rempli d'amour

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pour sa vivante image et sa ressemblance animée.

Mais, lorsqu'il vit tous ses efforts n’aboutir presque à rien, les hommes se perdre, l'erreur dominer, l’impiété triompher, la raison esclave du sens, la lumière étouffée sous les ténèbres. le cœur humain détourné de la justice, de la sainteté, de l’éternité de Dieu, le Verbe ne put se contenir; mais, suivant les inspirations de sa grâce, de son immense charité, de son amour incroyable pour le genre humain, et des trésors de son excessive bonté, il exécuta un dessein dont la pensée ne pouvait venir que du ciel, l’accomplissement que de Dieu.

Quel était donc ce dessein? Le Verbe éternel, la sagesse incréée, le propre Fils, le Fils unique de Dieu, la joie de son divin Père, le Créateur de l'univers ne se contente plus de gouverner l’homme, de le diriger, de lui venir en aide avec les voix du ciel et de la terre, de la conscience, de la raison, des châtiments, des grâces, des patriarches, des prophètes, des ymboles et des images : lui-même, du plus haut des cieux, descend sur cette terre; et lui, qui

de toute éternité était, dans la forme et la nature de Dieu, égal à son Père, prend, dansla plénitude des temps, la forme et la nature d’esclave, nous apparait homme, est homme; et, conversant avec les hommes, leur manifeste la vérité, leur découvre l'erreur, les retire du vice, les enflamme d'amour pour la vertu et les réunit à Dieu ! O bonté sans égale! O incroyable amour! O élan prodigieux de l'infini vers Île fini!

Mariage de la divinité et de l'humanité, de ce qui est immense et de ce qui a des bornes, de toute puissance et de l’infirmité! O Verbe fait chair ! O Dieu! et Dieu grand, et Dieu unique, dans la réalité et sous les traits de l'homme! je vous adore, et, ravi, hors de moi-même, j'obéis au principe divin : oui, qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse, et qu’il n’y ait personne au ciel, sur la terre et dans les enfers, qui se dispense de lui payer un tribut de respect et d'honneur!

Il nous faut ici distinguer en Jésus ce qui est éternel de ce qui est du temps, ce qui est divin de ce qui est humain. Nous avons, autant qu’il était en nous, contemplé l'éternel et le divin:

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s ce qui est qui est divin autant qu'il et le divin:

nous allons désormais considérer ce qui, en lui, est du temps et de l’humanité.

Jésus-Christ était donc, et il est encore vrai homme, descendant des patriarches, enfant de David, fils de l'homme. 11 avait, lui aussi, et il a encore une chair qui n’est pas différente de la nôtre, et, avec cette chair, une âme humaine : c’est pour cela qu’il ne dédaigna point de venir se mêler à nous, d’être l’os de nos os, la chair de notre chair, et, dans sa nouvelle nature, de s'attacher à nous par le lien le plus étroit, par le lien du sang, qui réunit les frères. De là ces paroles pleines d'amour et tout imprégnées de charité : «Je ne vous regarderai plus comme serviteurs, mais vous serez mes amis, et aussi je vous ferai connaitre tout ce que j'ai appris de mon Père. Dites à mes frères qu’ils me reverront, et que je les comblerai de mes biens ; et que, de la même manière que le Père a disposé de moi, moi, comme leur ainé, je disposerai d'eux; pour qu'ils soient heureux avec moi, qu'ils jouissent avec moi des mêmes joies ; qu'ilsresplendissent avec moi d'une même gloire. »

Il ne faudrait pourtant pas croire qu’à une si grande ressemblance, ou plutôt à cette identité de nature, ne se joigne une différence infinie dans les prérogatives et les propriétés. Qui, les prérogatives etles propriétés du Fils de l’homme le séparent infiniment du reste du genre humain, au-dessus duquel elles l’élèvent d’une hauteur infinie.

Il est porté à cette hauteur infinie au-dessus de toute créature par son origine, par sa sainteté et par l'excellence souveraine de sa personne.

Nous naissons, tous autant que nous sommes, enfants d'Adam, d’une nature gâtée et corrompue : Jésus nait d’une nature immaculée et innocente.

Nous naissons tous esclaves du péché, et fils de colère et d’indignation : Jésus naît pur de toute souillure ; il naît saint et l’objet de "Re nelle complaisance de son Père.

Notre naissance à tous s’accomplit selon les lois de la nature, et, dans l’acte même qui nous donne la vie, cette nature se montre pécheresse et rebelle : la naissance de Jésus est surnatu-

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relle ; et, s’il a Marie pour mère, il n’a point de père parmi les hommes : l'esprit du Seigneur descendit sur elle, la couvrit de son ombre, l'éleva vers lui, et de son soufile trés-pur la rendit féconde.

Les mères qui nous donnent la vie ne sont pas vierges: mais Jésus est conçu par une Vierge, et naît d'une Vierge. Alors on vit accompli le prodige surprenant annoncé longtemps à l'avance par le prophète Isaïe : « Voici que la Vierge, la Vierge par excellence, conçoit, et, vierge encore, met au jour le fruit divin de ses entrailles, l’'Emmanuel. » Alors parut le nouvel Adam, le second Adam, comme le premier, et mieux que le premier, conçu par une terre vierge, enfanté par une terre vierge.

Tous, en naissant, nous avons besoin d’être ‘achetés, et notre état émeut de pitié le ciel et la terre; mais le fils de Marie naît Jésus et Sauveur; à la naissance du fils de Marie le ciel tressaille d’allégresse, la terre essuie ses larmes antiques, et les Anges du Seigneur font retentir l’hymne de triomphe : «Gloire à Dieu, au Tout- Puissant, à l'infini, au plus haut des cieux! et

ici-bas, sur la terre, paix et joie aux hommes dont la volonté est bonne ! »

À une si grande différence d’origine il faut joindre une différence non moins grande de sainteté de vie.

Si notre origine est impure, si notre principe est corrompu, notre vie aussi est souillée, et nos œuvres ne sont pas exemptes de fautes. Si quelqu'un de nous ose dire : « Je suis pur de tout péché, » c’est un menteur, un fils de l’erreur et de la vanité, puisqu'il n’est point d'homme qui ne commette le péché. Et de là vient que cette prière divine est la prière propre de tout homme, et la prière nécessaire à tout homme : « O Seigneur! remettez-nous et pardonnez-nous nos péchés, comme nous pardonnons de bon cœur les torts qui nous sont faits. »

Mais Jésus? Jésus choisi pour victime expiatrice de nos fautes, ne fut jamais touché du souffle le plus léger du péché. Il est vrai, nous avons dans Jésus un souverain prêtre selon l'ordre de Melchisédech, qui peut compatir à toutes nos inlirmités, parce qu’il les a toutes acceptées et toutes éprouvées ; mais à l’excep-

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tion du péché. Et il fallait qu'il en fût ainsi. Car comment un pécheur aurait-il vaincu le péché? Comment un esclave aurait-il rempli les conditions du rachat universel et le rôle de rédempteur commun? Il convenait done, et il étail nécessaire qu’il nous fût donné en Jésus un pontife saint, libre de toute inclination au mal; un pontife innocent et sans tache, exempt et affranchi de toute faute, de tout désordre; un pontife séparé des pécheurs, qui remportât sur le péché le plus complet triomphe ; un pontife plus élevé que les cieux, qui eût plus d'éloignement et d'horreur du péché que les esprits les plus purs de la cour céleste.

Et tel fut précisément Jésus, qui avait le droit de dire: « Qui de vous osera m’accuser « de péché? » et qui pouvait ajouter avec vérité : « Le prince de ce monde, le père du mensonge, l’inspirateur du mal, s’est approché de moi, mais en vain: car il n'a trouvé en moi nulle trace de ses ténèbres, nulle semence de ses fruits amers. »

Et il ne pouvait en être autrement, vous n'aurez pas de peine à le comprendre, si vous

voulez réfléchir, en terminant, à l'excellence infinie de la personne du Sauveur. En effet, combien de personnes devons-nous croire en Jésus? En reconnaitrons-nous autant que de natures , et admettrons-nous deux personnes, l’une divine, l’autre humaine; l’une éternelle, l’autre temporelle ; l’une infinie, l’autre finie; l’une du Fils unique dé Dieu, l'autre du fils unique de Marie? Non, certes, non; cette doctrine a contre elle la voix unanime des chrétiens, les définitions des symboles, l'autorité de l'Écriture.

Elle a contre elle la voix unanime des chrétiens qui retentit avec éclat dans l'Égypte par la bouche de Cyrille; à Rome, par la bouche de Célestin ; dans les Gaules, par la bouche de Cassien ; dans les Espagnes, par la bouche de Marius Mercator; dans la Grèce, par la bouche de Proclus ; dans l'Orient, par la bouche de Rabula ; dans l'Asie, par le suffrage unanime des évêques et des docteurs, qui, rassemblés à Éphèse, enseignent qu’il n’y a qu’une personne en Jésus-Christ, que cette personne est divine, et qu’elle est la même que la personne du Fils unique du Père.

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Elle a contre elle la doctrine des symboles, qui nous imposent cette profession de foi : Je crois en un seul Jésus-Christ, et je crois en un seul Fils de Dieu, éternellement engendré dans le sein du Père, et conçu au milieu des temps dans le sein de Marie.

Elle a contre elle l'autorité des Écritures, lesquelles, par le ministère de saint Paul, nous assurent que, comme Dieu le Père est un de l’unité de personne, ainsi notre Seigneur Jésus- Christ est un aussi de l’unité de personne ; et que, comme son Père éternel est un de l’unité de personne, ainsi le médiateur de Dieu et des hommes, Jésus, est un de l’unité de personne.

Que si Jésus est un, s’il n’y a en lui qu'une seule personne, faut-il voir dans cette personne une personne humaine, ou plutôt une personne divine?

Demandez-le à Jean, et il vous répondra que la personne de Jésus est la personne du Verbe, du Fils unique de Dieu; demandez-le à Paul, et il vous répondra que la personne de Jésus est la personne du Seigneur de la gloire, est la personne de la vertu et de la sagesse du Père, est

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