I I I C( >R., 2, II
Voilà notre travail suprême et l'œuvre de toute notre existence : contempler le Christ et le copier en nous.
Nous ne sommes chrétiens que dans la mesure où nous reproduisons en nous son image. Et c'est œuvre de tous les jours; car le travail est long, et notre rebelle nature efface sans cesse, si nous n'y prenons garde, les traits que déjà nous y avions mis.
Et voilà pourquoi devant vos yeux, sur les autels, au faîte des temples, dans vos demeures, aux chevets de vos lits, dans vos mains, sur vos poitrines, la croix, toujours la croix, et le divin crucifié.
C'est le grand livre de la science chrétienne... Saint Paul se glorifiait de n'en pas connaître d'autre : " Je ne sais rien, sinon Jésus-Christ crucifié „.
Mais à quoi bon ce livre, si vous en détournez les yeux, si vous n'y voulez point lire?
A quoi bon le crucifix, si vous ne voulez pas l'imiter et le suivre?..
Appelé à plaider devant vous la cause des pauvres, je veux me borner à cette seule question : Devant ces pauvres, qu'eût fait le Christ?
Je vais répondre; mais de grâce, après, faites ce qu'eût fait le Christ.
Faites-le, parce que vous êtes chrétiens et qu'il vous faut porter les couleurs du maître.
Faites-le surtout, parce que vous êtes pécheurs.
O Roi de Babylone, s'écrie le prophète, voici le
sens de vos rêves : Cet arbre que vous avez vu si grand et si fort, dont la cime s'élevait jusqu'aux nues et se laissait voir de toute la terre, dont les ramées puissantes donnaient de l'ombre aux troupeaux des champs et des nids à tous les oiseaux du ciel, c'est vous! Mais voici que la hache est près du tronc et que vous allez être jeté loin des hommes, et que votre royaume va être éparpillé à quiconque en voudra prendre. O Roi, écoutez donc mon conseil; rachetez vos péchés par vos aumônes et lavez vos taches dans vos miséricordes aux pauvres.
" Quamobrem, rex, consilium meum placent tibi et peccata tua eleemosynis redime, et iniquitates tuas misericordiis pauperum. „
Vous n'ignorez pas, mes Frères, que toute la vieille Bible n'est occupée, pour ainsi parler, qu'à dessiner à l'avance et dans la lumière de la prophétie, la figure du Messie à venir, la physionomie du Christ, l'Attendu des Nations. Or voici, en un seul psaume, le psaume 71e, les traits qu'il en marque :
Judicabit pauperes, il sera le juge des pauvres. Salvos faciet filios pauperum, il sauvera les fils des pauvres. Liberabit pauperem a potente, pau-
perem eut non erat adjutor, il délivrera le pauvre des mains du puissant, le pauvre qui était sans aide. /'arrêt pauperi, il épargnera le pauvn . Animas pauperum salvas faciet, il sauvera les âmes des pauvres. Ex usuris et iniquitate redimet ani-
mas cornm, il arrachera leurs âmes à l'usure et à
l'iniquité. - Honorabile nomen connu coram Mo, le nom des pauvres sera en honneur devant lui.
A côté de la figure, mettez la réalité.
Lorsque Jean le baptiseur, dans les fers d'Hérode, entendit la renommée naissante de Jésus, il lui envoya deux de ses disciples, chargés de demander au Maître qui il était. Jésus leur répondit : " Allez, et dites à Jean que je suis venu annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. " Pmiperes evangelizantur. „
C'est là, si je puis m'exprimer ainsi, le cachet et comme le signalement du Sauveur.
Et comment l'entendait-il, cette bonne nouvelle prêchée au pauvre?
Son premier pas dans la vie est bien fait pour nous jeter dans la stupeur... Cette mère pauvre et recueillie dans le temple, à peu près ^ommè sont les orphelins du peuple. Ce père pauvre, né à Bethléem, faute d'ouvrage émigré à Jérusalem, quand on y restaura le temple; puis, le travail fini, se fixant à Nazareth et y gagnant au jour le jour sa vie... Cette crèche d'écurie pour berceau; cette écurie elle-même ouverte au vent; cette paille, ces bergers, ces veilleurs de nuit conviés seuls à saluer sa naissance... Cette fuite en Egypte, où il faut bien que l'on mendie pour vivre, n'est-ce pas? Car du premier jour l'ouvrage ne vient pas à ces ouvriers ambulants...
Tout cela, il l'a choisi, et il l'a choisi parce qu'il l'a aime!
Il ne faut pas que nous, chrétiens, nous rougissions de l'Evangile, n'est-ce pas?.. Eh bien, «lut
votre amour -propre bondir, savez -vous ce que c'était que Jésus, Marie et Joseph voyageant ainsi? Vous rencontrez parfois dans les campagnes , Tziganes ou Bohémiens errants, un père, une mère et un enfant... Le père porte, bouclés sur ses épaules, ses pauvres outils, la mère son petit enfant dans les bras, et ils quêtent de l'ouvrage. L'ouvrage venu, sur l'accotement des routes, l'ouvrier s'installe, et en plein air, devant les enfants qui s'attroupent et le contemplent, courageux, il fait la besogne qui va lui valoir un peu de pain. La nuit venue, il ne sonne pas à la porte des hôtelleries, sachant bien qu'elles lui sont fermées; mais si le ciel est clément, il dort sur un talus, et quand le ciel est mauvais, il cherche quelque grange hospitalière ou quelque chaumine abandonnée, pour s'y reposer avec sa femme et son fils.
De cet homme faites un saint, de cette femme la Vierge, de cet enfantelet le Fils de Dieu, voilà la vraie vision de L'Evangile. Tout ce que vous ajouterez à ce dur tableau, sera du rêve... je ne sais quelle pieuse fantaisie imagée pour amadouer la lâcheté de votre orgueil.
Tout cela Jésus l'a choisi et il l'a choisi parce qu'il l'a aimé.
Quand plus tard, il se mettra à prêcher dans les synagogues, les riches d'alors, stupéfaits de trouver tant de sagesse dans un homme de rien, s'écrieront : " Mais, est-ce que ce n'est pas le fils du charpentier, et sa mère n'est-elle pas cette Marie? „ Noiuic hic est fabri filius? Nonne mater ej'us dicitur
Maria? (il Et ils n'en reviendront pas que puisse ainsi parler le fils de si petites gens, un pauvre, enfant de pauvres!
Après ce début, voyez sa vie... Durant trente ans, il est ouvrier lui-même, maniant dans l'atelier de Joseph, sur son établi grossier, la scie, le marteau, le ciseau et la varlope; il travaille ce dur travail des mains qui fait couler la sueur au front et à la poitrine, travail obscur, méprisé, dédaigné. Je ne sais quel saint des premiers siècles raconte que de son temps l'on montrait encore des socs de charrue taillés par Jésus-Christ.
Est-ce que, dans vos promenades, au sein des villages, le long des grandes routes, vous n'avez jamais rencontré ces ateliers-là?.. Dehors gisent une charrue ou une herse démantibulée ou quelque engin de labour brisé; et sous la porte d'une grange l'ouvrier travaille seul, ou avec un fils déjà grand; car pour prendre un second en sous-œuvre, il n'est pas assez riche, ni l'ouvrage assez fourni.
Eh bien, c'est cela! c'est cela transporté en Orient, avec en plus la pauvreté et le dénuement des gîtes collés au flanc des roches, pour épargner un mur de fond.
C'est cela, mes Frères, Jésus -Christ est cet ouvrier... On a demandé : N'est-ce pas le fils du charpentier... Nonne hic est /abri filius? Mais on a demandé aussi : Nonne hic est faber?.. Mais n'est-il
Ml Mai iiiii-.i , \;\, 55.
pas charpentier lui-même? Nonne hic est faber? d)
Et durant ces trente ans, c'est avec ce petit monde des ouvriers qu'il vit, c'est ce petit peuple qu'il hante, c'est avec eux et comme l'un d'eux qu'il prend ses heures de délassement durant le jour, et au bout de la semaine son repos du Sabbat; simple, bon, doux, mais méconnu de tous ces gens qui ne voient en lui qu'un camarade... A peine durant ces trente ans, un jour a-t-il ouvert sur sa divinité une échappée rapide, quand il enseigna la loi aux docteurs dans le temple; mais ce fut un éclat fugitif, à peine remarqué d'un petit groupe dans la foule dont Jérusalem était alors encombrée, et l'oubli le recouvrit si vite. A l'heure où il va aborder la vie publique, il n'est que charpentier, fils de charpentier; pauvre, fils de pauvre.
Frères, il l'a choisi, et il l'a choisi parce qu'il l'a aimé!
Le voici maintenant devant le monde... Il doit choisir encore, choisir ceux qui seront ses apôtres, les continuateurs de son œuvre; les immortels fondateurs de cette Eglise qu'il veut universelle dans l'espace et dans le temps, à travers tous les siècles qui passeront sur l'humanité. Oui va-t-il prendre, mes Frères?.. Ils doivent être les juges des générations humaines : " / os sœculorum judices, „ les flambeaux du monde, " et ver a mundi lumina. „
Ils doivent ouvrir et fermer les temples du Ciel " Qui templa cceli clauditis, serasque verbo solvitis. „
d i Mar< . 6, 3.
Princes de l'Eglise, chefs triomphants de ses combats et gardes de la céleste cour " Ecslesiarum principes, belli triumphales duces, cœlestis aulœ milites.
Qui va-t-il prendre, mes Frères?..
Des pauvres, toujours des pauvres; de petites gens, des ouvriers, des pêcheurs côtiers sur les grands lacs de la Judée... Venez, leur dit-il, et suivez-moi... Et ils laissent là leurs filets et leur barque, et ils le suivent.
Mais, Seigneur, y songez-vous? Ils vont devoir lutter contre toute la sagesse conjurée des philosophes et des Sages!.. Des pauvres, je veux des pauvres!
Mais toute la puissance des trônes, toutes les armées des empereurs et des rois vont se coaliser contre eux... Des pauvres, je veux des pauvres!
Mais le formidable appareil des sciences, de tous les coins du monde, va s'insurger contre leur symbole; la chair, le monde, l'orgueil, l'enfer, tout va se dresser devant leurs pas avec des cris de bataille... Des pauvres! je veux des pauvres, cherchez-moi des pauvres, et que ma maison en soit remplie " ut impleatur domus tota. „
O mes Frères les riches, n'y aura-t-il donc pas de place pour vous? Si. 11 appelle Matthieu, qui était riche, du fait d'une charge fiscale qu'il avait à ferme... Mais ce riche, il exige qu'il se dépouille... et Matthieu se dépouille de tout!
Voilà désormais sa cour : ces pauvres et ce dépouillé.
Voilà son royal cortège, ses princes et ^<m sénat!
Frères, il l'a choisi, il l'a choisi parce qu'il l'a aime!
Ah! que je comprends bien le cri de l'apôtre.
" Ce qui semble fou au monde, Dieu le choisit pour confondre les sages; ce qui semble chétif au monde, Dieu le choisit pour confondre les forts. Et de même, il a choisi les dédaignés, les méprisés, ceux qui semblaient n'être rien, pour briser ceux qui se croyaient quelque chose! „
Et ignobilia mundi et contemptibilia elegit Deus, et ea quœ non sunt, ut ea quœ sunt destrueret 1 1 i
Et maintenant, pendant trois ans, il va prêcher... A qui? aux pauvres, le long des routes, aux coins des carrefours, dans les bourgades, à tout ce petit peuple qui fourmille là et dont les enfants courent et s'abattent dans les chemins. Quand ils seront cinq mille autour de lui, toute cette masse sera si pauvre qu'on n'y trouvera d'autre réserve que cinq petits pains et deux poissons... Lui-même et les siens vivent d'aumônes; il n'a pas de gîte : " Les oiseaux du ciel ont leur nid, les renards ont leur tanière. Le fils de l'homme n'a pas où reposer la tête. „ (21.
Et sa doctrine?
Sa doctrine! mais je puis la résumer en un seul mot : Bienheureux les pauvres!
Le Christ aime les pauvres, et c'est parce qu'il
1 1 1 i. ( !or., i , 27 et 28.
I2I Mail, 8 , 20.
les aime, qu'il les a choisis pour ses compagnons, pour ses apôtres, pour ses frères, qu'il a voulu naitre et vivre parmi eux! Vivre et mourir, mes Frères; car vous savez bien n'est-ce pas, que lorsqu'il fallut inhumer son corps sanglant et déchiré par les tortures, ce fut dans un tombeau emprunté. Son cercueil est une aumône!
Pauvre et fils de pauvres.
Ce que le Christ a fait, le voilà.
Allons, mes Frères, allons! A vous maintenant! A vous de reproduire l'image de ce pauvre, et de la montrer dans votre chair mortelle : " Ut et vita Jesu manifestetur in carne nostra mortali. „ m
Or, voici le point malaisé, malaisé pour vous surtout à qui Dieu a départi le ministère de la fortune et des biens du monde, à vous qui êtes riches.
Dans ce grand et suprême travail des chrétiens que je vous signalais en commençant : " Reproduire en soi la physionomie du Christ, revêtir le Christ, „ vous aurez toujours une inévitable défaveur et un fatal desavantage.
Vous ne porterez jamais ce que j'appellerais volontiers la figure extérieure du Christ. Il était pauvre de fait; de fait vous serez riches! Entre le Christ et vous, il y aura la somptuosité de vos demeures, le luxe de vos parures, les molles fainéantises de votre vie... Vous serez toujours ces
(1) 2. Cor., 2, 11.
riches de la vieille Bible, couchés sur leurs lits d'ivoire, buvant leur vin fumeux dans des coupes d'or, endormis au son des chanteurs et des chanteuses, enivrés d'encens et de parfums, et ne goûtant de la vie que les charmes et les douceurs. Ouel trait du Christ trouvez-vous en tout cela?
Vous souvenez-vous de ce vieux roi de Jérusalem à qui l'on voulait mettre une couronne d'or?.. Non, cria-t-il, en repoussant le royal bandeau : " A Dieu ne plaise que je porte une couronne d'or où le Christ a porté la couronne d'épines. „
Eh. bien, vous, cette couronne de la richesse, vous ne saurez pas l'arracher de vos fronts, et quiconque ayant vu le Christ pauvre vous rencontrera, vous, riche, ne le reconnaîtra pas en vous.
Au moins le reproduirez-vous dans la physionomie de son âme et de son cœur? Cela, vous le pouvez, et des riches comme vous l'ont fait; ils l'ont fait dans les conditions les plus élevées de la gloire et de la grandeur.
Faites vous pauvres!
lu puisque vous ne pouvez pas vous dépouiller de tous vos biens, comme fit Matthieu, ni même en donner la moitié aux misérables, comme fit Zachée, du moins détachez votre cœur de nos richesses.
Savez-vous ce que c'est, un cœur détaché des richesses?
t un cœur qui les prend pour <•<• qu'elles sont, et qui les aime pour ce qu'elles valent.
Ce qu'elles sont : un moyen que Dieu vous
donne pour sauver vos âmes. Pas autre chose. Et elles valent dans la mesure où elles vous conduisent à ce terme suprême de la vie. Pas davantage. Est-ce ainsi que vous les considérez et que vous les aimez ?
Et savez-vous à quel signe vous reconnaîtrez que votre cœur en est arrivé là?.. C'est quand, pour donner, il n'aura plus ce déchirement de l'ongle qu'on arrache aux chairs, mais qu'il donnera sans peine, largement, joyeusement, la part des pauvres, la royale aumône du chrétien.
C'est quand il ne contera plus lentement, péniblement, douloureusement, et comme denier par denier, la dîme du pauvre, mais quand il la jettera à main pleine et le cœur débordant.
C'est quand, à certaines heures, il saura, comme la petite veuve pauvre de l'Evangile, prendre même sur sa vie et sa subsistance pour partager avec ses frères " Omnem vie l 'uni su nui que ni h a huit misit. „ Elle a donné tout ce qu'elle avait pour vivre!
Ah! mes bien-aimés Frères, savez-vous ce qui vous arrête?.. Je vais vous le dire.
Ce qui nous arrête en notre marche vers le Christ dans les pauvres, " Christo in pauperibus „, c'est le monde.
Je m'explique.
Saint Jean disait : " Convoitise de la chair, convoitise des yeux, orgueil de la vie, c'est là tout le monde. „ Eh bien, c'est là ce qui nous arrête c'est cette soif de jouir, cette soit" de paraître qui rongent notre cœur, et cet orgueil qui nous gonfle
comme des outres, du vent de toutes les fatuités et de toutes les superbes.
Soif de jouir, d'abord.
L'homme est avide de jouissance, et je ne m'en étonne pas, puisqu'il a été créé pour jouir de ce bien suprême et infini qui est Dieu, pour goûter en lui la somme et, si je puis ainsi parler, la quintessence de toutes les douceurs de la terre. Seulement, cette jouissance souveraine est réservée à notre vie définitive. Nous ne pouvons goûter icibas que des joies mesquines, frelatées, basses souvent, et toujours vaines et vides, parce qu'elles passent et meurent. Pourtant notre pauvre cœur s'y attache, il s'y agglutine, il s'y fond tout entier; il lui en faut encore, encore, encore; il n'en est jamais rassasié. Fatigué des unes, car elles
lassent vite, les joies de la terre, il en cherche d'autres, et après d'autres encore, espérant toujours, par cette saveur nouvelle, aiguillonner ses sens, que le dégoût et la nausée envahissaient.
A cette recherche, il ne se met pas seul; il appelle à son secours tous les aides et toutes les assistances, et même le progrès et les sciences ne lui servent guère qu'à cela : mettre à sa portée et dans ses mains, à moins de frais et moins de peine, des biens qui exigeaient, pour les saisir, autrefois quelque effort.
Il transforme si bien sa vie, qu'il finit par n'en plus connaître ni la loi, ni le sens.
Sortons, si vous le voulez, de ces considérations générales, regardez autour de vous, je n'ose pas
dire : regardez en vous-mêmes. Qu'est devenue la vie pour la plupart des hommes? Une course au plaisir! On ne se demande plus : quel est mon devoir aujourd'hui? Non; mais quand s'éveille l'aube, encore endormie la pensée va cherchant : quel sera mon plaisir aujourd'hui? Ah! si du moins ce plaisir était pur! Mais même alors, Mesdames, ne voyez-vous pas combien cette vie jouisseuse est en révolte ouverte avec les volontés divines? La vie que Dieu a imposée à l'homme, est la vie laborieuse; c'est au prix de notre travail qu'il nous permet de manger notre pain. Ah! pauvres âmes folles, elles ont porté, comme le figuier des bords du chemin, des frondaisons superbes, elles ont eu fleurs riantes et parfumées; mais stériles, stériles, elles sont restées sans fruit. " Arrachez donc cet arbre et qu'on le jette au feu préparé dès le commencement. „
Mais ce n'est point ce résultat final et terrible sur lequel je veux appeler votre attention; c'est sur le résultat immédiat, et sur l'entrave présente que cette vie met au service des pauvres.
N'est-il pas évident que ces plaisirs sont dispendieux, et qu'après avoir dévoré la part de vos revenus qui vous revenait légitimement et raisonnablement à vous-mêmes, ils mordent et rongent d'une dent avide la part de vos biens que vous auriez départie aux pauvres, si vous aviez eu le courage de vivre cette vie simple qui était la noble et fortifiante et glorieuse vie de nos ancêtres? Vous vous plaignez de votre budget des pauvres; n'est-ce
pas votre budget personnel qui vous grève? Vous ne savez pas aller au pauvre; n'est-ce pas peut-être parce que vous vous recherchez trop vous-mêmes?
Soif de paraître.
L'apôtre dit : " Convoitise des yeux. „
Je comprends la soif de jouir; elle répond en effet à une satisfaction que je sens et que j'éprouve; même en la méprisant, il faut reconnaître qu'elle est réelle. La soif de paraître n'en est point là; elle répond à une satisfaction qui est plutôt dans les autres qu'en moi-même. Quand je veux paraître grand, puissant, riche, ce n'est point en moi que je veux faire naître cette sensation, c'est dans les autres.
Tout l'apparat extérieur dont nous entourons nos vies, est fait pour autrui. En secret et à part nous, comme nous le déposons vite! Car il est pesant et gênant; vous savez mieux que moi les ennuis, les fatigues, parfois même les tortures physiques et morales auxquelles vous vous condamnez dans ce seul but de paraître. Si vous étiez seuls dans quelque villégiature écartée, vous n'auriez garde. C'est donc là le bien personnel que vous en tirez?
Je le sais bien; il vous revient par contre-coup, de cette impression des autres, une satisfaction de vanité et d'amour-propre, et soyons sincères jusqu'au bout, une satisfaction d'envie triomphante. Car ce n'est pas paraître que nous voulons simplement, c'est paraître autant et plus que tel autre qui nous fait ombrage, c'est l'écraser sous le déployement de notre faste, comme tel oiseau de basse-cour fait la
roue et se pavane pour morfondre les coqs de l'endroit; encore ses plumes sont-elles à lui, ce qui n'est pas toujours le cas chez les humains.
Paraître, paraître, ah! je vous prie de regarder comment voulut paraître votre Roi et votre Dieu. Cette pauvre Mère et ce Père charpentier, cette étable et cette crèche, et ces trente ans d'atelier, cette vie au milieu de pauvres et de misérables bateliers, et cette mort si dénuée que, lorsqu'il faut l'ensevelir, un étranger doit lui faire l'aumône d'un tombeau. Et nous sommes vos fils, ô mon Maître, et nous nous flattons de porter votre nom, et nous nous parons de vos insignes, et nous voulons que notre cœur soit l'exemple de votre cœur!
Encore une fois, je ne veux pas insister, et je me borne à conclure que cette soif de paraître, et le luxe et le faste toujours grandissants dont elle a fait comme une nécessité de nos vies, diminuent et rongent la part de Jésus-Christ, la part de ses pauvres. Comprenez-vous que lorsqu'il vous voit, avec une prodigalité si folle, jeter l'or à pleines mains et sans un regret ni un remords, à vos plaisirs et à vos fêtes, son cœur saigne? Il songe à ses petits frères les pauvres, lui, et les voyant si seuls, si délaissés, il s'écrie : " Ah! moi, je cherche un consolateur, et je ne trouve personne! „
Il reste notre orgueil.
J'ai dit en parlant des souffrants et des pauvres : Nos frères les pauvres, comme notre Seigneur disait du dernier d'entre eux. Frère, Frère, voilà ce que nous ne savons pas comprendre. Ah! certes
nous le disons, et quand nous le disons, il ne nous semble pas que ce soit une vaine formule : en vérité, nous sommes sincères. Mais il y a loin des lèvres au cœur, et quand c'est au cœur de parler, comme il traduit mal parfois les paroles de nos lèvres!
Une chrétienne, en tour de visite à de jeunes condamnées libérées dont elle protégeait les premiers retours à la vie honnête et sans tache, rencontre une amie et l'invite à l'accompagner. Elles vont ensemble au parloir de la communauté religieuse où les délivrées avaient momentanément leur asile. Elles arrivent, les jeunes filles, et dans l'élan de leur reconnaissance, elles se jettent au cou de leur bienfaitrice. L'amie sentit se révolter en elle-même tous ces sentiments qui s'appellent dans le monde la dignité, la distinction et les convenances. Son premier mot, au sortir, fut cette interrogation stupéfaite : " Quoi! vous vous laissez embrasser par ces filles-là? „ Je ne sais ce qu'a répondu l'autre; mais je suis persuadé que si elle avait dit : " Pourquoi pas, ne sont-ce pas des sœurs? „ la première eût repris : " Des sœurs, des sœurs, oui, mais pas tant sœurs que cela! „ Eh bien, la voilà prise sur le vif, notre croyance à la fraternité humaine
Mon Dieu, Mesdames, je le sais bien, il faut avoir en considération les différences de classes, les degrés divers des positions sociales, les coutumes, les usages, les convenances et les conven-' dons mondaines; je Le sais bien et je n'y contredis
pas. Une chose pourtant me t'ait difficulté, et vous me permettrez de vous la dire très simplement : c'est que, à toutes les choses que je viens de dire, classes, positions, coutumes, usages, convenances et conventions, Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a jamais daigné prendre garde.
Son baptême lave l'âme de ce pauvre, comme il lave votre âme; l'onction de son esprit coule sur son front, comme sur votre front; il pose son divin corps sur ses lèvres, comme sur vos lèvres; il bénit ses épousailles de la même bénédiction dont il bénit les vôtres; il sera là près de lui au moment du grand passage, comme il sera près de vous, et sur son pauvre cadavre, comme sur votre cadavre, il s'offrira en expiation et en merci. Cherchez bien; si entre le pauvre et vous, vous trouvez devant les autels du Christ quelque différence, elle est d'ajouté humaine, elle ne vient pas du Sauveur! L'amour est le même dans le cœur du Maître pour Afra l'esclave et pour Fabiola la patricienne.
Et voila ce que devrait être aussi l'amour dans nos cœurs.
Riches, riches, s'écrie l'apôtre, ne vous enorgueillissez pas dans vos richesses, non superbe sa père. Songez que ces humbles et ses petits sont vraiment vos frères, et qu'au jour où devant notre Père qui est aux deux se rassemblera la grande famille de Dieu, ces petits, ces humbles, vos serviteurs aujourd'hui, seront à vos côtés, vos égaux dans l'amour du Père.
Ne voyez-vous pas, Mesdames, combien, si
vraiment nous tenions les pauvres en frères, notre cœur irait à eux dans la compatissance et dans la bonté? Ne voyez-vous pas, si vraiment nous les aimions, comme nous relèverions dans nos bras, comme nous réchaufferions sur nos cœurs ces pauvres membres souffrants et blessés du Christ?
Et ne voyez-vous pas aussi du même coup, comment notre orgueil, en les classant si loin de nous et si bas en-dessous de nous, nous les rend indifférents, étrangers, d'autre race et d'autre peuple?
Dans un de ses discours devant Louis XI \\ Bossuet se demande qui peut bien vous faire, à vous qui êtes bons cependant, un cœur parfois si dur pour les pauvres. Et il trouve que ce sont d'autres pauvres plus pressants et plus affamés, qui " ont gagné les avenues les plus proches de votre cœur, „ et à l'affût, " en ce passage plus secret, „ ont de vos libéralités épuisé toute la mesure. " Je parle, „ dit-il, " de ces pauvres intérieurs qui ne cessent de murmurer, quelque soin qu'on prenne de les satisfaire; je veux dire vos passions et vos convoitises. „
" C'est en vain, ô pauvre Lazare, que tu gémis à la porte; ceux-ci sont déjà au cœur; ils ne s'y présentent pas, mais ils l'assiègent; ils ne demandent pas, mais ils arrachent... L'ambition, l'avarice, la délicatesse, toutes les autres passions, troupe mutine <t emportée, font retentir de toutes parts un cri séditieux, ou l'on n'entend que ces mots : Apporte! apport-'! " Dicentes : Affer! affer! „ Apporte de
l'aliment à l'avarice, du bois à cette flamme dévorante; apporte une somptuosité plus raffinée à ce luxe curieux et délicat; apporte des plaisirs plus exquis à cet appétit dégoûté par son abondance. Parmi les cris furieux de ces pauvres insatiables, se peut-il faire que vous entendiez la voix languissante des pauvres qui tremblent devant vous? „
Oui, Mesdames, quand toutes ces concupiscences et cet orgueil poussent leurs clameurs, comment entendriez-vous la voix douce de Jésus qui gémit : " Consolez-moi, consolez-moi!.. „
Et quand vous l'entendrez enfin, qu'allez-vous lui répondre? Vous aurez tout donné aux autres. " Ah! Seigneur! ah! Seigneur!., il ne me reste plus rien pour vous! „ Et silencieux, il s'en ira, lui, les mains vides!
Mais aujourd'hui, j'ai bon espoir pourtant. Car la voix que j'ai à vous faire entendre, est la voix touchante de pauvres petits enfants, de petits orphelins et de petites orphelines.
O noms cruels!.. Mes Frères, mes Frères, quand ils sonnent à vos oreilles, dites, ne voyez-vous pas soudain paraître à vos yeux, dans le radieux tableau de votre enfance, la bénie, l'aimée, l'inoubliable figure de votre mère?.. Eux ne l'ont pas connue, leur Mère!
Est-ce que le ressouvenir ne vous vient pas de votre Père, de son cœur doux et ferme qui conduisit vos pas dans le chemin du devoir, de l'honneur et de la vertu?.. Eux n'ont plus leur Père. Qui donc, quand vous avez souffert, a séché
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vos premières larmes? Est-ce que vous ne les sentez pas encore, ces mains si tendres pour vous porter, ces lèvres si douces pour vous baiser?.. Si loin que nous soyons dans la vie, n'est-ce pas qu'il serait bon de les retrouver, de les revoir... et la nuit de les entendre s'asseoir à notre chevet... " Mon enfant, ne crains pas! C'est moi! dis, tu souffres... parle, je t'aime!.. „ Ces rêves, ces bienheureux rêves, ils ne les auront pas... Ah! pauvres petits! Savent-ils ce que c'est qu'un Père et qu'une Mère?
O mes Frères, pour qu'ils soient recueillis, les abandonnés, pour qu'ils soient vêtus, les dépouillés, pour qu'ils soient nourris, les affamés, pour qu'ils soient aimés, les laissés seuls dans la vie, donnez, donnez, donnez!.. Au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ, donnez!
Et ne l'oubliez pas!.. Ce que vous aurez fait au dernier de ces pauvres petits, vous l'aurez fait au Christ lui-même!
Un jour, saint Martin rencontra sur sa route un mendiant nu, qui lui demanda l'aumône; le saint, qui n'avait que son manteau, d'un brave coup d'épée le coupa en deux, et en donna la moitié au pauvre. Or, la nuit, le Christ lui apparut, portant sur ses divines épaules le manteau jeté au pauvre : " Martin, mon catéchumène, c'est vous qui m'avez vêtu! „
Sainte Elisabeth de Hongrie, la chère sainte de Montalembcrt, avait ramassé un pauvre à la porte de son château de la Wartbourgh; elle l'avait pinte
sur ses épaules, baigné, nourri, et le voyant épuisé, les pieds déchirés, elle l'avait couché dans son lit... Son mari rentre irrité, il se précipite, il découvre sa couche... Il n'y avait plus de pauvre, mais à la place où le pauvre avait dormi, un grand Christ sanglant reposait.
Ah! Mesdames, vous qui avez recueilli ces petits orphelins et ces petites orphelines, il me semble voir le Christ, le beau petit enfant de Bethléem, descendre du Ciel vers vous, se glisser entre vos bras, se pelotonner sur votre cœur, comme font les enfants sur le cœur de leur mère... et tout bas à votre âme :.. " Ce petit enfant que vous avez adopté, dit-il, c'est moi! Maintenant, je suis vraiment votre Fils et vous êtes vraiment ma Mère. „
Ne me dites pas que je rêve! Je ne fais que vous traduire le mot de l'Évangile : " Ce que vous avez fait au dernier de ces petits, vous me l'avez fait à moi-même. „
La Première Communion
i. PENDANT LA SAINTE MESSE
Sinitc parvulos ad me ventre, talium est enim regnttm ccelorum.
Laissez venir à moi les petits enfants , car le royaume du ciel est à ceux qui leur ressemblent.
S' Marc, eh. 10.
nfin voici l'heure venue!
ô mes petits en-
tant-, l'heure que vous avez si longtemps 33 attendue, que vous avez si amoureusement préparée, qu'avaient tant rêvée vos mères'
1 leures de joie et de grâce, heure d'inoubliable émotion et d'ineffable bonheur! Le Maître, le Christ, le Verbe de Dieu va se donner à vous! Ah! peutêtre en voyant l'inexpérience, l'ignorance même de
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votre âge, peut-être serait-on tenté, comme les apôtres, de vous écarter de ce grand, de cet incompréhensible mystère, de retarder encore votre communion avec Dieu, le Souverain Seigneur du monde... mais Jésus-Christ a répondu... Il vous a vus si bons, si innocents, si purs, si beaux, qu'il s'est épris de la blancheur de vos âmes! Non, non, laissez venir à moi les petits enfants, car le royaume du ciel est à ceux qui leur ressemblent. Ah! que c'est beau le cri du Maître, lui qui se complaît entre les lis! Et n'êtes-vous pas comme des lis aujourd'hui, sans tache, sans souillure, n'êtes-vous pas comme des anges? Et tantôt, vous allez vous approcher de l'autel, et sur vos lèvres l'auguste main d'un Evêque déposera le corps et le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, ce corps et ce sang qui doivent conserver votre âme pour la vie éternelle : " Corpus Domtni nostri Jesu- Christi custodiat animant tnam in vitam œter-
nain.' „
Déjà, depuis votre baptême, vous apparteniez au Christ, vous vous étiez donnés à lui. Par la voix de vos parrains et de vos marraines qui répondaient de vous, vous axiez cru en lui. vous lui aviez fait de solennelles promesses qu'aujourd'hui même vous renouvellerez, le sachant et le voulant cette fois. Ce fut votre premier pas dans l'Eglise et votre première initiation au Christianisme. Vous vous donniez au Christ, mais le Christ ne se donnait pas a vous : " Jam credunt in nomine Jesu, „ dit saint Augustin, " sed Jésus non se crédit as. „
Aujourd'hui, c'est à son tour, il va vous donner sous les divines espèces, son corps à manger et son sang à boire.
Ce don du Christ à l'âme, c'est l'initiation suprême. Or, le cœur de Dieu n'est pas comme nos cœurs • volages. Quand Dieu se donne, il ne se reprend plus, c'est à jamais.
Il sera à vous, ô mes petits enfants, à vous jusqu'à la fin. Il vous suivra pas à pas le long du chemin encore inconnu où vous marcherez dans la vie, il sous soutiendra quand la route sera dure et lassante, il vous relèvera quand vous tomberez, il pansera vos pieds déchirés par les cailloux et les ronces, il consolera votre pauvre cœur endolori quand les épines des buissons lui arracheront par lambeaux ses affections et ses rêves. Il n'y aura dans votre âme ni une joie, ni un bonheur, ni une émotion, ni une tendresse, ni hélas! une douleur, une souffrance, une larme, qu'il ne soit là toujours aimant, toujours tendre, comme un ami, prêt à les consoler et à les bénir.
Et quand au bout du chemin, arrivé au terme, l'heure viendra pour vous de s'en aller et de mourir, il sera là encore pour adoucir les affres du passage, pour vous ouvrir les bras et vous mener à ce monde meilleur, la vraie, la seule, l'éternelle patrie des âmes.
Yoilu, <> mes cillants, l'ami divin qui se donne à vous.
Et qu'allez-vous taire?
Ah! je vous entends me dire : " Me donner
encore à lui comme il se donne à moi. Que puis-je faire davantage? „
C'est bien vrai, et c'est bien le cri spontané de votre âme à cette heure où votre innocence ingénue s'ouvre à toutes les générosités et à toutes les vaillances. Oui , vous donner à lui comme il se donne à vous.
Mais savez-vous ce que ce don renferme?.. Je vais vous le dire. Etre au Christ, servir le Christ, c'est faire sa volonté, et sa volonté se peut résumer en un mot très simple, très banal même à qui ne le comprend pas, mais à qui l'a saisi singulièrement grand et solennel : le devoir! Aimer le Christ, c'est faire son devoir... se donner au Christ, c'est se vouer au devoir! Oui servat mandata mra, Me est qui me diligit.
Faire votre devoir donc! votre devoir dans tous les âges et dans toutes les conditions de votre vie, en dépit des désirs et des passions qui vous sollicitent; aller jusqu'au bout dans cette voie royale, n'hésiter jamais, dût-il vous en coûter des sacrifices, dût-il vous en coûter du sang. Tenir pour rien tout ce qui n'est pas lui, pour rien les honneurs, pour rien les richesses, pour rien le plaisir, pour rien même la gloire, même le bonheur, et ne compter qu'une chose, ne voir qu'elle au monde : le devoir! le devoir!
Mourir, oui, mourir, plutôt que «l'y forfaire ou de ]«■ trahir, lui avez-vous la force, mes enfants?.. Et devant le Dieu qui ne se reprend pas, vous, ne vous reprendrez-vous pas? Ah! le vase de notre
cœur est si fragile, et devant les tentations de la terre, si débile est la volonté -de votre âme! Vous n'avez pas encore entendu gronder en vous les orages de la vie, vous n'avez pas senti la tempête vous secouer comme les frêles roseaux ballottés et tordus par l'orage. Mais l'heure viendra... Oh! mes petits enfants, que ferez-vous!
Ah! serrez-vous contre lui, il est la force, lui; accrochez-vous à lui comme maintenant dans vos peurs vous vous accrochez à vos mères, il est la puissance... Et si vous tombiez, criez à lui... tendez-lui les bras... il est le pardon et la miséricorde!
Pourquoi cette angoisse de l'avenir m'est-elle venue à cette heure toute d'innocence et de paix?
Parce que tant d'âmes, après s'être données comme vous au Christ, plus tard dans la vie perdent le courage de le suivre, l'abandonnent et le laissent là.
Parce que tant d'âmes fatiguées du combat de la vertu désertent le devoir et, misérables transfuges, jettent au loin leurs armes et passent à la passion , l'éternel ennemi!
Oh! demandez-lui, quand descendu en vous, il reposera sur votre cœur, demandez-lui d'être et de rester, vous du moins, à jamais fidèles, de combattre vaillamment le bon combat, de travaillrr sans repos et sans cesse à vous vaincre.
Demandez-lui le courage et la force... qu'il trempe l'acier de vos volontés dans le feu de sa grâce, afin que, comme dit l'apôtré, elles restent invinciblement attachées à tout ce qui est vrai, à tout
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ce qui est pur, à tout ce qui est juste, à tout ce qui est saint, à tout ce qui est honneur et vertu! Cela, ô mes enfants, ce sera la beauté et la grandeur de votre vie; demandez-lui aussi ce qui en est le charme et l'enchantement, le bonheur. Nos pauvres cœurs en ont si faim et si soif. Ah! je le sais bien, le vrai bonheur n'est pas de ce monde, Dieu le réserve à l'autre; mais demandez-lui de vous en laisser goûter ici-bas quelque saveur lointaine. Demandez-lui de ne pas faire trop pesant pour vos épaules le fardeau de la vie : il est parfois si dur à porter; mais, quoi qu'il décide de vos destinées, ayez confiance en lui, soyez-lui fidèles : à brebis tondue, il mesurera le vent. J'ai dit qu'il était la force et le pardon, il est aussi la bonté, l'amour et l'espérance.
Mes enfants, votre bonheur d'aujourd'hui n'est pas votre œuvre, il est l'œuvre de ceux et de celles qui vous entourent devant cet autel, de vos pères et de vos mères... Oh! vous ne savez pas, pour vous conduire depuis vos berceaux jusqu'à cette heure bénie, ce qu'il leur en a coûté de travail, d'angoisse, de sollicitude inquiète, de dévouement, d'amour, de tendresse et de sacrifices! Et tout cela, ils l'ont compté pour rien, ils auraient donné pour vous leur vie et tout leur sang comme une goutte d'eau... Pourquoi? Parce qu'ils vous aiment comme jamais vous ne serez aimés en ce monde, comme jamais entendez-le bien comme jamais, jamais VOUS ne saurez les aimer vousmêmes.
Ah! ne les oubliez pas auprès du Maître, demandez-lui qu'il leur donne ce que vous ne pouvez pas leur donner, le prix de tant d'amour! Demandez, pour eux aussi, la force et le courage... et demandez le bonheur, oui pour eux aussi, le bonheur; mais que leur bonheur ce soit vous, ô mes enfants, que ce soit vous leur fierté et leur gloire, et mieux que leur fierté et leur gloire, leur récompense!
Demandez, oh! demandez surtout, que longtemps, longtemps, longtemps, Dieu vous les garde! l'heure viendra hélas! hélas! toujours trop vite où vous les verrez partir!., où vous chercherez en vain leurs yeux, leurs lèvres, leurs bras et leur cœur... Ah! quand ils ne sont plus là, comme la vie est triste et dépouillée.
Ah! savez-vous pourquoi à vous voir, nous qui avons vieilli et qui vous regardons, nous sentons dans notre âme, au milieu des émotions douces qui nous bercent, une douleur qui nous étreint... c'est que le souvenir nous revient du jour où nous aussi, comme vous, nous allions recevoir Jésus, le Maître, et la vision nous apparaît, oh! la vision bien-aimée! de nos pères et de nos mères qui étaient là autour de nous, pleurant de très douces larmes et nous ouvrant les bras. Où sont-ils maintenant?., où sont-ils maintenant?
Ah! chères âmes des «disparus, âmes révérées des aïeux et des aïeules, saintes familles du ciel qui ne détachez pas vos cœurs des familles de la terre, oh! bénissez les enfants de vos enfants, le sang de votre sang, les blanches petites fleurs
écloses sur l'arbre vivant de votre race, bénissezles, et avec l'invisible procession des anges, venez, venez pour les conduire au Seigneur!
O mes enfants, que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ conserve votre âme pour la vie éternelle!
Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animant tuam in vitam œternam!