DE LA PROVIDENCE
Angelis suis mandavit de te. ut custodiant te in omnibis viistuis.
II ;i commandé à ses anges de vous garder dans toutes vos voies. Psaltn. XC. 2.
Mes frères,
Pendant longtemps l'homme a péché contre la religion en rendant les honneurs divins à des êtres qui ne les méritaient pas, en reconnaissant comme Dieu ce qui n'était que la créature de Dieu. Il prostituait alors ses hommages et son encens, il était tombé dans un excès d'adoration, son crime se nommait Idolâtrie.
Aujourd'hui l'homme est devenu avare d'encens et d'hommages ; il n'adore pas les idoles, mais hélas ! il n'adore plus personne : il manque à la religion en l'abandonnant, en n'ayant plus de religion: son crime se nomme Impiété, on pourrait presque l'appeler Athéisme.
Suivant donc la direction donnée par le Souverain Pontife Léon XIII, nous réagirons selon nos forces contre cette tendance d'an trop grand nombre des hommes de notre temps, et, du haut de cette chaire, nous continuerons à vous parler de notre sainte religion, afin de vous faire
comprendre de plus en plus clairement combien elle est raisonnable, combien elle est nécessaire et aussi combien elle est consolante.
Ce dernier point fera l'objet de l'instruction de ce jour. Nous vous parlerons de deux dogmes qui comptent parmi les plus consolants de la religion chrétienne, nous voulons dire la Providence et la Résurrection. Providence et Résurrection, voilà les deux seules vérités capables de soutenir l'homme au milieu des tristesses, des épreuves et des luttes de cette vie.
Parle premier de ces dogmes, ou nous enseigne que Dieu a soin des hommes, et qu'il envoie même à chacun d'eux un ange pour les accompagner continuellement et les garder. Il y a plus, mes frères : la sollicitude de Dieu va si loin que tous les cheveux de nos têtes sont comptés, et qu'il n'en tombe pas un sans la, permission de notre Père céleste.
Pour exciter notre confiance, Notre Seigneur emploie diverses comparaisons. Il commence par constater l'inquiétude dans laquelle vivent ceux qui ne croient pas : Que ferons-nous ? s'écrieut-ils, que mangerons-nous ? où prendrons-nous des vêtements pour nous couvrir '\ Quant à vous, Teprend Notre Seigneur, n'ayez pas de ces inquiétudes ; cela est bon pour les païens, pour ceux qui n'ont pas la foi. Considérez les herbes des champs : elles ne travaillent point, elles ne filent point, et cependant Salomon dans toute sa gloire était vêtu moins magnifiquement que le lis de nos vallées. Considérez les oiseaux du ciel : ils ne sèment point, ils ne moissonnent point, ils n'amassent point dans les greniers, et cependant notre Père céleste les nourrit. Or si Dieu revêt ainsi le lis des champs, s'il nourrit les petits oiseaux, a plus forte raison aura-t-il soin de vous qui valez beaucoup mieux. Cherchez donc premièrement le royaum.) de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données comme par surcroît. Math. VI.
Que l'homme suive bien les lois de sa nature, qu'il ao
eomplisse ensuite les commandements de Dieu, et il aura en abondance tout ce qui est nécessaire pour son vêtement et sa nourriture.
Et cependant ou ressent du malaise, les hommes de foi eux-mêmes sont alarmés à la vue de ce qui se passe sur la terre : il s'y passe en effet des choses bien étranges. E:outez, mes frères, je vais vous exposer un dogme qui n'est pas assez compris, mais dont l'humanité à an extrême besoin.
Que voit -on dans le monde, dans les pays de l'Europe surtout ? Des hommes qui ont des fortunes colossales, des richesse scandaleuses, à côté d'antres qui n'ont pis de quoi se couvrir, qui n'ont pas même un morceau de pain à donner à leurs petits enfants.
Un petit nombre d'hommes ont en main toutes les richesses.et ils vont se moquant de Dieu ; ils violent tontes les lois divines et humaines. Souvent ce sont devrais scélérats, qui ne sont arrivés à la fortune que par la fraude et les injustices de toute sorte, et vous les voyez étaler aux yeux des chrétiens un bonheur insolent ; puis, à côté d'eux, il y a des justes, des hommes d'une honnêteté sans reprocha, qui sont dans l'humiliation et les souffrances. La maladie les a éprouvés, ils ont été frappés par d'autres malheurs incontrôlables, et ils sont maintenant à la charité publique. (■ependant, ce sont de.s âmes d'élite ; ils servent Dieu fidèlement.
Comment expliquer ce mystère 'i La religion seule peut l'expliquer, et fournir à ces âmes de légitimes consolations. L'homme sur la terre peut avoir à souffrir pour trois causes différentes.
lo II peut souffrir pour ses propres péchés. Quand on a péché, la justice demande que l'on expie sa faute en ce monde ou en l'autre par une pénitence proportionnée. Si nous sommes épargnés sur la terre ce n'est pas un avantage, nous recevrons dans l'autre vie des châtiments beaucoup plus considérables, car ce sera alors le temps de
la justice où il faudra payer jusqu'à la dernière obole. L'homme qui a injurié Dieu ne doit pas être surpris de se voir injurier par ses semblables ; mais il dira plutôt : Dieu me traite en père, il me punit en ce monde, il me fait expier mon péché, et à la mort il me recevra dans sa miséricorde.
Souvenons-nous de l'histoire de Lazare. Ce pauvre avait bien des peines quand il était gisant à la porte du mauvais riche. Il aurait bien voulu se nourrir des miettes qui tombaient de la table de ce riche, et il ne pouvait même pas se procurer un aussi faible soulagement à ses souffrances. Cependant Lazare était aimé de Dieu, et à sa mort il fut reçu dans le sein d'Abraham. Il y a encore des Lazares dans notre temps : Dieu les voit et saura bien les récompenser.Les souffrances serventd'abord àpurifier l'âme, et elles la conduisent ensuite au bonheur suprême par le rade sentier de la vertu.
2o Une âme peut quelquefois souffrir à la place d'une autre. Pour une telle œuvre, Dieu ne s'adresse qu'aux âmes d'élite : c'est ainsi que Notre Seigneur a souffert, bien qu'il fût le juste par excellence. Vous avez entendu pendant les offices de la Semaine Sainte ces gémissements du prophète: O vous tous qui passez par le chemin, arrêtez- vous, et voyez s'il est une douleur semblable à ma douleur. Thren. I, 12. Votre douleur,en effet, est grande comme la mer, magna est enini velut mare contrUio tua. Thren. II, 13. Comment se fait-il que le juste soit ainsi plongé dans une mer de douleur ? Il n'avait rien à expier, il n'était coupable d'aucun péché ! Non, mais il s'était fait victime volontaire ; il ne souffrait pas pour lui-même, il souffrait pour les autres.
Et la Sainte Vierge, la Vierge Immaculée, n'a pas non plus détourné ses lèvres du calice d'amertume où buvait son divin fils. Elle a tant souffert, que l'Eglise a institué deux fêtes pour commémorer ses douleurs. Elle ne souffrait cependant pas en punition de ses fautes, puisqu'elle n'en a jamais commis, mais elle souffrait eu faveur de ceux qu'elle
a adoptés pour ses enfants. Voilà donc ce qui explique comment tous les saints ont tant souffert.
Il y a des ordres religieux où l'on fait continuellement des pénitences qui font frémir la nature, et de là est venu ce dicton des mondains, que les ordres religieux sont trop sévères : eh bien ! ceux qui sont enfermés dans ces asiles de prières ne commettent probablement jamais un seul péché grave. Quand ils auront expié les petites fautes qui échappent toujours à la fragilité humaine, le reste de leurs pénitences sera appliqué pour la conversion de ceux qui ne prient pas et ne savent pas se mortifier. Ces maisons religieuses sont donc comme des paratonnerres au milieu de la société. Avez-vous remarqué quelles sont les fonctions du paratonnerre f. Pourquoi cette barre de fer s'élève-t-elle sur les toits de nos édifices ? C'est pour empêcher la foudre de tomber, ou pour l'attirer sur elle-même, et préserver les bâtiments de l'incendie. Ces âmes d'élite s'élancent ainsi vers Dieu, et elles empêchent sa juste colère d'éclater ; elles demandent que le châtiment pèsent sur elles, mais que les âme:- des pauvres pécheurs soient épargnées.
Ah ! si dans la malheureuse Sodome il s'était trouvé une vingtaine de ces âmes, le feu ne serait pas tombé sur la ville. Et si, de notre temps, le feu du ciel ne consume pas de grandes villes plus coupables que Sodome, cela dépend de ces âmes qui. comme des paratonnerres, arrêtent la foudre vengeresse. Et il y a des hommes assez méchants pour s'élever contre ces communautés, pour les chasser et les détruire ! Honte à eux !
3o. On peut être appelé à souffrir pour une troisième raison : Dieu quelquefois permet les souffrances pour montrer sa bonté et faire éclater sa gloire.
Quand Notre Seigneur rencontra l'aveugle-né, les apôtres demandèrent si cet homme était aveugle par rapport à ses propres fautes ou par rapport aux fautes de ses parents ; Notre Seigneur répondit que ce n'était pour aucune de ces
raisons, mais que Dion avait permis cette infirmité pour faire éclater sa gloire, quand l'aveugle serait guéri.
Il y a, mes frères, des familles qui son' affligées, ce sont de braves gens, et on ne voit pas pourquoi ce châtiment leur arrive ; si ces familles sont réellement pieuses, il faut dire : Elles ne méritent pas ce châtiment par leurs péchés, mais Dieu le permet dans les intérêts d ! sa gloire ; il sera, en effet, grandement glorifié par leur soumission à sa volonté sainte. Que ceux qui souffrent et sont méprisés se résignent donc, ils procurent la gloire de Dieu sur la terre, et Dieu sera leur gloire pendant l'éternité.
Il y a un livre de la Sainte Bible écrit tout exprès pour montrer l'action de la Providence sur les événements de la vie ; ce livre tout plein de consolations pour les âmes éprouvées, c'est l'histoire du saint homme .Tob. Il m'a été d'une grande utilité lorsque je prêchais dans les missions sauvages. Ces pauvres infidèles n'avaient pas une idée bien exacte de la Providence, et ils comprenaient difficilement que Dieu pût affliger les justes. Ils croyaient à l'existence de deux esprits supérieurs ; l'Esprit Bon et l'Esprit Mauvais. Tout ce qu'il y a de beau, de bon et de favorable, ils l'attribuaient à l'Esprit Bon ; tout ce qu'il y a de laid, de nuisible et de désagréable, ih l'attribuaient à l'Esprit Mauvais : les souffrances étaient donc infailliblement regardées comme venant de ce dernier. Ils rendaient un culte à ces deux Esprits, car s'ils aimaient l'Esprit Bon, ils craignaient l'Esprit Mauvais et tâchaient de l'apaiser. Pour se rendre ainsi le Démon favorable, ils lui offraient en sacrifices tout ce qu'ils avaient de plus cher, quelquefois môme la vie de leurs enfants Lï démon a toujours aimé pour ses autels le sang des victimes humaines.
Pour désabuser ces sauvages et les éloigner du culte impie qu'ils rendaient au démon, je leur expliquai le livre d e Job, et je réussis à leur faire saisir et accepter notre dogme catholique de la Providence.
Mes frères, je vais vous analyseT le livre de Job; <•<.•
sera un peu long, mais nous trouverons dans ces pages un exposé si clair et si précis de la doctrine catholique !
Job était de la terre de H us en Idumée, sur les frontières de l'Arabie, et il comptait parmi les grands de son pays. Il avait sept fils et trois filles qui faisaient son bonheur, et qu'il formait au service du vrai Dieu. Il possédait 7000 moutons. 3000 chameaux, 500 paires de bœuf et 500 àuesses ; car les troupeaux faisaient la richesse de ces Orientaux.
Or, un certain jour, les enfants de Dieu s'étaient réunis devant leur Maître, et ils lui rendaient compte de leur ministère.— Ces enfants de Dieu ce .çont les Anges, et leur Maître n'esi autre que le Très Haut lui-même ; mais n'est-c« pas un spectacle sublime que de voir ainsi notre Dieu entouré de ses anges fidèles, qui lui rendent compte de la manière dont ils ont exécuté ses ordres ? On demande comment il se fait que le soleil se lève chaque matin et se couche chaque soir avec une régularité si parfaite. Les savants ont bien calculé les lois d'après lesquelles il procède dans sa marche enflammée ; mais la cause de son mouvement, ils ne la trouveront pas. Cette cause, la religion seule nous la donne : c'est un des anges de Dieu qui le conduit.
Les anges étaient donc réunis en présence de Dieu, et rendaient compte de leur ministère ; et il arriva que Satan se trouvait aussi parmi eux.
D'où viens-tu, Satan, lui dit le Seigneur '. J'ai l'ait le tour de la terre, répondit-il, et je l'ai parcourue tout entière — Ainsi, nous le voyons, des anges sont préposés au gouvernement de l'univers, et ils font que tout dans la nature marche dans un ordre parfait ; mais les démons viennent aussi au milieu de nous, ils parcourent tous les points de la terre, ils cherchent à troubler l'ordre et à enlever des âmes à Dieu. — N'as-tu pas considéré, dit Dieu, mon serviteur Job ? Certainement il n'a pas d'égal sur la terre ; c'est un homme simple et droit, qui craint Dieu et se. retire du mal. — Satan
est uu esprit accusateur, parce que la charité n'est pas eu lui ; il répond donc : Job vous aime, Seigneur, cela n'est pas surprenant ! N'est-il pas bien payé de ses services ? Vous le combler de biens, vous lui donnez des enfants qui l'ont sa joie ; mais étendez un peu la main, touchez tout ce qu'il possède, et vous verrez s'il no vous maudira pas en face. Alors Dieu veut humilier Satan l'accusateur ; il sait que Job est sincère, il dit donc à son ennemi : va, tout ce qu'il a est en ton pouvoir, mais ne touche pas à sa personne. Kemarquez-vous cette permission donnée à Satan ? Nos biens sont donc sous la garde de Dieu ! Voilà une vérité bien consolante, et qu'il importe de ne pas oublier. Satan ne peut étendre la main sur la personne de Job, c'est là encore une chose bien digne de remarque : il y a eu par le passé, il y a encore aujourd'hui des méchants qui entrent en rapport avec le démon, et font par son entremise ce que l'on appelle des maléfices ; mes frères, il ne faut pas trembler devant ces impies, car Satan ne peut toucher à un cheveu de nos tètes, il lui faut la permission de Dieu pour cela.
A peine Satan a:t-il obtenu la permission de nuire à Job, qu'il sort de la présence de Dieu. Il s'en va dans le désert, il amasse les nuages, et faisant bientôt tomber la grêle, il détruit complètement les moissons de Job ; il fait tomber la foudre et consume sjs moutons jusqu'au dernier. Il va chez les peuples voisins, et les excite à voler les troupeaux de Job : les Sabéens viennent et lui enlèvent ses bœufs et ses ânes ; les Chaldéens, divisés en trois bandes, emmènent tous ses chameau::. Ses enfants se trouvant réunis en uii festin ehez leur frère aine, Satan excite tout-àcoup un vent de tempête qui renverse la maison, et tous sont ensevelis sous les décombres.
De chacun de ces désastres, il s'échappe un seul serviteur qui s'en vient en toute hâte annoncer la terrible nouvelle ; Satan prépare tout de manière que ces messages se succèdent sans interruption, et accablent l'âme de cet homme devenu en un instant pauvre et solitaire ici-bas.
Quand il eut appris la dernière et la plus déchirante de ces nouvelles, la mort prématurée et subite de tous ses enfants, il se leva : il déchira ses vêtements, et s 'étant rasé la tête, il se jeta par terre, adora et dit : Le Seigneur m'avait donné tous ces biens, il me les a ôtés, il a été fait comme il lui a plu. que son saint nom soit béni.
Voilà un beau modèle de soumission.
Si vous êtes éprouvés, mes frères, et si votre conscience ne vous reproche aucun crime, ne vous effrayez pas. Dieu a ses raisons pour agir comme il fait, et ces raisons vous sont favorables.
Pourquoi Job perd-il tous ses biens eu un même jour ? Il l'ignore lui-même ; mais son âme est remplie de foi et son cœur d'amour ; il se dit donc : Dieu est bon et je sais qu'il m'aime ; c'est son bon plaisir de m'éprouver aujourd'hui, que son saint nom soit béni. Il ne prononce pas une parole de murmure. En dehors de la religion, je le demande, où Job aurait-il trouvé des consolations pour le soutenir au milieu de ses affreux malheurs \
Le démon, cependant, vint encore accuser Job.
Les anges s'étaient de nouveau réunis en présence de leur Maitre, et Satan se présenta parmi eux. D'où viens-tu, lui demanda le Maitre des anges ? Je viens, répondit-il. de faire le tour du monde, et je l'ai parcouru tout entier. Et le Seigneur lui dit : n'as-tu point considéré mon serviteur Job. qui n'a point d'égal sur la terre, qui est un homme simple et droit, qui craint Dieu et se retire du mal. et qui se conserve encore dans l'innocence, quoique tu m'aies porté à m'élever contre lui, pour l'affliger sans qu'il l'ait mérité. Satan veut payer d'audace : (Eil pour œil, dit-il. dent pour dent, l'homme abandonnera tout ce qu'il possède pour suaver sa vie. Mais étendez votre main, frappez ses os et sa chair, et vous verrez s'il ne vous maudira pas en face.
Dieu avait déjà confondu Satan, il voulut le confondre encore : Ya, dit-il. je le livre en ton pouvoir, mais ne touche pas à sa vie.
Le démon a la volonté de faire tout le mal que l'on peut imaginer, mais Dieu limite et modère sa puissance à volonté. Satan étant donc sorti de devant le Seigneur, frappa Job d'iiii ulcère malin qui le couvrait depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tète. Les vers se mirent dans ses plaies dont la puanteur devint tellement insupportable, qu'il ne pouvait plus demeurer dans sa maison. Il s'était assis sur un fumier, et il ôtait avec un morceau de pot de terre la pourriture qui sortait de ses ulcères. Alors le démon trouva une aide pour le favoriser dans son œuvre. La femme de Job, qui devait consoler son mari, n'avait pas trouvé la force nécessaire pour résister à l'épreuve ; elle s'avance auprès de lui et s'écrie : A quoi te sert tout ce que tu as fait pour le Seigneur ? Resteras-tu donc toujours dans ta simplicité ? Tu n'as qu'une chose à faire maintenant : maudire ton Dieu et mourir.
Femme chrétienne, si votre mari est dans l'affliction, ne faites pas comme la femme de Job : soutenez-le, consolez-le, rappelez-lui les espérances de la vie future.
Job répondit avec calme à son épouse : Tu as parlé comme une femme qui n'a pas de sens ; si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi n'en recevrions-nous pas aussi les maux ?
Cependant trois princes de ses amis entendirent parler de ses malheurs, et ils partirent tous trois pour le venir trouver : c'étaient Eliphaz de Théman, Baldad de Suh et tëophsr de Naamath. Lors donc que de loin ils eurent levé les yeux, ils ne le reconnurent point, et ayant jeté un grand cri, ils commencèrent à pleurer ; ils déchirèrent leurs vêtements, ils jetèrent de la poussière en l'air, pour la fairo retomber sur leur tète. Ils demeurèrent avec lui assis sur la terre durant sept jours et sept nuits ; nul d'eux ne lui dit aucune parole, parceque sa douleur était excessive.
Et au bout de ce temps, Job parla le premier : périsse, dit-il, Iîè jour dans lequel je suis né. et la nuit dans laquelle il a été dit : un homme est conçu. Que ce jour se change
CONFERENCES Go
eri ténèbres, que Dieu du haut ciel ne le regarde, uoii plus «que s'il n'avait jamais été ! Job déplora longuement sa misère, et alors Eliphaz ouvrit la bouche : il reprit Job de ce que, disait-il, il manquait de patience ; il soutint que Dieu le frappait à cause de ses péchés, et il l'exhorta a faire pénitence. Job répondit : Plût à Dieu que les péchés par lesquels j'ai mérité la colère du Seigneur et les maux que j'endure fussent mis les uns avec les autres dans une balance, ceux-ci surpasseraient les autres de toute la pesanteur du sable de la mer. C'est pourquoi mes paroles sont pleines de •douleur. Ii se plaint de la dureté de son ami : Ma force. dit-il, n'est point la Tore," des pierres, et ma chair n'est pas de brense. Je ne trouve en moi aucun secours contre mes maux, et mes propres amis m'ont abandonné Celui qui voyant souii'rir sou ami n'en a pas compassion, abandonne la crainte de Dieu.
Baldad parla à son tour, mais avec moins de retenue ■qu"Eliphi*z: Dieu est-il injuste dans ses jugements \ ou le Tout-Puissant renrersera-t-il ce qui est juste.-' Si vos enfants ont été exterminés, c'est qu'ils ont péché contre lui. •et il les a livrés à tous ces maux pour les punir de leurs passions injustes. Si vous marches devant lui avec un cœur pur et droit, il se lèvera aussitôt pour vous secourir. Job prit encore sa propr.) défense, cai 1! ne s : -entait coupai d'aucune, faute.
Alors Sophar se fit entendre : Pensez-vous, dit-il, que tous les hommes doivent se taire pour vous laisser parler seul? Car vous ave;-: dit a Dieu: M!es paroles et mes actions sont, pures, et je suis -ans tache devant vos yeux II l'accuse doitc de présomption et d'orgueil, et l'exhorte à ■ vertir.
Les amis de Job parlent ainsi tour à tour, aient
de lui persuader qu'il n'a pu être frappé -i sévèrement que pour de grands crim ut pas faire l'aveu. E-t
répond toujours: Ma cons :ience n ro :h i rieu :
\t ue sais vraincnJ p ts pourquoi Dieu me frapp ! ainsi.
6(i CONFÉRENCES
Ses amis l'accusant d'hypocrisie et de blasphème : Ave/ pitié de moi, s'écrie Job, ayez pitié de moi, vous du moins qui êtes mes amis, puisque la main du Seigneur m'a frappé. Pourquoi me persécutez-vous comme si vous aviez la lumière, la justice et l'autorité de Dieu même?
Qui m'accordera que mes paroles soient écrites ? Qui me donnera qu'elles soient tracées dans un livre, qu'elles soient gravées sur une lame de plomb avec une plume de fer, ou sur la pierre avec le ciseau. Car je sais que mon Rédempteur est vivant, et que je ressusciterai au dernier jour. C'est là l'espérance que j'ai, et qui reposera toujours dans mon sein.
S'il est vrai, ajoute-t-il, que Dieu répande toujours ses biens sur les justes et qu'il accable de maux les méchants, pourquoi donc plusieurs d'entre les impies vivent-ils si heureusement ? Pourquoi sont-ils si élevés et si pleins de richesses ? Leurs maisons jouissent d'une paix profonde et la verge de Dieu ne les touche point. Un autre au contrai- Te qui est juste et innocent meurt après avoir passé sa vie dans l'amertume de son âme, sans jouir d'aucun bien. Et néanmoins ils dormiront tous deux également dans la poussière, ils seront également mangés des vers. Consultez le premier que vous rencontrerez dans votre chemin, et vous verrez qu'il connait cette vérité comme moi ; vous verrez -qu'il vous dira comme moi que le méchant est réservé pour le moment où il doit périr, et que Dieu le conduira dans la prospérité jusqu'au jour où il doit répandre sur lui sa fuvenr.
Voilà un enseignement bien important que Job donne à ses amis, et qui servira jusqu'à la fin des siècles pour empêcher les justes de se scandaliser de la prospérité des méchants.
Job ne s'éleva pas contre le Seigneur; il ne blasphéma «as le nom de Dieu et il conserva son âme sans péché.
Alors un jeune homme appelé Eliu se trouva irrité de
ce que les arnis de Job n'avaient pas réussi à le confondre. Il parla avec emphase, faisant étalage d'un humilité que son discours démentait. Il accusa Eliphaz, Baldad et Sophar de manquer de sagesse ; et il se mit à démontrer que Job ne pouvait être qu'un grand criminel. Il l'accusa de blasphème, et se mit à prendre la défense du Très-Haut à grand renfort d'arguments et d'éloquence.
Satan était confondu, et Dieu trouvant que l'épreuve a fait été assez longue, ne permit plus aux hommes d'outrager son serviteur. Il fit entendre sa voix redoutable du sein d'un tourbillon : " Qui est celui-là qui mêle des sentences judicieuses et véritables avec des discours inconsidérés et ignorants " ? C'est ainsi que d'un mot Dieu mit à la raisou le jeune orgueilleux qui venait de parler.
Et Dieu dit à Job : tu as désiré disputer avec moi, ceins donc tes reins comme un homme de cœur : je t'interrogerai et tu me répondras.
Dieu lui montra alors par des considérations magnifiques la distance qu'il y a de la créature au Créateur. Job s'humilia dans la poussière, et n'osa discuter avec Dieu.
Dieu dit ensuite à Eliphaz de Théman : ma colère s'est allumée contre toi et contre tes deux amis, parceque vous n'avez point parlé devant moi dans la droiture de la vérité comme Job mon serviteur. Il leur dit d'offrir un sacrifice par les mains de Job, ce qui fut fait immédiatement, et il sa laissa fléchir.
L'épreuve était terminée : la santé fut rendue à Job ; Dieu lui donna en peu de temps ie double des biens qu'il possédait auparavant. Et après cela Job vécut 140 ans : il vit ses fils et les enfants de ses fils jusqu'à la quatrièm génération, et il mourut foit âgé et plein de jours.
Mes frères, biens des considérations importantes trouveraient ici leur place, mais la fatigue que j'éprouve e1 la longueur de cette instruction ne me permettent pes de vous les développer aujourd'hui, je les remets à dimanche prochain.
Apprenez aujourd'hui par l'exemple de Job, à accepter
les épreuves quand elles vous arriveront, sachant bien qu'elles viennent de Dieu et qu'elles tourneront à votre avantage.
Dieu commencera peut-être à vous récompenser des- icibas, mais c'est sur la récompense du ciel qu'il fani compter avant tout-
Rêjouissons'ïiima dans les paroles qui nous ont été rfiles :: noua' irons dans la maison de notre Maître. Ps. 121.
Ainsi soit-il.