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DE LA PROVIDENCE

(Suite).

Ordinatione tua persévérai dies : quoniam omnia serviunt tibi.

C'est par votre ordre que le jour subsiste tel qu'il est. car toutes choses vous obiissent. Ps. CXVIII, 91.

Mes frères,

Depuis quelque temps je vous ai entretenus, chaque dimanche, sur la nécessité de la religion. J'ai commencé par vous démontrer qu'elle est nécessaire au bonheur de l'homme, au bonheur de la famille et à celui de la société. Vous avez compris les avantages de la religion à ce triple point de vue, et vous avez conclu que ce qui est un besoin de la nature de l'homme, ce qui fait la base de la famille et de la société, ne peut être une erreur, une simple illusion. J'ai développé ensuite deux autres preuves : lo j'ai démontré que la religion a existé chez tous les peuples et dans tous les temps. Il est vrai, certains peuples sont tombés dans des erreurs très graves touchant la nature de Dieu, mais ils ont tous rendu un culte à la divinité ; cet accord universel prouve qu'il est dans la nature de l'homme de reconnaître un Maître au-dessus de lui. 2o J'ai montré la

vérité et la nécessité de la religion en raisonnant ex-abmrdo : et vous avez vu alors dans quel abîme d'absurdités tombent les hommes qui veulent nier toute religion. Enfin, dans mon dernier entretien, j'ai rappelé deux dogmes consolateurs qui nous démontrent bien, eux aussi, que la religion est nécessaire : ce sont la Providence et la Résurrection. J'ai commencé à vous donner des développements sur le premier de ces dogmes, mais je crois nécessaire d'y revenir encore aujourd'hui : c'est une question si importante, surtout dans ses rapports avec les erreurs que nous avons actuellement à combattre. Nous A'oulons que vous ayiez des idées bien nettes sur ce point, afin que, quand nous étudierons la franc-maçonnerie, a*ous compreniez bien dans quelles erreurs cette société perfide voudrait plonger les hommes.

La Providence, mes frères, c'est un dogme que les Catholiques de notre temps devraient étudier d'une manière toute particulière. On croit bien à une action générale de cette Providence, mais on n'étudie pas suffisamment la manière dont elle s'exerce dans le monde.

Etant admis le fait de la création, quiconque n'a pas perdu la foi ou la raison A'oit immédiatement la nécessité d'un conservateur; conserver, en effet, c'est continuer la création ; et le symbole dés Apôtres, aussitôt après avoir confessé l'existence de Dieu, reconnaît ce Dieu comme conservateur en lui donnant le nom de Père : je crois en Dieu Je Père tout-puissant.

Pourquoi donne-t-on à Dieu le nom de Père ? Parcequ'il exerce à l'égard de la création tout entière les fonctions que le père exerce à l'égard de la famille. Que fait donc le père dans la famille ? Il veille à la conservation de ses enfants ; il leur donne la nourriture et les soins nécessaires pour que les membres de leur corps se développent, pour que les facultés de leur a me se développent aussi, et qu'ils puissent arriver à leur fin. Le vrai père, c'est Dieu ; après avoir tout tiré du néant par sa toute-puissance, il a soin de tout avec une miséricordieuse tendresse. Elevez vos re-

gards, voyez ces globes immenses : c'est Dieu qui les fait rouler majestueusement audessus de vos têtes. Regardez à vos pieds, voyez cette foule d'êtres moins grands mais non moins admirables: c'est Dieu qui les protège et les soutient.

Examinons l'un des êtres les moins apparents, l'humble brin d'herbe que nous foulons aux pieds : amenons les savants, faisons-les étudier les mystères de la vie de ce brin d'herbe : leur science s'y trouvera confondue. Ils constateront peut-être ce qui se passe dans cette plante, mais ils ne comprendront jamais le principe qui fait qu'elle est animée, ils ne comprendront pas la vie de cette petite plante.

La vie, mes frères, Dieu l'a prodiguée partout : on la trouve dans la profondeur des mers et sur la surface de la terre ; on la trouve sous tous les climats, sous les glaces du Nord et dans les sables brûlants de l'Afrique ; elle est répandue à profusion dans l'air qui nous environne. Qui est-ce qui conserve la vie à tous ces êtres ? C'est Dieu. Quelques-uns trouvent que le soin de ces êtres si faibles n'est pas digne de la majesté de Dieu : mes frères, s'il n'était pas indigne de Dieu de les créer, il n'est pas indigne de lui de les conserver maintenant qu'ils ont reçu la vie.

Dieu prend soin de tout ce qu'il a créé.

La science a découvert les lois du mouvement des astres : elle indique d'avance la route qu'il suivront, et elle prédit les différents phénomènes comme si elle tenait les astres dans sa main. Se voyant arrivée à ce point, elle a cru pouvoir se passer de Dieu. 0 folie de l'orgueil humain !

Audessus de cet ordre des astres, il y a un ordre supérieur d'où celui-ci dépend. Toute loi suppose un législateur : nous trouvons des lois dans le mouvement des astres, donc il y a un législateur, qui a établi ces lois et ce législateur c'est Dieu. Nous ajouterons que toute loi suppose des agents pour la faire exécuter. Si l'on donnait des lois à un peuple et qu'il n'y eût personne pour les interpréter, personne pour en presser l'exécution, ces lois ne devien-

draient-elles pas inutiles ? La, nature est inanimée, et cependant elle suit des lois admirables, il y a donc des agents doués d'intelligence qui lui font suivre ces lois.

Il y a des hommes, hélas ! qui méconnaissent ce législateur et ces agents : tel était le fameux Laplace qui a pénétré un si grand nombre des secrets de la science ; aussi un pape lui disait-il : Vous vous êtes élevé bien haut dans les merveilles de l'astronomie ; si vous étiez monté encore un peu plus haut, vous auriez trouvé le législateur.

Pour l'homme qui raisonne, mes frères, la nature est un grand livre où tout nous parle de la puissance, de la sagesse et de la bonté du Très-Haut. C'a toujours été un grand sujet d'étonnement pour moi, je l'avoue, de voir que les savants, ceux qui contemplent de plus près les merveilles de Dieu, qui les touchent du doigt, ne sont pas tous des hommes profondément religieux. Mais, dans les choses ordinaires, c'est avec une facilité extrême que Ton remonte de l'œuvre à l'ouvrier. Quand on voit un bel édifice, on dit : C'est un ouvrier habile qui a fait cela. Il serait absurde de prétendre que cet édifice est l'œuvre du hasard. Et dire qu'il s'est rencontré des philosophes qui ont osé prétendre que l'œuvre du monde tout entier était l'effet du hasard !

Que diriez-vous, mes frères, si quelqu'un montrant cette cathédrale des Trois-Eivières, vous disait sérieusement : Cette église n'a été bâtie par personne ? Que diriezvous d'un voyageur d'Europe qui, contemplant ces immenses cathédrales que l'on admire dans les grandes villes chrétiennes, dirait à qui voudrait l'entendre : Voyez ces cathédrales magnifiques, elles se sont bâties toutes seules ? Et si quelqu'un, en présence des immenses palais flottants qui vous transportent aujourd'hui sur les mers, osait vous dire : Ceci s'est fait tout seul ; cela fonctionne et se dirige par le hasard, hésiteriez-vous à dire que cet homme a perdu la raison ?

Mais comment ! voici l'astre du jour qui se lève chaque

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matin, qui suit une route déterminée à travers l'espace, qui se couche chaque soir à une heure fixée d'avance, et il se rencontre des hommes pour dire que cela se fait sans que personne s'en mêle !

Qu'est-ce donc que la religion nous enseigne sur ce point? Elle nous enseigne que c'est la providence de Dieu qui dispose tontes ces choses : ordinatione tua persévérât (lies, c'est par votre ordre que le jour subsiste.

Mais le bon Dieu agit-il directement lui-même ? N'emploie-t-il pas des intermédiaires? Oui. mes frères: Dieu gouverne tout par le ministère de ses anges. Dans la création il v a deux ordres distincts, l'ordre matériel et sensible et l'ordre spirituel ; or le premier de ces deux ordres est entièrement soumis au second.

On sait communément parmi les chrétiens que Dieu gouverne tout dans le monde, mais si nous parlons de l'action des anges, nous rencontrons souvent de l'ignorance ou de l'incrédulité. Il est bon que les catholiques soient instruits sur ce point, afin qu'ils ne se laissent pas tromper.

On attribue le mouvement des astres dans le ciel à l'attraction ; mais cette attraction d'où vient-elle, puisque la matière est inerte, et qu'un corps ne peut pas plus mouvoir un autre corps que se mouvoir lui-même? En parlant ainsi on ne remonte pas à la cause des phénomènes. Le mouvement en général prouve l'existence de l'ordre spirituel, car la matière étant inerte ne peut prendre de mouvement que sous l'action d'un être spirituel ; les astres du ciel sont en mouvement, cela prouve donc l'existence de certains esprits qui leur donnent l'impulsion et dirigent leurs mouvements Ces esprits ce sont les anges ; et voici ce qu'on lit à ce sujet dans un livre que je voudrais voir dans toutes les familles chrétiennes, le Traité du Saint- Esprit par Mgr Grau me :

" Princes et ffouverneurs de la grande Cité du bien, à

' laquelle se rapporte tout le système de la création, les ' auges, dans l'ordre matériel, président au mouvement des ' astres, à la conservation des éléments et à l'accomplisse- ' ment de tous les phénomènes naturels, qui nous réjouis- ' sent ou qui nous effraient. Entre eux est partagée l'admi- ' nistration de ce vaste empire. Les uns ont soin des corps ' célestes, les autres de la terre et de ses éléments ; les ' autres, de ses productions, les arbres, les plantes, les fleurs ' et les fruits. Aux autres est confié le gouvernement des 1 vents, des mers, des fleuves, des fontaines ; aux autres, ' la conservation des animaux. Pas une créature, visible, ' si grande ou si petite qu'elle soit, qui n'ait une puissance

• angélique chargée de veiller sur elle.

" L'homme animal, nous le savons, animrdis homo, nie k cette action angélique ; mais sa négation ne prouve qu'une ' chose, c'est qu'il est animal. Pour l'homme qui a l'intel- ' ligence. cette action est évidente. Partout où la nature ' matérielle laisse apercevoir de l'ordre, de l'harmonie, du ' mouvement, un but ; là, on reconnaît aussitôt une pen- ' sée, une intelligence, une cause motrice et directrice. Or,

• rien dans la nature matérielle ne se fait sans ordre, sans ' harmonie, sans mouvement, sans but.

" Quel est le principe de toutes ces choses ? Il n'est ; pas, il ne peut pas être dans la matière, inerte et aveugle ' de sa nature. A coup sûr, le vent ne sait ni où ni quand ' il doit souffler ; ni avec quelle violence ; ni quelles tem- ' pêtes il doit soulever ; ni quels nuages il doit amonceler. ' La pluie, la neige, la foudre elle-même savent-elles où ' elles doivent se former, où elles doivent tomber ; la di- 1 rection qu'elles doivent tenir, le but qu'elles doivent at- ' teindre ; le jour et l'heure où elles doivent accomplir leur ' mission ? Il en est de même des autres créatures maté- ' rielles, si improprement décorées du nom d'agents.

'; Où donc est le principe de l'ordre, de l'harmonie et ' du mouvement ? A moins d'admettre des effets sans eau- ' se, il faut nécessairement le chercher en dehors de la

" création matérielle, dans une nature intelligente, ess:m- " tiellement active, supérieure et étrangère à la matière. " C'est là, en effet, et là seulement qnn le place la vraie " philosophie. En parlant du Créateur, principe de tout u mouvement et de toute harmonie, le prophète nous dit : " Les créatures font sa parole, c'est-à-dire exécutent ses volon. u tés, faciunt Verbum ejus. Mais comment la parole créatrice " est-elle mise en contact universel et permanent avec le " monde inférieur, jusqu'au dernier des êtres dont il se " compose ? De la même manière que la parole d'un mou narque avec les parties les plus éloignées et les plus obs- 14 cures de son empire, par des intermédiaires.

" Les intermédiaires de Dieu sont les esprits célestes, ** qui fecit angélos suos spirilus. Cette vérité est de foi univer- " selle. Sous tous les climats, à toutes les époques, le paga- M nisme lui-même la proclame, et la théologie la manifeste ■' dans toute sa splendeur. Savoir que toutes les parties de " l'univers vivent sous la direction des antres : quelle sour- " ce inépuisable de lumières et d'admiration pour l'esprit. u de respect et d'adoration pour le cœur ! "

Voilà l'enseignement de la religion.

Maintenant, je vais vous prouver par l'Ecriture Sainte que l'ordre matériel est subordonné à l'ordre religieux ; vous comprenez que c'est une question d'une souveraine importance. Quand une tempête s'est abattue sur un pays, quand la grêle est venue détruire les moissons, quand les inondations viennent empêcher d'ensemencer les terres, beaucoup de personnes vous diront : C'est arrivé pareeque c'est arrivé. Explication banale qui n'explique rien. Non, mes frères, cela n'est pas arrivé uniquement pareeque c'est arrivé. Ce qui nous est donné par la Providence est ordinairement en rapport avec les actions de l'homme. Quand l'homme fait un bon usage des biens de la terre, Dieu lui donne des saisons favorables et l'homme recueille des fruits, des moissons en abondance : mais s'il fait nu mauyais usage des biens do ce rftonde. Dieu le frappe précisé-

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ment dans ces biens dont il a abusé : alors la terre refusa de donner ses fruits, le ciel est d'airain et la famine vient visiter les hommes coupables.

Vous 11e pouvez réussir dans vos entreprises ? Prenez garde, ces maux vous arrivent probablement parceque la loi de Die a a été violée.

Consultez la Bible, et vous verres partout cette concordance entre la conduite morale de l'homme et les événements temporels.

Au commencement Dieu lait venir tous les animaux devant l'homme, celui-ci leur donne à chacun leur nom et et reçoit l'autorité sur eux ; Dieu lui donue tons les fruits du paradis terrestre, à l'exception d'un seul, le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal : c'est un roi au milieu de son empire. Si l'homme eût toujours été fidèle, tout serait resté ainsi dans un ordre parfait ; il aurait été heureux, et, à un moment donné, il aurait été transporté au ciel sans mourir, car Dieu avait ajouté à sa nature le don de l'immortalité, et il l'avait élevé à l'ordre surnaturel. Qu'est-il arrive ? L'homme a voulu satisfaire sa passion, il a mangé du fruit défendu ; il a voulu se faire l'égal de Di«u, il a été trompé par Satan. Quel moyen Dieu prendra-t-ii pour le punir? Il a péché par l'usage d'un fruit, une malédiction s'attachera à la terre : elle sera frappée de stérilité, elle produira des ronces et des épines; et si l'homme veut lui faire produire le froment, il faudra qu'il arrose les sillons d s s is sueurs.

Continuons à étudier l'iveriture Sainte, et nous trouverons toujours l'ordre physique soumis à l'ordre spirituel et moral. Nous avons un exemple de cette vérité dans une circonstance bien solennelle de la vie de Solomon. Quand ce prince ht la dédicace du temple de Jérusalem, il s'adressa au S signeur et lui demanda d'écouter toujours favorablement les prières qui lui seraient adressées dans

pie par sou peuple. i; Et le Seigneur apparut à Salôni la nui!, et lui dit : J'ai exaui e votre prière ; et j'ai choisi

" pour moi ce lieu, pour eu faire uue maison de sacrifice. " S'il arrive que je ferme le ciel et qu'il ne tombe pas de "pluie, ou que j 'ordonne et que je commande aux saute- " relies le ravager la terre, et que j'envoie la peste parmi " mon peuple ; et que mon peuple, sur qui mon nom a été " invoqué, se convertisse, qu'il me prie, qu'il recherche " mon visage, et qu'il fasse pénitence de sa mauvaise vie, "je l'exaucerai du ciel, et je lui pardonnerai ses péchés, et •■ je purifierai la terre où il fait sa demeure

" Mais si vous et vos enfants vous vous détournez de " moi, et que vous abandonniez les lois et les ordonnances " que je vous ai proposées ; si vous courez après les dieux " étrangers et que vous les serviez et les adoriez, je vous " exterminerai de la terre qui est à moi, et que je vous ai '• donnée." II Paralip. VII, 12, 13, 14, 19, 20.

Comprenez bien l'enseignement que vous donnent ici les Saintes Ecritures : pourquoi Dieu refuse-t-il quelquefois la rosée à la terre ? Pourquoi envoie-t-il des sauterelles qui dévorent les moissons ? Parceque les hommes ont péché. Pourquoi envoie-t-il la peste ? Parceque les iniquités des hommes attirent sa vengeance.

Si l'homme se livre à l'immoralité, eux iniquités de Sodome, il faudra le sang et la vie d'un grand nombre pour apaiser la colère du Tout-Puissant ; le typhus, le choléra viendront, et emporteront une partie de l'humanité. Dieu cependant se laissera fléchir, Dieu écoutera son peuple, mais à une condition : c'est qu'il s'humilie et qu'il pri \

Mais comment Dieu ferme-t-il le ciel >. Par le ministère de certains anges préposés à cet lin. Quand les hommes ne méritent plus la rosée du ciel, ces anges reçoivent un ordre de leur Maître, et ils vont fermer le ciel. Que les prêtres s'humilient alors et qu'ils prient pour leur peuple, et la calamité disparaîtra.

Dans l'Epitre de saint Jacques, nous trouvons une preuve de la grande efficacité de la prière mêm • pour les chos - de l'ordre purement temporel : "Eli . . • st-il dit,

" était un homme sujet, comme nous, à toutes les misères de la vie : et cependant, ayant prié Dieu avec ferveur qu'il ne plût point, il cessa de pleuvoir sur la terre durant trois ans et demi : et ayant prié de nouveau, le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit. '' Jac. V, 17. 18.

C'est sur cette croyance que vous vous appuyez pour demander à Dieu de féconder vos champs ; c'est encore en vertu de votre foi dans le dogme de la Providence, que a*ous adressez vos prières au ciel pour être protégés dans les calamités.

Mes frères, quand vous êtes malades vous recourez promptement aux hommes de l'art, et je ne vous blâme pas ; mais vous oubliez trop souvent une chose : c'est qu'en général le péché est la cause des maladies. Voyez Xotre Seia-neur : quand il a guéri cet homme qui était malade depuis trente-huit ans, et qui n'avait personne pour le jeter en temps opportun dans la piscine de Siloé. il lui dit : " Voilà que vous avez été guéri, ne péchez plus a l'avenir, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pis." Joan. F, 14.

Cependant il arrive que le juste est frappé, sans que le péché soit entré dans son âme : et dans le même temps on voit des pécheurs qui ne font qu'outrager Dieu, et qui sont bénis, qui vivent dans une grande prospérité. Xous avons péché, disent-ils eux-mêmes, et quel mal nous en est-il arrivé ? peccavi et quid mihi accidll triste ? Eccli. V. 4. C'est là un sujet de scandale pour plusieurs : David lui-même, malgré sa foi robuste, était attristé et comme scandalisé à la vue de la prospérité des méchants.

Comment donc expliquer ces bénédictions accordées à l'impie ) Eh bien ! voici : Dieu a l'éternité pour lui. Rien de ce que fait le juste ne restera sans récompense, mais cette récompense pourra bien n'être pas accordé-1 sur la terre : elle n'en sera que plus belle dans les cieux. Les méchants ont certaines bonnes qualités, ils ont des vertus naturelles, par exemple leur cœur est sensible, ils font

l'aumône, ils sont d'une humeur agréable au pfoshain.

Leurs bonnes actions ne sont pas faites par un motif surnaturel, ils ne méritent pas la récompense éternelle pour ces actions, mais ils méritent une récompense dans le temps: ils ont donc les biens du temps, ils ont les plaisirs de la vie. Ah ! ne leur portez pas envie, mes frères, puisqu'ils ont reçu leur récompense ici-bas. et qu'ils n'en auront pas d'autre.

Comme ils ont refusé de recevoir la vérité, comme ils n'ont pas voulu pratiquer les œuvres de la religion, comme ils ont commis en secret des fautes très-graves sans prendre le moyen de les expier, Dieu les attend dans l'antre vie, et ils y seront punis d'une manière terrible.

Voilà donc comment il se fait que les méchants prospèrent ici-bas : cette prospérité môme est la marque évidente que le bonheur éternel n'est pas pour eux.

Le mauvais riche de l'Evangile avait tout à souhait sur la terre. Cet homme aimait les plaisirs de la table, et il avait les richesses nécessaires pour se les procurer : Sa vie était un festin continuel. L'Eeriture ne l'accuse pas d'avoir ravi le bien d'autrui, ni de maltraiter ses serviteurs; seulement, tout occupé de lui-même et de ses plaisirs, il n'avait pas un regard ni un sentiment de pitié pour Lazare qui mourait de faim et de souffrances au seuil de sa porte. Qui est plus à plaindre, ce riche qui se procure toutes les jouissances, ou Lazare dont les chiens A'ienneut lécher les plaies, pendant qu'il git sur la terre nue devant le palais du riche ? Le monde eût répondu que c'était Lazare. Cependant le riche mourut, et il fut enseveli (Unis les enfers. Lazare mourut aussi, et son âma fut portée par les anges dans le sein d'Abraham.

O justes, vous êtes privés des biens de la terre ; consolez-vous donc, ce ne sont pas ces biens passagers qui peuvent être la juste récompense de vos vertus et de ros bonnes œuvres. A'ous êtes éprouvés et persécutés: n'en sovez pas surpris. Vous avez commis des fautes légères, il

fallait bien les expier, les effacer de votre âme ; ensuite, n'est-il pas nécessaire que les élus ressemblent à Jésus- Christ ? Réjouissez- vous, Dieu va vous récompenser d'une manière digne de lui dans le ciel.

O méchants, vous seriez trop fortunés de recevoir votre châtiment ici-bas : jouissez des faux biens de la terre : jouissez des plaisis fades et passagers de ce monde ; Dieu vous trouvera dans l'autre vie, et il vous punira comme un Dieu sait punir. Vous ne voulez pas rendre gloire à sa miséricorde sur la terre, vous rendrez gloire à sa justice dans l'éternité.

Courage donc, mes frères : si nous souffrons et que noirs avions péché, nous sommes comme David quand il fut puni de son adultère, nous serons purifiés comme lui. Si nous souffrons et que notre conscience ne nous reproche rien, nous sommes comme le saint homme Job : l'épreuve n'aura qu'un temps, et la récompense s.jra d'autant plus belle que la tribulation aura été plus amère. Si nous souffrons et que n'ayant pas de fautes à expier nous offrions nos mérites pour le salut de nos frères, nous ressemblons à Jésus-Christ expirant sur la croix pour le rachat des pécheurs : tâchons de rendre de plus en plus parfaite en nous cette ressemblance qui fera notre gloir • pendant l'éternité.

Ainsi soit-il.

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