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DE LA RESURRECTION

Nolr.mus autem vos ignorare. frativs, <!<: dormi entibus, ut non contri<temini sicut et laeleri qui spem non habent.

Or nous ne voulons pas. mes frircs. que vous ignoriez ce que vous devez savoir louchant ceux qui dorment du sommeil de la mort, afin que vous ne vous attristiez pat comme font les autres hommes qui n'ont pas d'espérance. L Thess. IV, 13.

Mes frères,

Si vous interrogez le philosophe sans foi sur l'homme

• •' s is destinées, vous en recevrez des réponses propres ù soulever un cœur vraiment chrétien. Vous verrez comme il avilit et dégrade la plus noble des créatures de Die a ici-bas.

Il prétendra raisonner en vous répondant : L'homme, dira-t-il, n'a qu'une chose à l'aire ici-bas: se livrer au plaisir : la nature, en efiet, lui ayant donné des sens, il est conforme aux lois de la nature et, par conséquent, conforme à l'ordre de leur accorder toutes les satisfactions qu'ils rétament. Manger, boire, s'amuser, dormir, c'est toute la vie de l'homme ; et après cela, le néant !

Le philosophe met donc l'homme sur le même pied que li bête qui broute l'herbe des champs.

Interrogez maintenant la religion, et voyez comme ses réponses ont quelque chose de satisfaisant et de rassurant pour notre âme. Le premier besoin de l'âme, c'est le besoin du bonheur : la religion nous faisant donc remonter jusqu'à nos premiers ancêtres, nous dit que l'homme a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, et qu'il est destiné à un bonheur éternel. C'est ainsi qu'elle ennoblit l'homme, qu'elle le montre digne de notre respect et de notre admiration. La religion a trois dogmes pour répondre à toutes les inquiétudes et à toutes les aspirations de l'âme : le dotrme de la Création, qui nous donne l'origine de l'homme créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, le dogme de la Providence, qui nous fait voir les soins parternels dont le Seigneur l'environne incessamment ; et le dogme de la Résurrection qui nous montre quel est son avenir et quelles sont ses espérances. C'est de ce dernier dogme que nous nous proposons de vous parler aujourd'hui.

Qu'est-ce que l'homme devient quand il a été déposé en terre ? est-ce que tout est fini pour lui alors ? Non, il ne fait que changer d'état ; il entre dans une espèce de sommeil. C'est bien, en eïfet, le terme dont se sert la Sainte Ecriture : Fraies, nolwnus vos ignorare de dormientibus.

Pourquoi saint Paul veut-il apprendre aux chrétiens le sort de ceux qui se sont endormis ? Pour consoler les chrétiens. En effet, nous avons un grand besoin de consolations en présence de ce terrible fait de la mort. Quand bien même un homme viendrait à n'avoir aucune autre cause de tristesse, cette perspective d'une mort certaine et qui doit arriver si tôt, ne suffirait-elle pus pour l'empêcher de jouir du bonheur ?

Supposez quelqu'un jouissant de tous les biens de la fortune, ayant des enfants qui lui donnent mille consola, tions ; si vous faites accepter comme vraie à ce bienheureux de la terre la prédiction suivante : plus tard tous vos entants vous seront enlevés, et cette fortune dont vous jouissez sera entièrement détruite : quand bien même le

temps où ces malheurs doivent fondre sur lui serait éloigné, son cœur désormais serait abreuvé d'amertume.

La mort a toujours été et sera toujours le cauchemar do l'homme. Il n'est personne qui puisse entrer dans un cimetière, creuser le sol et voir l'état où sont réduits ceux que nous avons aimés, sans ressentir un douloureux serrement de cœur. Saint Paul constate quelle tristesse apporte la pensée de la mort dans l'âme de ceux qui manquent de foi: ut non eontristemini aient et eœteri qui spem non hahent ; quand lu terrible mort, en effet, leur apparait avec ses horreurs, ils ne peuvent supporter cette vue, et ils tombent dans un abattement qui fait frémir.

Quel est donc le sort des chrétiens qui dorment du sommeil de la mort ? La religion nous l'apprend : l'homme est destiné à l'immortalité quant à son âme et quant à son corps. Saint Paul appelle cela un mystère : Ecce myslerium dico vobis : omnes qu'idem resurgemus ; je vous annonce un mystère : tous à la vérité nous ressusciterons. C'est là un mystère : demandez en effet à celui qui n'a pas la foi ce que devient l'homme après la mort : il ne peut vous répondre. L'homme est-il donc anéanti ? Il ne le sait pas. Ceux qui ont abjuré la foi pour s'abandonner à toutes leurs passions désirent être ainsi anéantis, mais il leur reste un doute qui leur enlève tout repos. Heureux ceux qui connaissent ce mystère de la résurrection, ils trouvent dans leur foi une consolation ineffable.

Quand nous demandons à la religion ce que nous devenons tous après la mort, elle nous répond donc que le corps sommeille au fond du tombeau, mais que l'âme vit, et qu'il viendra un jour où le corps lui-même sera revêtu de l'immortalité. Nous ressusciterons tous, mes frères : les méchants comme les bons; depuis Abel jusqu'au dernier, qui mourra sur la terre, tous les hommes reviendront à la vie ; mais tous, dit saint Paul, ne seront pas changés, sed non omnes immutabimvr ; c'esl à dire que tous n'auront pas ces corps glorieux qui soin donnés aux éius. Que cotte

résurrection est consolante ! Qu'elle est bien propre à nous faire envisager la mort sans frayeur, et à nous faire endurer toutes les peines avec un courage invincible ! Nous allons étudier un peu cette vérité aujourd'hui.

Qu'est-ce que le genre humain a pensé de la résurrection ? La résurrection fut révélée aux premiers hommes, et la connaissance de cette vérité s'est perpétuée ensuite sans interruption jusqu'à nous.

Nous avons un exemple de la pleine connaissance de cette vérité dans Job. qui vivait il y a plus de 3000 ans. Vous savez comment il fut éprouvé ; Dieu voulait faire éclater sa patience et sa soumission : Job fut donc livré aux malheurs et aux chagrins de toute sorte ; assis sur son fumier, il ne trouvait aucune consolation autour de lui.

Que font les hommes sans foi. quand ils sont ainsi dans ia désolation ? Ne trouvant pas la force nécessaire pour supporter l'affliction, ils se suicident. La vie m'est à charge, disent-ils, je m'en débarasse. C'est directement là que mène l'incrédulité ; aussi les suicides ont-ils augmenté d'une manière effrayante dans n^tre temps.

La femme de Job n'ayant pas su résister à l'épreuve, était dans les sentiments des hommes qui n'ont pas la foi : ton Dieu que tu sers si fidèlement, disait-elle à son époux, vois comment il te traite : maudis-le donc et meurs. Les impies se trouvent sans force au milieu des épreuves ; leur consolation est dans la mort.

Qu'est-ce donc qui consolera Job au milieu de cette mer de douleur où il est plongé ? Quand il a tout perdu, quand il a été frappé au cœur par les paroles de sa femme, quand il s'est vu accusé et maltraité par ses amis et qu'il a repoussé ces consolateurs importuns, il lui reste pourtant une suprême consolation: "Je sais, " dit-il, "que mon Rédempteur est vivant et que je ressusciterai au dernier jour; je sortirai de la terre et je serai revêtu de nouveau de ma peau, et je verrai mon Dieu dans ma chair. Je le verrai

moi-même et non un autre ; et je le contemplerai de mes propres yeux. C'est là l'espérance que j'ai et qui reposera toujours dans mon sein. " Job XIX, 25-27.

Oui, c'est là ce qui le consolait sur son fumier, sur ce lit infect qui était pire pour lui que la mort elle-même ; car la mort il la désirait, il l'appelait, mais elle ne venait pas. Si vous êtes étendus sur un lit de douleur, mes frères, prenez bien garde de vous livrer au désespoir ; dans ces épreuves suprêmes, élevez vos yeux vers le ciel et dites : je sais que mon Rédempteur est vivant et que je ressusciterai au dernier jour, c'est là mon espérance et ma consolation.

Cette croyance à la résurrection, c'était la croyance du genre humain : Job, en effet, était un patriarche de la gentilité, et il avait appris cette vérité par la tradition de ses pères. Il faut conclure qu'elle avait été révélée à Adam, et que du temps de Job elle était parfaitement conservée parmi les peuples.

Les paroles de Job sont peut-être la confession la plus explicite que nous avions de la foi à la résurrection des morts. Chez les païens, où des erreurs si graves sur la nature de Dieu avaient altéré les anciennes traditions, un grand nombre ne croyaient plus à la résurrection des morts. C'est ce que nous voyons bien dans l'Aréopage, quand saint Paul annonce le mystère de la résurrection : plusieurs se moquent de lui ; d'autres disent : Sur ce sujet nous vous entendrons une autre fois. Ainsi cette vérité avait fait naufrage dans bien des âmes, surtout parmi les poètes, les philosophes et les autres prétendus savants. Tous croyaient pourtant à une autre vie ; ils avaient un lieu où les bons devaient être récompensés, un autre où les méchants devaient être punis ; mais leurs croyances manquaient de précision. Los ténèbres avaient envahi la terre.

Chez les Juifs, c'était un dogme admis dans tonte sa pureté, absolument comme sous l'Evangile. Voyez, par exemple, la célèbre vision d'Ezéchiel, et dites-nous si ce n'est pas la résurrection telle que l'enseigne notre foi. " La

main du Seigneur fut sur moi, " dit le prophète ; " et " m'ayant mené dehors nar l'esprit du Seigneur^ elle me '• laissa au milieu d'une campagne qui était toute pleine ;' d'ossements. Elle me mena tout autour de ces os; il y en " avait une très grande quantité qui étaient sur la face de " la terre, et extrêmement secs. Alors le Seigneur me dit : " Fils de l'homme, croyez- vous que ces os puissent revivre? " Je lui répondis: Seigneur Dieu, vous le savez. Et il me •' dit : Frophêtise sur ces os, et dis-leur : Os secs, écoutez la >: parole du Seigneur. Yoici ce que le Seigneur Dieu dit " à ces os : Je vais envoyer un esprit en vous, et vous vivrez. " Je ferai naître les nerfs sur vous ; j'y formerai des chairs ; " j'étendrai de la peau pardessus ; et je vous donnerai un " esprit, et vous vivrez : et vous saurez que c'est moi qui ': suis le Seigneur. Je prophétisai donc comme le Seigneur " me l'avait commandé : et lorsque je prophétisais on enten- " dit un bruit, et aussitôt il se fit un grand remuement " parmi ces os : ils s'approchèrent l'un de l'autre ; et cha- " cun se plaça dans sa jointure. Je vis tout d'un coup que " des nerfs se formèrent sur ces os, des chairs les environ- ': lièrent, et de la peau s'étendit pardessus ; mais l'esprit '' qui devait les animer n'y était pas encore. Alors le Sei- " gneur médit: Prophétise à l'esprit : prophétise, fils de " l'homme, et dis à l'esprit : Yoici ce que dit le Seigneur " Dieu : Esprit, venez des quatre vents, et soufriez sur ces " morts, afin qu'ils revivent. Je prophétisai donc comme le " Seigneur me l'avait commandé; et en même temps l'es- 11 prit entra dans ces os: ils devinrent vivants et animés ; " ils se tinrent tout droits sur leurs pieds ; et il s'en forma " une grande armée. " Ezecli. XXXVII, 1-10. Telle était la croyance des Juifs : ils pensaient comme nous que les os et la chair se reconstituent, que l'âme y entre de nouveau et leur donne la vie.

L'Evangile nous montre bien clairement que les juifs croyaient à la résurrection : Lazare meurt en l'absence de Jésus ; Notre Seigneur vient quatre jours après, et Marthe s'écrie en le vovant : Si vous eussiez été ici, Seigneur,mon frère

ne seraitpas mort. Votre frère ressuscitera, dit Jésus ; je sais, reprend Marthe, qu'il ressuscitera au dernier jour. C'était donc la croyance générale dans cette nation, que les hommes ressusciteront en corps et en âme ; il n'y avait que la secte des Saducéens qui avait brisé avec la foi commune, et qui était haïe à cause de cela de la masse du peuple juif.

Pour nous, chrétiens, cette croyance est dans toute? nos traditions, car c'est un dogme fondamental de notre foi : je crois, dit l'Eglise Catholique dans le Symbole des Apôtres, je crois la résurrection de la chair.

Saint Paul peut être appelé le docteur de la Résurrection, c'est lui qui l'enseigne et la défend avec plus de persistance dans ses admirables Epitres : " Nous ne voulons. " pas, " écrit-il aux Thessaloniciens, " que vous ignoriez ce " que vous devez savoir touchant ceux qui dorment du. " sommeil de la mort, afin que vous ne vous attristiez pas " comme font les autres hommes qui n'ont pas d'espérance. '• Car si nous croyons que Jésus notre chef est mort et res- " suscité, nous devons croire aussi que Dieu amènera avec " Jésus ceux qui se seront endormis en lui. Car nous vous " déclarons, comme l'ayant appris du Seigneur même, que '" nous, qui vivons, et qui sommes réservés pour son avène- " ment, nous ne préviendrons pas ceux qui sont dans le " sommeil de la mort. Car aussitôt que le signal aura été " donné par la voix de l'archange, et par le son de la trom- '" pette de Dieu, le Seigneur même descendra du ciel, et •■ ceux qui seront morts en Jésus-Christ ressusciteront les '' premiers; puis nous autres, qui sommes vivants, et qui "serons demeurés au inonde jusqu'alors, nous serons em- '• portés avec eux dans les nues, pour aller au de vaut du " Seigneur au milieu de l'air. Et ainsi nous serons tous " pour jamais avec le Seigneur.'' 1 Thess. IV, 13-17.

Ecrivant aux Corinthiens, il répond aux esprits forts qui ne peuvent comprendre comment il se fait que lee corps ressuscitent : " Mais, me dira quelqu'un, comment " les morts ressuscitent-ils! Quel sera le corps dans lequ i!

11 ils reviendront 7. Insensé qne vous êtes ! ne voyez-vous " pas tous les jours que ce que vous semez ne reprend point

" de vie, s'il ne meurt auparavant Il en arrivera de

" même dans la résurrection des morts. Le corps maintetJ nant. comme une semence, est mis en terre plein de corruption, et il ressuscitera incorruptible. Il est mis en " terre tout difforme, et il ressuscitera tout glorieux. Il est " mis en terre privé de mouvement, et il ressuscitera plein " de vigueur. Il est mis en terre comme un corps animal, " et il ressuscitera comme un corps spirituel ".

Le grand Apôtre ne veut pas que nous doutions plus de la résurrection des morts que de celle de Jésus-Christ lui-même: "Si les morts ne ressuscitent point, " s'écrie-il, " Jésus-Christ n'est donc point ressuscité Et si Jésus-Christ M n'est point ressuscité notre prédication est vaine, et votre ** foi aussi. " 1 Cor. XV, 13, 14. " Mais consolons-nous, Jésus- " Christ est certainement ressuscité d'entre les morts ; il " est devenu les prémices de ceux qui dorment. " 1 Cor. XY, 20. Après tout cela ne dédaignons pas, cependant, de donner quelques arguments de la raison, en faveur de ce dogme consolateur.

lo. La nature humaine désire de vivre, et elle a une horreur instinctive et terrible de la mort. C'est Dieu, mes. frères, qui l'a faite ainsi : or le Dieu véiïdique et bon ne, l'aurait pas ainsi faite, si elle marchait inévitablement vers Tin .anéantissement plus ou moins prochain. L'enseigne-, ment de la religion est ici, comme toujours, en pleine con-, formité avec la nature de l'homme.

2o. Le corps est une partie de nous-même ; il a participé au bien et au mal que nous avons fait : eh bien ! il doit aller devant le Juge suprême, et recevoir aussi sa ré-' compense ou son châtiment pour l'éternité.

3o. L'âme humaine étant faite pour animer un corps, notre être serait éternellement incomplet si notre âme ne reprenait pas son corps. Or rien ne sera incomplet dans le

ciel : tout y sera remis dans l'ordre, tout y arrivera à sa dernière perfection.

" Si l'on revient à l'origine," dit Bossuet, " Dieu, avant u que de créer l'âme, lui a préparé un corps. Il n'a répandu u sur nous ce souffle de vie, c'est-à-dire l'âme faite à son " image, qu'après qu'il a donné à la boue, qu'il maniait si " artistement avec ses doigts tout-puissants, la forme du "corps humain. Si donc il a fait l'âme pour la mettre dans '* un corps, il ne veut pas qu'elle en soit éternellement " séparée. Aussi voulut-il d'abord qu'elle y fût unie éteru nellement, puisqu'il avait fait l'homme immortel, et que ■' c'est par le péché que la mort a été introduite sur la terre " Mais le péché ne peut pas détruire à jamais l'œuvre de " Dieu : car le péché et son règne doit être lui-même détruit. " Alors donc l'homme sera rétabli dans son premier état : la " mort mourra ; et l'âme sera réunie à son corps, pour ne le "perdre jamais, car le péché qui en a causé la désunion ne •: sera plus. " Bossuet, Médit, sur l'Evangile.

Toutes les infirmités, toutes les difformités disparaîtront du corps des justes, car ces accidents sont aussi les conséquences du péché.

Qu'ils seront beaux, qu'ils seront admirables les corps des bienheureux ! Ils seront lumineux, et brilleront comme des astres. Etant parfaitement soumis à l'âme, lui étant unis d'une manière si étroite, ils participeront en quelque fai/on à ses facultés : ils auront V impassibilité, ils ne pourront ni être blessés ni souffrir ; ils auront V agilité pour se transporter comme la pensée et selon les désirs de l'âme ; ils auront la subtilité pour passer à travers les objets sans les diviser, comme la lumière à travers le cristal ; ce sirout de vrais corps, mais ils seront spiritualisés. L'âme sera heureuse d'entrer dans ce corps, are- lequel elle louera Dieu pendant l'éternité. Mais les corps des réprouvé^ s • ressentiront il 's désordres et de la triste condition de l'a mi qui les anim •ra. '• Au lieu d'être agiles, ils seront lourds, pesants et insup- •w portables à l'âme ; au lieu d'être lumineux, ils seront hor-

" riblement opaques, ténébreux et obscurs ; au lieu d'être l' impassibles, ils seront sujets à toutes sortes de tourments " et de souffrances ; au lieu d'être glorieux, immortels, ils " seront abjects, difformes, sujets à ce que l'E3riture appsl- " le la seconde mort ; nouvelle et horrible sorte de mort, dit " saint Augustin, qui, à la différence de la première où " l'âme fut, contre son gré, séparée du corps, retiendra l'âme '■ attachée au corps contre son gré. Puisqu'il n'y a de vraie " vie que là où l'on vit heureusement, l'infortuné qui in- " voque la mort, sans pouvoir mourir, meurt donc inces- 41 samment d'une mort immortelle.

" 0 vous donc qui flattez si fort votre corps, qui l'en- " tourez de tant de mollesse, qui le nourrissez de tant de " délices, qui le contentez dans ses plus honteuses concu- " piscences, qui ne lui refusez les plaisirs anciens que pour " lui en procurer de nouveaux, qui l'avez mis à la place de " l'âme et qui l'idolâtrez comme une divinité, oh ! que vous " êtes inconsidérés, stupides et insensés ! Quels ne seront " pas vos tourments, votre confusion, votre douleur, en. " vous voyant entourés de ce même corps parfumé d'essen- " ces et chargé d'ornements futiles ; mais, comme un tison " d'enfer, infect, difforme, horrible. Oh ! comme vous vous " en sentirez non seulement humiliés, mais encore oppri- " mes et brûlés, parce qu'il vous sera imposé comme un " vêtement de malédiction, de tourments et de feu. R. P. :' Ventura. Ecole des miracles.

Mes frères, nous ressusciterons donc tous ; heureux ou malheureux, nous serons revêtus de l'immortalité.

Mais à quel âge ressusciterons-nous ? Saint Thomas pense que nous ressusciterons tous à l'âge de l'homme parfait, c'est-à-dire vers 83 ans, et un grand nombre de théologiens sont de son avis. D'autres croient, cependant, que nous ressusciterons à l'âge où nous seront morts : si nous sommes morts vieux, nous ressusciterons vieillards ; si nous sommes morts jeunes, nous ressusciterons enfants, moins toutefois les infirmités de ces différents âges. Mes frères, ce

sont là. il me semble, des questions inutiles : le corps des jnstes aura la faculté de prendre l'âge qu'il voudra. Une foule de passages de l'Ecriture paraissent établir qu'il en sera ainsi. Quand Notre Seigneur fut ressuscité, il apparut un grand nombre de fois, et presque toujours sous une firme différente : à Madeleine il parait sous la forme d'un jardinier ; aux disciple d'Emmaùs, sous l'apparence d'un yoyageur. Quand on lit les ouvrages des Extatiques, on voit que Notre Seigneur se montrait à elles à tons les âges de la A'ie. Nous pouvons donc croire que nos corps, une fois ressuscites, auront la forme et la taille qu'il leur plaira de prendre.

Lorsque vous n'aviez que quatre ou cinq ans, votre corps n'avait pas la même apparence qu'il a aujourd'hui, c'était bien le même corps, cependant ; il a seulement grandi, il s'est développé avec les années. Vous vieillirez, vous sentirez les infirmités de la vieillesse ; mais quand même vous verriez votre 90e ou même votre 100e année, ce sera toujours votre même corps. Les corps ressuscites étant beaucoup plus parfaits, se transformeront bien pins facilement encore.

Nous devons ajouter que les corps ressuscites se reconnaîtront. Les damnés reconnaîtront les justes pour leur malheur et leur humiliation. Ces orgueilleux, qui se sont tant moqués des chrétiens, qui les ont sans cesse tournés en ridicule, parce qu'ils servaient Dieu, nous les verrons sous les regards du juge éternel. i; Alors les justes ", dit le livre de la Sagesse, " s'élèveront avec une grande hardiesse con- " tre ceux qui les auront accablés d'alliietion, et qui leur " auront ravi le fruit de leurs travaux. Les méchants à " cette vue seront saisis de trouble et d'une horrible frayeur; " ils seront étonnés en vojani tout d'un coup, contre leur " attente, les justes sauvés. Ils diront en eux-mêmes, étant " touches de regret, et jetant des soupirs dans le serrement " de leurs cœurs : Ce sont là ceux qui ont été autrefois " l'objet de n»s railleries, et que nous donnions pour exem-

" pie de personnes dignes de toutes sortes d'opprobes. In- " sensés que nous étions, leur vie nous paraissait une folie, " et leur mort honteuse ; cependant les voilà élevés au rang " des enfants de Dieu, et leur partage est d'être avec les " saints. Nous nous sommes donc égarés des voies de la " vérité ; la lumière de la justice n'a point lui pour nous, " et le soleil de l'intelligence ne s'est point levé sur nous. ': Nous nous sommes lassés dans la voie de l'iniquité et de " la perdition : nous avons marché dans des chemins âpres, " et nous avons ignoré la voie du Seigneur. De quoi nous " a servi notre orgueil V qu'avons-nous tiré de la vaine " ostentation de nos richesses ? Toutes ces choses sont pas- " sées comme l'ombre, et comme un courrier qui court, ou " comme un vaisseau qui fend les flots agités, dont on ne " trouve point de trace après qu'il est passé, et qui n'im- '■ prime sur les Ilots nulle marque de sa route ; ou comme " un oiseau qui vole au travers de l'air, sans qu'on puisse " remarquer par où il passe ; on n'entend que le bruit de " ses ailes qui frappent l'air et qui le divisent avec effort: " et après qu'en les remuant il a achevé son vol, on ne " trouve plus aucune trace de sou passage : ou comme une " flèche lancée vers son but ; l'air qu'elle divise se rejoint " aussitôt, sans qu'on reconnaisse par où elle est passés- " Ainsi nous ne sommes pas plutôt nés que nous avons cessé " d'être ; nous n'avons pu montrer en nous aucune trace " de vertu, et nous avons été consommés par notre malice.

" Voilà ce que les pécheurs diront dans l'enfer. Parce " que l'espérance des méchants est comme ces petites pail- " les que le vent emporte, ou comme l'écume légère qui " est dispersée par la tempête, ou comme la fumée que le " vent dissipe; ou comme le souvenir d'un hôte qui passe, " et qui n'est qu'un jour en un même lieu.

" Mais les justes vivront éternellement ; le Seigneur " leur réserve leur récompense, et le Très-Haut a soin d'eux. " Ils recevront de la main du Seigneur un royaume admi- " rable, et un diadème éclatant de gloire. Il les protégera

>l de sa droite, et les défendra par la force de son bras saint. Sap. V, 1-16.

C'est donc l'enseignement de l'Ecriture que les justes se trouveront en présence des méchants, des persécuteurs, des voleurs qui les auront mis à l'étroit, qui les auront dépouillés de leurs biens: ils se tiendront alors devant eux avec fermeté : les voilà, Seigneur, diront-ils, ceux qui nous ont dépouillés, qui nous ont foulés aux pieds injustement ; faites-nous justice, Seigneur, punissez-les de leurs forfaits.

Dieu fera stricte justice : les bourreaux seront précipités corps et àme dans l'enfer; mais leurs victimes seront emmenées dans le ciel.

Tous comprendront, cependant, la justice de la conduite de Dieu, et les méchants eux-mêmes seront obligés d'avouer qu'ils ont absolument ce qu'ils méritent : vous êle% 'liste Seigneur, diront-ils, et votr°- jugement est droit. Fsalm. CXVIII, 137. Souvenons-nous donc de ce dogme &ô la Résurrection, c'est la plus grande consolation que Ton puisse offrir aux malheureux qui passent en souffrant et en pleurant sur notre pauvre terre.

Job dit : je ressusciterai dans ma chair, mes yeux verront mon Rédempteur, je le verrai moi-même et non un autre ; ce qui semble marquer que Dieu aura la bonté de se montrer à notre corps sous des formes sensibles.

Quand nous jouissons du spectacle d'une belle nature, nous sommes dans l'admiration : nous avons aperçu quelques pâles rayons de la beauté de Dieu. Mais que sera-ce quand, selon l'expression de Job, nous le verrons lui-même face à face ! Tout ce qu'il y a de beau dans la nature, dans les anges et dans les hommes, se trouvera rénni sous nos yeux, et tout cela dans un degré de splendeur et de perfection qui dépasse infiniment tout ce que nous pouvons imaginer.

Mes frères, quelle ne sera pas alors votre joie, votre bonheur ! Sainte Thérèse vit saint Tierre d'Âlcantara mon-

tant au ciel environné de splendeur et disant : " Bienheureuses mes rigueurs, heureuse ma pénitence, qui viennent de me procurer une si grande gloire, une si admirable félicité ! " C'est ainsi qu'à votre tour vous bénirez vos peines, vos tribulations, l'austérité de votre pénitence, la fuite des avertissements, la vigilance continuelle sur vos sens, par. eeque la pratique de ces mortifications vous permettra de reprendre un corps heureux, beau, glorieux, modelé sur la gloire, sur la beauté du corps de Jésus-Christ.

Ainsi soit-il.

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