‹ Conférences sur l'encyclique Humanum genusChapitre 54 sur 62 · NEUVIEME CONFERENCE · texte numérisé non relu

NEUVIEME CONFERENCE

Des doctrines fondamentales de la Franc-Maçonnerie comparées à celles de l'Eglise Catholique.

Omni* ergo, qui audit verba mea haec, et facit ea, assimilabitur vira sapienti, qhi

aedificavit domum suam supra petram : et descendit pluvia. et venerunt Aumina, et rlaverunt venti, et irruerunt in domuin illam, et non cecidit: fundata enini erat super petram. Et oinnis qui audit verba mea haec, et non facit ea, similis erit virostulto, qui aedificavit domun suam super arenam : et descendit pluvia. et venerunt fiumina, etflaverunt venti, et irruerunt in domum illan)r et cecidit et fuit ruina illius magna.

Quiconque entend ces paroles que je dis, et les pratique, sera comparé à un homme sage, (pii a bâti sa maison sur la pierre. Et la pluie est tombée, et les Heurei se sont débordés, et les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, et elle n'a point été renversée, parce qu'elle était fondée sur la pierre. Mais quiconque entend ces paroles que je dis. et ne les pratique point, sera semblable à un homme insensé, qui a bâti sa maison sur le sable. Et la pluie est tombée, et les fleuves se sont débordés, et les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, et elle a été renversée, et la ruine en a été grande Matth. VII. 24-27.

Mes frères,

Nous lisons ces paroles à la lin du discours sur la Montagne, l'un des plus admirables que Notre Seigneur Jésus- Christ ait prononcés, renfermant un abrégé de la doctrine que ce divin Sauveur est venu enseigner aux hommes. Pendant ce discours, Jésus-Christ commença à montrer le plan qu'il voulait suivre dans la constitution de son Eglise, cette société qui devait recevoir son enseignement

et le répandre par toute la terre. Il compare cette société à un édifice, et il fait voir quels assauts elle aura à subir : du coté du ciel, par les épreuves que Dieu lui-même lui enverra comme à son œuvre de prédilection ; du côté de la terre, par les passions qui l'assailliront en mugissant comme les eaux d'un torrent impétueux ; du côté des démons, par les tempêtes qu'ils soulèveront contre elle pour l'ébranler.

Quiconque écoutera la doctrine prêchée par l'Eglise sera dans la maison bâtie sur le roc, il n'aura rien à redouter. Celui qui ne met pas cette doctrine en pratique, sera l'architecte inhabile qui bâtit sur le sable : les pluies de l'adversité sont tombées, les torrents des passions humaines se sont précipités sur cette maison, le démon a soulevé une tempête horrible, et comme la maison était bâtie sur le sable mouvant, elle est tombée avec un grand fracas.

Dans ces passages se trouve exposée une doctrine bien importante, une doctrine fondamentale, car elle nous montre sur quel terrain il faut bâtir pour obtenir la fin vers laquelle nous tendons continuellement, c'est-à-dire le bonheur.

Dans notre dernière instruction, nous avons montré la base inébranlable sur laquelle s'appuie la religion, savoir la révélation divine, et surtout nous avons donné les preuves irréfutables de la mission de Jésus-Christ ; nous devrions maintenant étudier dans sa constitution intime l'Eglise Catholique qui est la forme de la religion chrétienne. Cependant, pour des raisons sérieuses, nous allons modifier Tin peu notre marche, et nous allons examiner parallèlement l'enseignement de l'Eglise Catholique, et l'enseignement d'une autre société établie à l'instigation de Satan, pour détruire l'œuvre de Jésus-Christ. Ce sera notre commentaire sur l'Encyclique Humanum genus qui combat cette dernière société.

Nous avons vu que la Religion révélée répond admirablement à ces questions importantes : D'où vient l'homme ?

qu'est-ce qui le rend heureux ? où va-t-il à l'heure redoutable de la mort ? Nous allons maintenant examiner une société qui a une autre doctrine, et qui bâtit sur le sable mouvant de l'opinion humaine. Deux hommes se présentent ici devant nous : l'un et l'autre veulent arriver à un même but qui est le bonheur, car l'un et l'autre sentent au fond de leur cœur ce besoin d'être heureux, que nous avons emporté avec nous en venant au monde. Nous l'avons dit dans une autre instruction, il doit y avoir un objet qui réponde à ce besoin, car il répugne que le Créateur nous ait faits avec un semblable penchant, sans qu'il existe rien pour le satisfaire. — Mais oùtrouver cet objet ? Quel chemin prendre pour y arriver ?

L'un dit : Si vous voulez arriver au vrai bonheur, employez les moyens que Dieu nous a révélés dans sa bonté infinie, suivez l'enseignement de la religion. Celui-là bâti; sur le roc. L'autre dit : Moi aussi je veux le bonheur, mais pour y arriver je n'ai que faire de la révélation;- la raison humaine suffit pour montrer le bonheur et pour y conduire. L'un prend donc pour guide la parole de Dieu, et il monte dans la barque fournie par Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même. L'autre ne veut pour moyens de salut que les rêves de la raison humaine abandonnée à elle-même : i! vogue dans un frêle esquif sur la mer du doute et de l'erreur ; il a les dogmes menteurs du Rationalisme et du. Naturalisme. Ces deux hommes qui suivent des courants si opposés, ce sont le Catholique et le Franc-Maçon ou l'adepte des sociétés secrètes.

Nous allons examiner, mes frères, ces deux grands courants d'idées : nous poserons les graves questions, les graves problèmes que nous avons déjà posés ; nous rappellerons en peu de mots la réponse qu'y fait la religion, et nou« donnerons ensuite la réponse de la Franc-Maçonnerie.

Avant de commencer, cependant, nous voulons attirer votre attention sur une remarque très-importante ou»' l'a:! l'Encyclique Humanum geiws: "Tout ce que Nous venons " ou ce que Nous Nous proposonsde dire," lisons-nous dans

l'Encyclique, "doit être entendu de la secte maçonnique " envisagée dans son ensemble et en tant qu'elle embrasse "d'autres sociétés qui sont pour elle des sœurs et des alliées. " Nous ne prétendons pas appliquer toutes ces réflexions à w chacun de leurs membres pris individuellement. Parmi " eux, en effet, il peut s'en trouver et même en bon nom- M bre, qui, bien que non exempts de faute pour s'être affi- " liés à de semblables sociétés, ne trempent cependant pas u dans leurs actes criminels et ignorent le but final que ces " sociétés s'efforcent d'atteindre. De même encore, il se 11 peut faire que quelques-uns des groupes n'approuvent " pas les conclusions extrêmes auxquelles la logique devrait u les contraindre d'adhérer, puisqu'elles découlent néces- " sairement des principes communs à toute l'association. " Mais le mal porte avec lui une turpitude qui d'elle-même :1 repousse et effraie. En outre, des circonstances partieuliè- M res de temps ou de lieux peuvent persuader à certaines " fractions de demeurer en deçà de ce qu'elles souhaite- :1 raient de faire, ou de ce que font d'autres associations. Il " n'en faut pas conclure pour cela que ces groupes soient vt étrangers au pacte fondamental de la maçonnerie. Ce •v pacte demande à être apprécié moins par les actes accomplis " et par leurs résultats que par l'esprit qui l'anime et par " ses principes généraux.

Ainsi donc, le Saint Père veut que l'on distingue entre là franc-maçonnerie prise en général, et ses membres pris individuellement ; c'est que dans la société des francs-maçons il v a des hommes naturellement honnêtes, mais dupes de la secte, et quand on dit à ces hommes que la franc-maçonnerie à telle doctrine abominable, ils refusent de lecroi^ re. Le Saint Père n'entend donc pas appliquer à ces personnes la perversité des principes professés par la lrancmaçonnerie, ni la malice des actes de cette, société. Il y a mes frères, deux ordres dans la maçonnerie : la maçonnerie Neve ou symbolique et la maçonnerie rouge ou occulte ; dans chacune il y a des degrés, et dans chaque degré des secrets. Le l'ait est que la plupart des associés ne connaissent pas la société dont ils font partie.

Il est de cette société comme d'une barque : dans une barque il y a des rameurs qui y travaillent et la font avancer, mais ils ont le dos tourné au but, iis ne voient pas où ils vont. Un seul voit, c'est le pilote. Yoilà l'image de la maçonnerie, et je plains sincèrement ceux qui se font rameurs dans un semblable vaisseau.

J'ai étudié soigneusement cette société il y a quelques années ; or on voit par les auteurs les mieux renseignés, que le conseil exécutif de la franc-maçonnerie se réduit à neuf ou dix personnes inconnues, et qui, en règle générale, doivent être les plus grands scélérats de la terre. Ces personnes inconnues, ces scélérats dirigent la société ; ils donnent des ordres qui doivent être exécutés sous peine de mort !

Que personne donc ne soit offensé si je m'élève contre cette terrible association. Dans notre pays, si catholique encore, peut-être faut-il ranger le très grand nombre des francsmaçons dans la seconde catégorie, dans la catégorie de ceux qui ne pénètrent pas tous les secrets de la secte : mais ceuxlà même sont avertis solennellement qu'ils ne sont pas exempts de péché, et que l'excommunication qui frappe cette société pèse aussi sur leur tète. Ils sont joués par les sectaires, mais ils sont coupables, parcequ'ils ont tout ce qu'il faut pour éviter de se laisser jouer ainsi. Yoilà donc une remarque bien importante, que je tenais à vous faire dès à présent.

Yn<> autre remarque, c'est que les francs-maçons ne tirent pas toujours immédiatement les conséquences de leurs principes ; ils ont bien la volonté de mettre ces principes eu pratique, mais ils procèdent avec prudence. Ainsi, dans un pays catholique comme le nôtre, ils se cachent, et parviennent souvent à faire croire que leur société est inoffensive ; mais il n'en est pas moins certain qu'ils agissent, et l'on voit leur travail quand on veut y fuir e attention pendant quelque temps. Ils ne tirent pas toutes les conséquences de leurs doctrines, ils se donnent en-or.' comme une simple

société de bienfaisance, parcequ'ils ne trouvent pas le peuple suffisamment préparé ; mais dans les pays qui leur paraissent préparés, comme en France par exemple, ils n'out pas honte de se montrer tels qu'ils sont.

Le principe fondamental de l'Eglise Catholique, c'est la Révélation ; le principe fondamental de la Franc-Maçonnerie, c'est le Rationalisme. En effet, le pape qui a reçu de Jésus-Christ l'autorité nécessaire pour vous instruire sur ce qui intéresse le salut, vous dit dans son Encyclique : " Il s'agit pour les Francs-Maçons de détruire de fond en comble toute la discipline religieuse et sociale qui est née des institutions chrétiennes, et de lui en substituer une nouvelle, façonnée à leurs idées et dont les principes moraux et les lois sont empruntés au Naturalisme. Or, le premier principe des naturalistes, c'est qu'en toutes choses la nature ou la raison humaine doit être maîtresse et souveraine. Cela posé, s'il s'agit des devoirs envers Dieu, ou bien ils en font peu de cas, ou ils en altèrent l'essence par des opinions vagues et des sentiments erronés. Ils nient que Dieu soit l'auteur d'aucune révélation. Pour eux, en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n'y a ni dogme religieux, ni vérité, ni maître en la parole de qui, au nom de son mandat officiel d'enseignement, on doive avoir foi. Or, comme la mission tout à fait propre et spéciale de l'Eglise Catholique consiste à recevoir dans leur plénitude et à garder dans une pureté incorruptible les doctrines révélées de Dieu, aussi bien que l'autorité établie pour les enseigner, avec les autres secours donnés du ciel en vue de sauver les hommes, c'est contre elle que les adversaires déploient le plus d'acharnement et dirigent leurs plus violentes attaques.''

Voilà quelles sont les doctrines de la- Franc-maçonnerie. Ces paroles du pape suffisent, sans doute, pour convaincre les catholiques ; mais il est intéressant de voir que les francs-maçons eux-même avouent la même chose. "Notre ennemi", disait le Fr. Conrard en 1872, " est l'Eglise Ro-

maine, Catholique, Papale. Infaillible, avec son organisation compacte et universelle. C'est l'ennemi héréditaire et implacable." ": Où trouvez-vous " disait en 1881 le Fr. Bélat, '• parmi les hommes faits, pour les esprits murs, une pareille école de progrès, une semblable diffusion de lumière? Sera-ce l'enseignement religieux, les leçons données, par les membres des cultes divers dans leurs chaires respectives qu'on pourra donner comme l'équivalent de la Franc- Maçonnerie? Ah! ici, tous les sentiments intimes, toutes les consciences protestent contre une telle assimilation. Les temples catholiques ou protestants ou israélites! les religieux ! mais, nos frères, c'est contre eux précisément, c'est contre l'œuvre sacerdotale de tous les temps, de tous les pays que la Franc- -Maçonnerie s'est fondée, c'est contre eux qu'elle livre ces combats séculaires qui ont fait gagner au progrès, réfugié sous nos bannières, tout cet espace de champs et de soleil où il se déploie et s'étend aujourd'hui" Ces paroles affreuses ont été publiées dans l'un des journaux qui sont reconnus comme les organes de la franc-maçonnerie.

Un franc-maçon belge (1) disait à son tour. " C'est par cette plénitude d'organisation que la Franc-Maçonnerie est en état de rivaliser avec sa grande ennemie, l'Eglise de Home."

Jamais aucun franc-maçon n'a protesté contre ces paroles qui ont été publiées dans des journaux et dans des livres; elles ont été acceptées partout comme la juste expression des doctrines et des sentiments de la Franc-Maçonnerie.

L'enseignement de l'Eglise s'appuie sur la Révélation, mais comme l'Eglise est la gardienne de la vérité, elle accorde et défend les justes droits de la raison humaine.

Vous vous en souvenez, je vous disais dans ma dernière instruction que Dieu, pour nous instruire des vérité! éternelles, nous a donné deux livres, dont l'un est le livre

Cl) Fr. Goblct d'Aviella.

de la Nature. En parcourant les pages de ce livre, l'homme peut s'élever par sa raison jusqu'à la connaissance de Dieu. Cette connaissance, il est vrai, n'est pas bien précise, mais elle peut être suffisante pour conduire certains hommes à leur fin dernière. J'aime à vous dire aujourd'hui ce que l'Eglise, au concile du Vatican, a décrété sur ce sujet. .Te me contenterai de citer le canon du saint concile, car la Constitution elle-même serait trop longue à citer: "Si " quelqu'un dit que le Dieu unique et véritable, notre " Créateur et Maitre, ne peut pas être connu avec certitu- " de, par la lumière naturelle de la raison humaine, au " moyen des choses qui ont été créées ; qu'il soit anathème."

Mais pourquoi cette définition ?

Il y avait en Europe de prétendus philosophes qui disaient aux catholiques : " vous autres qui vous appuyez sur la parole de Dieu, vous devriez voir qu'il n'y a pas de proportion entre un être infini et la pauvre raison humaine, et qu'ainsi l'homme est incapable d'arriver jusqu'à la connaissance de Dieu ; or il n'est pas raisonnable que l'homme en appelle au témoignage d'un être qu'il ne connait pas, car la connaissance doit précéder l'assentiment de la raison." Ainsi parlaient ces philosophes, et l'Eglise, gardienne de la vérité, a pris la défense de la raison humaine qu'on abaissait injustement.

C'est une chose qui vaut la peine d'être considérée, mes frères, savoir, si nous pouvons connaître par les seules lumières de la raison celui qui nous a faits ; savoir s'il existe un être qui a droit à nos adorations et qui peut nous précipiter en enfer pour n'avoir pas exécuté ses volontés.

Saint Paul a examiné cette question par rapport aux païens de son temps. Il avait paru de grands génies chez les nations païennes ; certains philosophes grecs ont abordé toutes les grandes questions accessibles à la raison humaine : ils ont raisonné habilement, mais ils n'ont pas tiré les conclusions pratiques des vérités dont ils avaient la connaissance. Saint Paul parlant donc de ces philosophes, dit

qu'ils sont inexcusables, parcequ 'ayant connu Dieu, autant qu'on jieuf le carmaître par ses œuvres, ils ne Vont pas servi comme Dieu.

L'étude de la nature, et eu particulier l'étude du corps humain élève l'homme vers Dieu ; le prophète royal a dit : Les deux racontent la gloire de Dieu ; et un savant ancien, après avoir décrit le corps humain, s'écriait : C'est un hymne que je viens de chanter en l'honneur du Créateur.

C'est donc une vérité reconnue que l'homme, par le secours de sa raison, peut s'élever à la connaissance de Dieu.

Tour la connaissance des choses qu * l'homme ne peut atteindre de lui-même, Dieu a donné un autre livre, la Bible, qui parle le langage des choses surnaturelles. C'est encore ce qu'a défini le concile du Vatican : " Si quelqu'un " dit qu'il ne peut pas se faire, ou qu'il ne convient pas " que l'homme soit instruit par la révélation divine, de " Dieu et du culte qui doit lui être rendu ; qu'il soit ana- " thème.

" Si quelqu'un dit que l'homme ne peut pas être divi- " uement élevé à une connaissance et à une psrfection qui " dépasse sa nature, mais qu'il peut et doit arriver de lui- " même à la possession de toute vérité, et de tout bien par " un progrès continu ; qu'il soit anathème."

Ainsi, pour un catholique, il ne peut pas y avoir d'hésitation sur ces deux points : lo la raison mène à Dieu, 2o Dieu nous conduit ensuite par sa parole à la connaissance des vérités surnaturelles. (1)

Quoi de plus raisonnable que cela, mes frères? Quand vous voulez aller en Europe, vous montez dans un vaisseau où se trouve un homme instruit et expérimenté, qui pourra vous conduire. Mais avec sa science et son expérience cet homme a encore un petit instrument bien nécessaire, une boussole qui, dans tous les temps, indiquera

(1) Il a été parlé de cela dans une autre conférence ; mais vu les développements nouveaux qui sontdonnés ici. les lecteurs noms sauront grô de n'avoir rien retrait

la îouto sans jamais se tromper. Nous avons tous un grand voyage à faire, mes frères ; nous allons des bords du néant au rivage de l'éternité, et nous traversons la mer du temps. Notre vaisseau c'est l'Eglise, notre pilote c'est le Pape, et la boussole c'est l'Infaillibilité doctrinale, c'est cette assistance continuelle de l'Esprit-Saint, qui empêchera toujours le pape de nous faire prendre une fausse route sur la*mer que nous traversons.

Si vous voulez voyager dans le pays de la science, c'est encore la même chose : il faut un guide, il faut un maître. C'est donc la loi de la nature, que nous nous laissions guider par quelqu'un dans notre pèlerinage ici-bas. Or le premier principe des naturalistes, cest qu'en toutes choses la nature ou la raison humaine doit être maîtresse et souveraine. Les naturalistes méprisent donc les lois de cette nature qu'ils prétendent mettre au dessus de tout.

Voici ce que dit sur le même sujet le saint concile du Vatican :

".Personne n'ignore qu'après avoir rejeté le divin '• magistère de l'Eglise et laissé ainsi les choses de la reli- " gion au jugement de chacun, les hérésies proscrites par ': les Pères de Trente, se sont divisées peu à peu en sectes ': multiples séparées, et se combattant entre elles, de telle " sorte qu'un grand nombre ont fini par perdre toute foi en " Jésus-Christ. Elles en sont venues à ne plus tenir pour '• divine la sainte Bible elle-même, qu'elles affirmaient au- " trefois être la source unique et le seul juge de la doctrine " chrétienne, et même à l'assimiler aux fables mythiques. "

A l'époque où nous en sommes rendus, il y a trois courants : le Catholicisme, le Rationalisme et le Protestantisme. Le Catholicisme repose sur la Révélation, le Rationanalisme sur la Raison humaine, et le Protestantisme est un demi-rationalisme. En effet, il admet la révélation, mais c'est pour la soumettre ensuite à la raison humaine dans l'interprétation qu'il en laisse au jugement privé de chaque homme.

Ces sectes qui disaient : la Bible, rien que la Bible, sont venues à se demander : Comment doucpuis-je prouver que la Bible vienne de Dieu ? Ne pouvant trouver de réponse à cette question, car pour en trouver une suffisante, il aurait fallu venir dans l'Eglise catholique, elles sont tombées dans le doute et de là dans le rationalisme.

J'ai entendu avec beaucoup d'intérêt la discussion de ces grandes questions par des hommes émiuents, dans le dernier concile oecuménique ; un évèque y a proclamé que l'incrédulité, le rationalisme qui nie crûment tout l'ordre surnaturel, est venu du principe protestant dont on a tiré les dernières conséquences.

On peut donc dire qu'aujourd'hui deux croyances se partagent l'univers, (car le protestantisme occupe une place relativement petite dans le monde) : le Catholicisme qui croit au surnaturel, et le Rationalisme qui ne croit qu'à la raison humaine.

Le concile du Vatican, après avoir constaté que beaucoup de protestants en sont venus à douter de l'inspiration de la Bible elle-même, continue ainsi : " C'est alors qu'à " pris naissance et que s'est répandue au loin dans le monde " cette doctrine du rationalisme ou du naturalisme, qui " s'attaquant par tous les moyens à la religion chrétienne " parce qu'elle est une institution surnaturelle, s'efforce " avec une grande ardeur d'établir le règne de ce qu'on ap- " pelle la raison pure et la nature, après avoir arraché le " Christ, notre seul Seigneur et Sauveur, de l'âme humaine, " de la vie et des mœurs des peuples. Or, après qu'on eut " ainsi délaissé et rejeté la religion chrétienne, après qu'on " eut nié Dieu et son Christ, l'esprit d'un grand nombre " s'est jeté dans l'abîme du panthéisme, du matérialisme et " de l'athéisme, à ce point que, niant la nature rationelle " elle-même, et toute règle du droit et du juste, ils s'effor- 41 cent de détruire les premiers fondements de la société hu- 11 maine. "

Je dois faire remarquer que le Rationalisme, qui a la

raison humaine pour base, viole la première règle de la raison elle-même, car celle-ci mène droit vers Dieu.

Qui est-ce qui m'a fait et placé sur la terre ? Je le demande à la religion ; elle me répond : C'est Dieu qui a tout créé.

Je demande au rationaliste : D'où vient le monde ? Il ne le sait pas. Je lui demande : Qu'est-ce que Dieu ? Il ne peut me répondre, ou s'il me répond, il tombj dans un abîme d'absurdités. Cet adorateur de la raison fait la honte de la raison elle-même. C'est pitié de voir tout ce qui a été. écrit par les rationalistes ; mais ce n'est pas moins triste de voir des chrétiens aller se nourrir de ces lectures ineptes et malsaines.

Pour ces impies qui ont rompu avec l'idéj chrétienne, il n'y a pas d'ordre surnaturel ; d'autres, descendant plus bas encore, diront que tout est matière. Oui, ils descendent jusque là. Qu'est-ce donc que l'âme, leur demanderez-vous '? Ils auront l'impudence de répondre : Ce n'est qu'un mot sans réalité objective, l'âme n'existe pas. J'en ai rencontré de ces hommes, qui soutenaient hardiment cette monstruosité, et disaient à tout venant : Quand un homme est mort tout en lui est mort. Comment ne pas trembler en entendant de nos semblables renier ainsi leur dignité d'hommes créés à l'image de Dieu ? Ils ont voulu bâtir sur la raison, ils ont bâti sur le sable. Ils ont réfusé les lumières de la Révélation ; ils sont devenus aveugles et marchent à tâtons.

Ecoutez ces paroles du concile du Vatican : " Il est " donc arrivé que, cette impiété s'étant accrue de toutes " parts, plusieurs des fils de l'Eglise catholique eux-mêmes " s'écartaient du chemin de la vraie piété, et qu'en eux le " sens catholique s'était amoindri par l'amoindrissement " insensible des vérités. Car entrainés par les diverses doc- " trines étrangères, et confondant témérairement la nature " et la grâce, la science humaine et la foi divine, ils s'effor- " cent de détourner de leur sens propre les dogmes que tient " et enseigne la sainte Eglise notre mère, et de mettre en

'• péril l'intégrité et la sincérité de la foi." Vous devez donc vous tenir en garde contre ceux qui sont imbus, en tout ou en partie, de ces idées funestes ; vous devez fuir ces ces hommes, de peur que la maladie contagieuse qui les a frappés ne vous atteigne.

J'aimais aujourd'hui à vous signaler, d'après l'Encyclique les deux doctrines fondamentales du Catholicisme et de la Franc-Maçonnerie.

Qu'arrivera-t-il aux catholiques d'un côté, et aux francmaçons de l'autre ? Les premiers résisteront à tous les cataclysmes et à toutes les tempêtes : il sont sur le roc inébranlable de l'Eglise, et ils sont sûrs d'arriver au bonheur. Au contraire, ceux qui ont bâti sur le sable mouvant, comment voulez-vous- qu'ils se soutiennent ? Comment Job aurait-il résisté à l'épreuve, s'il n'eût eu ses immortelles espérances ? Quand les fleuves se déborderont, quand les torrents des passions humaines se précipiteront sur cette âme et qu'elle croira pouvoir y céder impunément, dites-moi : pourra-t-eile se soutenir dans la pratique du bien ? Elle tombera dans des désordres abominables.

Nous lisons dans l'Ecriture : Yinsensé a dit dans son coeur : il n'y a pas de Dieu. Oui, quand un homme est rendu au point de nier Dieu, c'est un insensé. Alors il tombe dans une épouvantable corruption : corrupti sunt et abominabiles facti sunt.

Nous continuerons à étudier ces deux édifices si différents : l'Eglise et la Franc-Maçonnerie, afin d'en avoir une idée bien juste.

Prions beaucoup, mes frères, nous en avons besoin : il y a tant de ténèbres répandus dans le monde, tant de faux principes qui s'insinuent partout. On gâte d'abord le cœur, et ensuite l'esprit lui-même se pervertit. Demandez donc à Dieu de vous éclairer, et de vous accorder la grâce de faire les actes de la vie chrétienne, afin que, restant toujours dans les voies de la vérité, vous arriviez au bonheur éternel.

Ainsi soit-il.

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