‹ Conférences sur l'histoire de MontpellierChapitre 2 sur 9 · GÉOGRAPHIE MÉDITERRANÉENNE · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE MÉDITERRANÉENNE

la part la i)lus iiii})()rtaiilc de leur alimentation, la part iiuiisi)eiisable (directement ou indirectement), produire et ménager la végétation conformément aux indications de la géographie, l'utiliser autant qu'il est possible devient Tœuvre sociale par excellence.

La culture n'a pas d'autre fin. Elle réduit l'espace nécessaire à chaque individu, nourrit par unité de surface le maximum d'êtres humains et des animaux qu'il utilise. La culture est à la fois la production et l'aménagement économique de la plante et son utilisation la plus parfaite dans l'espace et dans le temps.

Nous pouvons donc modifier l'énoncé de tout à l'heure: Le climat fait la végétation et la végétation aménagée par la culture, nourrit et peuple. Le peuplement est d'autant plus serré, à conditions égales, que la culture utilise plus sagement l'eau, le sol et les éléments accessoires de production. Accroître le rendement humain, c'est en dernière analyse, l'idéal que se propose l'agronomie; c'est aussi le dernier mot du programme de la Géographie physique, et tout spécialement de la Géographie biologique.

Cet idéal a-t-il été atteint quelque part, au moins dans nos pays de vieille civilisation ? La vallée du Nil a été, dès longtemps, semble-t-il, aussi peuplée que l'a permis le fleuve; elle l'est peut-être encore aujourd'hui, même si l'on tient compte des progrès réalisés dans l'utilisation du sol. On peut penser que certains pays de peu d'étendue fournissent à peu près le maximum de production compatible avec l'état actuel de la science: le Danemarck, les provinces les plus méridionales de la Suède, la Belgique, r Alsace, quelques coins de notre France; mais ailleurs, mais presque partout, l'utilisation de la terre est imparfaite, parce qu'elle est empirique, traditionnelle. Il y a, dans notre pays, d'immenses progrès à faire dans ce sens. Il appartient au géographe de les rechercher pour les

faire connaître à ceux qui ont les moyens de les réaliser.

Les découvrir n'est pourtant pas aussi simple qu'on pourrait le penser à priori. Lorsqu'il s'agit d'apprécier les rapports multiples des êtres vivants avec le milieu, il faut considérer le milieu tout entier, à la fois terrestre, climatique et biologique, dans la connexion de tous ses éléments et dans leurs multiples combinaisons. Là précisém.ent est la difficulté. Beaucoup d'erreurs ont été commises parce qu'on a oublié ou méconnu la part de tel ou tel élément. Le géographe a le devoir de mettre chacun d'eux à sa place, de les subordonner suivant les nuances infiniment variées qu'offre la nature. A ce prix seulement, son œuvre sera complète; à cette condition aussi, le géographe sera le guide sûr et nécessaire de l'agronome.

Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, une étude attentive permet de distinguer avec une remarquable précision, dans nos pays tempérés, les territoires de vocation agricole, de vocation forestière, de vocation pastorale, de déterminer, à la lumière des mêmes méthodes, jusque dans les menus détails, la place qui revient à l agriculture et à l'habitation humaine dans le moindre vallon, au voisinage d'une source, celle qu'il faut laisser au bois, celle qui ne peut assurer de revenu que par l'exploitation pastorale.

Cette tâche, nous la revendiquons comme la nôtre, sans vouloir nous dérober aux grandes difficultés qu'elle présente.

Nous voilà loin de la Méditerranée et des questions méditerranéennes. Vous voyez tout un programme d'études générales se dégager de ces brèves indications. C'est, en effet, un programme très général qu'il faudrait adapter à l'étude de la Géographie physique de la Méditerranée

GÉOGRAPHIE MÉDrrEllRAN ÉENN E

et de la région niéditerranéeniie. Il comprend quatre divisions principales:

1. Morphologie de la mer et des rivages méditerranéens, dans le présent comme dans le passé; l'histoire du pays méditerranéen qui se fait;

2. Climatologie, conditionnant la distribution des êtres vivants ;

3. Biogéographie, dans le passé et le présent, et ses applications: Agriculture et Zooculture;

4. Géographie humaine, qui est le couronnement et, par sa complexité, la partie la plus difficile de la Géographie physique.

Qui pourrait embrasser un pareil programme ? Sera-ce un géologue, un météorologiste, un océanographe, un biologiste, un agronome, un historien ? Aucun spécialiste ne saurait le remplir à lui seul. Le programme de la Géographie ne saurait être traité de nos jours que grâce à la collaboration harmonieuse d'un certain nombre de personnes, universitaires au sens le plus large de ce mot, constituant le studium universale d'autrefois.

Ce n'est pas un géographe et une chaire de Géographie, si dignement occupée qu'elle puisse être, qu'il faut à Montpellier, c'est un institut de Géographie méditerranéenne, avec des maîtres, avec des laboratoires, avec un Musée et tous les moyens de travail dont disposent aujourd'hui les instituts géographiques les mieux installés.

Les Barbares du Nord continuent à envahir les pays méditerranéens ; ils y viennent avec de grandes ambitions, mais avec des intentions pacifiques. Attirés et retenus par le climat et la végétation (( qui nourrisent et qui peuplent », frappés de l'admirable situation du pays où votre bienveillance nous accueille, nous réclamons pour Montpellier le bénéfice de ses avantages. Nous demandons que votre ville soit et demeure, comme au moyen-âge, le centre intellectuel de la Méditerranée.

Cherchez autour de notre mer d'azur s'il est une ville mieux placée que la nôtre pour être, en ce vingtième siècle, la capitale pacifique, vouée à l'étude de tous les problèmes méditerranéens. Je ne crois pas que vous la trouviez. J'estime que telle est sa vocation; j'espère que l'évidence s'en dégagera de cette série d'entretiens que j'ai l'honneur d'inaugurer.

Cette idée d'un institut de Géographie méditerranéenne à Montpellier, est-ce un rêve irréalisable ? Je suis sûr du contraire.

En matière de bien à réaliser, notre devoir ne cesse qu'à la limite de notre pouvoir. Et d'ailleurs, vouloir c'est pouvoir ! Pour aboutir, il suffit que nous voulions réellement, d'une volonté ferme, et que nous soyons unis dans une volonté commune de poursuivre le bien et le progrès. Nous avons autour de nous d'éloquents exemples; les universités de Nancy, de Lille, de Grenoble nous les fournissent.

Si, par malheur, l'Université de Montpellier était trop pauvre pour accomplir ce qu'elle se doit à elle-même, ce qu'elle vous doit, ce qu'elle doit à la France, nous le savons bien, le passé nous en est garant, les citoyens de cette ville nous aideraient, pourvu que nous sachions le mériter. L'Association des Amis de l'Université nous soutiendrait. Mais donnons nous-même l'exemple du labeur et de l'effort en commun. Ici comme partout, l'Union fait In Force.

L'institut de Géographie physique sera l'œuvre du maître que j'ai eu l'audace de suppléer pendant une heure. Nous lui promettons notre concours le plus actif. Je sais que je puis, sans trop m'avancer, lui promettre votre appui le plus dévoué. Vous l'avez généreusement accordé à tous ceux qui ont essayé, par l'Université, de faire honneur à votre ville; et nous vous en gardons une profonde reconnaissance.

Page 1