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obligatoire ne saurait prétendre recevoir de la nature, à partir du jour où la commission officielle lui est remise, des entrailles de père qui l’autorisent à s'imposer à l'enfant pour remplir auprès de luiles devoirs que son père néglige d'accomplir. Ces devoirs, fondés sur des soins de détail et de chaque instant, reposent radicalement sur un dévouement tout particulier dont la source part de l'amour paternel.
Or, entre ce dévouement né de l'amour que la nature aelle-même placé au fond du cœur d'un père pour ses enfants, et les dévouements officiels d'un ministre pource qu'il peut appeler les fils de la patrie, il y a, je le répète, un abime. Et tant que les zélateurs de l'instruction obligatoire n'auront pas trouvé et ne nous auront pas montré un moyen de combler cet abîme, les pères de famille de toute la société demeureront en droit de le placer sous leurs yeux, de leur en faire. voir toute la profondeur, et de protester contre leur injuste intrusion dans un domaine où ils n'ont aucune affaire.
Entre le père dénaturé et l'enfant, une seule puissance peut intervenir.
Ce n'est pas une puissance humaine ; c'est une autorité venue d'en haut : c'est | la religion.
LL Et si l'influence religieuse échoue, si elle ne peut réussir à amener le père oublieux à l'accomplissement des devoirsque la nature lui prescrit, le mal est sans remède.
A PTT TT re
Nous nous trouvons en face d’un monstre.
Or, le cas particulier d’un monstre ne
peut jamais donner naissance à une légis-
lation atteignant la société toute entière.
Il vaut mieux laisser sans remède ce mal
privé, ce mal localisé, que de chercher à y
remédier par un mal public : l'intervention
de l'Etat au nom de la loi dans le sanc- ;
tuaire de la famille.
Mais, quoi ? dira-t-on, le pouvoir public peut s’'interposer entre la brutalité d'un père barbare et l'enfant pour protéger
la vie de ce dernier, et il ne pourra pas
intervenir entre un père négligent et l'enfant dans l'intérêt du développement de sa vie intellectuelle et morale !
—Certainement,
il ne le pourra pas, et Pour une raison bien simple,
Si un père abuse de la force brutale contre son fils, il appartient à la puissance de la force d'intervenir pour abus.
réprimer cet
La force ne pe la force.
ut être maîtrisée que par
Mais s'il s’agit de la négligence d'un père refusant de donner à son enfant le développement de sa vie intellectuelle et morale, On Se trouve transporté dans un tout autre ordre de choses : et ja puissance de la force n'a plus rien à faire ici, parce qu'elle ne . | peut pas atteindre l'intelligence, ni le cœur. | C'est à la puissance munie de la faculté d'atteindre les intellisences
et les volontés, c'est à la puissance de la religion, qu'il 6 | appartient d'intervenir.
Il faut toujours qu'il y ait parité de
nature entre une action à exercer et l'agent d'où procède cette action.
L'Etat, enfin, ne peut lier la chose méme de l'éducation. —1]\ n'a pas et ne peut avoir un corps de doctrines.
La science, au point de vue purement naturel, appartient au domaine particulier des intelligences individuelles ; et à raison de sa relation avec la religion, elle relève de l'autorité de l'Eglise. À tout point de vue, elle échappe à l'autorité chargée du maintien et du développement des intérêts matériels d'un peuple.
Si donc le pouvoir public apporte un programme d'études, il puise dans un domaine étranger ; il fait un emprunt ; il est tenu de le soumettre à l'autorité qui a mission de surveiller les choses de ce doinaine.
L'État peut ouvrir des écoles publiques, | | q
y envoyer des maîtres avec un programme d'études, pourvu que deux conditions essentielles soient strictement gardées.
D'abord, qu'il soit laissé, dans ces établissements, à l'autorité ecclésiastique,
un droit de surveillance libre, revêtu de toute l'autorité requise à la Sauvegarde de ia morale.
Ensuite, que le père de famille soit laissé libre d'y SNvOyer où ne y pas envoyer ses enfants, selon son gré.
L'État peut multiplier extérieurement les canaux, pourvu que les eaux vivifiantes de la religion Y puissent circuler librement et que la liberté des familles soit respectée.
Quant au droit de délégation que le Pouvoir public peut avoir sur l'éducation, il est évident qu'il ne saurait devenir Ia Source d’un pouvoir de Coercition. Car ce n'est pas au mandataire qu'il appartient de poser des lois à ceux de qui il a reçu son mandat.
En voilà assez, je crois, Messieurs, pour conclure que l'éducation obligatoire est
une violation du droit naturel et du droit divin; violation du droit naturel en ce qu'elle restreint la liberté des familles; violation du droit divin en ce qu'elle attente au droit de surveillance qui appartient à l'Église.
Cependant l'importance de la question m'amène à entrer dans quelques développements.
L'instructionobligatoire peut être établie avec Où sans monopole.
Dans le premier cas, l'État impose ses propres écoles, et force tous les parents sans distinction à y envoyer leurs enfants.
j El Dans le second cas, il impose aux familles l'obligation de faire instruire les enfants, soit dans les écoles publiques, soit L dans des établissements séparés, soit même dans l'intérieur de la maison paternelle, se bornant à exiger qu'une certaine somme de connaissances leur soit donnée.
Tout monopole est odieux de sa naturc :
il serait absurde dans l'enseignement.
Le monopole de l'enseignement imposé par la société civile viole directement les droits naturels de l'enfant dans sa liberté d'apprendre, et du citoyen dans sa liberté d'enseigner, pour ne rien dire de la violation des droits du père dans son autonomie, nécessaire au gouvernement des choses domestiques.
Parmi les droits les plus intimes de l'être humain vient, en première ligne, la liberté d'apprendre ce qui lui plaît et de qui il lui p'aît. Ce droit est aussi inhérent à la nature raisonnable que l'est à la nature animale celui de respirer l'air atmosphérique.
Pendant que l'enfant est jeune, il appartient à son père, chargé par la nature et par Dieu de l'élever, de choisir pour lui ce qu'il doit apprendre ct celui de qui il doit
apprendre, * On se demande, dit très à-propos M. Verdun, ce que la raison de l’homme a dû subir de tortures pour en arriver à admettre qu’un père n'a pas le droit d'apprendre à son enfant ce qui lui plaît et par quiil lui plaît. ”
Il me semble, Messieurs, que les monopolistes, s’il veulent être logiques, et accepter les conséquences de leur système avec autant de courage ct d'aplomb qu'ils en apportent dans l'affirmation de leur théorie de l'exclusion des parents, devraient commencer leur ministère dès la première enfance du citoyen, et imposer à l'honorable ministre de l'instruction obligatoire la tâche d'aller passer un certain nombre d'heures, tous les jours, en compagnie de la mère de famille, pour apprendre au bébé à bégayer selon ses vues. La question serait peut-être de savoir de quel œil la maman regarderait ce représentant officiel du monopole s’introduisant auprès du bercean de son enfant, pour y accomplir, à sa place, les devoirs dont la nature ct Dieu
lui ont si bien donné le secret, avec celui de l'amour maternel.
Vous riez, Messieurs : c'est qu'en cffet, il n'y à rien de plus ridicule que cette ingérence dans Ja famille.
Car, enfin, qui va déterminer l'âge auquel l'enfant devra passer de la tutelle maternelle à celle du ministre de l'instruction obligatoire ? |
Assurément, la nature ne précise rien à
e sujet,
Et là où la nature ne définit rien, sur une matière aussi directement réglée par la loi naturelle, il Y à toujours, inhérent à toute intervention dans cette sphère de choses, le danger de tomber dans le ridicule et de soulever le bon sens, qui ne perd jamais son droit de refuge au sein des masses, lorsque les discussions parlementaires lui donnent parfois congé.
Dès que l'enfant à atteint l'âge où il peut user par lui-même de sa liberté d'apprendre, il entre en possession du droit inhérent à cette liberté,
Dans l'usage de ce droit, il ne peut être astreint à d'autre loi que celle de la morale, dont l'empire s'étend au domaine des intelligences.
Si l'Etat n'a pas le droit de s'emparer des personnes des citoyens et de les soumettre à un régime de son choix, pour leur développement physique, assurément il a encore bien moins celui d’emprisonner leurs intelligences en leur disant au nom de la loi: vous irez dans telle école et non dans une autre ; vous apprendrez telle chose, et pas d'autre ; vous vous laisserez former par tel maître, d'après tel programme, et pas autrement. Comment ! on reconnaît au citoyen le droit de protester contre toute tyrannie que l'on tenterait contre sa personne, et on lui refusera celui de se récrier contre la tyrannie incomparablement plus révoltante que l'on vou- ‘drait exercer sur son intelligence! O éducateurs monopolistes! qu'avez-vous fait de votre logique ? qu'avez-vous fait du respect que vous devez à l’huinanité, que vous vous devez à vous-mêmes ?
Le monopole, viole en second lieu, le droit du citoyen dans sa liberté d'enseigner.
Le droit d'enseigner appartient à tout être humain au même titre que celui d’apprendre.
Ici encore, la liberté individuelle se place dans une sphère qu'aucun pouvoir humain ne peut légitimement atteindre, et d'où elle ne peut recevoir de restrictions que de l'autorité spirituelle. Celle-ci, à raison de sa mission sur les âmes et de son devoir de sauvegarder le dépôt de la vérité et de la morale, à seule des droits à la charge de surveiller, avec la moralité de l'instituteur, la doctrine qu'il enseigne.
Avec cette réserve des droits supérieurs de la morale, qui ne sont du reste qu’une forme extérieure des droits de Dieu luimême, auquel tout est soumis dans l'uni-
vers, la liberté d'enseigner comm: celle d'apprendre demeure entière pour tout homme.
Tout obstacle mis à cette double liberté de la part d’une autorité purement humaine
est un attentat aux droits les plus intimes de l'être humain.
Que le pouvoir public songe à apporter des entraves au développement des aptitudes naturelles des individus, à gêner la liberté des citoyens dans le choix du genre de vie qu'ils veulent embrasser, de la profession à laquelle ils désirent se livrer, du genre d'occupations auxquelles ils croient pouvoir, grâce à leurs goûts et leurs dispositions particulières, s'appliquer avec succès, et l'on criera à la tyrannie, et l'on aura raison,
. Mais à quel titre faudrait-il excepter de cette règle si simple et si élémentaire, la sublime et difficile vocation de l'enseignement ?
À quel titre l'Etat pourra-t-il s'arroger le droit de réserver le ministère de l'éducation à un certain nombre d'individus de son choix, à l'exclusion de tout autre personnage, quelque soient d’ailleurs les aptitudes, les capacités et les goûts particuliers de ce dernier ?
La sublimité même de ce ministère, les difficultés nombreuses dont il est hérissé, les graves responsabilités qu'il entraîne, ne sont-elles pas, au contraire, autant de titres réclamant des aptitudes spéciales, une véritable vocation ?
ît cette vocation n'est-elle pas toute de dévouement ?
Or le dévouement ne se crée pas par la transmission d’une commission officielle :
le dévouement n'est qu'un épanouissement de la liberté.
Le monopole, en tuant la liberté de l’enseignement, tarit la source unique capable de produire les véritables instituteurs de la jeunesse; mais il ne réussira jamais à détruire une autre liberté qui restera toujours à la société outragée : celle de pro-
. tester contre la spoliation du bien le plus
cher à la famille, et contre le plus odieux attentat qu'il soit possible de faire contre l'humanité dans ses droits les plus intimes.
Il n'y a qu'une chose, Messieurs, qui puisse expliquer l’'acharnement des mono-
fe
polistes à soutenir leur théorie : le besoin d'exclure le clergé de l’enseignement, afin d'arriver à l'éducation sans Dieu, et de former des générations sans religion. C'est là, à leurs yeux, la condition nécessaire de la formation d'une société prête à assurer le but définitif de la révolution : le socialisme.
Or, dès que la haine contre la religion et des tendances anti-sociales se retrouvent au fond de l’idée de monopoliser l'enseignement, et qu'une telle base, dans une sociétc chrétienne, ne peut jamais être regardée comme légitime, il devient évident que le monopole de l'instruction doit être rejeté au titre de l'illégitimité.
La théorie du monopoie n'a jamais été mise en avant, dans toute sa crudité, en la Province de Québec ; mais on a déjà plaidé en faveur de l'instruction obligatoire sous sa forme radoucie, prétendant concilier le
contrôle de l'Etat avec la liberté des familles,
Les considérations que j'ai eu l'honneur de vous soumettre au commencement de cette entretien répondent suffisamment à cette théorie, moins brusque en apparence, mais atteignant dans sa portée pratique le but du monopole pur et simple.
Les avocats de ce système montent sur lestoits pour faire valoir,entermes pompeux, l'immense privilége de la liberté laissée aux parents de faire instruire leurs enfants là où ils veulent, pourvu qu'ils leurs fassent donner un certain dégré d'instruction.
Or, sans se donner la peine d'écouter d'autre discours que celui du simple bon sens, tout esprit droit se convaincra que le droit donné à l’État d'exiger que le fils de famille ait acquis un certain désré d’instruction, amène comme une conséquence immédiate le droit d’'aviser aux moyens de constater officiellement si le dégré de science déterminé par la loi a été atteint pour chaque individu.
Ne voyez-vous pas que le père tombe, du coup, en sa qualité d'instituteur de ses enfants, sous le contrôle du pouvoir discrétionnaire du gouvernement? On lui donne d'une main sa liberté, pour la lui ravir de l'autre, d'une manière plus radicale. La chose même de l'éducation se trouve monopolisée. Car enfin, à moins que le droit que l'on prétend reconnaître à l'autorité publique soit purement illusoire, les parents ne pourront échapper aux pénalités de la loi qu'après avoir donné à leurs enfants, non une éducation de leur choix, mais l'éducation voulue par l'Etat, une éducation modeiée sur son programme une éducation passée à son moule. Et je ne vois en cela rien autre chose qu'un monopole raffiné, respectant la liberté des personnes pour s'emparer des choses enseignées.
C’est une manière un peu plus polie de s'introduire dans la famille, et voilà tout.
Les fauteurs de la contrainte légale professent, pour les intérêts de l'enfant, qu'ils
se plaisent à placer sous la tutelle de l'Etat où il lui font trouver protection contre la négligence de son père, un zèle qui serait digne d’éloges si ce n'était pas là un prétexte pour pallier une spoliation.
J'admets même l'hypothèse de l'abus ou de l'usage maladroit de l'autorité paternelle, soit dans le choix des éducateurs, so't dans le mode d'éducation. Mais par contre, il faut bien admettre aussi la possibilité d’une erreur du côté de l'Etat.
Assurément, le ministre de l'éducation obligatoire, quelque soient d’ailleurs ses lumières et ses capacités, ne peut prétendre à l’infaillibilité, même en matière d'enseignement et d'éducation.
Si le père peut se tromper dans le gouvernement de la chose domestique, le représentant de l'autorité civile ne peut s'attribuer le privilége de l’indéfectibilité dans le gouvernement de la chose publique.
Si donc, pour ne pas parler de l'œil pénétrant de l’amour qui donne au père une véritable supériorité sur un ministre du gouvernement en tout ce qui touche au
bien de son enfant qu'il aime comme un autre lui-même, on peut, pour un moment, supposer une égale chance d'erreur de part et d'autre, il y a une prodigieuse différence entre les résultats, différence énorme comme la distance qui sépare le domaine privé et le domaine public.
Que l'Etat, en effet, se trompe dans une législation directrice de l'enseignement, le mal sorti de cette erreur se multiplie en proportion du nombre des familles qui composent la nation. * Ah ! dirai-je avec le Père Félix, l'abus le plus désastreux, l'immense désastre, ici, ce n'est pas, croyezle bien, le père de famille manquant ça et là, dans l'éducation de ses enfants, au devoir fondamental de la paternité ; le mal, l'incomparable mal, l'immense danger, c'est un ministre abusant contre les jeunes générations, de la puissance dont il est investi, et essayant de confisquer au nom d'une légalité oppressive, à des millions de familles, le droit le plus inviolable de toute paternité. ”
L'autre cheval de bataille que montent
les partisans du système forcé, c'est le devoir qu'il incombe à l'Etat de pourvoir au développement des ressources de la société, entraînant à sa suite le droit d’assurer le développement intellectuel et moral des citoyens.
: Je vous ai déjà rappelé, Messieurs, que l'action du pouvoir public relative au progrès doit être essentiellement renferméc
dans le domaine des ressources matérielles et ne saurait atteindre l'éducation, placée
par sa nature même en dehors de sa compétence.
Cependant, il est hors de douté que l'Etat a un intérêt réel à ce que le développement intellectuel et moral des citoyens atteigne un degré plus ou moins élevé.
Comment donc concilier cet intérêt, trop important pour être perdu de vue, avec l'impossibilité radicale dans laquelle se trouve le pouvoir public de diriger de son chef le développement progressif de l'éducation ?
Nous voilà, Messieurs, en face de la
grande question de la nécessité de l’union de l'Eglise et de l'Etat. |
Avec cette union, tout s'explique dans une harmonie qui tourne également au bénéfice de la société religieuse et de la société civile. |
Permettez-moi, Messieurs, d'envisager la question à un point de vue plus général.
Il est certain que la religion est nécessaire à la perfection de l'unité sociale, parce que le lien religieux est le plus puissant de tous les liens sociaux.
Cette vérité, soutenue par l'expérience de tous les siècles, proclamée par le sentiment unanime de tous les peuples païens et chrétiens, est encore démontrée par la raison s'appuyant sur la propension de l'esprit, sur les affections du cœur, et sur la sauvegarde des intérêts matériels.
En effet, détruisez l'importance de la religion, et de suite les intérêts matériels sont entraînés à leur ruine ; car la religion est leur sauvegarde la plus ferme et la plus solide.
N'est-il pas dans la nature des chôses que plus les intérêts matériels nous vont au cœur, plus nous sommes désireux de trouver dans autrui la conscience et l'honnéteté fortifiées par des croyances intérieures ?
Il ya bien la sanction naturelle et la sanction humaine,
Mais si, d'un côté, la sanction naturelle est capable de faire quelque bien, de l’autre, qu'elle est faible dans t'esprit où la religion positive fait défaut !
La sanction humaine est encore plus faible pour la double raison qu'elle ne peut connaître et par conséquent punir que les crimes les plus énormes, et qu'elle est restreinte à l’ordre extérieur.
Mais s'il n'y a pas de doute que l'unité religieuse soit nécessaire à la perfection de l'unité sociale, il n'y a pas de doute, non plus, que la société politique n'a pas le droit de prescrire en matière religieuse, parce qu'elle :’a pas le droit de forcer l'adhésion des intelligences.
Nous voilà, Messieurs, en face d'une difficulté analogue à celle que nous présentait il y a un instant le développement de l'éducation.
D'un côté, l'unité religieuse est essentielle à la perfection de l'unité sociale ; et, de l’autre, la société n’a pas le droit d’imposer une religion sociale.
Si la société a droit à sa perfection, n'at-elle pas droit aux moyens essentiels d'atteindre à cette perfection ?
Dieu a-t-il donc destiné la société humaine à une perfection impossible ?
Le lien religieux, le plus puissant des liens sociaux, ne sera donc jamais qu'un rêve dans les aspirations de la société ? |
Une comparaison, messieurs, nous montrera la véritable solution de la difficulté.
Il est certain que l’homme a un penchant naturel en vertu duquel il est poussé à arriver à la science, à un ordre social, à un bien être matériel, auxquels cependant il ne saurait jamais atteindre à l’aide de ses seules forces individuelles. Pourquoi la
Providence a-t-elle implanté ces penchants dans la nature de l'individu isolé, tout'en lui refusant, comme tel, les moyens de les satisfaire ?
La réponse se présente d'elle-même.
Dieu a refusé ces moyens à l’homme isolé parce qu'il le destinait à l’état social.
Eh bien ! pourquoi la l'rovidence inspira-t-elle à l’homme le désir de l'unité religieuse dans la société, si elle le laisse incapable de réaliser cette unité par ses forces naturelles ?
La réponse se présente encore d'’ellemême.
C'est que la Providence le destinait à un état surnaturel ; c'est qu'elle avait résolu de Parler elle-même à l'homme.
“Cette PAROLE, en qui réside la vie, dit Taparelli d'Azéglio, devait former la perfection 4e l'unité sociale comme elle forme la perfection physique, morale et intellectuelle de l'individu, D: même qu'en physique, en morale, en métaphysique, l'impossibilité de satisfaire pleinement la
raison par le seul secours de la lumière naturelle, démontre le besoin que nous avons d'un ordre surnaturel ; de même aussi, dans les sciences politiques, l'impossibilité de créer, à l’aide des seuls éléments naturels, une société parfaite, comme la nature elle-même le désire, pouve à son tour qu'un ordre surnaturel est nécessaire à la société.”
Vous voyez maintenant, Messieurs, ou se trouve la solution de la difficulté qui nous pceupait il y a instant.
L'État est intéressé assurément au développementintellectuel et moral des citoyens.
Et, dans son impossibilité radicale de toute ingérence directrice en cette matière, où trouvera-t-il les moyens d'assurer ce déve- Ilcppement intellectuel et moral ?
Dans le concours nécessaire de l'Eglise, maîtresse de l'éducation.
La révélation divine, c'est-à-dire la religion chrétienne, condition indispensable 4e la perfection sociale, est aussi la condition indispensable du seul développement intellectuel et moral des individus qui puisse
assurer finalement les intérêts de la société. Et dans son union avec l'Eglise du Christ, et pas ailleurs, l'Etat trouvera ce double élément essentiel au véritable progrès social.
Par son divorce avec la religion, divorce également réprouvé par la raison et par Dieu, l'État se constitue de lui-même dans une condition anormale.
Il ne lui reste qu'à en subir les conséquences.
Il se place dans une impossibilité radicale de ne prétendre à rien sur l'éducation au nom de l'intérêt qu'il peut avoir au développement intellectuel et moral des citoyens, pour la simple raison qu'il s'éloigne, de son propre mouvement, de la seule source capable de produire les éléments du véritable progrès dans l'éducation.
Une fois qu'il s'est placé dans ces conditions, il ne lui reste plus qu’à s'occuper de la construction des chemins de fer et des canaux, et à laisser l’enseignement de
la jeunesse dans une pleine et entière liberté,
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EXTRAIT DYUN