RÔLE DE L'ÉTAT
Minister Dei in bonum !
Ilest ministre de Dieu pour le bien !
ISt-Paul.]
Mes frères,
L'Eglise, sainte Mère, la première, a laissé tomber, dans cette brülante question sociale, une parole de réconciliation. Ange de paix, elle crie aux deux classes divisées, aux hommes du capital et aux hommes du travail : Justice et charité ! Par ses dogmes d'origine divine, par sa morale pure et sainte, par l'esprit d'union dont elle est l’inspiratrice, par tant d'institutions bienfaisantes, écloses sous son souffle dans tous les âges et sous tous les cieux, elle apporte le baume céleste de la consolation et de l’espérance aux travailleurs ; tandis que pourles riches, dont elle sauvegarde les droits et les domaines, elle incline puissamment leur cœur au respect du pauvre, à la bienfaisance, elle leur impose avec une autorité souveraine la loi de la charité et de l’aumône. Aïnsi elle donne à la question ouvrière la solution la première et la plus profonde.
Pourtant, mes frères, je dois le dire,—-6 Eglise, sainte Mère, pardonne-moi, je ne veux point restreindre ta bienfaisante mission, mais, comme Dieu, dont tues la plus belle création, ilte faut le concours de l'homme !—bien que l'Eglise ait faite la terre plus douce aux malheureux enfants d'Adam, ses consolations au monde du travail sont surtout d'ordre moral. 11 en estmême plusd’un quiaura peut-être trouvé platonique ce que nous disions naguère pourexalter le rôle de l'Eglise. Ce sont des hommes qui ne comprennent pas assez la puissance d° l’idée dans le monde, quand cette idée vient du ciel, et qu'elle est fécondée par la charité.—Oui, les consolations de l'Eglise dilatent les âmes dans la joie chrétienne, ellesenivrent le cœur du
sentiment de la liberté—mais pourtant elles laissent aux mains bien des entraves, au foyer bien des privations.
Eh bien lil est désirable, il est légitime que le bonheur même matériel de la vie présente rayonne de plus en plus sur tout être humain que lesoleil éclaire. Dieu le veut ainsi, car enfin, s’il nous a fait de laterre un lieu d’exil, un licu d'épreuve, il ne nous en a pas fait un enfer, pas même un purgatoire ! La félicité parfaite nous attend dans les régions d'outre-tombe ; mais un certain bonheur, qui n'exclut pas sans doute le travail et la souffrance, qui nous donne plutôt l'idée que la posession du bonheur, ce petit bonheur nous est possible, nous pouvons le désirer, nous pouvons le chercher, pourvu que nous gouvernions toujours les tendances de notre âme sur la grande maxime évangélique : —Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice ! —Non, Dieu ne nous a pas condamnés ici-bas à des larmes sans trève, à des douleurs sans fin. Ona dit que : la vie est un sourire entre deux larmes ; il seraii plus vrai de dire que c'est une larme entre deux sourires. Mes frères, à moins d’être pessimistes, avouons que c'est la joie qui domine et abonde en notre vie. Cette terre, notre exil de quelques années, voyez comme Dieu nous l’a créée belle, pleine de poésie, de parfums et d’harmonies,. Rappellez-vons ces douces fêtes, ces plaisirs innocents, ces suaves consolations du passé, dont le seul souvenir est une joie nouvelle !
Oui, jouissons de la terre, en bénissant Dieu. La main créatrice y a déposé des ressources inépuisables, des trésors d'énergie bienfaisante, et, dans notre être, les germes iéconds de l’art et de l’industrie. Développons tout cela pour notre bien-être, celui de nos familles, pour le progrès de la patrie. C’est là une façon de reconnaître les dons de Dieu. Certes, est-ce l'honorer que se croiser les bras et regarder béateinent le ciel ? Le type de la vie chrétienne, son idéal de perfection, ce n’est pas la stupide contemplation du fakir ou du bonze. Le fidèle, qui renonce aux douceurs de la vie mondaine, connaît cependant les saintes joies et les bénédictions du travail : voyez le trappiste et le bénédictin ! Et si la Providence nous commande le travail, c'est bien pour que nous jouissions de ses fruits !
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Mais, et ici, mes frères, ‘c’est une observation dont l'oubli a eu des résultats désastreux, il ne suffit pas de produire par le travail et la richesse les sources de revenus. Il faut une sage et équitable distribution des biens produits parmi les membres de la société. N'’est-il pas évident que la production seule ferait des riches, des industriels opulents, mais laisserait la masse de la nation végéter dans le même état de pauvreté, sinon dans une misère pire encore ? [Il faut donc que tous les hommes, les ouvriers surtort, ces agents dévoués de la production, tous selon la mesure de leurs besoins et de leur travail, aient une abondance de biens, suffisante pour vivre commodément et honnêtement.
Et c'est ainsi, mes frères, que nous abordons le terrain de la présente conférence. Car cette juste répartition des biens matériels, des dan ‘4 la richesse, c’est la plus grande fonction de l'Etat, c’est là Le but vers lequel s'oriente constamment un sage gouvernement. Le rôle de l'Etat succède donc naturellement «au rôle de l'Eglise, comm: le corps suit l’âme. (1)
Léon XIII nous affirme que l'Etat a un grand rôle remplir dans la solution de la question ouvrière.—Car, dit le Pape, il n’est pas douteux que pour obtenir le résultat voulu, il ne faille de plus recourir aux moyens humains. —Et assurément, le premier, le plus puissant de ces moyens humains, c’est la part d'action, qui revient à l'Etat, pour apaiser ou prévenir les conflits entre les industriels et les travailleurs.
(1) Saint Louis, roi de France, cette radieuse incarnation du Pouvoir chrétien, se mourait sur les sables oralants dé fa Panisie, quasdit donna à son fils ce sublime testament politique ,soùles enseignements de l'homme d'Etat se mêlent aux chrétiennes leçons du père. Nous en extrayons les
passages suivants :
‘* Beau fils....aie le cœur doux et piteux aux pauvres, aux malheureux, aux affigés, et les conforte et aide selon que tu pourras ...Ne convoité pas sur ton peuple, et ne le charge pas d' impôts ni de tailles, sfce n'est pi grande nécessité.…... Sois roi de France pour la justice et loyal e nvers tes sujets, sans tourner à droite ni à gauche....Soutiens la querelle du panvre jusques à tant que la vérité soit éclaireie., Tu dois mettre ton attention à ce que tes suje ts vivent sous toi en paix et droiture... Si des gucrres ct de + débats s'élèvent entre tes sujets
apaise-les au plus tôt que tu pourras.....,.
On connaît les poétiques traditions du Chêne de Vincennes. Voilà come ment, il y a six cents ans le meilleuret le plus sage des rois chrétiens enten dait l'intervention de l'Etat en faveur du pauvre peuple !
Mes frères, commençons par définir les termes. Qu'’estce que l'Etat ? Bien des gens le conçoivent comme je ne sais quelle abstraction monstrueuse, qu’on ne voit nulle part, mais dont on sent partout les étreintes. L'Etat n’est point cela : c'est quelque chose bien plus simple, mais aussi bien plus grand et plus bean. L'Etat, c’est la société politique tout entière, c’est la nation, c’est la patrie. Car la patrie est une personne morale, une unité vivante, qui vit de son passé, de ses traditions, de ses gloires, qui grandit dans le présent, et marche vers ses destinées futures. L'Etat, c'est un peuple, jouissant pleinement de tous ses droits naturels ou acquis, droit de possession sur tout son territoire, droit desouveraine juridiction sur tous ses membres, droit d'indépendance en face des peuples étrangers, droit de paix, droit de guerre, droit de relations commerciales par tout l'univers. Ces droits augustes, l'Etat les exerce par un organisme complexe et variable, qu'on appelle le gouvernement. Ainsi la France est un Etat, l'Angl'terre est un Etat, la grande République voisine est un Etat, tous les peuples souverains et indépendants dans l’ordre temporel, sont des Etats. Aïnsi l'Etat n’est donc point précisément Île gouvernement d’un pays. Tous les Etats sont absolument de même nature, non pas les gouvernements, qui peuvent être monarchiques ou républicains. Les gouvernements changent et se succedent, l'Etat est toujours lui-même, invariable comme la patrie, puisqu'il est la patrie. Le gouvernement est pour l'Ltat ce que le clergé est pour l'Eglise : il n’est pas plus l'Etat, que le clergé n'est l’Egiise.
Cependant, comme le Gouvernement est la partie la plus noble de l'Etat, la représentation vivante de l'Etat et de ses droits souverains, l’âme et la forme sensible de l'Etat, on peut, et, surtout dans la question présente, on doit, sous le nom d'Etat, comprendre les devoirs et la mission du Gouvernement. Que ceci soit bien retenu pour l'intelligence de ces deux conférences, sur le ROLE DE
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L'ETAT : les droits de l'Etat sont les devoirs du Gouvernement.
Un gouvernement est institué pour gouverner. Cela semble une vérité banale, et poutant, bien saisie, elle mène loin. Gouverner, mes frères, c'est, en vertu d'une délégation authentique de la nation elle-même, la conduire à la grande fin, que la nature assigne à toute société politique Il s'ensuit de là que, strictement parlant et au point de vue du droit, un pouvoir usurpateur n’est point un gouvernement et ne peut en invoquer les prérogatives, pas plus qu’un pouvoir lyrannique, qui opprimela religion et foule aux pieds les plus grands intérêts d’une nation.
Cependant, mes frères, n’exagérons rien. En règle générale, un gouvernement, parce qu'il devient injuste et malhonntte, ne perd point les droits, reconnus à l'Etat par Léon XIII. Hélas ! presque tous les gouvernements du jour laissent bien à désirer au double point de vue de la religion et de la justice. Faut-il pour cela leur déclarer : — Vous n'avez pas le droit d'intervenir dans la question ouvrière ! vous êtes déchus du droit de sauvegarder l'ordre social ?—AÀ ce compte, tout en reconnaissant en théorie le rôle de l'Etat, on aboutirait pratiquement à le supprimer, et l’un des plus puissants remèdes aux maux de la classe ouvrière serait indéfiniment ajourné. On n'a pas les gouvernements qu'on veut, le mieux est d'utiliser ceux qu'on à Aflirmer que l’indignité de la personne supprime les devoirs de la fonction, est un principe souverainement dangereux. [P. de Pascal] Ah !'sans doute nous avons été assez payés pour avoir à redouter l’inter” vention des gouvernements apostats de nos jours ; mais encore une fois, ce n’est pas une raison de leur refuser d'intervenir là où ils en ont le devoir et le droit : qu’on se méfie d'eux, qu'on n’appelle leur concours que dans les cas indispensables, qu’on les surveille dans l'exercice de ce droit périlleux, c’est là le conseil de la prudence. Mais enfin, n’allons pas leur dire : halte là ! quand la voix de la nature et de la conscience leur crient : Marche ! agis!
Grâce à ces notions nécessaires, nous avons maintenant un flambsau pour explorer sûrement ce ténébreux labyrinthe, Entrons maintenent, et voyons la part d’action qui revient à l'Etat dans la question ouvriere.
Ce qu'on lui demande d’abord, c'est un concours d'ordre général. Ce n'est pas encore l'intervention directe et immédiate de l'Etat, dans les rapports entre patrons at ouvriers. Mais c’est l’action la plus efficace pour le bonheur de tous et la paix sociale. Plus ce concours d'ordre général sera sérieux, intelligent et pratique, moins il sera nécessaire d'invoquer l'intervention spéciale et directe, qui n'est pas sans danger, tout le monde en conviemi. Mais quel est ce concours d'ordre général ? C’est, dit Léon XIII, “l’économie tout entière des lois et des institutions politiques, ” conçues et appliqué:s si sagement, que le gouvernement réalise, dans toute l'étendue possible, la fin mêine de la société civile.
Eh bien ! cette fin suprême de la société politique, c’est la félicité temporelle de tous. Comprenez bien cela, mes frères Il est d’une importance capitale de bien préciser le but dernier de l'association politique. Ni le terme où l’on va est bien fixé, on y marche tout droit, sûrement et promptement ; la fin de la société, c'est le terme de sa route, son idéal, cime brillante, qu'elle doit gravir courageusement par des progrès continus.—SNans doute, la famille inaugure déja la satisfaction des indigences variées de la nature humaine, et le développement de ses forces physiques, intellectuelles et morales, mais ce n’est encore qu'une ébauche, un commencement. Elle donne le jour à l’homme, le conserve et le dote d’une certain: perpétuité ; mais elle s'arrête là, laissant la personne humaine comme à l’état de chrysalide, assez imparfaite, bien impuissante. 11 faut que le papillon prenne des ailes, de radieuses couleurs et qu’il s'envole dans le ciel bleu, sans limites. Sans jamais sortir de la famille, foyer sacré de sa vie intim», l’homme monte donc dans une
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sphère sociale, plus ample et plus féconde ; il entre dans la grande société civile, pour y trouver des secours plus abondants, des moyens de développement plus variés, des sources intarissables de perfectionnement et de bonheur, avec la protection assurée de tous ses droits. Comme la famille est le bouclier et le complément de l'individu. ainsi
J'Etatest le bouclier et le complément de ce groupe de famil-
les qu'on appelle un peuple, une nation. Pour cela, l'Etat a mission de représenter la nation en face des autres puissances, d'assurer la protection et ouvrir des débouchés an commerce par sa marine et des traités internationaux, de développer l’industrie du pays dans toutes ses branches, de maintenir à l’intérieur la paix et le bon ordre par la magistrature et la police, de former des armées pour la aéiense de la patrie, de donner un puissant essor à l’instruction, aux beaux arts, aux sciences, de favoriser la fondation d'associations particulières... C'est à sa raison d’être, le pourquoi de son existence, En un mot, la grande fin de l'Etat : c'est de promouvoir la félicité temporelle commune, dans toute son étendue.
Il en est, mes frères, qui mesurent à l'Etat ses droits d'une main bien avare, quand ils les réduisent à la protection, à la seule sauvegarde de l’industrie et de la farnille. Dans un acces de fièvre oratoire, on est allé jusqu'à s'écrier. —L'Etat est un mal nécessaire !— Eh bien ! nou: l'Etat n’est pas un mal, que rendent nécessaire la cupidité et la violence usurpatrice des droits. Naint-Paul en avait une idée bien plus grandiose, quand il le définissait :— /e ministre de Dieu pour le bien, minister Dei in bonum.— institué pour que nous menions sur terre une vie douce et tranquille : ul quietam et tranquillam vitam agamus !--En vérité, c’est avilir ou mutiler la grande fonction du gouvernement, que le réduire au rôle mesquin de gendarme, de po: licier, “‘veilleur de nait ”. Il doit être surtout un principe de bien social, le stimulant du progrès national, le promoteur actif et intelligent du bonheur commun. [P. de Pascar..]
Remarquez, mes frères, que nous disons toujours : le bonheur commun, la félicité temporelle de ous. Je sais qu'il y a deux sortes de pouvoir : l’un sert le peuple, l'autre
se sert du peuple, Le premier, c'est le pouvoir chrétien, tel que le concevaient Charlemagne et St-Louis, tel que le veulent la loi de la nature et la loi de Dieu. Mais le second, aussi vil et malfaisant, c’est le pouvoir payen, ignuble caricature du pouvoir. Honte à ces gouvernants, qui ne gouvernent que pour leur utilité personnelle, pour qui la nation, qu'ils devaient conduire au progrès, n'est plus qu’un fécond terrain d'exploitation, qu'on éventre en tous sens, pour y trouver des mines de richesses et de jouissances ! Ils oublient que l'autorité n’est pas la propriété, un peuple n’est pas le domaine de ses princes. Honte aux gouvernements des favoris, des mignons, des népotismes ! O chefs d'Etat, vous êtes tels pour le bien de tous, non pour l'avantage de vos parents, de vus amis, ou d'une classe privilégiée, Malheur à l'Etat, quisanctionne les accaparements, les monopoles, ces gigantesques coalitions d'industriels et de capitalistes, qui font le malheur de notre temps, la ruine des populations et la menace de l'avenir : car ces pactes de famine, comme on les stigmatisait jadis, ne justifient point, mais expliquent les désastreuses théories du socialisme et de l'anarchie. Ch lqwil est triste de voir, en nos jours surtout, les gouvernements oublier si souvent leur noble mission de providence universelle, pour se faire Les pourvoyeurs dutoutes les convoitises d'un parti politique, vraie meute aboyant après sa part des ripailles où se dévore la fortune publique : tandis que les minorités, tourbe de parias, ont à porter tous les fardeaux, sans qu'aucune jouissance en compense l’amertume Malheur à l'Etat qui en est arrivé là ! car il est dévoyé de sa fiu naturelle, et une catastrophe n'est pas loin!
Mes frères, pour mieux déterminer ce concours d’or-
dre général, voici done en détail ce qu'on demande aux gouvernements.—10 D'abord une législation sage, prudente, progressive. Mais pour cela, le vœu des amis du bien
publi tutior dus 1:
Parle tous | merce gion tions ciale les, & que 1 chacu ce, ( des d travai quest
re, Vis comm arrêts aux h qui sc et le } une r Oh! : se tro!
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ns, des bien de \nis, ou ctionne »s coalih eur de nace de liomati- | désash qu'il lements ice unies conaprès sa 1e : taner tous nse l’acar il ie n’est
rs d’orde aux prudendu bien
public serait que, dans les pays soumis au régime constitutionnel, comme celui-ci, au lieu de députés, individus représentant d’autres individus, il y ait dans les Parlements les représentants ofliciels des classes et de tous les grands intérêts professionnels : industrie, commerce, travail, agriculture, armée, magistrature, religion et le reste. Ce serait méme là une des solutions les plus bienfaisantes de la grande question sociale et ouvrière. On aurait ainsi, aux urnes électorales, comme dans les Chambres législatives, une chose que rien ne peut remplacer : ww vole intelligent ; car chacun se prononcerait sur les questions de sa compétence. Quelle autorité, je vous le demande, peuvent avoir des députés médecins ou avocats dans les question de travail et d'agriculture, des propriétaires fonciers dans des questions d'armée ?
20. La seconde nécessité de l'Etat est une magistratu” re, Vigilante, ferme, impartiale, inexorable pour ls grands comme pour les petits, une magistrature qui rende des arrêts et non des services, une magistrature inaccessible aux hontes de ]a vénalité, une magistrature en un mot qui soit dans la nation l'auguste incarnation de la justice et le bouclier de la loi !—-Mes frères, dans cet ordre d'idées une réforme semble s'imposer dans le domaine judiciaire. Oh! s'ilest un lieu sur la terre, où les hommes doivent setrouver égaux, apres l'église, c’est bien devant le tribunal du juge. Ce qui parait là, ce n’est ni un riche ni un pauvre, ni un prince ni un sujet, mais une personne humaine qui demande justice ou doit répondre de la violation du droit. Hélas ! cette sainte égalité n'a pas touwjours une suffisante garantie dans les cours ; sans aller jusqu’à de honteuses capitulations, la justice humaine ne ferme pas toujours l'œil aux considérations des personnes et du rang.
Selon que vous serez puissant ou misérable Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir,
disait malicieusement le fabuliste. Dieu merci, c'est faux : mais, coinme on voudrait que les défaillances de la magis-
trature ne prêtent jamais flanc à ces pertides iysinuations !
leurs | Eh bien ! pour cela, ce qu'il faut, cequ'on demande par- éléme tout, c'est la gratuité des frais judiciaires pour tout le monde, cieuse
ou de moins pour les pauvres et les travailleurs, que l'é- [1 ‘est normité des déboursés en perspective, fait souvent renon-
eupl
cer à la revendication légale d'un droit certain. (1) Put
30 Enfin, ce qu'il faut dans l'Etat, c'est un pouvoir monti exécutif, fort et dévoué au bien commun, une adminis- simpl tration honnête, respectueuse des droits de tous et des engou deniers publics, des ministres qui ne soient pas les hommes hour d'un parti, mais les hommes de [a patrie —Oui, donnez- réuni.
nous de bonnes lois, de bons juges, de bons ministres, et cation la paix, le bien-être r rayonneront dans tout l'Etat ! Ce E sont ces trois choses qui font du gouvernement “ ce que
fléau l'âme est dans le corps, ce que Dieu est dans le monde.”
règne st h + (S. Thomas) erait brülai de ces * leur.
il ?— Ps A SEA cette Vous le voyes, 93 freres, ce conconrs d'ordre géné- l'ivro ral, 4: le Pape d'maudeau gouvernement, sans toucher taire, encore au moins directement au eomllit de l'industrie et En g du travail, aiderait naissamment fa solution de la question boit, sociale. Celx sera pins sr 4ible eueôre, st nous ajoutons àeet que, sans jerauls sortir de son rôle de pourvoyeur du bien vous général, l'Hiat doit veiller à la Giffaston de linstruction son rl populaire, à la répression de l'ivrognerie, et à une sage et sot répartition de l'impôt. jouit Le gouvernement doit favoriser l'iistruction populai- civili re. Ilfaut an besoin stimuler la coupable insouciance une des parents, qui aiment mieux voir leurs enfants dans la invec rue, ramasser plus de vices en leur âne que de taches sur eee ( (1) La gratuité des frais judiciaires, la simplification des procédures, sur- hingto ll tout dans les causes de l'ouvrier et de l'indigent, ce sont 1à depuis lon: gtemps plus a des réclamations des sociulistes, On peut ies endosser sans être pour cela socin- popula f liste. Il est certain que lu justice dois être accessible à tous : or, dans lesystème fe: judiciuire actuel, elle est à peut près fermée aux petites gens ; et les grands coù (Angle FA pables, les escrocs à vaste envergure, échappent à ses atteintes. Sans revenir indign fl | aux traditions du l'hëne de Vincennes, n'a-t-on pas le droit de demander des réfor- pour li À : 110 ses en ce sens, dans l’ordre judiciaire ? trombpi page à hi Ë LL:
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lures, surongteinps culn socinlesystème rands coù us revenir des réfor-
leurs habits, au lieu d’aller à l’école puiser ces principes élémentaires des connuaissances humaines, garanties précieuses de leur moralité et de leur prospérité dans l'avenir. Il est évident que, toutes choses égales d'ailleurs, un peuple intelligent, instruit, est meilleur que celui qui ne l'est pas. Ah ! mes freres, une lamentable expérience montre que la vie industrielle tend à faire de l’ouvrier un simple ressort mécanique, neutralise son intelligence, engourdit ses plus nobles facultés. Pour conjurer cemalheur sans nom, est-ce trop de demander les influences réunies de la famille, de l'Eglise et de l'Etat pour l’éducation et l’instruction des enfants pauvres ?......... (1)
En second lieu, la loi doit tendre à la répression du fiéau de l'ivrognerie. Ah certes ! une modeste aisance règnerait dans la plupart des ménages ouvriers et l'avenir serait moins sombre, si la flamme infernale de l'alcool ne brülait dans les veines. Il en est inéme qui se prévalent de ces désolations du foyer, pour jeter la pierre au travailleur.—L'ouvrier se plaint, disent-ils, mais pouquoi boitil ?--Mes frères, s'il m'était donné d'entrer au cœur de cette lamentable question, 1l serait aisé de montrer que l'ivrognerie, loin d'être la cause des souffrances du prolétaire, en est au contraire la plus triste conséquence. (2) En général, l’ouvrier n'est pas malheureux parce qu'il boit, mais il boit parce qu'il est malheureux. Comment, à eet homme, à ce fils d'Adam, qui a des désirs comme vous et moi, les lois égoistes de l'industrie ont tout ôté, son repos, son intelligence, sa vertu, les joies de la famille et souvent de la religion, et vous ne voudriez pas qu'il jouit de la dernière joie que lui permet votre glorieuse civilisation, celle de trouver dans une heur: d'ivresse une heure d’enchantement et d'oubli ? O vous qui invectivez contre l'ivrognerie des travailleurs, songez
QG Voir l'opuscule du Dr Ponauilon, professeur à l'Université de Washington : Ædueation, to whom does it belony £ est impossible de rien trouver de plus logique, de plus convaincant sur cette question vitale de l'instruction populaire
(?) C'est ce point de vue, que l'évêque catholique de Nothingham Le Modeles bles 4 302 naguère nvee une chaleureuse dloauence, tloquence indignée contre le pharisuisime des hautes classes sociales et pleine de tendresse pour les prolétaires, C'est dans un mandement de l’année 1890, si je ne me trompe, 2 Univers, toujours sympathique à la cause ouvrière, reproduisit cette page digne de Jean Chrysostôme,