‹ Conférénces sur la question ouvrière [microforme]Chapitre 15 sur 37 · RUSSE · texte numérisé non relu

RUSSE

peut, il doit même souvent être supérieur :—tant mieux alors !—mais jamais il ne doit être inférieur. Nous ne voulons pas dire que le salaire échappe entièrement aux fluctuation de l'offre et de la demande ; bien des circonstan- ‘14 ces peuvent influencer sur la hausse et la baisse des salai- | res. Mais avec Le Pape, au non dela loi divine et de la À loi naturelle, nous affirmons que, dans leur plus grande. fe descente, jamais les salaires ne peuvent tomber au-desi 4 sous de ce minimum, sans que la justice ne soit lésée. Mais ici, mes frères, prenons garde à une illusion des "0 économistes.—Les ouvriers se plaignent, disent-ils : et 1 pourtant voyez les beaux salaires qu’ils ont aujourd’hui. La main d'œuvre est maintenant rémunérée, chez l’hom- { me, au bas mot à 90 cents ou plus, tandis qu’il y a einquante ans, c'était 70 ou 50 cents ! du reste, il y a mieux que cela, les salaires montent souvent à un dollar, et audelà, : que ces ouvriers sont donc injustes et exigeants ! J'ai dit, mes frères, une illusion, car je n’ose dire une mystification : je suppose ces savants de bonne foi. Mais, pour répondre à leur protestation : 11 est clair que si un petit nombre d'ouvriers privilégiés arrivent au chiffre brillant de deux dollars, cela ne donne pas un cent de plus

ERP RE ER OSEO

au grand nombre, qui reste modestement à l'unité, ou isoler le

4 même tombe au-dessous ! Ne nie Et puis, il ne suffit pas de compter l'argent : cela ne dire :—1 vous donne que le salaire nominal ; c’est le salaire réel qu'il ne He

faut considérer : c’est-à-dire la quantité de choses néces- A

saires ou utiles à la vie que l’ouvrier peut se procurer par Die di

l'échange de son salaire. Il est évident qu’un salaire de hs

” deux dollars est quatre fois supérieur à celui de cinquante marié, n | cents ; mais si avec les deux dollars je ne puis pas ache- A e ter plus d'objets utiles qu'avec les 50 cents d'il y a un pour vi

L demi-siècle, quoiqu’en dise l’arithmétique, je ne suis pas M are

NL plus riche : le salaire réel est resté le même. Un brave gagner, n. travailleur m'écrivait de la République Argentine, qu’il pe Ja

il gagnait trois dollars par jour ; il n’ajoutait pas que ne économi ‘0 ce fortuné pays tout coûte trois fois plus cher qu'ici! Eh Col Pa h bien les Economistes auront-ils le courage d'affirmer que AT

k le salaire réel, celui seul qui compte pour l’ouvrier, est miser de

. partout et toujours en rapport avec les nécessités de la mies, jo!

régime di

vie ?

Voilà, mes frères, voilà le salaire hwmain ! Mais il doit être aussi familial, puisque selon les conditions ordinaires de la nature, la vie de l’homme s’épanouit dans la famille* Le salaire de l’ouvrier, pour être jiste, doit donc être tel qu'il suffise à faire vivre,—oh ! je ne dis pas luxueusement, mais enfin honnêtement. sans trop de souffrance— un ménage d'ouvriers, c’est-à-dire selon la moyenne généralement adoptée, l’ouvrier sa femme et trois ou quatre enfants. (1) Le grand cardinal Manning écrivait ces belles paroles au Congrès de Liège :— La société humaine n'a que faire de cet homme économique imaginaire des économistes politiques, ; il lui faut l'être humain dans la réalité du souffle de vie qui l'anime, il lui faut l'homme de la famille d'Adam, investi de toutes les sympathies et de toutes les dignités de notre humanilé !

(1) Pour ridiculise? cette doctrine, qui n’est pourtant qu’un développement logique de l’Encyclique [on voudrait que le Pape, parce salaire suffisant à faine subsister, entende l’ouvrier tout seul, et non pas sa famille, comme si on pouvait isoler le travailleur de cette douce société domestique, où il est, où du moins il sera, qui es{ une partie intégrante de sa personne, à laquelle il tient par toutes les fibres de son corps et toutes les tendresses de son cœur !] on est allé jusqu’à dire :—mais alors le patron, en faisant le contrat du travail, devra s'informer si l’ouvrier est marié ou célibataire, combien il a d'enfants, payer plus cherle marié que le célibataire, celui qui a quatre enfants que celui qui en a trois !—Tout cela, c’est absurde ! Le Pape n’a pu vouloir dire l'absurde !—M. l'abbé Pottier a parfaitement résolu cette objection au Congrès dé Liège :—Le salaire aura pour point de GRpoRe la somme de biens nécessaires pour répondre à la moyenne des nécessités de la vie humaine prise dans son ensemble, c'est-à-dire le même travail sera payé au même taux, qu’il soit accompli par un célibataire ou par un homme marié, mais ce taux sera fixé de façon que, bien administré par l’ouvrier, il lui fournisse de quoi satisfaire aux exigences de.sa vie aux différentes périodes de son évolution.—Pour l’ouvrier célibataire, ce taux lui donnera plus qu’il ne lui faut pour vivre, et s’il reste seul à ses propres charges, il pourra économiser et même s'enrichir. Quand il entrera en mariage, il pourra y apporter déjà des économies qui, ajoutées à ce salaire et mises avec un léger appoint que sa femme peut gagner, et dont il faut tenir compte, donnera plus qu’il ne faut pour vivre dans les premières an es du mariage, Quand, avec la multiplication et l'éducation des enfants, arrivera la période culminante des nécessités, l’ouvrier devra, grâce aux économies réalisées, grâce à une vailliance répondant chez lui et chez sa femme aux exigences de cette période culminante, trouver dans de courageux labeurs, de quoi s’en tirer rigoureusement par lui-même ; puis les nécessités diminuant par le fait que les enfants grandissent, puis apportent déjà quelques gains au budjet familial, ?’ouvrier percerant toujours k même taux de salaire, pourra sagement économiser de quoi mettre ses vieux jours à l’abri de la nécessité, et grâce à ses économies, jointes aux bons soins de ses enfants, n'être point fatalement, en vertu du régime du trasail, une ruine pour la bienfaisance publique ou privée,

Ce n’est pas tout encore :, pour répondre à ces dignités de notre humanité, le salaire doit avoir un élément d’avenir. Il doit permettre à l’ouvrier quelques épargnes pour les besoins imprévus des vieux jours, du chômage et de la maladie.—L'homme qui a travaillé pendant de lon-

‘gues années et dont le travail a été profitable à la société,

a le droit de ne pas être condamné à la mendicité.—{[P. de Pal

Hélas ! mes frères, cette insécurité de l'avenir est une des angoisses qui torturent l’ouvrier.—Au bout d’un certain nombre d’années, ont-ils dit tristement dans des enquêtes. à un âge où cependant la vie est loin de s’éteindre, nous serons mis de côté comme des instruments inutiles, sans s-voir ce qui adviendra de nous ou de notre famille.

En résumé, mes frères, trois éléments doivent entrer dans le salaire, pour qu’il soit réglé selon la justice : ce doit être un salaire humain, un salaire familial, un salaire d'avenir ! (1)

(1) Pour réaliser ces postulata de la justice en fait de salaire, il suflira de consulter les statistiques de la population ouvrière. Ces statistiques sont bien importantes, sans elles on isnorera toujours les vrais besoins et les misères réelles des travailleurs. Voilà pourquoi, tous les congrès ouvriers réclament partout l’établissement d’un bureau de statistiques.—Ce qu’on pourrait faire en ce sens, nous l'avons fair à Québec. La moyenne obtenue est bien incomplète, souvent supérieure à ce qui existe en réalité. Nous en avons puisé les éléments dans le compte-rendu des dépenses d’un honnête ménage ouvrier, qu’on peut regarder comme le type de la classe travailleuse de cette industrielle cité.— 10 Membres de la famille : l’ouvrier, sa femme, quatre enfauts en bas âges—6 RETRENSE à faire vivre par le salaire. —20 Nourriture, vêtement, logement, chaufage et éclairage, environ $300 ; dépense annuelle—$300, environ.--30 Il y a environ 300 jours de travail dans l’année ; donc pour couvrir cette dépense moyenne, il faut chaque jour un sulaire de $1.—40 Outre ces frais nécessaires, il y a d’autres dépenses accidentelles, mais indispensables, l’école, le docteur, l’Eglise, les petites récréations ; c’est une dépense moyenne dans l’année de 830 ; ce total, divisé par les 300 jours de travail, demande un surplus de saJaire de $0.10 cents par jour, soit $1 plus 10 cents—$1.10. 50 En moyenne, l’ouvrier des manufactures ne travaille plus après 50 ans, et sa vieillesse 8e prolonge encore 19 ans, soit : 15 ans d’impuissance au travail. La période active de sa vie à dû suffire aux besoins, non seulement d'aujourd'hui, mais encore de ces 19 ans de viellesse.—60 La dépense quotidienne d’un vieillard, soutenu par ses enfants, est en moyenne de 80.30. Donc, pour n'être alors ni meudiant ni malheureux chez ses propres enfants, l’ouvrier doit pouvoir avoir économisé à 50 ans, sur son salaire, un petit capital de #1620 piastres.—To Pour l'obtenir, en faisant courir la vie active de 20 à 90 ans, soit 30 ans, il faut au salaire quotidien un surplus de $0.18 —80o Donc, pour la moyenne de la population ouvrière de cette ville, le salaire devrait être : 81 pour les dépenses courantes, 80.10 pour les dépenses accidentelles, 80.18 pour les épargnes de l’avenir. Soÿt 81.38, voilà ce que devrait être le salaire minimum à Québec !

existail vemen tent p:

dien e toute ] fonde aux hc

minime duira perme de tra judicie tresse, domm:

comm:

nous a reuse €

pas que

(2) vail, 8 he

lignités t d’avees pour eet de de lonsociété, —[P. de

est une un cerans des s'éteinits inue notre

t entrer ice : ce salaire

suflira de sont bien ss Inisères réclament it faire en complète, s éléments u’on peut lle cité.— “ âges —6 nt, chauf- -80 I ya L dépense ais nécesl'école, le ns l’année urplus de moyenne, se 8e pro- » active de ore de ces Lu par ses nt ni malpmisé à 50 btenir, en quotidien vrière de 0 pour les « voilà ce

Page 1