‹ Conférénces sur la question ouvrière [microforme]Chapitre 8 sur 37 · VRAIE SOLUTION—RÔLE DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

VRAIE SOLUTION—RÔLE DE L'ÉGLISE

Sancta Mater, Eccicsia !

Eglise, Sainte Mère !

Mes frères,

Il y a de nos jours une question ouvrière, qui vu !: nombre et l’importance de la classe qu’elle intéresse, esu devenue une crise sociale menaçante. Les docteurs du Socialisme ont rêvé de la résoudre par le bouleversement de cette socicté présente, que Dieu, la nature et l’histoire pous ont faite, par l'abolition de tout capital privé, de toute propriété personnelle, au profit de l'Etat Avec J. J. Rousseau, ils ont proclamé :—Les fruits sont à tous, la terre n’est à personne ! -- Or, nous l'avons vu, ce n’est point là une solution soutenable de la question ouvrière, Ce remède aggraverait le mal dont souffrent les classes laborieuses ; il serait fatal à leurs plus chers intérêts, puisque l’ambition de l'ouvrier, c'est à force de labeur et d’épargne, de se créer une petite propriété, un modeste capital de revenu et d’aisance. Ce serait une spoliation inique d’un droit, que la nature a mis en tout homme, ce rerait l'extinction de la famille humaine, la personnalité de l'individu sacrifiée et devenue la proie servile d'un Etat autocrate. Ce serait à brève échéance la mort de l’industrie. Ainsi, loin de tarir la source des maux dont se plaignent les travailleurs, le socialisme déchatnerait sur ‘le monde un déluge de calamités inouies. À ce prix, il nous donnerait peut-être l'égalité, mais ce serait l'égalité dans la misère ! (1)

Cherchons donc un autre remède, une solution qui sauve les intérêts des travailleurs, en les concilliant

(1) Quelqu'un a dit que le Socialisme, c'est la misère en commun !

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avec les exigences de la justice et le salut de la société. Mes frères, cette vraie solution, Léon XIIT nous la donne dans le reste de son encyclique. Sans descendre aux détails, ce qui répugnerait à une parole quis’adresse à tout l'univers, le grand pontife pose les principes généraux et trace les applications universelles dans l'ordre pratique. Etil le fait avec tant de majesté, de profondeur et d'éloquence sincère, qu’en entendant celui qui parle ainsi au monde et lui ouvre les voies de l’apaisement et du salut, on se dit :-—Oui, en vérité, c’est bien là le Docteur Infaillible, c'est le philosophe élevé, c’est l'homme d'Etat éminent, c'est le Père des âmes et des peuples !

Mes frères, le Pape nous le dit, et il a raison, la solution de la question ouvrière comporte l'intervention simultanée et harmonique de trois facteurs d'ordre différent: l'Église, l'État et les intéressés eux-mêmes. L'iglise dus le sanctuaire des consciences, l’État dans le domaine de la législation civile, les intéressés eux-mêmes dans le régime de l’association. Ces trois facteurs doivent marcher de front, chacun dans sa sphère : l'initiative privée des patrons et des ouvriers ne suflit pas, nous ne le voyons que trop évidemment, car si elle suffisait, il n’y aurait pas de question ouvrière, pas d’antagonisme de classes. L’intervention seule de l'État serait facilement abusive : elle mènenerait à un socialisme d'Etat, aussi dangereux que celui des multitudes ; elle n’atteindrait que les causes du mal extérieures et matérielles, elle laisserait intactes les causes d'ordre moral, les plus graves dans la crise présente. Enfin, l'influence seule de l'Eglise est éminemment féconde, c'est vrai, mais sur les chrétiens fidèles ; les masses incroyantes lui échappent, elle n'atteint pas ceux qui se courbent plus volontiers devant la force de la loi que devant la conscience.—Aujourd'hui, contemplons le rêle pacificateur de notre sainte Mère, l'Eglise. Sancta Mater, Ecclesia.

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Mes frères, oubliant le présent,je transporte ma pensée en arrière vers les siècles passés. Que vois-je ? C'était au temps des César romains, au temps où le paganisme avait résolu à sa façon la question sociale, qui est de tous les âges, il l'avait résolne par la suppression brutale de l’une des parties, par l'esclavage qui annulait moralement et socialement les classes laborieuses. En ce temps, il y avait des fortunes colossales, qui feraient pâlir celles de nos millionnaires, parce qu’alors la main d'œuvre était au meilleur marché possible, elle ne coûtait rien du tout ! Or, il arriva un jour qu’un de ces misérables avait offensé son maître ; il s'enfuit, car on châtiait durement l’esclave. Il vint à Rome, et tomba sous le charme suryaturel du plus grand homme du Christianisme. C'était le divin Paul. L’esclave Onésime crut au Christ, fut baptisé et devint enfant de Dieu. Alors le grand Paul prit cette même plume, qui écrivait ces épîtres sublimes, lumière et vie de tous les siècles, et il écrivit en faveur de l’esclave àson maître, le noble chrétien Philémon, il écrivit cette lettre touchante, qui nous fait encore pleurer aujourd’hui : Saint-Paul avait déposé dans le monde chrétien la semence généreuse, qui devait un jour, sans violence et sans désastre, germer l'émancipation des esclaves !

L'âge des invasions barbares et les longs siècles depuis saint Paul jusqu'à nous passent devant moi. Bien des visions ravissantes s'y succèdent pourtant : chaque fois qu'un potentat d'alors, qu'il fut un roi, un seigneur, un chevalier bardé de fer, un clerc retors ou l’usurier juif, dévorait les sueurs et l'épargne du pauvre paysan ou de l'artisan des villes, il rencontrait sur son chemin un personnage, au visage sévère, aux paroles terribles : c'était un évêque ou un moine ! Il disait à l’oppresseur :— Tu fais le mal.........Ces malheureux, que tu écrases, sont tes frères, les frères de Jésus-Christ. Puissant d’un jour, Dien te ju-

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Mais je m'arrête à notre âge troublé par tant de tempêtes. Que vois-je ? C'est à Paris, en 1848. Aiïigries par leurs souffrances et soudoyées par des meneurs, les classes ouvrières se soulèvent et la guerre civile désole la grande ville. Le sang coule à flots. L’'Archevêque, Mgr Affre, se dévoue pour arrêter cette lutte fratricide. Une branche d’olivier à la main, il va au-devant des Insurgés, il porte l'emblème de la paix et de l’union. Bientôt l’héroïque pasteur tombe, frappé d’une balle meurtrière. Touchés de ce dévouement sublime, les Insurgés le recueillent dans leurs bras, et l’'emportent avec respect dans une maison voisine, où la victime meurt en prononçant cette noble parole : — Puisse mon sang être le dernier versé !—T fut exaucé : son sang éteignit la guerre des barricades !

Que vois-je encore ? Dans la protestante Angleterre, c’est un cardinal, grand dans tout l’Empire britannique. Il s’est fait l’ami et l'avocat des travailleurs. Une formidable grève jette aans les rues une armée houleuse et menaçante de 100,000 ouvriers ; des industries sont paralysées, des milliers de familles sont dans la détresse : les pouvoirs publics sont impuissants, toutes les tentatives d'apaisement échouent C’est alors que le grand Cardinal Anglais entre en scène ; il ne craint pas de descendre la pourpre romaine dans les clubs des grévistes ; il se fait médiateur entre eux et les grandes compagnies ; sa parole généreuse, sincère, impose la paix, et l’ordre public échappe à une catastrophe. Il y a quelque mois, le cardinal Manning s'éteignait, et l'Angleterre trouvait pour le pleurer des larmes que n'avait point tari la mort du Prince héritier. Les ouvriers étaient là, à ses obsèques : masse immense d'hommes, venus pour honorer celui qui fut toujours leur ami ; les ouvriers ont le cœur bon et reconnaissant, on les entendait dire hautement :—Oh! celui-là il aimait les travailleurs ! me 0

Que vois-jeenfin? C’est l’an passé dans la petite vilemanufacturière de Fourmies, les ouvriers sont en grève at :l'émeute éclate. La répression fut impitoyable ; l’armée, qui eûtmieuxaimé d’autres combatset d'autres victoires, Fait feu contre la foule. En un clin d'œil, douze cadavrés visent sanglants sur la poussière. Soudain, du presbytère véikin,

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un prêtre se précipite. Au péril de sa vie, le bon curé Margerin se jette entre ceux qui tuent et ceux qu'on massacre. Avec un geste impérieux, il s'écrie:—Assez, assez de victimes comme cela ! —Aussitôt les fusils se lèvent : la charité, le dévouement d’un prêtre triomphaient et des eruelles répressions des pouvoirs publics et des revendications sanglantes des multitudes !

Oh ! mes frères, qu'est-ce tout cela ? Le glorieux Paul qui prie pour un esclave, ces moines qui défendent le pauvre monde, cetévéque quimeurt sur une barricade, ce Cardinal qui est l’ange de paix de l’industrie anglaise, cet humble curé qui arrête une boucherie iuhumaine ! ah ! tout cela, c'est l'Eglise Catholique, qui passe à travers les siècles, amie du peuple, providence des travailleurs. Naluez-la avec respect, baisez avec amour la trace de ses pas, car elle apporte au monde, avec la vérité et la justice, l'amour et la paix !

Mes frères, la réconciliation des classes sociales, la scluntion plénière de la question du travail, oh ! sans doute, à part les fauteurs de haine et de discorde, tout le monde la veut, tous la demandent. Mais il est une vérité, quetout le monde ne veut ou ne peut pas comprendre, c’est qu’on n’y aboutira point en dehors de l'Eglise. Seule l'Eglise peut donner au mal le remède le plus radical, le plus universel., Léon XIII l’aflirme hautement :--Cette question est d'une nature telle, qu’à moins de faire appel à la religion et à l'Eglise, il est impossible de lui trouver jamais une

solution efficace. Assurément d’autres agents doivent ici}

intervenir, mais leur 1ction sera toujours vaine et impuissante, en dehors de l'igliis:.—

Et cela, mes frères, les masses ouvrières le sentent

d’instinct. Fatisuées d'être indignement exploitées par la Révolution, trompées par d'égoïstes meneurs, là même où elles avaient subi un entraînement passager d’irréligion, elles se tourrent spontanément vers l'Eglise, cette Sainte

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mère, dont la parole est sincère, le cœur plein d’amour, et l'intelligence souveraine. Cela, leennemis de l'Eglise le sentent aussi : ce retour des classes laborieuses aux idées chrétiennes les inquiète, ils craignent de perdre cette multitude aveugle, dont ils se sont servis comme d’un outil pour saper la société, ou d’un tremplin, pour grimper au pouvoir et à la fortune. Les insultes, les ironies qu'ils ont prodiguées au Vénérable Ecrivain de l’Encyclique ont mis à nu leurs secrètes angoisses.

Et en vérité, mes frères, qui ne voit que la question ouvrière n’est pas seulement le problème de la substitution du bien-être aux misères des homm:: du travail, c’est aussi un problème de vérité et de justice ? La question touche aux devoirs de l’hofhm". à ses destinées temporelles et éternelles. Eh bieu ! il n’y a qu'une voix sur la terre qui puisse proclamer où est la vérité et ce que demande la justice, quels sont les dvoirs de l'homme, quelle est la fin dernière de son existence : c’est l'Eglise ! L'Eglise a donc droit de parole dans la question ouvrière : aux peuples de s’incliner devant cette parole, qui ne trompe point!

Mes frères, l'Eglise commence par porter son flambeau dans le domaine des idées. Elle enseigne au monde un ensemble de vérités dogmatiques, éminemment aptes à protéger tous les grands intérêts de la société. —Des dogmes, dites-vous ? qu'ont-ils à faire dans la question du travail ? Des dogmes nous disent ce qu'il faut croire et penser ; mais comment peuvent-ils nous armer dans ce combat pour la vie ?—Mes frères, ne méprisez point l'influence des dogmes. Voyez-vous, en ce monde tout découle de l’idée : le bien comme le mal. Ce grand univers est sorti d’une idée, celle dn Créateur. Dans l’homme tout obéit à l'intelligence, la volonté d'abord, la main ensuite, l'amouret l’action. Nous voulons l’ordre dans la société. dans l'usine, dans la famille ; il n’y en aura point, si l'ordre ne règne déjà dans les cœurs, dans les volontés ; et les cœurs ne

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seront bien ordonnés, qu’à la condition d’avoir l’ordre dans l'intelligence, éclaireur du chemin de la vie. Preuons un exemple bien clair : croyez-vous qu'un patron, qui ne voit dans l’ouvrier qu’une matière organisée, le traitera comme celui qui voit en lui une âme immortelle, l’âme d’un enfant de Dieu ?

C’est donc là, dans ce grand domaine des intelligences, que l'Eglise jette d’abord des flots de lumière. Ah ! dans notre âge surtout, il y a tant de doutes, tant de ténèbres dans les esprits. Le monde, la pensée semble un immense chaos, où tout est mis en question, où les âmes flottent au vent de mille opinions contradictoires. Quelques-uns mêmes, découragés, en sont àse demander, non pas :—Où est la vérité ? —mais bien :—Y a-t-il une vérite ?—O victimes du doute et de l'erreur, venez donc au soleil, que le Bon Dieu a créé pour les intelligences, comme il alluma ce beau soleil pour les corps ! Venez à l’Eglise : comme le Verbe Incarné, dont elle est l’héritière, elle à les paroles de la vie éternelle !

Voici donc le premier principe que proclame la voix infaillible de l'Eglise :—Selon l’ordre de la nature et de la Providence divine, il faut qu’il y ait sur la terre le travail et la souffrance ! —Le travail !'c’est la loi de notre vie : l'homme est né pour travailler comme l'oiseau pour voler, disait ii y a bien longtemps le vieux Job. Même au sein des joies innoccites de l'Eden, l’homme eût travaillé. Dieu ne veut pas que le roi de la création soit un être paresseux, corrompu par la mollesse. Sans doute alors, le travail était un nouveau plaisir. Mais dans l’état lamentable où nous naissons tous, pécheurs, êtres déchus, le travail s'impose à nous plus rigoureux, car il a désormais revêtu le caractère sacré de l’expiation.—Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front !-—-telle est la sentence intimée à tout homme qui vient en ce monde. Le travail n’est point partout le même, il varie selon les conditions sociales, se-

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lon les aptitudes naturelles, selon les besoins de la vie humaine ; mais comme loi, loi d'existence et d’expiation, loi de progrès, il est partout le même. Aussi, mes frères, tout le monde travaille : le mineur dans les galeries souterraines, le laboureur sur sa charrue, l’ouvrier sur son métier, le professeur dans les chaires d'Université, l'écrivain crucifié à sa plume (Lacordaire), pour défendre et propager les principes de la véritévt de l’ordre, le prêtre dans les longues séances du confessionnal, dans tes heures du jour et de la nuit, où penché sur les livres et la plume à la main, il se prépare à l’enseignement des vérités religieuses. Eh ! mes frères, le travail de l'intelligence n’est pas moins dur que celui des muscles ! Si le travailleur aux mains calleuses, qui à tant de murmuresen voyant passer devant lui les membres des professions libérales, s’il devait se condamner aux vingt années d'études épineuses stage nécessaire de ces fonctions sociales, s’il devait S’enfermer dans une chambresolitaire, pour arracher la vérité aux lectures et aux méditations de tous les jours, —il me semble qu’il redemanderait vite le soleil, le grand air et son outil. Au reste, travailleurs du corps ou de l'esprit, pourquoi nous jalouser ? N’accomplissons-nous pas tous, chacun dans la voie que lui ont ouverte ses capacités naturelles, une mission sociale et une disposition providentielle ? Que serjpns-nous siles agriculteurs manquaient ? Mais aussi que deviendraient les bonnes gens des campagnes, s’il n’y avait point de juges pour les protéger contre les dols et les rapines,? (1) Que seraient les hommes s’il n’y avait plus de prêtres pour les instruire des vérités religieuses et ouvrir le ciel aux âmes ? (2)

Et la souffrance ! les privations, la douleur, ces com- ‘pagnes austères de notre vie d’exil, saintes choses que nous aimerions, comme faisaient les saints, si nous en

(1) Le brave meunier Sans-Souci, menacé dans son moulin par un caprice royal, savait vite se récrier :—Oui, si nous n’avions pas des juges à Berlin !

(2) Ils seraient ce que furent les hommes de la génération de 93, En lisant les mémoires de ce temps néfaste, on trouve partout l'expression de deuils sans nom, de souffrances inconsolées, alors que les prêtres montaient à la guillotine, encombraient les pontons de La Rochelle, ou traînaient sur tous les chemins de l'exil. Sans le sacerdoce, la vie terrestre serait un enfer.

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56 CONFÉRENOES

comprenions la valeur, du moins nous devons les accepter avec résignation. Ce sont des conséquences inévitables de l'existence sur la terre, telle que le péché nous l’a faite. Le Divin Maître n’a-t-il pas dit :—--que nous aurions toujours des pauvres sur la terre ?--Il est donc impossible d'espérer l'abolition de la pauvreté en ce monde. Oui, il y aura toujours, en hant comme en bas de la société, des larmes, des gémissements, des ntisères, des maladies, des tristesses, de ces deuils de cœur que rien ne console, et, terme dernier de tout, les'affres de la mort ! On aura beau chanter le progrès, accumuler les inventions utiles, dilater les conquêtes de la civilisation, rien n’y fera, toujours il faudra souffrir sur la terre ! Il en est qui disent que nous marchons vers un avenir inconnu mais radieux, où l'humanité retrouvera le Paradis Perdu, ceux-là sont des rêveurs ou des menteurs. On peut souhaiter un ordre de choses où tout irait mieux. Muis le plus sage n'est-il pas de s'en remettre à la Providence, de faire son cœur à la résignetion, à la patience, et d'attendre paisiblement le para: dis du Bon Dieu ?

Mes frères, le second principe que l'Eglise proclame au monde. c’est que :—les deux classes sociales, celle des riches et celle despauvres, celledes patrons et celle,des ouvriers, ne sont pas ennemies nées l’une de l’autre, elles n'ont pas été créées pour un antagonisme éternel, mais bien pour un idéal de paix et de concorde.—

C'était denx jours après la sanglante journée de Fourmies. Dans l'église tendue de noir, douze cercueils attendaient la bénédiction suprême du prêtre. Dans la foule, il y avait des douleurs inconsolées et des frémissements de vengeance haîneuse. Alors l’héroïque curé Margerin parla à son peuple. Et voici les paroles que la religion mit sur ses lèvres : —Oh ! qu'elles soient maudites, ces haînes fratricides que l’on à soufflées à des cœurs si bons ! Est-ce donc pour haïr que Dieu nous a créés ? Vous

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aimerez le Seigneur, a-t-il dit : vous aimerez le prochain, c'est là toute ma loi. Ah ! voilà ce qu’il faut vous dire, ce qu'il faut. vous apprendre à faire mieux chaque jour... Non, l'idéal de l'humanité n’est pas d'être parquéeen deux camps, toujou's acharnés, toujours armés l’un contre l’autre ; il est dans cette union fraternelle, qui serait parfaite si nous nous souvenions toujours que nous sommes tous également les enfants de notre Père, qui est aux cieux !—

Oui, mes frères, pour que la concorde règne dans la société, il faut la charité et la justire, la justice parce que nous sommes tous égaux, la charité parce que nous sommes tous frères. La justice qui respecte les droits de tous, la charité qui fond les cœurs dans l'amour. La justice, qui demande au patron de payer convenablement et exactement, à l’ouvrier de travailler loyalement ; la charité qui demande à tous deux de s'aimer comme des frères. La justice s'arrête aux limites de ce qui est dû, la charité n’a pas de borne, car on ne fait jamais trop pour ceix qu'on

A aime !

Eh bien ! mes frères, c’est l'Eglise, et elle seule, qui a mission souveraine pour imposer la justice et prêcher la charité.

Ange de justice, oh ! la voyez-vous, sereine et radieuseen ce monde, ne flattant personne, déclarant à tous

A leurs devoirs mutuels ? Aux pauvres, elle dit :

—— Travailleur, justice envers le riche ! Donne-lui tout le travail de tes mains, fixé dans le contrat. Ne fais aucun dommage au patron. qui t’emploie. Elimine toute violence de tes réclamations lus plus légitimes : sache que l'injustice et le désordre ne seront jamais des moyens de réaliser tes plus chères espérances. Ne prête point l’oreille aux tribuns de mensonge qui te trompent, aux meneurs qui t’exploitent |—

Puis, elle se tourne vers les riches, les patrons. elle leur parle d'une voix grave et austère :

—0 riches, justice envers le pauvre ! Vous, les heureux de la terre, voyez et respectez dans l’ouvrier la dignité de l’homme et la royauté du chrétien. Le traiter eu esclave, ou comme un vil instrament de lucre, qu'on ap-

Iprécie en proportion de la vigueur de ses bras, c'est un

crime contre nature, un crime contre la majesté divine. N'oubliez pas surtout, que dans cet homme du travail, il y a une âme, et que vous devez protéger ses intérêts religieux et.moraux. Respectez sa vie : ne lui imposez point un travail qui excède ses forces, son âge ou son sexe. Par-dessus tout, donnez-lui un salaire hounête et suffsant. Car je vous le dis, au nom de Dieu, exploiter la misère du pauvre, spéculer sur ses sueurs ; c’est un crime abominable, qui crie vengeance au ciel. Enfin loin de vous les manœuvres usuraires, les tripotages qui tendent à ruiner l'épargne du paivre.—O riches, ne soyez point des Achab et des Jézabe. ; car Dieu venge toujours les Naboth Let

Je vous le demande, mes frères, l’obéissance à ces lois de l'Eglise et de la conscience ne suffirait-elle pas déjà à prévenir tous les conflits, à rétablir partout la paix et l'harmonie troublées ?

Mais l'ambition de l'Eglise va plus loin encore. Car elle est aussi l’Ange de la charité ! La charité, ce sourire du ciel, ce trésor de la terre, la charité force indomptable, tendresse ravissante ! l'Eglise aspire donc à fondre toutes les classes sociales dans la sainte fraternité chrétienne -- Vivent les patrons ! vivent les ouvriers !— voilà le cri, jusqu'alors inouï, qu’elle arrachait naguère à une grande réunion de patrons et d'ouvriers de Rheiïms ; voilà le mot d'ordre qu’elle veut donner aux générations à venir |

Idéal impossible à atteindre, si l’on ne commence tout d’abord par bien comprendre la mission de l’homme sur la terre et ses éternelles destinées. Ah ! on aura beau faire, tant qu’on n’envisagera pas la question ouvrière à la vue du ciel bleu et des horizons infinis, on tâtonnera dans les ténèbres. La justification dernière de la Providence est dans l'éternité. Homme, qui chemines sur la terre, n'oublie pas que tu es un être immortel. Cette vie éphémère n’est point le terme, elle n’est que la voie, elle

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n’est point la fin, elle n’est que le commencement : c’est un court apprentissage de ton existence éternelle. Riche ou pauvre, au-delà et par-dessus ce monde, vois les splendeurs et les joies de la vraie vie, celle qui dure toujours. Encore quelques jours de patience et d’épreuve, et tu y seras ! Bientôt, demain peut-être, viendra cette vie immortelle, où chacun sera récompensé ou puni, selon l’usage qu’il aura fait de la vie du temps. (1)

Riches de ce monde, redoutez ce jugement qui scellera votre destinée dans le bonheur ou le malheur sans fin ! Si vous voulez entendre alors une sentence de salut, faites un bon usage de vos richesses, par la charité, l'aumône, un concours dévoué aux œuvres de bienfaisance. On vous a dit que la propriété est un droit, c'est vrai! mais vous, n'oubliez pas que la propriété « ses devoirs. Il y a deux façons deconcevoir la propriété. Avoir à soi ét jouir pour soi seul, c'est là le concept juif. Aussi de nos jours, les châteaux princiers et les forêts royales, tombés aux mains de cette aristocratie de la finance, ont été changés soudain en sanctuaires fermés, impénétrables au public profane.— Mais avoir à soi et en faire jouir les autres. c'est là le con-

(1) Un grand poëte chrétien, Mgr Gerbet, a chanté ces vérités consolantes dans ces beaux vers :

Etre d'un jour, épuisé de souffrances,

J'ose rêver un ciel consolateur :

Fils du néant, pourquoi tant d'espérances,

Fils d’un Dicu bon, pourquoi tant de douleurs ? Le cœur de l’homme est un regret immense, C'est la douleur d'un ange dans les fers :

Captif du temps, son souvenir s'élance

Hors des confins de l’étroit univers !

Tels nous passons, balayés par l'orage, Ailleurs, ailleurs est le lieu du repos !

Oh ! saluons la tombe hospitalière,

Mais Ôtons lui ce faux nom de tombeau :

Là notre œil s'ouvre enfin à la lumière,

Et le cercueil est pour l’homme un berceau !

Quand s’éteindra pour le monde incrédule Ce vieux soleil qui semblait éternel,

Ne craignez pas ce dernier crépuscule:

Le soir du monde est l’aurore du ciel !

60 CONFÉRENUES

cept chrétien de la proprieté. (1) Mes frères, les princes romains ont des villas et des musées, qu'ils ouvrent libéralement au public : et le mendiant de Rome peut croire un moment que ces splendeurs de la nature et de l’art sont à lui !

Savez-vous, mes frères, comment parlaient là-dessus les saints Pères ? Ils allaient jusqu'à dire :--Riche, qui ve penses point àton frère malheureux, sais-tu bien que cet enfant pieds-nus a chez toi ses souliers, que cet indigent affamé a son pain dans tes greniers, que ce pauvre en haïllons a ses vêtements dans tes magasins ? Tous ces pauvres, dont tu détiens l'héritage, crient à haute voix :—Ce sont nos biens, notre nourriture, nos vêtements, que tu dévores dans un luxe insensé. Nous sommes pourtant nous aussi les créatures du Bon Dieu, rachetées par le sang de Jésus-Christ, nous sommes tes frères: faut-il par nos misères et l'usure de nos vies alimenter tes voluptés ?

Oui, Dieu a créé le riche pour être icibas la provi dence du pauvre, l’intendant du malheureux. La for tune r’est un, privilège que parce qu’elle est une fonction socia.e de tutelle et de bienfaisance. Elle est comme cette fontaine publique, embellie par l’art, parce qu’elle doit servir au biens de tous. Quand une famille riche a largement fourni aux nécessités, non seulement de la vie, mais encore de ce décorum exigé par la condition, le temps et les lieux, le superflu doit aller aux pauvres. Oh ! sans doute, il est difficile de définir où commence ce superflu. Un millionnaire, qui ne vit que pour jouir, croira n'avoir jamais de superflu, parce que le luxe et le plaisir ne disent jamais : C’est assez ! Mais ces calculs de l'égoisme et de la volupté ne suppriment pas le devoir. Ce n'est pas ordinairement un devoir de ÿuslice de donner le superflu aux pauvres : nulle loi sur la terre n’oblige à restitution celui qui la viole. Mais enfin, il.est d’autres devoirs que ceux de la justice : un enfant a d'immenses

(1) C’est la pensée du grand $. Thomas, Se demandant en quoi doit consister l'usage des biens de la fortune, il répond :—Sous ce rapport, l’homme ne doit vas tenir leschoses extérieures pour pr'ivées mais bien pour communes, de telle sorte qu’il en fasse part facilement aux autres dans leurs. nécessités.— C'est ce que voulait Saint-Paul. 11 écrivait à Timothée : — Commande aux riches de ce monde de donner facilement, de comnuniquer leurs biens !—

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obligations envers ses parents, et pourtant elle sont étrangères à la justice ! Oh ! c'est Jésus-Christ, le juge universel, qui a tout vu en ce monde, qui demandera un compte sévère de ces fortunes scélérates, dont pas une goutte n’est allée désaltérer la soif âes malheureux !

J'ai dit, mes frères, que ce n’est pas ordinairement un devoir de justice. ‘ e l’est pourtant, quand l'indigent se trouve dans le cas d'extrême: nécessité, ou dans un état voisin, s’il va périr lui et sa famille de froid et de faim, ou seulement s’il est menacé de s'éteindre dans les angoisses de la misère, Oh !'alors, D'eu soit béni, tout l'univers appartient à ce misérable, tous les biens redeviennent communs, et personne, non personne ici-bas n’a le droit de refuser à ce malheureux ou de l'empêcher de prendre tout ce qu'il lui faut, pour ne pas mourir. Hélas ! mes frères, ce n’est pas là une hypothèse faite à plaisir. Ces situations affreuses, où des familles entières s'étiolent et dépérissent dans des souffrances inconnues, ne sont point rares au sein de ces grandes villes, théâtre de tous les débordements du luxe et du plaisir : et c'est bien là une ironie sanglante jetée par la misère à notre civilisation si vantée ! (1)

O grands de ce monde, au jour des éternelles justices Jésus-Christ viendra dans sa gloire juger les vivants et les morts. Il dira à ceux de la droite :— Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume préparé dès l’origine, car j'avais faim et vous m'avez donné à manger ; soif, et vous m'avez désaltéré ; j'étais nu, et vous m'avez habillé ; étranger, et vous m'avez donné l'hospitalité ; malade, et vous m'avez visité; je vous le dis: toutes les fois que vous

(1) L'ilustre Card. Manning écrivait :— Sut it may be said, that grantins the obligation in the giver does not prove à risht in the recciver, To which 1 answer that the obügation to feed the hungry springs from the natural right of every man to He and to tie food necessary for the sustenance of life. So strict is this natural right that it prevaiis over all positive laws of property. Necessity his no lan and a starmng nan lus à natural right to his veighbour’s bread.— Et pourtant si ‘#5 malheure: x des hommes, victimes impuissantes de la misère, osent prendre d’une main timide et trembante ce dont ils ont un supréme besoin : hélas ! on verra ja magistrature, si indulgente pour les manœuvres criminelles des puissants du jour, se roidir ct se montrer impituyables pour ces petits, qui s’en vont dans }66 geûles flétris du stigmate indélébile d’escrocs et de voleurs. Ah! cette monstruosité de l’ordre social actuel fait peuser qne l’égoïsme a remplacé en ce monde la justice et la charité !

avez fait cela au plus petit des hommes, c’est à Moi que

vous l'avez fait ! Mais se tournant vers ceux de la gau-

che, il leur dira d’une voix de tonnerre :-- Loin de moi, maudits, allez au feu éternel ; car vous, vous m'avez abandonné dans ma soif, dans ma faim, dans ma nudité; vous m'avez chassé du seuil de vos somptueuses demeures ; vous n'avez eu que dédain et mépris pour ma misère. Car en traitant ainsi les malheureux des hommes, c'est Moimême que vous avez maltraité —-O vous les heureux de la vie, choisissez d'être à droite ou d’être à gauche !

Mais vous, les humbles, les petits, les travailleurs, qui mangez un pain amer, aussi souvent trempé de vos larmes que de vos sueurs, réjouissez-vous ! Oh! ne rougissez pas de votre condition. Le travail n’est pas une flétrissure. Dieu est un grand ouvrier, qui a bâti le monde ! La grandeur de l'homme ne tient point au sang qui coule dans ses veines ni aux écus qu'il empile dans ses coffresforts : elle tient à la vertu, à la perfection morale, accessibles à tous, à vous plus qu'aux autres. Parfois on vous appelle les misérables de ce monde. Ah ! je proteste contre cette épithète, infligée aux meilleurs amis de mon Dieu. OU vous, ouvriers, les déshérités, les parias de la société, sachez que vous êtes les Benjamin, dans la grande famille des enfants de Dieu. Oui, n’avez-vous pas le droit d’être saintement fiers, quand vous entendez le Sauveur du monde, anticipant sur la sentence du dernier jour, dire de sa voix infaillible : — Bienheureux les pauvres, parce que le ciel est à eux! bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !-—Tandis que les riches ont bien lieu de trembler, parce que la même bouche divine a prononcé :— Malheur à vous, les rassasiés, car alors vous aurez faim ! Malheur à vous, à qui tout sourit, parce que vous pleurerez un flot de lurmes !— L'Evangil: donne la solution définitive de la question sociale, en nous disant :—Lazare, le pauvre, le lépreux, est dans les cieux ; Balthazar, le mauvais riche, est dans l'enfer ! (1)

(1) Ilest à noter que cette parabole saisissante ne parle point des vertus de Lazare, mais bien des vices Au mauvais riche, Balthazar est damné non pas #implement parce qu’il étaitriche, mais parce qu’il était mauvais, voluptueux, dur aux malheureux ; Lazare est sauvé, simplænent parce qu'il était pauvre, acceptant sa pauvreté, sa misère !

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Ainsi, mes frères, par ses grandes et admirables doctrines, l'Eglise peut seule offrir un remède radical aux maux des classes laborieuses et aux divisions sociales ; elle seule a le secret de l’apaisement et de l’union des cœurs. Mais elle ne s’est pas arrêtée à des doctrines ; elle est descendue dans l'ordre pratique, et ce qu’elle enseigne aux hommes, elle l’a fait. Je vous le demande, mes frères, qu'est-ce donc que cette radieuse histoire de l'Eglise dans les 19 siècles passés, qu'un perpétuel dévouement au salut éternel et temporel des âmes et des peuples ? L'Eglise a vu souvent chanceler les trônes et crouler les empires : une chose n’a jamais failli, c'est son immense pitié, sa main toujours secourante pour tous ceux qui souffrent. C’est le cours d’un beau fleuve, qui traverse les générations humaines, épanchant partout ses ondes bienfaisantes, semant l'abondance, la paix, le bonheur. L'Eglise aété créée pour nous donner le ciel, et par surcroit elle nous donne encore les joies de la terre. Oh! sereine et radieuse, elle peut invoquer le témoignage de l'histoire : tout y chante les béné£ictions de l'Eglise sur les générations passées.

Mais toutes ses attentions maternelles, sa prévoyance, son dévouement fnrent pour les malheureux de ce monde. Oh ! mes frères, ici ma pensée défaille, s'il fallait faire l'inventaire de toutes ces créations charitables, dues au génie de l’église. Les pierres même parlent bien haut : c'était ces Hôtels-Dieu,—quel beau nom! —ces hôpitaux, inconnus des payens, ces asiles de la souffrance, où des anges de bonté, des vierges souvent des filles de rois ou de princes, se faisaient les humbles servantes du pauvre ; c'était ce patrimoine de l'Eglise, bien de ceux qui n'avaient rien. C'était ces ordres religieux, ces monastères, ces institutions, qui ne laissaient sans soulagement à peu près aucnn genre de misères. Parlerai-je de ces maladreries où l’infortuné lépreux recevait des soins si délicats, qu'on vit parfois des bourgeois payer l'avantage d'y loger

et d'y mourir ? de ces héroïques religieux du Saint-Bernard, qui, pour sauver le voyageur perdu dans les neiges, se condamnaient eux-mêmes à l’affreuse solitude des glaciers ? Et dans ce pays n’avons-nous pas vu l'Eglise inspirer et diriger toutes Les entreprises de colonisation, pour le bien du pays, pour le salut des familles ? Non, ici, il vaut mieux se taire, car pour décrire tous ces monument de la bienfaisance de l'Eglise, il faudrait refaire tou l'histoire des siècles passés.— Allez donc à Rome, ce foyer vivant du catholicisme : c’est à que vous comprendrez quel fond inépuisable de charité et d'amour pour les indigents, il y a dans la sainte Eglise. Un savant écrivain (1) (Mgr Gaume) nous en à donné un tableau qui ravit et qui console, tellement tout y est grand, généreux, délicat : et pourtant le tableau n’est pas complet. Tenez, mes frères, je ne résiste pas au plaisir de vous conter un souvenir personnel. Naguère la presse anglaise révélait ce fait lamentable qu'à Londres même, la Babylone du Protestantisme, une pauvre femme, après son enfantement, était restée deux jours sans manger, faute de quoi ; et l’on disait qu'il y en avait des milliers comme cela ? Et bien ! à Rome, mes compagnons et moi nous découvrimes un jour ce qui s'appelle Pio Istituto Pelle Povere madri lattanti. Sous l'inspiration de la charité chrétienne, de grandes dames romaines, et il y a parmi elles des princesses et des duchesses, ont fondé cette œuvre pour donner gratis, durant six semaines, aux mères pauvres, des repas quotidiens, enfin d'empêcher que, mourant elles-mêmes de faim, elles ne donnent un lait trop pauvre à leurs petites créatures. On nous fit voirles apprêts du diner : oh! je vous assure qu'il était copieux et d’un parfum appétissant !|

L'Eglise n'oubliait pas non plus que le pauvre a une âme, qu'il faut élever vers l'idéal du beau. Elle lui ouvrait ses grandes cathédrales gothiques, où tout en priant Dieu, à côté des nobles et des bourgeois, ses yeux et ses oreilles s'emplissaient de beautés, dans ces musées populaires

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(1) Veir les Trois Romes de Mgr Gaume. C'était avant l'occupation Piémontaise. Plusieurs de ces créations de la charité romaine ont succomhé, mais d’autres ont.surgi de ce sol fécond.

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où les grands maîtres de l’art prodiguaient leurs divins chefs-d'œnvre. Parfois même, l'Eglise allait prendre ses évêques et ses Papes jusque dans ses rangs, témoin ce berger Hildebrand, devenu Île grand Pape Grégoire VIT. L'indigent voyait des seigneurs, des fortunés de ce monde, dire un éternel adieu à toutes ses pompes, et sous les règles austères de Benoît, de Dominique, de François ou de Bruno, endosser les livrées de sa pauvreté, et vivre plus durement que lui-même. Comment cela ne l’aurait-il pas relevé à ses propos yeux ? Pouvait-il ne pas comprendre qu'il y a un trésor caché dans la pauvreté ? (1) Enfin, les douces et poétiques fêtes de l’année chrétienne venaient régulièrement réjouir son cœur, et transporter son âine dans les régions invisibles. Aussi, le pauvre en venait à s'estimer heureux de son sort, et à plaindre son frère le riche plus environné de soucis et moins sûr du beau paradis !

Voilà, mes frères, ce que l'Eglise a fait dans les siècles passés ! Mais elle est toujours vivante, toujours mère, ce qu'elle a fait hier, elle le fait aujourd’hui, elle le fera demain. Oh! je sais qu'on a voulu lui ravir cette gloire de la charité, qui fut longtemps son donaine incontesté. On a voulu de nos jours lui substituer la philanthropie, la charité légale. Eh bien ! ce ne sont là que des hypocrisies, des contrefaçons qui ne trompent point le peuple. Le maiheureux ne se trouve point humilié de recevoir l’aumône des mains sacrées de l'Eglise. Il n’a point à rougir, quand la charité descend à Ini sous la forme du prêtre ou de la religieuse ; parce que tout cela émane d’un principe supérieur à l’humanité ; tout cela, c’est pour lui la rosée du ciel. Mais

(1) Toujours pour honorer le pauvre, et lui faire entrevoir À lui-même sa dignité évangélique, chaque jeudi-sant, l'Eglise prostenuit à ses pieds ses Papes, ses Evêques et ses rois chrétiens qui lui lavaient les pieds, les baisaient respectueusement, le servaient à table et lui donnaient une abondante aumône !

cette charité légale, l’anmône de la philanthropie, le dégrade et le révolte. Cela vient de ceux qu’il regarde comme des égaux, et ressemble trop au morceau de pain, qu'on jette au chien affamé, pour qu'il cesse d’aboyer. Non, la charité légale, sans principe et sans entrailles, ne pourra jamais remplacer la charité chrétienne ! (1)

O salut, sainte Eglise, sainte Mère, mère des peuples, mère des travailleurs et des pauvres! Tu donnes an monde la vérité, la justice, la paix, et le bonheur. Sur le Dôme-géant de Saint-Pierre, étincelle dans les airs la Boule d’or, piédestal de la croix : près d'elle tous les monuments et palais de Rome semblent bien bas, bien petits ; et quand l'ombre de la nuit drape encore la ville et la campagne, les rayons du soleil levant ceignent déjà de leur pourpre la gloricuse coupole ; et le soir, c’est elle qu'ils laissent la dernière. Aïnsi, 6 sainte Eglise, temple auguste de Dieu parmi les hommes, pendant qu'ailleurs pèsent l'ombre de la nuit et le sommeil dela mort, en toi c'est la lumière qui ne s'éteint point. O sainte Eglise, tu es immortelle, parce que la justice et la vériténe périront jamais !

Mes frères, aimons l'Eglise, car nous lui devons tout; prions pour son indépendance, parce qu'on veut enchaîner sa royale liberté ; prions pour que les gouvernements ne soient plus sourds à cette voix amie, qui leur dénonce l'écueil et la tempête. (2) Les temps où nous vivons sont bien troublés. Cependant l'étoile de l'espérance brille toujours à travers les nuages. L'Eglise est toujours ]à, arche du salut, colombe qui porte le rameau d'’olivier sur l'océan ravageur, ange de paix qui crie an monde, ce qui sauverait le monde :

Justice et Charité !

(1) Et encore cette charité civique, cette philanthropie maçonnique, sont un maigre reliquat, emprunté à l'Eglise. La secte anti-chréticune a compris qu'elle ne substituerait jamais sou influence à celle de l'Eglise, si el.e ne persuade au peuple qu'il n'a rien à perdre au change, que l'Etat et le franc-maçon feront pour lui tout ce que fuisaient le curé et le moine, Mais vienne le jour de leur triomphe définitif, le loup cessera de faire peau blanche, Ou en reviendra au procédés des Romains eivilisés qui jetaient l'esclave aux murènes pour les engraisser ou les entassaient dans l'ile du Tibre, pour y périr de faim et de misère !

2) Les peuples chrétien, qui ont grandi sous l£8 ailes maternelles de

l'Eglise, parlent aujourd’hui de s'émanciper et de briser des chaînes : aveugles, 188 embrussements d'une mère sont-ils donc des chaines!

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