‹ Conférences sur la Rédemption prêchées à GenèveChapitre 2 sur 24 · I. Exposition da «njet · texte numérisé non relu

I. Exposition da «njet

Pourquoi Jésus-Christ est-il venu sur la terre? — Pourquoi Celui qui est appelé la Parole faite ehair'^j Celui qui n'est point une créature, mais, selon l'Ëvangile , rimage empreinte de Dieu , la splendeur de sa gloire^ ^ Celui en qui réside corporel-lement toute la plénitude de la Dmnité*^ pourquoi le Fils Unique a-t-il quitté la gloire dont il jouissait, nous dit-il lui-même , dans le sein du Père avant que

« Jean xiv, 6. — » Jean 1. 14. — « Héb. i, 3. — * Col. ii, 9.

6 PBEMliRB COJfFÉRENCB.

le monde fût^y pour venir îci bas retitir la forme d'un serviteur \ pour y être méconnu, outragé, pour y souflrir et y mourir sur une croix?

Était-ce uniquement pour avoir l'occasion de nous parler de la part de Dieu, de nous annoncer de sublimes vérités jusqu'alors imparfaitement connues, et des préceptes moraux plus purs et plus saints encore que ceux de FAncien Testament? — Si c'est là le seul motif qui a déterminé la venue du Christ sur la terre, j'avoue qu'il m'est difûcile de comprendre le rapport qu'il y a entre cette venue et son motif. J avoue qu'il m'est difficile de comprendre cet ébranlement inouï de toutes les puissances des Cieux, pour n'aboutir qu'à la composition d'un recueil assez peu étendu de vérités et de préceptes; recueil qui, tout admirable et divin qu'il soit, pouvait être évidemment aussi bien composé et annoncé par un prophète ordinaire du Très-Haut, par des envoyés ou des apôtres inspirés. Que dis-je?... qui Ta été en effet, car Jésus n'a rien écrit, et ses discours même n'occupent qu'une place comparativement très-petite dans ce Livre, Réduire donc le rôle du Rédempteur à n'être qu'une simple mission, ce n'est pas, il me semble, sa-

* Jeani, 18; xtii, S. — «Phfl. ii, 7.

lire la raison ; au contraire. Et Ton pourrait ajouter qu'un tel système conduit inévitablement à rabaissa la personne du Christ , à détrôner le Fils de Dieu, Cette considération est grave; mais, pour le moment , il me suffit de rappeler que TÊvangile parle bien différemment et qu'il assigne un tout autre but à la venue du Seigneur. Selon cet Évangile, ce ne sont pas seulement des paroles que le Christ est venu dire, c'est surtout une ceuvre qu'il est venu faire , parce que seul il pouvait la faire. Je sui$ venu chercher et sauver ce qui était perdu \

C'est celte œuvre du Christ qui s'appelle la Ré^ den^tion^ c'est-à-dire le rachat, la délivrance, le saint de l'humanité. Et la Rédemption remplit rËvangile, ou plutôt l'Ëvangile c'est la Rédemption. S'il est autre chose, il n'est qu'un livre de morale... sublime, mais désespérante. ~ Or^ comme toutes les œuvres de Dieu , c'est-à-dire oonmie toutes les manifestations de ses divins attribate dans le monde physique et intellectuel, la Rédemption présente aux regards de l'homme deox faces opposées, deux pôles contraires; c'est là, vous le savez, ie caractère merveilleux, mais amstaol, de tout ce que nous pouvons entrevoir

*• Luciiz, 10.

f PRBMIÈEB CONFÉRBNCB.

ici-bas de l'inGni. Par la Rédemption, en effet, Christ nous délivre de la peine du péché et Christ nous délivre de V empire du péché. L'une de ces faces regarde le passé du pécheur , l'autre son avenir; lune c'est le pardon, l'autre c'est la sanctiiication. Ces deux parts sont une y sans doute, aux yeux de Dieu, pour qui il n*y a point de temps ; elles ne sont successives que pour la vue des faibles mortels.

J avais pensé d*abord étudier avec vous l'œuvre tout entière. Mais c'est une œuvre divine: plus on la contemple, plus elle grandit; plus le regard s'étend, plus Fhorizon s éloigne; et j'ai compris bientôt que, dans les six discours que j'avais à vous adresser, c'est à peine si je pourrais vous offrir l'esquisse suffisante d'une moitié de cet immense sujet. Je le regrette sans doute , mais puisque cette division devenait nécessaire, je me suis réjoui , je l'avoue, de ce que, des deux parties de la Rédemption, la première qui se présentât, ce fût le pardon, ilélas! n'est-ce pas en effet celle qui est pour nous la plus urgente à saisir et à nous appliquer, pauvres pécheurs qui sommes ici, et que quelques jours seulement séparent du jugement qui deviendra pour nous Vimmuahle éternité?

Ainsi donc, mes frères, Tunique question que je viens traiter avec tous est de savoir comment nous pouvons obtenir le pardon des péchés. — A cette question^ i'Ëvangile répond. 11 nous apprend ce que seul il pouvait nous apprendre : c'est qu'en effet un moyen de pardon pour rhomme a été déterminé dans le conseil de Dieu; et ce moyen de pardon, il en fait le grand but de la Révélation et le grand objet de notre foi. Le voici : Chmt a expié les péchés des hommes, c'est-àdire, il a porté à leur place la peine qu'ils avaient méritée. L'Évangile ajoute que le pardon , fruit de cette expiation, est continuellement offert à tous, et qu'il est continuellement accordé à ceux qui le réclament du fond du cœur et avec le désir sincère de vivre désormais avec Dieu. On s'en saisit donc par la Foi ; car le pécheur ne le mérite point avant de l'obtenir : il ne le pourrait. Aussi rÉcriture appelle ce pardon, un pardon gratuit, une grâce. La foi même au Rédempteur n*est pas un mérite, c'est un besoin. — Voilà la grande doctrine de l'Évangile, celle à laquelle touieh les autres se rapportent, le Pardon par la Croix. Cette doctrine a soulevé, dans tous les temps, les répugnances et même les mé[)ris du monde ; elle a été scandale aux Juifs et folie aux Grecs.

tO PRBMIÈ&B CONriRENGB.

Mais, ajoute saint Paul, il a plu à Dieu de sauver par la folie de la croix ceux qui croiraient ; car la sa* gesse de ce monde n'est que folie devant Dieu^*

O vous qui êtes maintenant dans ce temple, acceptez-vous votre pardon par rExpiatiôn du Christ, ou ne lacceptez-vous pas? Si vous l'acceptez, venez vous réjouir et vous fortifler en contemplant de nouveau les merveilles de la grâce, en revoyant les témoignages qui attestent que votre Dieu a bien réellement effacé Vaeie dont le$ ordonnances vous étaient contraires, et Va annulé en rattachant à la Croix^. Si vous ne l'acceptez pas , venez cependant écouter et juger nos motifs, aûn que, comme il convient à des hommes sincères et intelligents, ce ne soit pas sans ex:imen que vous résolviez une question si vitale pour vous. A la veille de paraître devant le tribunal de votre Juge, préparez- vous du moins cette réponse : qu'il vous a été impossible de croire. Et il pèsera, dans sa souveraine justice, si vous ne l'avez pas pu ou si vous ne l'avez pas voulu.

Direz- vous peut-être en vous-mêmes que c'est de la théologie que je viens vous occuper ici ? Oui^ certes, c'est de la théologie; et de quoi donc vous occuperais-je? Ce mot signifiant la science de

* ï Cor. I, 23; in, 19. -* Col. ir, 14.

U PÉGBÉ. li

Dieu et de nos rapports avec Dieu, vous ne pouvez songer à votre âme et à votre avenir, vous ne pouvez ni vous résoudre à prier ni demander quoi que ce soit^ sans faire de la théologie; et en ce sens , nous en ferons ensemble, s'il plaît à Dieu, et sur un sujet bien grave assurément, puisqu'il s'agit de votre salut. Mais si vous entendiez par ce mot des subtilités, desai^ties, des luttes sur des questions inutiles et une science vaine, soyez-en certains, mes frères, mon dessein n'est pas de vous occuper de cette théologie-là; et Dieu me préserve de la porter jamais dans cette chaire. — Au reste, voici la marche que je compte suivre.

J'établirai d'abord que nous sommes tous pécheurs ; c'est la base de la Rédemption.

Je prouverai ensuite que Dieu ne peut rester indifférent à la violation de la Loi morale, et que l'homme n'ayant aucun moyen de satisfaire par lui-même, il se trouve nécessairement sous la condamnation.

Puis je ferai voir que cette opinion même fiit toujours générale da^s l'humanité, et que les sacrifices païens ens^nt la preuve, comme ils sont aussi peut-être un presSjentiment ou l'écho d'une promesse.

IS PEBMiiaB CONPBRBNCB.

Après avoir marché jusque-là sur une voie presque indépendante de la Révélation, je prendrai la Parole de Dieu, et je montrerai l'Expiation par la Croix annoncée et préparée dans l'Ancien Testament, accomplie et prêchée dans le Nouveau.

Cela établi , j'examinerai si la Raison a des droits réels à se soulever contre ce grand Mystère et à le condamner.

Enfin, je montrerai que ce Mystère répond, au contraire, aux besoins les plus profonds et les plus saints de la conscience de l'homme.

Ainsi, LE Péché, la Condamnation , le Sacrifice, LA Croix, la Raison, la Conscience, voilà les six perspectives sous lesquelles nous envisagerons successivementl'Expiation du Christ. Ce sont comme six rayons de lumière qui, corivei^eant au même point, éclaireront pour nous la scène du Calvaire.

Mais peut-être ici, mes frères, quelques-uns de vous seront-ils tentés de m'adresser un repro; che bien diflérent de cehi que je supposais tout à l'heure, c'est d'avoir la prétention de soumettre à la raison le Mystère de la croix, de l'enfermer dans les bornes de la pauvre intelligence humaine. A Dieu ne plaise quej'y songe! je sais trop

que c'est impossible. Ck>iiimeiit rhomme sonderaitil k$ hauteurs des cieux?^ Comment son esprit pénètrerait-il ce que les anges mêmes souhaitent de voirjusquau fond?^ Non ; et il n'y a, à vrai dire, pour nous, qu'un motif réel et suffisant de croire à la Rédemption, c'est que la Bible l'enseigne. — Mais ce que je crois en même temps, c'est que la raison et l'expérience bien consultées conduisent, non pas à pénétrer le Mystère , mais à en corn-prendre la grandeur et la nécessité, surtout à y reconnaître des marques magnifiques de la sagesse et de la bonté du Très-Haut. — C est le but que j'essayerai d'atteindre dans le travail que j'entreprends.

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