‹ Conférences sur la Rédemption prêchées à GenèveChapitre 3 sur 24 · II. lie péché dan» rhumanlté · texte numérisé non relu

II. lie péché dan» rhumanlté

Parler de Rédemption^ c'est-à-dire de rachat, de ëélivrance de l'humanité, c'est supposer que l'humanité n'est pas ce qu'elle doit être, c'est dire qu'il y a en elle quelque principe de désordre, quelque mal, qu'il devient nécessiiire de détruire* — Faire intervenir pour cela une expiation divine, c'est déclarer que ce désordre et ce mal sont profonds, et irrémédiables par les seules

« Job XI, 7, 8. — » I Pierre i, 12.

ik PREHIÈRB COVFÉtENCE.

forces humaines. Or telle est, en effets la base de la Rédemption chrétienne; c'est le péché enraciné dans rhomme. — Aussi celui qui refuse d'admettre la Rédemption est conduit par cela même à nier le péché, ou du moins à s'efforcer de l'affaiblir ; et celui qui ne reconnaît pas et ne sent pas le péché est conduit par cela même à nier la Rédemption, ou du moins à s'efforcer de l'affaiblir. Ces deux idées ou plutôt ces deux faits sont intimement liés ; dans la pratique comme dans la théorie , l'un mène à l'autre. C'est pour cela que je dois commencer par établir la réalité du péché dans l'homme.

Je pars d'abord d'un principe qui est nn axiome , c'est que Dieu est saint, qu'il ne peut vouloir le mal, et que, par conséquent, il n'en est point l'auteur. — Je reconnais qu'immédiatement après ce principe pourrait se présenter la question de l'origine du mal ; question redoutable et inso* lubie par la seule pensée humaine, abtme sans fond, au bord duquel ont chancelé les plus puis* santés intelligences de l'antiquité comme des temps modernes , et où les téméraires qui l'ont voulu sonder n'ont su trouver que DuaUsme, Panthéisme ou Athéisme. Les plus sages s'en étaient reculés en frémissant. Mais mon inten-

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ik>n n'est pas d'aborder ce terrible problème ; le traiter, même au point de vue chrétien, m'entrai» n»ait trop loin de mon sujet^ qui, du reste» n en réclame pas absolument la solution. Le fait seul me suffit. Y a-t-il, oui ou non, un proiond désordre moral dans l'humanité? Ou, si Ton veut, et sous une forme plus précise : Nous est-il possible d admettre que Thomme soit tel qu'il est sorti des mains de son Créateur, tel qu'un Dieu saint Ta voulu? J'en appellerai à Texpérience universelle et à votre sentiment intime pour vous iaire résoudre celte question.

Dans ce but, nous devrions d'abord nous saisir du flambeau de l'histoire, et, nous reportant au commencement des âges, suivre les traces de la race humaine sur ce globe. Mais vous savez ce que nous montrerait ce flambeau. Que sa lumière soit vive ou obscure, ses reflets ne se projettent que sur une succession presque continuelle de crimes et de douleurs. T) rannies, révoltes , conquêtes y servitudes, massacres, trônes et peuples qui s'écroulent, ie vendent ou se perdent par la violence, la perfidie ou la débauche... ôtez cela de Fhistoire, que lui restera-t-il7 Elle apparaît vraiment comme un fleuve de sang, de larmes et de £u)ig^, qui coule au travers de toutes les na-

16 PRBMlfcEB CONFÉRENCE.

lions de 1 antiquité, pour aboutir enfin dans cette mer infecte de la grande corruption Romaine; corruption dont il est malséant de sonder les profondeurs, et qui pourtant couvrit de ses flots le monde alors connu. A cette époque, il est vrai, on voit surgir des peuples nouveaux, jusqu'alors ignorés, et qui s'élancent des extrémités du Nord par innombrables essaims. Ne viendraient-ils pas peut-être purifier cette terre corrompue et y ramener le règne des vertus? Voyez-les. Ils s'avancent en rugissant, le cœur plein de rapine, le fer et le feu dans les mains. Tout tombe, tout disparait devant eux, les arts, les sciences, les villes, les temples, les femmes^ les enfants... et quand ils s'arrêtent, il n'y a plus que le désert et la nuit. Nuit profonde et lugubre, d où ne sort de temps à autre que le (ri rauque de la passion ignoble qui s'assouvit, ou que la forme d'une hache qui se lève. Mais c'étaient là, dites-vous, des bêtes farouches échappées des antres des forêts! Non, c'étaient nos pères. — Tel fut l'ancien monde et sa fin. Etait-ce là l'iiomme tel qu'un Dieu saint et bon l'a voulu ?

Mais quittons ces civilisations détruites. Rapprochons-nous de la nature , comme on disait jadis; peut-être y trouverons-nous l'imagé de

Dieu mieux conservée dans l'humanité. Suivons donc ces voyageurs qui visiienl les tribus de TAfrique, les plateaux de l'Asie ou les îles de 1*0* céan. — Ne vous esl-il jamais arrivé, mes frères, en lisant leurs récits, en voyant ces sanglantes et brutales superstitions, ce mélange hideux de férocité, de perûdie, d'infanticides, de luxure, et de misères si odieuses qu'elles feraient presque envier le sort des animaux, ne vous est-il jamais arrivé de laisser tomber le livre, et de vous écrier avec une amère douleur : Mon Dieu ! est-ce donc là rhomme tel qu'il est sorti de tes mains?

Mais entrons dans le monde chrétien; nous trouverons là des différences ! Oui, certes ; et des différences aussi grandes que le Christianisme puisse les faire, quand son esprit a pénétré dans quelques cœurs et ses formes dans la masse, mais pas plus. — Voyez le moyen âge. Les seigneurs, prêtres ou laïques, foulant aux pieds leurs vassaux, déshonorant les familles et abreu* vaut de mépris , d'oppression et de misère , ces populations qu'ils se disputent à main armée comme de vils troupeaux. Le brigandage, disent les historiens, était alors la vie commune. Quelquefois, il est vrai, les malheureux opprimés parviennent à s'entendre et à se soulever. On res-

19 PREMIÈW CONFVRENCB.

|Hre, )a justice va renaître I Que fonirils? Pis qfxe leurs oppresseurs ! Oui, comme presque tou* jours en pareil cas (ce qui est aflreux à dire ]» les rôles chaînent et le spectacle est le même. — Mais du moins, la loi morale ne reprendra-t*elle pas son empire, quand les peuples seront émus par quelque noble principe, par un mobile religieux, par exemple? Suivez ces immenses colonnes d'hommes de tout rang et de tout âge, qui, la croix sur Tépaule, Tont h la conquête du tombeau du Christ. Leur corruption épouvante ; et c'est par leurs excès, leur avarice, leur libertinage et leurs propres trahisons, qu'ils périssent par centaines de mille ! L'Eglise même, l'Eglise qui se dit V Épouse de Jésus- Christ, se livre aux plus honteux désordres, verse des flots de sang, remplit ses iunombrables cachots de victimes et de tortures, et marche au pouvoir en ayant parfois à sa tète des hommes dont la vie fait frémir... et rougir!

Mais venons aux temps modernes, venons à notre époque. Grâce au progrès des lumières, si ce n'est de la piété, Thomme aura peut-être changé, et nous le verrons enfin tel que Dieu Ta créé, tel qu'un Dieu saint l'a voulu. Laissons de c6té les guerres civiles, la corrupti<Hi des cours.

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les erreurs et les misères des peuples; disonsle : oui, la cîvilisation moderne a fait immense* meskt pomr assarer la moralité, l'ordre et la paix des sociétés. Voyez*, en effet , que d'ingénieuses précautions. Partout des multitudes de lois , des tribunaux» des prisons, des bagnes, des écha- £siuds , et la ibrce année pour garantie. Quoi donc I c'est à ce prix que tous conservez l'ordre et la justice? Quel enseign^nent en découle?... Et cependant, avec tout cela, chaque année apporte (atalefflent son contingent de crimes, et une impitoyable statistique publie de toute part qu'ils augmentent i *— Mais faites mieux ; fondez des institutions et des écoles, instruisez les générations encore pures , prenez -les dès Tenfance pour leur inculquer plus sûrement des principes de sagesse, de piété, de charité. Puis rompez seulement les liens de la contrainte, laissez pousser le cri provocateur aux passions bain^ises et chamelles, et vous verrez peut-être vos populatKMis si bien moralisées se soulever tout à coup coomie une mer furieuse, renverser Tordre, la justice, la propriété , la famille et Dieu même , donner enfin le spectacle qui épouvanta TËurope il y a cinquante ans. Que dis-je 1 aux sourds grondements de la foule , aux projets e£ aux

aO PREMIÈRE CONPÉREIVGB.

menaces qui se trahissent, aux symptômes qui éclatent sur tant de points à la fois, de nos jours mêmes la société tremble sur sa base, et redoute une explosion pareille ou plus terrible encore!. •• Est-ce donc là l'homme tel qu un Dieu saint la voulu? — Si peu , que vous-mêmes, dans la vie ordinaire, vous croyez toujours au mal. Et malheureusement telle chute inattendue , tel secret de famille découvert, telle vie honorable subitement démentie, viennent trop souvent vous donner raison. Ces faits déplorables semblent parfois s accumuler pour rendre irréfragable la terrible accusation que portent contre l'homme, non pas les gens de la Bible, il ne s'agit pas d'eux en ce moment, mais les gens du siècle, les mondains , qui rient quand on parle de dévouement pur et de vertu, qui expliquent toute action par l'intérêt, et proclament que, dans toutes les classes, tout s'achète et tout se vend.

Eh bien! moi, je ne vais pas jusque-là! Quelque effrayant spectacle de corruption que l'humanité présente {ei l'esquisse que j'en ai faite en donne à peine l'idée), on trouve pourtant en elle des débris de l'image divine, assez nombreux et assez éclatants. Dieu soit loué! pour attester sa primitive splendeur. Oui, partout, même dans

les peuples et dans les temps les plus corrompus ou les plus barbares, on voit jaillir parfois comme des éclairs de grandeur et de sublime vertu. Si bas cpi'elle soit tombée , Tàme humaine a conservé l'instinct moral , l'instinct du beau et du bien... et c'est à cela même qu'elle sent et qu'elle mesure sa chute. — Mais , que le mal l'emporte infiniment sur le bien , que l'équilibre soit rom* pu, qu'une inclination profonde entraîne au péché toute la race d'Adam, qui pourrait le nier ? Quelques esprits légers ou systématiques peut-être? Eh! que peut valoir leur assertion contre l'autorité universelle des faits, et contre cp témoignage de tous les penseurs «'^-- "*'^* ^^^^* listes, poètes ou phi»-^- r-^' <!"'• «» touttemps et en '-^ -^ langues , proclament et déplorent cette triste vérité 7

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