‹ Conférences sur la Rédemption prêchées à GenèveChapitre 4 sur 24 · III. Le péché dan» chaque homme · texte numérisé non relu

III. Le péché dan» chaque homme

Quelque incomplet et affaibli que soit ce tableau (ce que savent parfaitement et ce qu'attesteraient au besoin tous ceux qui connaissent l'histoire), ce que je viens de rappeler suffit pourtant, ce me semble, pour faire comprendre à tous la profondeur de la misère morale de

t2 PEEMliRB CONFÉBENCE.

l'humanité, eC par conséquent, la nécessité pouf elle d'une Rédemption. Je puis donc considérer cette première partie de ma tâche comme termi* née?— Non, mes frères, non, car le plus dilûcile me reste à faire. Pourquoi ? C'est que je n'ai rien gagné encore sur celui qui dit : Oui , le monde est corrompu , l'homme est profondément mé* chant et pécheur, mais moi, je ne le suis pasl — Et ces paroles, combien de fois les ai-je eatendues dans vos maisons I Et si cela se pouvait, combien peut être qui les feraient entendre dans ce temple !

ïous n'êtes pas pécheur, monlrère? Avoues pour 'ïïï*^^î--....<ci:^ une chose bien étrange. 11

£iut donc reconnaitrerx>x.-,^„^„„ ».»«^r.««*^««^

^^^^vnus n appartenez

pas à cette humanité que vous prociutx.. . ^ même si déplorablement corrompue, ou que seul vous avez su échapper au naufrage? Cette opinion, vous trouveriez, je crois, singulièrement diflicile de la faire partager par ceux qui vous entourent. — Cependant entendons-nous : pevtêlre y a^t-il un fonds de vérité dans votre senti^ ment. Voulez-vous dire que vous n'êtes pas si méchant que bien d autres ? que vous respectes les bonnes noiœurs ? que vous «vez de la probité I même', qui^vous savez £iire dans ToocasioBi de*

ttt VÉCHÉ. tt

sacrifices à ros dévoila, à votre patrie, et vous montrer parfois généreux à l'égard de ceux qui sonfErent? Je sui3 prêt à le reconnaître. Je vous respecterai même comme un bon citoyen, comme un homme honorable, désirant de tout mon cœur^ pour le bonheur du pays, qu'il y en ait beaucoup qui vous ressemblent. Je vous saluerai , si vous voulez, du nom de juste devant les hommes : la Bible m'y autorise; et, plus heureux que les gens du siècle dont je parlais tout à l'heure, je crois aux vertus de l'homme, je crois aux vôtres et je m'en réjouis. Mais conclure de là , conclure de quelques actes de vertu, plus ou moins fréquents et plus ou moins purs, à ce que vous soyez irréprochables, ou plutôt, à ce que vous ne soyez pas, devant votre conscience et surtout devant Dieu , profondément pécheur, c'est ce qui vous est impossible. A moins que vous ne fer« miez complètement les yeux sur vous-même, ou que vous ne vous mesuriez peut-être à quelqu'une de ces morales rdlâchées dont on fait ce qu'on veut, et dont aussi personne ne se passe: led brigands même en ont une. Mais cette sainte Loi morale^ qui est la seule règle de l'univeri^ parce qu'elle est de Dieu et en Dieu, l'avez- vous observée? «^ Suivez-en quelques traits*

9b PEEHIÈRE CONFÉRENCE.

Aimez-vous ce Dieu de tout votre cœur et de toute votre âme? Hélas! le plus souvent vous n'y pensez pas. Quelquefois même sa pensée vous trouble ou vous fatigue; vous voudriez la fuir. Est-ce là ce qu'on appelle aimer? — Aimez-vous votre prochain comme voui-méme? c'est-à-dire , son bonheur est-il le centre de vos désirs, le mobile principal de voire vie? Vous savez assez que non. Et savez-vous qui vous aimez ainsi, quel est l'être dont la satisfaction et le culte vous préoccupent en tout et partout? Vous, vous seul ; vous, du moins, avant tout le reste; vous êtes votre dieu.

Peut-être trouvez-vous cette morale trop sublime et trop relevée? La question, vous dirai-je, n'est pas de savoir si la loi est haute, c'est de savoir si elle est juste et vraie, et si elle vous jugera; or, c'est là ce que vous ne pouvez nier ici. Mais je le veux encore; quittons ces hauteurs , descendons à des règles moindres, à des règles dont personne ne puisse contester l'irréfragable nécessité. Dites-moi donc : avez-vous eu soin de ne jamais faire aux autres ce que vous ne voudriez pas qui vous fût fait? C'est de la morale païenne. Réfléchissez, et comptez vos duretés , vos dédains, vos injustices, vos médisances^ vos

tB PÉCHÉ. 35

colères et yos haines. Prenez même œs grands commandements de la loi positive qui sont la base de toute législation humaine , et examinezvous devant eux dans toute leur étendue. Par exemple : Honore ton père et ta mère , entoure-les d'égards et de soins. — Tu ne déroberas point, ni d'une façon ni d'une autre. — Tu fuiras l'impureté, tu ne commettras point d'adultère^ ni dans ton corps ni dans ton cœur. — Tu n'abrégeras pas la vie de ton prochain, ni directement, ni indirectement, tu ne tueras pas, même dans ta pensée. — Tu ne convoiteras pas... Mais en voilà assez. Combien en est-il de ces commandements dont vous puissiez affirmer que vous ne les avez jamais violés, ni dans la lettre ni dans l'esprit? Ah ! si j'avais le temps ^ comme je vous forcerais de reconnaître que vous les avez violés presque tons» et dans Tesprit et dans la lettre !

Vous n'êtes pas pécheur? Et que signifient alors ces devoirs que vous avouez vous-même avoir négligés, ces mauvaises habitudes que vous prétendez ne pouvoir vaincre? Que signifient tant de bonnes résolutions prises le matin. . . et violées le soir? Que signifient ces mécontentements secrets, ce poids de vous-même, qui vous rendent parfois la vie si triste et si amère? — Vous n'êtes

as PRBMIÈM CONPfoEKGB.

pas pécheur? Eh! les plus grands chrétiens le sont. Ces hommes dont tous Usez avecadmiration la vie et les écrits» ik »* humilient dom leurmi^re. Écoutez ce que disait l'un d'eux,dont l'existence ne fut qu'un long acte de dévouement et d a* mour : Il est vrai que j'ai la volonté de faire le bien, mais je ne trouve pas le moym de l'accomplir ; ainsi je ne fais pas le bien que je voudrais , et je fais le mai que je condamne. Je prends pourtmt plaisir à la loi de Dieu, selon l'homme intérieur y mais je vois et je sens une autre loi dans mes membres qui me rend esdave de la loi du péché. Misérable que je suis l qui me délivrera de ce corps de mort ? ^ C'est saint Paul qui parle ainsi. £st-il bien possible que vous n'ayez pas au moins ce trait de ressemblance avec saint Paul, que le péché habite en vous? Est-il bien possible qu'en sondant vohre vie passée, vous n'entendiez aucun murmure dans votre conscience? — Vous n'êtes pas pécheur? Alors, d'un bout à l'autre, la Bible a menti ; car elle place le péché à la base, à la fois, de la race humaine et de la Révélation. Elle ne déclare pas seulement, dans mon texte, que le mondé entier est pUmgé dans le mai, elle atteste qu'il n'y a d*e^ eeption pour personne. L'Ancien Testauœt et le

• Ron. Tii, 18, 19, 32-21.

us PBCH*. 91

Nouveau unissent leurs voix pour prodamer, presque dans les mêmes termes , que tous , toui sont Q$suj^tis au féchéj quil ny a pimU de juile, pat même tm seul \

Quoi ! se pourrait*il , après tout cela , qu'il se trouvât des êtres capables de résister encore, qu'il s'en trouvât dans nos demeures... ici peutêtre ? — Oui, cela se peut. Et voila précisément le trait le plus profond, la preuve la plus effrayante de l'empire du mal dans Thomme ; c'est cet orgueil, cet indomptable orgueil, qui, malgré la voix de Dieu, malgré celle de l'humanité, malgré le cri de la conscience, malgré tout, nie son péché, et refuse jusqu'au bout de le sentir ou de l'avouer. Cet orgueil, c est le plus redoutable en* nemi du salut. S'il aveugle complètement les uns sur l'état de leur âme, il le dissimule plus ou moins à tous; car se dépouiller de sa propre jus^- (^ce*^ ^'-h;! la dernière concession que l'homme se laisse arracher, u combat, il lutte, il s entourede prétextes, d'excuses, de prétendus mérites; il se couvrira des plus «isérables haillons, plutôt que de consentir à paraître ce qu'il est, pauvre et tm\ devant son Juge.

Ah ! quand je songe aux terribles conséquenceB

* Pi. xiT, 3, 4; Rom. m, 9-24. — a Rom. x, 3. - » Àfoc m, IT.

d'un tel aveuglement ; quand je songe qu'il a empêché déjà tant d'âmes daller à Jésus pour être sauvées ; quand je songe que c'est là, à ce premier pas dans la voie du salut, que vont s'arrêter et se retirer peut-être plusieurs de ceux qui m'écoutent, je me trouble, je m'effraye, je ne puis quitter ce sujet. 11 me semble que je ne leur ai pas dit tout ce qu'il fallait dire ; je cherche quel argument nouveau , quelle preuve plus pressante et plus forte je pourrais trouver pour les convaincre et les retenir. Mais, hélas! que puis-je faire?... Le voici, mes frères, je prierai Dieu, et je vous demanderai de le prier avec moi pour qu'il nous éclaire tous, car tous nous en avons besoin, sur le péché qui est en nous et sur la grâce qui est en lui.

Oui, ô notre Dieu, éclaire-nous; fais-nous comprendre, fais-nous sentir notre misère, et le pressant besoin que nous avons que tu noue r-* aonnés et que tu nous sauves. Parle « lous ceux qui sont ici; frappe à la porte ' de leur cœur ; n'en laisse aller aucun qu'il p<î se soit tourné vers Toi. Oh! qu'il n'y ait personne, dans ce temple, qui imite le pharisien qui se vantait d'être juste; mais plutôt, que toutes nos âmes s'unissent dans

* Apoc. lu , 20.

un même sentiment, pour faire monter ensemble vers loa Trône cetle parole de riminble publicain : O Dieu, aie pitié de mus , qui sommes des pécheurs 7 Amen.

^ Luc xviiif 13.

LA CONDAMNATION

LA CONDAMNATION

Le salaire du péché , c*est la mort.

(Rom. ti, 23.)

Qu'il y ait un :prof()nd désordre moral dans rtiumanité, que le péché y domine, c*est là un fait que nous avons vu ressortir avec tant d'évidence d'une étude, même superficielle, de ce monde et de son histoire, qu'il est impossible que des esprits éclairés puissent songer réellement à le méconnaître. Ce qui se trouvera plus facilement, avons-nous dit, ce sont des hommes qui^ tout en étant les premiers à proclamer cette triste vérité pour les autres, la nient pour eux-mêmes, et refusent de se reconnaître coupables et pécheurs comme leurs frères. Prétention bien étrange, assurément; et d'autant plus étrange, que ce n'est pas d'ordinaire parmi ceux qu'on pourrait

34 SBCOKDB COHFÉIElfCE.

appelar les meOIeurs qu'efle se rencontre : an contraire. Qu*un pareil aYeuglement soit a¥ant tout le fruit de l'orgueil^ cela n est pas douteux ; mais il provient souvent aussi de Tignorance et de rirréflexion. Je suis convaincu que si un hoflunc coiseftt à diMincr on peu 4^attentk>n sérieuse à la loi de Dieu, pour la comparer ensuite à ce qui se passe dans son cœur et dans sa vie, il lui sera bien diflicile de ne pas sentir sa misère. — Telles sont les vérités que j'ai établies, tel est surtout le sentiment que je me suis efforcé de faire naître dans un premier discours. S'il plaît à Dieu, ce discours aura été , pour piusîeurs, une occasion de s'éclairer sur le véritable élaft de leur à»e; et s'il en était malbeiireuseii^iit tfadr ques-unsqui eussent persisté dans une fatale erreur sur eux-mêmes, ils ne sont pas sans doute dans ce temple; qu'y viendraienfriL» fiiire? Je crois donc fermement, mes frères, que lorsqae vous vous êtes levés tous ensemble, il y a quelques moments, pour suivre du ccenr la litui^ de notre Église, vous avea; été sincères devant Dieu, en lui cxAfeasant que vous êtes de jMnmnit pichewn.

Maintenant, j'ai une chose à vous demander.

Croye^vons que cet état de péché dans leqael

^éles sûît inèîffiéreiit, e'eat-à-dire, qu'il n'ett* tmbMr Mcue conséeiiiettce pour votre posîtîoii à régprd de DiraH4dY0treaT^(iir?Jeiiesaîspw emcore et qm ima& en penseai. Mais^ cpiaot à b BévélaiH» , éùe est mue peut ph» positive et «aqplicîle là-dessus. Elle dédwe tom la maUà»* ém qmeompiôn'eÊl fês ommkaU à êhêHÊer ce cm art dMs la toi ' ; et vous awE entendu, dans mon texte, que le salaire du péché, c'est b imrt. — Qu'est-ce qm celte mort? Si c était la mort ordinaire et que tout se terminâtlà» on pourrait en prendre mn parti. Maïs non; rÊcriture dit qfue cetle mort» c'est. la amrl neondê ou la ferdition de Fima^; cette mori, c'est la séparation d'avec tt0u> e est i'exdM»oa(iii r^ume det dem^, c'est la wr 9m M «leurf; jmntS dit le Seigneur, ce sùM tn (àiàhreribi driofs oà iljf awtu ànflewt et des frîarMiMft de dbrts^ Yoâà l'avenir que la Bible dénonce au pédié.

Je l'avoue, ce n'est pas sans frémir que je répile ici ces. terribles dédaraftion& de la Parole de Dîev. Qmnd je passe qu'ili n'y a pas un seul in* •lant où le ji^emenl ne s'onvre pour quelqu'un; qnand je pense que celle ville est pleine de pé-

* Deuu xxTii, 26; Gai. m, 10. — ^ Apoc. xxi, 8; Pbfl. m, 18, if. — »I Cbr. ▼!, 10, — ♦ Marc ix, 43. — » MaU. xxf, 80.

36 SECONDE GONFÉRBNGB.

cheurs, et que, chaque jour, deux sont appelés; quand je pense que du milieu de ces assemblées qui se réunissaient dans ce temple il y a un an, moins encore, plusieurs sont partis pour l'éternité, et que notre tour sera là, que nous y au* rons à peine songé, je frémis... non pas pour ceux qui puisent dans cette même Parole le salut qui s*y trouve, le fardon par la crotx, mais pour ceux qui le rejettent.

Je le demande avec angoisse à chacun d'eux, je vous le demande à vous, mon cher frère, si vous partagez leur manière de voir, quelle ressource avez-vous donc préparée pour détourner de vous, pécheur, ime catastrophe si redoutable et si imminente? Je sais bien qu'il y a des gens qui s'étourdissent sur cet avenir, qui en noient la pensée dans les plaisirs et les aflisiires, et qui se disent qu'il sera assez temps pour eux de s'en occuper quand ils seront malades ou mourants ; mais votre présence ici atteste que vous n'êtes pas, pour le moment, du nombre de ces insensés. Vous avez donc par^levers vous un moyen de salut; et il est impossible que vous n'en ayez pas un , vous ne seriez pas si tranquilles. — Eh bien, quel est-il, ce moyen qui n'est pas celui de l'Ëvangile? qui vous Ta fait connaître? quelle

LA GONDAMNATIOH. 37

confiance pouvez-yoùs lui donner pour votre sort futur? C'est là précisément, mes frères, ce que je viens examiner aujourd'hui avec vous.

Ces questions, vous en conviendrez, sont des questions aussi sérieuses, aussi saisissantes que vous puissiez jamais en avoir à résoudre. Je vais ]es traiter avec tout le soin, toute la clarté dont je serai capable. Vous, de votre côté, apportez aussi à ce grave examen les dispositions qu'il réclame à un si haut degré, une attention scrupuleuse, une entière bonne foi. Si vous revêtez ces dispositions, je ne doute pas qu elles ne vous conduisent à la vérité. Et Dieu le veuille ! Amen.

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