‹ Conférences sur la Rédemption prêchées à GenèveChapitre 7 sur 24 · I.B SAGRIFICB · texte numérisé non relu

I.B SAGRIFICB

soustraire. Ce trait , c'est le sacrifice, le sacrifice sanglant. — Cherchez dans les coins les plus recalés des siècles et du globe, fouillez partout où rhomme a existé et a laissé sa trace, vous y trouverez Tempreinte de cette étrange opinion : que le seul moyen certain qu'il ait pour expier ses £iutes, c'est le sang d une victime. Il prend un animal vivant parmi les plus précieux, les plus purs, les plus doux ; il le place sur un autel, disant: Ceci me représente, moi coupable, et voici la peine que je mérite, la mort. Que ma dette soit acquittée. Une vie pour racheter une vie, c'est un mot de toute langue, de tout peuple, de tout temps, de tout culte.

Si je parvenais donc à démontrer l'universalité de ce genre de sacrifice sur la terre, ma thèse se trouverait ainsi complètement justifiée. Mais , hélas! la vérité m'impose une tâche plus pénible. Non, mes frères, quand je parlais des hommes répandant toujours le sang des animaux pour expier leurs crimes, je ne disais pas vrai... c'est le sang humain que je devais dire. Épou- Tantable aberration ! Preuve trop déplorable, et qu'on voudrait effacer I Mais il faudrait efiacer l'histoire. — Me laisserai-je arrêter par le sentiment pénible que &it naître un pareil tableau ?

70 TEOISliMB GONFÉBENGE.

Je ne le dois pas. Non pas seulement par^e qu'il exk ressort une preuve d*aulant plus éclatante, bien que douloureuse , de la pensée de Thumanité que je veux constater, mais aussi parce que cette preuve est presque entièrement ignorée parmi nous. Quand on parle de sacrifices humains, la plupart des gens, la plupart de vous, peut-èire, imaginent que c'est le fait exceptionnd dequelques tribus sauvages ou de quelque époque barbare. Us ignorent que cettQ pratique borriUe est, pour ainsi dire, un attribut de notre race ; or, au point de vue qui nous occupe, il vaut la peine de le leiur montrer. Hélas ! c est ce qui n'est que trop facile ; les autorités abondent. Témoins oculaires, historiens, poètes, vopgeurs, philosophes, observateurs de tout genre et de tout temps, depuis Homère, Hérodote, Thucydide, Platon, jusqu a:Tite-Live, César, Pline, Tacite, et une foule d autres inutiles à nommer, mais dont les noms sont là, et les écrits partout, ne laissent malheureusement place à aucun doute. Ënumérons seulement quelques résultats, en remontant à la plus haute antiquité.

£t d'abord, jetons les yeux vers le Nord.

Aussi loin que la vue peut 6*y étendre à travers le temps et l'espace, à mesure qu'apparaissent

U MCRinCB. 7i

auK regards ces innombrables légions ôe peuples sans cesse enËintés par ces profondeurs inconnues, et qni roulent et se succèdent comme les flots de TOcëan, les Celtes, les Scythes, les YafidaJes, les Hernies, les Goths, les Germains de toute dénomination, on les voit tous, disent les historiens, faire, à la lettre, ruisseler le sang humain sur les autels pour apaiser les dieux; jusqu'aux Gaulois, dans les pays mêmes que nous habitons, dont César nous rapporte des usages de ce genre qui font frémir. Il^lais ce n est là, peut-être, dira-t-on, que le produit de cette férocité native des antres du Nord. Tournons^ nous donc vers TOrient et le Midi. Les Phéni* ciens, les Chaldéens, les Égyptiens, les peupléK de la Perse, de la Chine, de Tlnde, les Éthiopiens, les Carthaginois, les Arabes, avaient le sacriGce humain dans leur culte. Et prenez -y garde, mes frères, je ne cite aucun de ces noms au hasard; à chacun hIcux, je puis attacher un irrécusable témoignage et le récit des faits les plus navrants... que je vous épargne. Saches seulement qu'on ne se contentait pas d'immoler les hommes, mais qu'on immolait les femmes, les adolescents, surtout les enfants, "^et parmi eux, les enfants dont la beauté, la distinciion^

72 TROISliME COHFÉRBNGE.

Tamour de leurs parents, en faisaient de plas dignes oflrandes. Sachez seulement que ce n'était pas dans des occasions rares et exceptionnelles^ maisjqu on comptait les victimes par milliers daps chaque peuple... chaque année I

Mais, dites -vous, cette épouvantable boucherie s'arrêta sans doute chez ces nations plus heureuses que vint éclairer enfin la lumière de la civilisation et de la philosophie? — Les Grecs sans doute?... Eh bien, dans toutes leurs îles, dans toutes leurs colonies, en Asie ou en Europe, chez tous les peuples de cette belle et poétique contrée, y compris les Athéniens, on sacrifiait des victimes humaines dans les temples; et je ne parle pas de l'époque dlphigénie, je parle des plus beaux âges de la Grèce. Le sacrifice humain était contemporain des Thémistocle, des Péridès, des Âlcibiade^ des Socrate, et il leur survécut. — Ai-je besoin d'ajouter que celte terrible institution ne fut pas abolie par les Romains? S*il ne l'avait pas reçue des autres, ce peuple sanguinaire l'eût peut-être inventée. Cependant soyons justes. Cent ans environ avant la naissance du Christ, un consul fit une loi pour interdire à Rome le sacrifice humain; c'est vrai.

Quant à l'effet produit par cette loi, vous pouvez

LB SACRIFICK. 78

€B juger en lisant dans Plutarque qu'il était encore lânoin de ces sacrifices ; et Plutarque vivait deux sîèdes après, sous Trajan. Que dis-je? Le philosophe païen Porphyre , ce célèbre adversaire du Christianisme, rapporte que de son temps. c'està-dire à la 6n du troisième siècle de notre ère, trente ans à peine avant que la religion chrétienne fût reconnue celle de l'Empire, on immolait à Rome, chaque année, un homme à Jupiter. — Est-ce légèrement, je vous le demande, que j'attribuais Funiversalité à cet affreux usage?

Mais , il est vrai , nous n'avons encore exploré que l'ancien monde. Peut-être, en continuant notre voyage au travers de Thumanité, trouveron&Aons qu'une telle coutume a fini par se perdre. — Non, mes frères, nous ne trouverons pas cela ; mais nous trouverons partout le sacrifice humain, persistant-, inexorable, universel. Parcourez toute la terre païenne depuis dix-huit siècles; interrogez, à la suite des historiens et des voyageurs, ou les vieux empires de l'Asie, ou les tribus farouches qui se cachent dans ses monts gigantesques, ou les populations nomades qui circulent dans ses steppes sans fin ; pénétrez dans l'intérieur de l'Afrique ; voyez chacune de ses noires peuplades. Partout le sacrifice humain

74 TBoisiÈm coNFimsifCE.

est là, persistant, inexorable, nnÎTerseL Expk>rez cette Océanîe naguère ignorée, avec ses milliers d'îles couvertes de palmiers et qui semblent, au milieu des mers, comme autant d'asiles de rinnocence et de la paix ; visitez chacune de ces retraites fortunées , berceau de cet homme de la nature tant rêvé par le siècle précédent ; le sacnfice humain est là, plus qu'ailleurs, persistant, inexorable, universel. Si l'on découvre un nouveau monde, si l'on y rencontre avec étonnement et sans pouvoir s'en expliquer l'origine , je ne dirai plus des peuplades sauvages, mais des peuples nombreux , civilisés , des capitales , des palais , des monuments , des lois , de puissants empires comme ceux des belliqueux Mexicains ou des Péruviens si doux, qu'y trouve-t-on en même temps? Toujours le sacriûce humain. Et dans quelle mesure? A Mexico seulement on égorgeait sur les autels jusqu'à vingt mille victimes humaines par année, et dans les occasions solennelles, jusqu'à soixante et dix mille à la fois. A ce terrible trait vous ne pouvez plus le mé« connaître, cette race inconnue... c'est la malhen-reuse race d'Adam !

Si, du moins, l'on pouvait trouver un seul peii' pie exempt de cette abomination; ce ne serait

LB fiA£EIFlG& 75

pas sans^ doute le renversement de la preuve, ce serait un soulagement. Mais ce peuple, il ne se trouve pas I ... Je me trompe, il y en a un, un seul dans Taiitiquilé, c'est le peuple Juif, qui obéit a cette parole : « Tu ne répandras pas le sang n de rhomme sur l'autel, car c'est une des abo- D minations pour lesquelles je chasse les Cana* » néensde devant toi^ » Le culte juif n'est tout entia* que saorîQces et sacriGces sanglants ; mais seul, au milieu de tous les autres dans l'ancien monde, il est pur de sang humain. Dans le monde moderne il^est encore une autre exception, ce sont les chrétiens. Et cependant leur religion a pour base un sacrifice sanglant ; mais c'est un sacrifice qui abolit tous les autres. Aussi, à mesure et selon que l'Évangile s'avance sur la terre, on voit disparaître devant lui le sacrifice humain, qui est partout autour de ses frontières, jamais au-dedans. Ajoutons enfin , comme concourant à cette abolition, la secte Judaeo-chrétienne qui prit naissance il y a douze siècles .Le Mahométisme a aussi pour effet, dans sa mission temporaire, d'atta* qner le sacrifice humain. Et certes , il ne peut Ëûre moins; car il se réclame du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ; il parle au nom de

* Jojtx : Dent si, »9È; itm, iO-IS; LéviL xtm, 9U^ ele.

76 TROISIËIU CONFÉRENCE.

Moïse, de SalomoD«d*Ëlie, de tous les prophètes, et du plus grand de tous , dit le Coran, k FiU de Marie.

Oui, mes frères, ce n'est que sons Tinfluence de la Révélation, et selon qu'il est plus ou moins directement éclairé par sa lumière, que l'homme cesse de recourir au sacrifice humain pour obtenir sa grâce dans le ciel ; car cette grâce, c'est tout le but du sacrifice. Chose singulière et remarquable I Partout, et toujours, l'homme a cru que sans effusion de sang, il ne se fait point de rémission des péchés. C'est mon texte. Sans doute, de cette vérité divine, l'humanité déchue a fait une affreuse superstition. Pensant (avec raison, du reste) que plus la victime serait précieuse et sans tache, plus elle serait efficace, elle a cherché cette victime sur la terre au lieu de la chercher dans le ciel. Mais cette superstition même rend d'autant plus manifestes sa conviction et son besoin d une Expiation des péchés par le sang. — Une victime innocente , symboliquement chargée des fautes du coupable, peuple ou individu, et portant effectif vemmt à sa place la peine méritée, voilà ce qu'on appelait, et ce qu'on appelle encore, expiation.

Que tel soit, en eftet, le sens de tous les sacrifices sanglants, humains ou autres, c'est ce qu'il

LE SACRIFICE. 77

est impossible de nier ; c'est ce qu'attestent et les rites suivis, et les formules prononcées, et les circonstances mêmes dans lesquelles Ton sacri* fiait; c'est ce qu'attestent de nombreux et irréfragables témoignages, qui se trouvent partout: dans les historiens^ qui nous font connaître les opinions des peuples, Hérodote^ Plutarque, Tite- Live, César, Strabon, Tacite ; dans les poètes, qui étaient les théologiens de l'antiquité, Homère, Hésiode, Eschyle, Virgile, Horace, Ovide; dans les philosophes mêmes, soit qu'ils acceptent soit qu'ils rejettent l'efficacité de l'expiation, Pythagore, Platon, Cicéron, Porphyre. Et encore une fois, mes frères, sachez-le bien, je ne cite aucun de ces nomsau hasard ; à chacun d'eux jepuis attacher un passage clair, positif; et ce ne sont pas les seuls. — Mais voudriez-vous un témoignage plus fort encore, s'il est possible? 11 y avait chez les païens un genre de sacrifice expiatoire , qui était considéré comme plus eiticace que les autres. Il consistait en ce que, au moyen d'une fosse, le pénitent se plaçait au dessous de la victime pour être complètement arrosé de son sang; ces sacrifices s'appelaient des Taurobolei. Une inscription antique, retrouvée au seizième siècle, porte ce qui suit : (c Aux grands Dieux immor-

78 TROlSrtMC COKFiREirCE.

» tels, Aedisius, par le sangdutaurobole régénéré » POUR l'éternité , a consacré cet autel. » Que demanderiez-vous encore, et que pourrais-je ajouter? De cette pierre muette sort une voix qui rend la mienne superflue.

a. Origine de cette liMtltatleB*

Le sacriGce humain, qui vient de nous servir à démontrer plus fortement l'étendue et la puissance dans Thumanité de l'institution du sacrifice sanglant proprement dit (car celui des animaux se retrouvait également partout), le sacriGce humain n'était que labus de ce dernier et sa lamentable exagération. Laissons-le maintenant pour ne nous occuper que du sacrifice sanglant ordinaire, ou plutôt, pour nous occuper de la pensée que recouvrent et qu'expriment tous ces sacrifices, savoir: l'expiation des péchés par le sang. — J'ai acquis, à cette heure, le droit de le dire : cette pensée est évidente et universelle ; c'est la pensée du genre humain.

Or, un tel fait psychologique, mi tmit à profond et si caractéristique de l'homme, peut-il être traité légèrement et mis de côté sans en ' tenir compte? C'est impossible. Pair son mniver*

nlité même , n<m- seulement ce fait est d une immense importance, mais il devient nôtre, pour ainsi dire ; car Thumanité est une. Les siècles s'écoulait, les générations se succèdent, mais l'homme ressemble toujours à l'homme ; les écrite de tous les temps en font foi. Aux mou- Temente d'une âme qui se révèle à nous, fût-ce à travers vingt ou trente siècles , nous nous reconnaissons^encore ; les mêmes questions nous agjilait , les mêmes sentiments nous émeuvent; et prétendre que nos générations ne sont pas, pour le fond des choses, dans un rapport intime avec les générations écoulées, serait la plus vaine des prétentions. La culture d'une plante peut eml>ellir ses fleurs et améliorer ses fruits, mais elle ne change pas sa nature. De même pour Tarbre de rhumanité: bien que Dieu le cultive, sa racine demeure et envoie toujours aux rameaux leur nourriture. Puis donc que la pensée ée l'expiation circule comme une sève dans toutes les brandies de la famille d'Adam, elle provient d'une source c(»nmune ; e% il nous importe d'apprendre à la oonnattre, cette source, afin de 8av<Hr ai elle est pure ou malfaisante, si nous poBvona nous y abrmver ou s'il faut nous eifor-- CMr^ki tarir.

80 nOIglftME COlfFÉmCHCB.

D'où vient donc cette pensée de lexpiation parie sacrifice sanglant? et comment nous expliquer son universelle influence ? — Est-ce le raiionnemerU qui Fa produite? NonI Jamais idée, au contraire, ne fut plus irrationnelle. Quel rapport la raison peut-elle apercevoir entre le sang d un animal et la réconciliation avec Dieu 7 La raison combattra une pareille idée, bien loin de la faire naître. — Est-ce la conséquence de quelque besoin social, ou de quelque disposition 'naturelle du cœur humain, comme Font été, par exemple, la propriété, la famille? Si peu, que le sacrifice blesse précisément tous ces sentiments , et qu'il ne peut se concevoir qu'à la suite d'un ettbrt de l'âme sur elle-même. — Est-ce la crainte qui en a été le puissant mobile? Sans doute la crainte du châtiment qu'il mérite est profondément inhérente à l'homme, c'est ce que j'ai dit; mais cette crainte n'explique nullement le choix universel d'un si étrange moyen pour l'apaiser. Oii donc en trouver l'origine et la cause ? — Quelqu'un de vous murmurerait-il peut-être en lui-même : ce sont les prêtres? Oui , c'est la réponse du dix-huitième siècle et de sa pauvre et superficielle philosophie. Toutentière à sa mission, mission qui a pu avoir qudquèsbons

LE SACBIFICB. 81

effets au milieu de beaucoup de mauvais, je ne le nie pas, mais qui n'était autre que de détruire et surtout de déclamer, tout entière à sa mission, cette philosophie ne s'embarrassait guère si elle prenait des mots pour des choses. Et dans quel intérêt, je vous prie , les prêtres eussent-ils ima* giné un tel mode, plutôt que tout autre? Et surtout, comment sont- ils parvenus à le faire adopter de tout temps et sur toute la face du globe? C'est là précisément la question; et ne voyez-vous pas qu'elle reste la même ? Les prêtres ont pu faire du mal sans doute, mais ce n'est qu'en tant qu'ils étaient les organes des erreurs et des passions des peuples. Les prêtres sont un produit et non pas une cause; et cela est si vrai, que, dès qu'ils cessent de représenter l'opinion générale, leur pouvoir tombe inévitablement. C'est ce qui se voit dans tout le cours de l'histoire.

Non, non; évidemment rien de tout cela ne peut expliquer la pensée de Fexpiation, et la forme qu'elle a revêtue, le sacrifice sanglant. Mais savez-vous où conduit cet examen? A la seule explication satisfaisante, ou plutôt à un principe clair ; et le voici : C'est que, quand une coutume ou une opinion se retrouve, comme

tl TROISIÈHK CO»F*ABNCE.

celle-ci, partout et toujours parmi les hûmmes, depuis le berceau du genre humain jusqu'à nos temps , aux époques de lumières et de civilisation comme h celles de ténèbres et de barbarie, dans les vraies religions tout aussi bien que dans les fausses (car ici les Juifs et les Ciirétiens ne se séparent pas du reste du monde) » chez les peuples les plus opposés en gouvernement, en lois , en mœurs , en croyances, les plus séparés par des désertsetpar des mers, sans relations de commerce^ quelquefois même sans aucun point de contact apercevable à aucune époque , quand cette opinion ou cette coutume se tiouve ainsi partout et toujours , et qu elle ne peut être expliquée, ni par le raisoimement ni par la nature des choses, il faut néceuairement , ou qu'elle sorte d'une iradition primitive se rattachant au premier homme , ou quelle sorte des profondeurs de la conscience, et peut-être de toutes deux à la fois. Mais choisisses, si vous voulez; dans l'un et Tautre cas > le résultat est le même : scm origine est en Dieu.

Oui, la pensée de Texpiation par le sang vient de Dieu, si elle viait de la conscience de l'homme, puisque c est Dieu qui la lui a donnée, cette conscience , et qui y a doAc gra.vë lui-même ce

IM fiACEIFICB. 81

besoin intime, aussi profond qu'inexpliquablef , d'un sacrifice expiatoire pour obtenir son pardon , pour y croire du moins. Et parce que rhomme pécheur a traduit ce besoin en une horrible superstition, méconnailrai-je pour cela sa source divine? Pas plus que vous, lorsque TOUS tirez avec raison un puissant argument pour Texistence de Dieu, de ce cri universel de la conscience humaine qui le proclame , vous ne songez à méconnaître sa source divine, parce que rhomme pécheur a traduit aussi ce sen»

timent en divinités insensées ou en odieuses idoles. C'est la même chose ici. — Oui, la pensée de l'expiation par le sang vient de Dieu , si elle yiesïi d'une tradition primitive; car ce que je ne puis expliquer sans cela dans ses descendants , je ne puis pas mieux l'expliquer sans cela dans le premier homme; tandis que la position même de celui-ci rend l'enseignement divin naturel et nécessaire. Je crois donc à la réalité des deux sources : la conscience donnait le besoin, et la tradition divine a donné la forme.

£h ! n'est-ce pas indiqué clairement dans la Bévébtion? Qu'est-ce donc que le sacrifice d'A*i>el? C'était un sacrifice sanglant; et il était bien près du premier homme : sa flamme s'élève de-*

8% TBOISIËMB CONFÉRENCE.

vant la porte close du Paradis. Fut-il le premier? C'est peu probable. En tout cas Dieu l'a béni et accepté. — Et ne lisons-nous pas ensuite que Noé, sortant de l'arche, offrit de^ animaux en holocauste et que ce sacrifice étant agréable à V Étemel^ continue le texte^ il promit en conséquence de ne plus répandre j comme il lavait fait, sa malédiction sur la terre^ ? Ainsi ce rite se trouve à l'origine du monde créé et à l'origine du monde renouvelé; et c'est de là qu'il a dû naturellement s'étendre en tous lieux par la dispersion de Babel. — Plus tard, nous rencontrons le sacrifice d'isaac, qui fut aussi ordonné de Dieu. Là, le droit du Créateur sur la vie humaine est établi dans son entier ; mais le sang de l'homme ne doit pas rougir son autel, et c'est un bélier qui le remplace. — L'Éternel donne encore l'ordre positif aux amis de Job de lui offrir des animaux en sacrifice, afin qu'ils apaisent ainsi, dit-il, son courroux contre eux^. — Puis , vient enfin l'institution si complète et si remarquable des sacrifices Mosaïques. — Certes^ on ne pourra pas prétendre, je pense, que ces sacrifices de l'Ancien Testament lurent établis à rimitation de ceux des païens. Sans parler de ce qu'il y aurait d'étrange, pour ne pas

< Genèse viii, 20-21. — ' Job zui, 7-0.

LE SACRIFIGB. 85

dire plus, à prêter à Dieu une pareille imitation, on vient de voir lesquels de ces sacrifices avaient précédé les autres.

Direz-vous alors : Mais pourquoi Dieu a-t-îl donc institué le sacrifice sanglant ? S*il avait besoin d'être apaisé envers nous» que peut faire le sang des anintiaux pour purifier l'homme à ses yeux? — Le sang des animaux ne peut rien par lui-même pour purifier Thomme, c'est évident; aussi, est-ce aux dispositions du cœur de celui qui offrait un sacrifice que Dieu regardait avant tout pour lui pardonner; et il le déclare assez haut. Mais c'était là une forme voulue et prescrite par lui. Pourquoi? H avait ses raisons sans doute, et peut-être vous les pressentez déjà. Au reste, ces difficultés et ces questions seront examinées à leur tour ; mais, quoiqu'il en soit, elles ne changent, et ne peuvent évidemment changer en rien, le fait de Finstitution divine du sacrifice sanglant : il est formel.

Comprenez-vous maintenant, mes frères, ce qui paraissait d*abord inexplicable , c'est-à-dire, comment la pensée et le fait de ce sacrifice se retrouvent, en tout temps et en tout lieu, dans la famille humaine ? Et comprenez-vous, en même temps, la portée que donne à cette institution son

tt TROISliME GOlfFÉRENGB^

oiîgineT Sans doute les hommes, tombés dans ridolâtne, la corrompirent, cette institution. Par la substitution des victimes humaines, ils firent dn sacrifice nne abominable cruauté ; et en le dépouillant de œs conditions de repentance et de foi qui, comme nous le Terrons, y étaient primitivement attachées, ils n'en firent plus qu'une œuvre matérielle et morte; et ainsi, le sacrifice devint, parmi les nations païennes, une déplorable superstition. Riais, comme tant d'autres, cette superstition recouvrait une vérité, c'est-àdire, la nécessité et la promesse d'une Expiation divine pour le salut du genre humain.

Deux faits immenses et simultanés (car il n y a point de temps en Dieu) se trouvent à l'origine de notre race, sa chute et sa rédemption. Ces dits, qui s'appellent et se nécessitent l'un l'autre, ont eu, comme ils devaient avoir, un égal et profond retentissement dans Thumanité ; retentissement qui ne doit pas finir, même dans Téternité. De l'un de ces faits sort le péché, qui envahit comme une lèpre toute la postérité d'Adam, attaquant et détruisant son héritage de bonheur et de paix sur la terre et dans le ciel. De l'autre de ces faits sort l'espoir, lé pressentiment d'une gnérison par une mystérieuse Expiation ; c'est

récho ôt la parole drvine prononcée en Ëdeii. Depuis lors, nous voyons rhumanité déchue et âveu^, oppressée par le sentiment de son mal^ maïs n'en connaissant plus le remède, le diercher comme à tâiont dans l^ ténèbra^, sans même apercevoir l'invisible et miséricordieuse Main qui Ty conduit et qui la guide.

Et moi aussi, pauvre membre égaré deThumanilé pécheresse et soufirante, je suis appelé et conduit de Dieu ; mais, heureux de connaître Celui qui me guide vers les sentiers de la paix, je veux suivre la voie qu'il me montre, quelque obscure qu'elle semble d'abord à mes yeux mortels.

Je cherche le salut promis ; je m'approche du Calvaire, et là, sans comprendre, je m'incline et j'adore. — Puis, profondément ému et m'appuyant sur l'apôtre chéri du Seigneur (qui fut ravi en extase pour nous faire entrevoir les merveilles des Cieux), j'écoute avec lui le cantique des vieillards de l'Apocalypse, disant à l'Agneau : Tu es digne de recevoir V empire, car tu as été immolé, et par ton, sang, tu nous as rachetés de toute tribu , de toute langue et de tout peuple ; tu nous as faits rois et sacrificateurs. A Celui qui est assis sur le trône, et à tA(jncau, soient la bénédiction, l'honneur, la gloire

^ Ésate ux, 10,

et la puismnee aux nècks des siècles. Et toutes les créatures dans le ciel, ajoute saint Jean, J&saient amen^. — Et nous aussi, pauvres créatures qui sommes ici, du fond de nos ténèbres nous élèverons notre regard vers le séjour de la lumière, et joignant nos faibles voix à celles de ces multitudes infinies, nous redirons avec elles: AmenI ameni

^ Apec, y, 6-14.

—**^QO€€^^-

JéflQS-Christ est la victime qui t expié nos péchés , et non-seulement les nôtres , nais aussi ceux de Unit le monde. (I Jean u, 20

A tout ce que nous disaffent déjà si péremptoirement la conscience et la raison sur notre état de péché et sur l'impossibilité où nous sommes de nous sauver par nous-mêmes, est venue se joindre la grande voix de rhumànité, qui, pressée des mêmes convictions, a cru trouver de plus un moyen de salut dans le sacrifice sanglant. Et il est vrai que ce sacrifice étant primitivement d'institution divine, les hommes ont dû être naturellement conduits, à ce qu'il semble , à y voir ce moyen d'expiation tant désiré et tant cherché par eux. Mais, sous le poids de la condamnation qui nous frappe et devant la perspective de réternité, des témoi-

92 QUATEIÈMB CONFÉRENCE.

gnages humains, des traditions , des raisonnements ou des instincts, ne sauraient nous suffire. Pour avoir la paix , il ne nous faut rien moins qu'une déclaration positive de la part du Dieu souverain; déclaration qui apprenne enfin, d'une manière sûre, à tant d'âmes désolées qui le demandent avec angoisse , si ce Dieu accepte nue expiation pour le péché, et ce qu'elle est. Mes frères , vous venez d'entendre la réponse : Jésuê- Chmt est la victime qui a expié nos péchés, et non-seulement les nôtres, mais aussi ceux de tout le monde. Nous voilà pleinement dans mon sujet.

C'est donc le moment de rappeler et de définir nettement ce grand dogme chrétien en face duquel nous arrivons, et en qui se concentre, pour ainsi dire, toute la Révélation.

J'ai déjà dit que la Rédemption peut se distinguer en deux parts , celle qui r^arde le passé de rhogime, son pardon, et celle qui regarde l'avenir de l'homme, sa sanctification ; et vous savez que c'est de la première partie seulement que je viens vous entretenir cette année. Or, voici le résumé des enseignements de la Bible sur ce point. — A la chute de l'homme. Dieu, pour qui toutes choses sont présentes. Dieu vit, comme il la voit maintenant, notre malheureuse race dé-

LA CEOIX. 93

chue et perdue. Alors les entrailles de sa miséricorde s'émeuvent ; il n abandonne point l'humanité dans l'abîme où elle s'est précipitée; il veut la sauver. Mais conunent sauver en même temps ses inviolables attributs de Justice et de Sainteté? Cette conciliation» qu'aucune créature ne saurait tenter ni même concevoir, Dieu Ta faite. Son FUs unique ^ sorti de sa substance infinie , son Bien aimé^, son Image ^, sa Parole qui était au cornfnenrement avec lui et en lui^, le Fils se dévoua. Dès lors même le sacrifice est consommé ; VAgneau de Dieu était immolé dès la fondation du monde^y dit saint Jean. Puis, à l'instant fixé dans la marche des temps, la Parole revêtit notre chair ^, et devint le Christ. Victime innocente, volontaire, divine, il vient satisfaire à la loi et porter la peine du péché à la place de l'homme» cpii ne pouvait la porter lui-même sans périr. Telle est l'œuvre de la Rédemption. La cause première, c'est lamonr de Dieu : Dieu a tant aimé le monde qu'il a djonné son Fils au monde''. Le moyen choisi par l'insondable sagesse du Très-Haut, c'est l'expiation par le sacrifice de la Croix. Et l'effet produit, c'est le pardon des péchés. Ce pardon est tint-

i Jean 1 , 14. — 3 Malt, xii, 18. — « Col. i, 15.— * Jean i, 1. - * Apoc. xin, S. ^ * Jean i, 14. — ^ Jean ni, 16.

9k QUATRIÈME CONFÉEENGB.

verseU et il esl iaimédîatement accordé à tomt pécheur, quel qu'il soit et à quelque heure qu'il le réclame, s*il se repent et s'il croit. Ce pardon est gratuit ; car J'hoinme ne le mérite pas et ne peut jamais le mériter. Aussi Dieu le lui donne par pure grâce ' ; et tout ce qu'il lui demande en retour , ce sont ces dispositions du cœur : le sentiment et le regret de ses fautes, la conlianœ et l'amour pour son Bienfaiteur, le désir et la volonté sincère de se sanctifier, ou, pour exprimer avec rË( riture ces trois sentiments par un seid mot, la Foi : la foi, qui n'est pas le prix, maisb condition du pardon. Voilà la grande doctrine de l'Évangile.

Ce mystère d'amour divin demeurera toujours un mystère pour nous, sachons-le bien. Ce cpû ne signifie point pourtant qu'en faisant un hcn usage de nos facultés, nous ne puissions entrevoir quelque chose de sa convenance et de sa grandeur , assez même pour le défendre au besoin. Que l'on nous demande, par exemple» si l'Expiation par le sang du Christ ne renverse pas la raison , au lieu de la surpasser, ou si le Pardon gratuit ne blesse pas la sainteté morale et la conscience de l'homme, au lieu de les forti-

i Eph. n,8, 9.

fierj et nous rëpondrons avec pleine Sféeurité : Non! — Au reste, l'examen de ces questions fera précisément l'objet de nos deux dernières Conférences. Quant à présent, nous avons une seule chose à examiner touchant le Mystère de la croix, savoir : x'îi est révélé.

Nous venons donc maintenant à la Parole de Dieu ; mais nous y venons, mes frères, comme à la Parole de Dieu, c'est-à-dire, comme à la source divine de la vérité : ce qu'elle nous enseignera clairement sera vrai. Si quelques-uns d'entre vous l'envisageaient différemment, c'est ici qu'il faudrait nous séparer : car il m'est impossiUe de faire en ce moment avec eux le travail dont ils ^mraient besmn sur les preuves de la Révélation. Mais, j'aime à l'espérer , plusieurs de ceux-là même, s'ils ont attentivement suivi les const* daralions antérieurement présentées dans ce but, en voyant combien la Rédemption a des racines plus profondes qu'ils ne l'imaginaient et dans leur raison et dans l'humanité tout entière , plusieurs d'entre eux aborderont dès à présent le Livre qoà l'enseigne afec des dispositions nouvelles; et, au lieu devoir dans ce dogme un motif de repoussement pour la Bible, 'ûs y verront pe«t--étre, ce qui senît la vérité.

96 QUATRIÈMB CONFÉBENCE.

une preuve inattendue pour eux de sa céleste origine. »

Quoi qu'il en soit, mes frères, voici le but que je me propose en ce jour : c'est de vous montrer rExpiation du Christ annoncée et préparée dans l'Ancien Testament, accomplie et prèchée dans le Nouveau. — Sans doute, c'est presque uniquement une dissertation sur des textes que nous allons entreprendre, et elle pourra paraître, à quelques esprits, plus difficile à suivre que des considérations générales ; mais, si elle semble offrir peut-être un intérêt moindre sous un rapport, elle en oflre un bien plus grand sous un autre, puisque, au fond, c'est la base de tout. Venez donc , mes frères, étudier la sainte Parole avec les dispositions toutes sérieuses qu'elle réclame. Et puisse-t-il sortir de cette étude, par la grâce de Dieu, une puissante manifestation de la vérité pour le salut et la joie de tous ceux qui m'écoutent I Âmen.

I. L'Expiation dn Christ annoncée et préparée dano rjjBcien Teatantent.

L'Expiation des péchés par le sang du Christ est-elle annoncée et préparée dans l'Ancien Tes-

tament? C'est la première question que j ai à examiner. Or» dans la démonstration de celte vérité, je rencontre une didiculté, qui, pour Atre singulière» n'en est pas moins réelle : c'est la surabondance des preuves. Obligé que je suis de les resserrer jusqu'à n occuper qu'une trèsfaible partie du temps que je puis vous retenir ici » mon embarras est de les restreindre à ce point sans leur ôter presque toute leur force. Ne pouvant surmonter complètement cet obstacle « ^t ne sachant faire mieux» je vais me contenter jde vous tracer la chaîne seule du raisonnement» en avertissant que chacun de ses anneaux traîne après soi une longue suite de développements, de preuves spéciales et d exemples qu'il me faut passer sous silence, ('e n*est donc pas une exposition de tout ce qu'il y aurait d'imporlani à dire que je vous apporte» c'est uniquement la rapide annlyse de ce qui m'a paru le plus nécessaire au sujet.

Et d abord , les sacrifices sanglants institués de Dieu avaient-ils réellement un sens expiatoire, c'est-à-dire, avaient-ils p<»ur but et pour effet de détourner sur la victime la peine méritée par le coifpable? C'est ce qui est positif. — Sans doute tons les sacrifices deTancienne Alliance n'étaient pas expiatoires. Il y avait des sacrifices d*actions

M QUATRIÈME COViÉRBKCE.

de grâces- ovde prospérité; il y en avait pour la purificaticm des dioseset des personnes cous»* crée» an culte, et qoi s'en tronvaient moment»nëment exclues par quelque souillure k'gale; Biais il y avait surtout des sacrificesdirectemeot ^^ffiatoireipour le piehé, et c'étaient les plus non»» breuxet les plus importants. Ces sacriQces étaient d(^jà connus du temps des l^triarches, avant Moïse, ainsi que cela résulte de ce qui est littéralement dit, en particulier, au sujet du sacrifiée sanglant de Noé et de celui que Dieu même prescrivit aux amis de Job. Quant à ceux de la loi Mosaïque, le livre du culte, leLémtique^ est aussi abondant et explicite à cet rganl qu on puisse le demander. La vie de H animal ett dant^le $ang, y est- A dit, eeH pourquoi je vom ai ordonni de m'offrit ce sang sur Vautel, afin quil serve à faire V expiation de vos péchés ; car eesl lesanj qui doit faire expiation pour lâine\ Le fanx serment, le vol et d'anù-es crimes de genre, sont expressément mis au nombre de ceux qui doivent ilre expiés de cette wuinière, afin que le cmpabte, dit le texte, puàse obtenir par là son pardon^. — Outre ces sacrifices expiatoires pour les iudividua, il y en avait ds généraux pour tout le peuple. Je ne puiam'arrèter » £Mc «nr, 11,-.» IMU I, f-, ▼, ft#, «r; m,

Digiti:

Page 1