EA CHOIX. W
à en parler ici. Je rappellerai seulement la granit flhù anmielle des Expiatiùmy dont le nom même, aussi bien qae les rites, siii'ûraient seuls à lever tous les doutes. Au nombre des victimes immo^ lëes pour le péché, en ce jour solennel, se trouvait eelle si connue sous le nom de Boue émissaire ou BazazeL Le grand Saerificaleur^ est-il dit dans le livre de la Loi, le grand Sacrificateur po^en} les deux mains wr la tête de ce boue, et fera sur lui une confession générale des iniquités d'Israël, de ses rébellions tt de tons ses péchés ; il en chargera la tête de ce boue \ C'était, comme on voit^ donner une forme presque ^ible à la translation symbolique des péchés du peuple sur la victime. Certes» on ne pourrait exprimer plus clairement le sens er-Ia pensée du sacrifice expiatoire.
Mais ces sacrifices sont-ils représentés dans la Bible comme ayant une valeur par eux-mêmes, nne efticacité réelle et intrinsèque pour Texpia* lion des péchés par le sang des animaux? Nullement. Il est impossible, dit saint Paul, que le sang des taureaux et des boucs Ole les péchés^. Le sacrifice sanglant n*était donc qu'une l'orme de culte, ua S}'nibole, une figure, que Dieu avait jugé bon d'établir comme une pratique nécessaire et i la--
• UéL xn, 31. - 9 Eébt. z, 4.
100 QVATP.lÈJllî CONFÉREXCE.
quelle il avait lié le pardon du pécheur; mais, prenez-y garde, du pécheur repentant. Oui, repentant; et cela est si vrai, que, dès que les dispositions du cœur manquaient, dès que Thomme faisait du sairiiice une œuvre seulement matérielle, r£terne4 le déclarait sans valeur à ses yeux. Quai'je à faire de la multitude de vos sacrifia' ces? Je ne prends point plaisir au sang des agneaux et des boucs. Ne m'apportez plus devosoblationsdliypocrites\ — Ce que TÉternel voulait avec le sacrilice, il le dit : c'était un cœur contrit et humilié'^, c'était un cœur désireux de rebrousser chemin vers se4 témoignages^, c'était un cœur qui se donnât à lui et qui mit sa pleine conQance pour son pardon en cette expiation par le sang, parce que Dieu l'avait dit; c'esi-h-dire, encore une fois, ce que l'Eternel voulait avec le sacrifice, c'est la Foi.
Mais alors, puisqu'il en était ainsi, direz vous, pourquoi le sacrifice expiatoire? pourquoi cette forme de culte a-t-elle été si constamment et si fortement voulue de Dieu? Que signifie donc ce symbole sanglant, qui n'est rien par lui-même? Une figure doit être la ligure de quelque chose ! — Oui, mes frères; et si vous nevo\ezdans l'instituiiou divine du sacrifice sanglant qu'une forme *
« E*. I, ll-i3, UTi, 3; Pi. I, u. — « Ps. ii, i9. — » Pi. «w. 59.
sans fond, qu'une idée purement arbitraire, vous ne pouvez rien comprendre à la Bible ni à Dieu son auteur; ou plutôt» vous les dégradez tous deux. Mais élevez-vous plus haut, écoutez ce qui se dit en Eden : alors tout s*éclaircit. Celte Postérité de la femme, qui écrasera la têle du serpent \ ce descendant d'Abraham en qui toutes les nations seront bénies^, ce Scilo qui rassemblera les peuples^, ce Messie*, ce Rédempteur ^j cet Agneau de Dieu immolé dès la fondation du monde^, voilà la réalité du sacrifice sanglant, voilà TExpiation parfaite qui donnait son sens et sa valeur à l'expiation figurée; voilà ce qui explique les oracles, les institutions, l'histoire, les fêtes religieuses des Enfants de la Promesse, et toute cette Loi cérémonielle qui n'était, dit l'Apôtre, queï ombre des biens à v^nir\ et un œnducteur pour nous ammer à Christ afin qitenous soyons justifiés par la foi*. — Oui, c'est cette Promesse d'une Expiation divine sur laquelle Dieu voulait fixer, par le sacrifice, les re* gards de l'humanité désolée. C'est celte grande Promesse qui depuis le commencement du monde a retenti tellement sur toute la terre, qu'on en
^ Gcn. m , 15. — ^ Gcn. xii, 3 ; Act. m, 24, 25. - 3 Gen. xux, 10. ' — *OuOi!IT; voy.E». LXi,1, etc. — *E9. nx, 20. — «Apocxiii, 8. -'Hébr.x, 1.-^8 Gai. m, 21.
108 QUATRIÈME CONFiEKNCE.
retrouve encore des traces chez presque toutes les nations païennes, non-seulement dans leurs sacrifices, mais dans leurs traditions, dans leurs usages, dans leurs écrits. C'est cette Promesse qui émouvait sans doute le cœur d'Âbel quand U offrit par la foi, nous dit saint Paul, un êacrifiee plus excellent que celui de Cain^ ; car quelle foi poi»vait alors le disiii){:;uer de Gain, si ce n est celle au Réparateur promis? Et cette foi, il la tenait de sa mèie ! C'est encore cette même Promesse qui soutenait et animait les Patriarches, les Prophè^ tes, et tous ceux qui attendaient, comme Zacharie, la consolatton d'Israël ^- car, comme Christ remplit tout l'Ancien Testament, ils croyaient en lui et ils regardaient à lui comme à la source de leurs espérances, comme au fondement de leur salut. Oui, ils croyaient en Christ; et ce n est pas ici, mes frères, une expression hasardée, ni une conjecture de ma part : c'est ce qui est dit itérativement dansl'Ëvangile par le Fils de Dieu lui-même et par ses Apôtres inspirés. Je ne puis faire beaucoup de citations, mais j'en ferai. D'abord, celle où le Sauveur déclare qa Abraham désirait avec «rdeur voir le jour de son avènement^. Puis celle où saint Pierre, parlant, dans sa première épître» de
* Hébr. XI, 4.-^3 Luc n, 25. — ' lean tm, <SS.
Ul gbosil. 111
mmqm, £mtnymU à fésm^ remponeni U sofarf A kmr âme four ricompaue de l$mr fdi^ ajcnite immë* dbteuient : Ce talut u été l'objet da reckerehe$ el de$ mééUahom da pnphète» qui ont prédit la grâce qise wms aoex reçue. lis ont lâehi de discerner ce que ïe^ frit de Chritt, (pti était en eux, leur annonçaU à /'avanee, tourhatU le temps el les conjonctures dans le»quelles le Christ devait souffrira Tous ces fidHes, dit encore saint Paul après une longue énumération des justes de TAncien Testament, tous ces fidèles sont morts dans la foi^ sans avoir reçu les choses qui leur avaient été promises : ils les ont vues seulement de fam, fiiaâ ils les ont embrassée»^.
Vous (taraiVU assez manireste, àcette heure, que ces fidèles connaissaientChrisi? bien plus, qu'ils croyait^nt, comme nous, à Christ crucifié, c'est àdire, à Cbri>t rédempteur, à son sacrifice pour la rémission des péchés? Et comment n'y eussent-ils pas cru y Leurs Livres saints l'annonçaient assez baut. Ecoutez seulement encore quelques lignes de ce chapitre d'Ësaie qui frappait si fortement l'officier de la r^ne Candace, quand l'Apôtre Philippe Je lui expliqua , disant : c'est -de Jésus qu'il est ici questicm (et alois il crut <et fut sauv^'. Imaginez un instant qne, transportés an tenqps
* I Pierre i, 8-11. — > IHk. u« 18. — > AcL Tia, 8Br-88«
10k QUATRIEME GONFÉRBNCJS.
des fidèles de l'ancienne Alliance, vous lisez avecfoi, cqmine eux'et avec eux, les paroles de ce cha* pitre; et dites, si vous-mêmes n'auriez pas cru, comme eux et avec eux, à l'expiation de vos pé* chés par le sang du Christ, enlisant : // était navré pùur no$ forfaits, froissé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous procure la paix est tombé sur lui^ et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. V Éternel a fait tomber sur lui liniquité de nous tous. Mené à la tuerie comme un agneau, la plaie lui a été faite à cause des péchés de mon peuple. Mais , après qu'il aura donné sa vie en sacrifice pour le péché, mon serviteur juste en justifiera plusieurs, par la connaissance quils auront de lui ; et il se chargera de leurs iniquités^ .
Je crois, mes frères, que vous pensez maintenant comme moi sur la clarté avec laquelle l'Expiation du Christ était annoncée et préparée dans tout l'Ancien Testament. Le sacrifice sanglant fut alors un mémorial de LA MORT DU SEIGNEUR jusquà ce qu'il vtnl, de la même manière que la sainte Cène est encore un mémorial de là mort DU seigneur jusqu'à ce qu'il vienne^; car cette mort domine toutes les destinées de l'humanité, passées et futures. L'Expiation divine reste immua*
1 E». LUI, 5-8, il. - 3 1 Cor. xi, 25-27.
LA CROIX. iOS
ble comme Dieu ; les symboles seuls varient. Le symbole sanglaot se change au symbole du pain et du YÎn, mais leur sens est le même» ainsi que la condition qui y est attachée. Celui qui sacrifiait mdt^nem^nt demeurait sous la condamnation, comme y demeure celui qui commtme indignement.
n. L^xplatlon du Christ accomplie et ppéehée dans le ^Wonveaii Testament.
Ëst-il vrai que le Nouveau Testament nous prêche lexpiaiion des péchés par le sanj; du Christ, et qu'il nous montre cette expiation accomplie ici-bas? Cest la seconde question que j*ai à examiner. — Hélas, mes frères, la difficulté dont je me plaignais tout à Theure se rencontre ici bien plus grande encore ; mais puisqu'il faut enfin» par défaut de temps, se résoudi*e de nou* veau à n'exposer qu une partie de la démonstration f je m efforcerai du moins d en indiquer les traits les plus saillants avec autant de netteté qu'il me sera possible.
Pourquoi le Christ est-il venu sur la terre? — Sans doute pour y répandre des bénédictions aussi nombreuses que variées. Il est venu non-
106 QUATRIÈMK GOUFÉEEUCB.
seulement mettre dans un jour éclatant et par la vérité religieuse , jusqu'alors incomplète et surchargée d'erreurs, même pour les plus grand» phîlosoplies, mais il est venu la faire descendre, cette vérité, des hauteurs inaccessibles de resprit où elle était reléguée, pour la vulgariser dans le monde et en faire, pour ainsi dire, le pain quoti^ dicn des plus ignorants et des plus simples. 11 est venu, non-seulement enseigner la morale la plus sainte et la plus belle, mais il lui a donné une force et une sanction que jamais morale n'avait reçues, par sa vie sans péché et par laccomplissement parfait de toutes les vertus. Il est venu, non-seulement présenter à chaque homme, à chacun de vous, les plus puissants moyens de perfectionnement, les plus douces consolations dans ses maux, les plus magnifiques espérances pour lavcnir, mais il est aussi venu présenter aux sociétés humaines les seuls principes qui puissent garantir leur prospétité et leur paix ; il est venu les jeter dans une voie de civilisation nouvelle et féconde, dont rien auparavant ne leur donnait Tidée. U est venu, en un mot, ap* porter ici-bas des biens immenses, pour lesquels, fiissent-ils seuls, on devrait encore dire de Im qs'îl est venu pour le i)onheor et le salirt 4e
LA cmoix. iflqr
rbumanité. A Dien ne plaise cpie je dimiime aucun de ses titres à notre ri^connaissance et à notre amonr; ce serait être é^^alement insensé et ingrat.
Mais ce serait l'être bien davantage encore, quand, au milieu de tous ses bienfaits, on on- Uicrail le plus nécessaire et le plus grand; la seule chose peut-être qui ne pût être faite que par lui ; le principal, si ce n'est Tunique but pour lequel il quitta le ciel , le rachat des âmes, lexpiation des péchés sur la Croix. Sa mort, sa mort sanglante, voilà surtout son crurre, ainsi qu'il le dit, Tœuvre pmir laquelle il est venu ; car il nétait pas seulement un Docteur divin, il éiait avant tout le divin Rédempteur, VAfjncau de DieUy cette victime sans défaut et sans tache, que saint lierre (comme saint Jean) nous apprend avoir été désir gnée avant la fondation du monde\ dit-il, selon le dessein prédéterminé ei k prescience de Dieu ^. Aussi , entendez le Sauveur lui-même. Toujours il parle de sa mort comme d'une nécessité : Il faut.
Comme Moise éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé, afin qu'aucun de ceux qui croient en lui ne périsse '. Si saint Pierre, avant qu'il comprit Téconomie de la
* I Pierre I, 19. — ^ Act. ii, 23. —'Jean ui, 14.
grâce, repousse cette idée, et s'écrie en embras* sanlsoQ Maître : i Dieu ne plaise!... Arrière de moi, lui répond Jésus, tu nentren pas dam les vues de Dieu \ Et quand l'heure de son supplice approche : Mon âme est troublée, s'écrie-t-il ; mais que dirai-je ? cesl pour cette heure même que je suis venu^. Sa mort, sa mort sanglante, toujours il la présente comme un sacrifice expiatoire. Le Fils de rhomme est venu donner ta vie pour la rançon de plusieurs^. Écoutez-le, instituant la sainte Cène : Ceci est mon sang, le sang de la Nouvelle Alliance^ qui sera répandu pour la rémission des péchés ^. Saint Paul, qui eut le privilège d'être directement enseigné du Christ après son ascension, nous parle du Fils disant au Père, dans de m}^térieuses communications : Tu n'as point agréé les holocaustes, ni les victimes pour le péché, mais tu m'as formé un corps. Me voici ; je viens, 6 Dieu, pour faire ta volonté, selon ce qui est écriCde mtn dans le Livre^. Quel doute peut-il rester après ces paroles?
Mais nous n aurions pas même tant de déclarations solennelles sorties de sa bouche, qu*il suffirait en vérité de contempler ce spectacle , à
» Math. XVI, 22, 23.-3 jean xii, 27. — » Malb. xx. 28. * * Hath. XXVI, 28. — * Hébr. x, ll-iO. Ce<i, en ïwrlîe, une citation du Ps. XL, 7-9.
la fois si émouvant et si terrible, de la Passion du Sauveur, pour y reconnaître, aux lueurs qui s'en échappent , la présence d'un profond mystère, le mystère de TËxpiation. Voyez le divin Rédempteur s approchant de ce redoutable moment, IL FAÉMiT. Agonie de Gethsémané, que n(»us apprends-tu? Quoi! le Fils de Dieu est comme accablé? Son àmey dit-il, ezi same d'une iristcm tnorteU^'? Quelle angoisse, quelle lutte inouïe, que ceUes qui font tomber de son corps une sueur de sang^ I Je le vois prêt à reculer devant ce calice d'amertume : Oh I s'Hélait possible quil s éloigne de moi I... mais ta volonté soit faite^. Que se passe-t-il donc, grand Dieu! Que contient cette coupe, capable d'épouvanter le Christ? — Et lorsqu'il est suspendu sur la croix , entre le ciel et la terre , sur ce terrible autel, ce n'est pas seulement le sang de sa chair qui coule, l Agneau est immolé SPIRITUELLEMENT : eutèndez-vous ce cri d'ineffable douleur? Mon Dieu, mon Dieu^ pourquoi m'as-tu (d>andonné*l... — I^a voilà sans doute, cette séparation d'avec Dieu, qui m'attendait et qui m'eût précipité dans Tabime ! Le voilà sans doute, cet instant suprême de TExpiation^ où le Fils ne sent
• Math, xwi, 3T, 3S. -' lue xxn, 44. — » Milb. xxfi, 39. - * Marc XTi, 34.
lie QUATEIÈHB CQNPÉIBKCE.
plus Dieu dans sa grâce, maiti dans sa souveraine justice!....
Mystère redoutable !.••. Je te vois, quoique je ne puisse te suivre dans tes replis. Non, je ne di^ rai pas : C'est ici que Dieu le frappe et c'est là qu'il le soutient encore. Gomnientun œil mortel, comment le scalpel de l'homme sonderait-il , et mettrait-il à nu, les profondeurs du Diviu ! Biais ce qui éclate à mes regards, c'est que ce ne sont pas là des soufiVances et une mort ordinaires.— Là, des souffrances et une mon ordinaires? Quoi! le Fils de Dieu, le Prince de la Vie, Celui en qui résident la puissance et la gloire divines, se serait donc monlrë moins fort contre la douleur, plus épouvanté dun sépulcre de trois jours, que tant de milliers de ses martyrs, qui, en face de la mort et des plus eilroyables supplices , les ont affrontés et subis sans peur et avec joie, parce qu'ils croyaient en lui ? C est impossible ! ! ! Si j'admettais pareille chose, je croirais insulter à la Passion de mon Sauveur.... Et ne vous semhle-t-il pas à vous-mêmes que, tout au moins, ce serait ne pas la comprendre, ce serait ne pas la sentir, oe serait ne la voir qu'avec un bandeau sur les yeux? — Oui, la vue seule de celte grande scène sufiirait à révéler le mystère de TExpiatioD*
«LA CROIX. i%t
S, après qa'tt ftit accompli, les Apôtres s'eo toisent-ils peut-être? oa n'en parleul-ils, dn moins, que rarement et comme d une doctrine secondaire? Ds en sont si loin, que ce dogme fait b substance et le but de toutes leurs prédicalions et de tous leurs écrits ; ils seml>lent tous penser eomme saint Paul, qui ne voulait savoir qu'une seule chose : Christ etChiist crucifiée — Pour vous diinner une idée de la manière dont ils prêt hent Texpiation des péchés par le sang de Christ, j'avais fait choix de trente passages, parmi ceux qui m'avaient paru les plus formels, les plus mconteslables , les plus évidents. Je ne puis songer à vous les redire ici^ sans doute, mais je le regrette. Ëcoutez-en, du moins, quelques-uns, et dites s'ils laissent quelque doute sur la croyance des Apôtres. Christ a porté nos péchés en son corps sur le bois; cest par ses meurtrissures que nom sommes guéris^, llasouffert, lui juste, poumons Injustes^. Jl nous a rachetés de la malédiction de la Ln, êynnt été fait malédiction pour nous*. Christ, notre Pâque^ a été immolé pour nous^. JEt c'est bien à son nog qu'ils attribuent Texpiation des péchés; écoutez-les encore. Nous sommes justifiés par la ré-
*ICor. D,8.— ^iPier. n,24. — 'IPier. io,i8.— « Gai, iu,i3.
112 QUATRIÈMB GONFMENCE.
demplion qui est en Jésus-Christ , dit saint Paul , en ce Christ que Dieu a établi pour être une victime de propiliationpar la foi en son sang,' voulant ainsi faire éclater sa justice^ El saiat -Pierre ajoute : Ce n'est point par des choses périssables que vous avez été rachetés, ce^t par le précieux sang de Christ^. Cest le sang de Christ qui nous purifie de totitpéché^, s'écrie saint Jean, quelques versets avant mon texte (que vous n'avez point oublié sans doute). Mais en voilà assez ; terminons par cette déclaration de l'Esprit Saint : Le Père a pris plaisir à réconcilier toutes choses avec lui-même par son Fils ^ rétablissant la paix, soit dans le del, soit sur la terre y par le sang de la Croix\
Est-ce clair? Est-il possible de repousser la vérité de cette doctrine sans repousser en même temps la vérité de TÉvangile? Comment vous y prendriez-vous pour les séparer? Serait-ce en prétendant que ce ne sont là que des manières de parler? et que le sacrifice du Christ nest luimême, au fond, qu'une fijçure?... — Le sacrifice du Christ, une figure ! . . . Une figure de quoi? Estil la figure des anciens sacrifices , qui n'étaient eux-mêmes qu'uue figure ? Ou bien attribueriezvous peut-être à ceux-ci la réalité, et au sang des
«Rom. in,23-26.—«IPier. 1,18. - 3Uean.i.7. — 4Col.i,19,90.
animaux cette efficace que vous refusez au sang du Fils de Dieu? — Quoi! ce n'est que par une figure de langage , c^est pour la forme , que les Prophètes et tout l'Ancien Testament ont annoncé, conune ils Vont fait, le sacrifice expiatoire du Messie promis? C'est pour la forme que Jésus parlait de la nécessité de sa mort et de la rémission des péchés par son sang? C'est pour la forme qu'il succombait presque en Gethsémané, et qu'il se disait, sur la croix, abandonné de Dieu ? C'est pour la forme que les Apôtres ont iait de cette doctrine la base de leur enseignement, qu'ils l'ont prèchée, non-seulement aux Juifs, mais aux Gentils, aux Chrétiens de tous les âges, et à vousmêmes, comme le seul fondement de vos espérances dans le Ciel? — ^Et comment fallait-il donc qu'ils s'exprimassent pour dire que c'était une réalité ? Cherchez-leur une expression plus forte que celles qu'ils ont employées ; vous n'en trouverez point. Que serait donc un livre qui , sur un point capital, rassemblerait tous les moyens de dire ce qui n'est pas? Quelle confiance mériterait alors rËvangile? Ou plutôt, que seraient des Chrétiens, qui, en proclamant ce livre venu de Dieu, lui supposeraient un si fallacieux langage, un tel mépris de la vérité?
114 QUATRIÈMB CONFÉRENCE.
Non y non, mes frères ; si la Bible est vraie, la Rédemption par Christ est réelle. Et c est ainsi, d'ailleurs, que la doctrine chrétienne a été toujours comprise et toujours reçue , je puis le dire, par l'Église universelle. Et je l'avoue, c'est quelque chose pour moi ! Quand je me trouve en désaccord sur quelque point avec elle, pour être fidèle, non-seulement à mon droit, mais à ma conscience, et sous le regard de Dieu, je maintiens cette différence , je la subis. Riais il m'est doux de me sentir , comme ici et sur les bases mêmes de la foi, en communion avec la multitude des disciples de Jésus, depuis les Pères des premiers siècles jusqu'aux Réformateurs et aux fidèles de tous les temps; j'éprouve de la joie de cette communauté de pensée, et je ne crains pas de le dire , j'y puise une plus entière confiance dans la vérité que je crois.
Telle est, mes frères, l'esquisse des preuves et des témoignages, à la fois si nombreux, si puissants et si clairs, qui entourent le dogme de l'expiation des péchés par le sang du Christ; telle est cette vérité capitale de l'Évangile, que je vous prêche, comme c'est mon devoir, de toute la force et de toute la conviction de mon âme. Je ne puis faire autre chose A vous de Faccepter
LA tton. lis
on de k refeler ; to» êtes libres. Al tous de voir, si vous TOUS sentes assez s^ de ToasHnémes et de b supërioritë de votre jugement, ponr repousser ee qu'ont toujours enseigné et cm Dieu et les hommes, ht Bible et TËglise. A vous de peser, si vous prêterez vous présenter, dans quelques jours, devant le Tribunal Ssprème, chargés seuls de votre défense et décidés à y soutenir seuls le poids de la souveraine Justice, plutôt que de recourir à la grâce qui vous est offerte encore en
ce moment. Vous êtes libres même de vous
perdre.
Hais si vous acceptez cette grâce, cette ei^piation, cet immense bienfait, jrfus grand que vous ne sauriez jamais le comprendre, ahl laissez-moi vous conjurer d'élever un instant vos regards et vos cœurs à Celui qui vous Gt ce magnifique don, à Celui qui vous a tant aimés, qui a tant souffert pour vous, qui s'est fait le sacrificateur et la victime pour sauver vos âmes, et qui, à cette heure encore, vous appelle et intercède pour vous auprès du Père^ ; laissez-moi vous conjurer de lui rendre quelque amour pour tant d'amour. Oui, que Jésus soit quelque chose, quil so^t beaucoup dans vos pensées, dans votre vie, dans votre Re-
^ Rom. Tiii, 34.
ligion, car il est tout pour votre pardoa» et c'est par lui seul que vauê pouvez vous approcher de Dieu^. O mes chers frères, que désormais ce charitable Sauveur soit béni» dans nos âmes, comme l'auteur de notre paix, de notre joie, de notre salut! Que jamais notre pensée ne s'élève vers le Royaufne des Cieua sans un sentiment de reconnaissance et d amour pour Celui qui nous l'a rouvert. Que jamais le Fils ne soit séparé de nos espérances de vie éternelle, et que nous disions toujours, du fond de nos cœurs : (( À lui, à lui, » comme au Père céleste et au Saint-Esprit, soient » honneur, louange et bénédictions aux siècles » des siècles' ! » Àmen.
^ Jean xiv, 6. — ^ Liturgie de Genève , patt\m.
CaNQUIÈME CONFÉRENCE
Pour nous, nous préchoni Christ crucifié, qui est scandale aui Juifs et folie aui Grecs , mais qui , pour les élus, soit Juifs, soit Grecs, est le Christ, la puissance de Dieu et U sagesse de Dieu.
(ICOR.1,23,24.)
Nous avons suivi jusqu'ici la marche de la prédicatiou de saint Paul, qui commençait toujours par établir le péché, qui en montrait ensuite la condamnation nécessaire de la part de Dieu, qui en appelait même à l'exemple du monde païen, je veux dire à ses besoins et à ses misèresj et qui enfin, appuyé sur tout T Ancien Testament et sur ks dénumstraiions de r Esprit $aint^ qui l'inspirait, prêchait l'Ëvangile du Christ crucifié, c'est-à-dire le pardon gratuit par TExpiation de la croix* Uaintenant, dans le texte de ce jour» saint Paul
^ICor.n, 4,tf.
120 CIirQUIÈMB CONFÉBElfGB.
nous apprend qu'il reocontrait surtout deux classes d'opposants, $oit Juifs, $ail Grecs ; sa prédication étant un seandcde^nr les uns et une folie pour les autres. Or^ comme la nature humaine ne change paS| il est bien à croire que cette prédication a rencontré et rencontrera le même genre d'opposition dans tous les temps, et par conséquent dans le nôtre. Pour compléter donc l'œuvre que nous avons entreprise, en suivant jusqu'au bout les traces de l'Apôtre, il nous reste à nous mettre en face des deux classes d'opposants cpi'il nous annonce. Voyons d'abord ce qu'était la première.
Les Juifs, ce peuple qui semble destiné, comme on Ta dit, à porter un flambeau qui ne l'écIaire pas, les Juifs, ou du moins la plupart d'entre eux, avaient matériah'sé leur loi et n'en comprenaient presque plus le côté spirituel qui en était le but. Aussi, d'aprèsles idées charnelles qu'ils s'étaient formées sur le règne du Messie, refusèrentils obstinément de le reconnatlre dans ce roi humble et pauvre dent le royaume n'était pasdece mande; et à plus forte raison trouvaient-ils leondakux, qu'on leur prêchât la rémission des péchés par le sang de Celui qu'ils avaient mis à mort comme un imposteur et un blasphémateur. Rien
LA BAISOir. 121
là d'étonnant sans doute. Mais ils avaient encore nn antre motif pour repousser ce pardon gratuit qui leur était ainsi annoncé ; c'est qu'ils croyaient mériter le salut par eux-mêmes. D'abord, par leur qualité de descendants d'Abraham^; et c'est, vous le savez, l'idée qu'ils mettent sans cesse en avant. Puis, par leur régularité à s'acquitter de toutes les œuvres de la loi. Entourés delarges phylactheSf scrupuleux à payer la dtme de la menthe et à couler le moucheron^^ évitant aussi les grands crimes défendus par le Décalogue, ils marchaient pleins de confiance, et n éprouvaient d'autre besoin que de rendre grâces à Dieu de nétre pas des pieheursy comme le reste des Iwmmes^. Et beaucoup d'entre eux étaient non-seulement très-fermes dans cette croyance, mais consciencieux et zélés. G est saint Paul qui le dit : Je leur rends ce témoignage qu'ils ont du zèle pour Dieu ; mais ce zèle est sans connaissance. En effet, ne cormaissa^ni point la justification qui vient de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont point soumis à Christ, qui est l'accomplissement delà loi pour la justification de tous ceux qui croient*. Cette race d'hommes est-elle complètement éteinte? Je ne le pense pas. Nous renccm-
< Malb. m, 7-9. — < Maih. xxiii, 5, 34. — > Luc xnu, 11. ^ « Rom. X, 2-4.
iSS GlNQUIÈmS CONFÉEBNGB.
trertons peut-être encore, même au milieu des Chrétiens, des personnes qui^ scrupuleuses à suivre la loi du culte et des œuvres extérieures, Perchent à établir ainsi leur propre justice, et qui, planes de zèle (et par conséquent consciencieuses et respectables), mériteraient certainement qu'on leur rendit ce même témoignage que je viens de citer. Ces personnes trouvent aussi quela pré* dicalion du pardon graluit est un scandale. — Ce n'est pas à elles que je viens m'adresser aujourd'hui ; je Tai fait souvent déjà dans les précédentes Conférences, et j'y reviendrai spécialement dans la dernière.
Mais l'Apôtre nous signale une seconde classe d'opposants: ce sont les Grecs rais:mncurs\ habitués à chercher la sagesse en disputant sur la nature intime des choses, sur lepourquoiei le comment, et pour qui, en conséquence, l'expiation des péc hcs par le sang du Christ élait une folie. Y a-t-il encore de ces gens dans le monde? Je le crois ; et c'est précisément à eux que ce discours s'adresse. Je viens m'efforcer de les éclairer ; je voudrais dissiper les fausses lueurs qui trompent leur es* prit, et si je n'y réussis pas (ce qui n'est que trop possible)» je voudrais du moins vous prémuair
U. Cor. 1,29.
LA KAISOir. 128
contre les erreurs de raisonnement qui les re<tîennent encore éloignés de la vériUible doctrine de TËvangile. — Nous ne sommes pas cependant sans avoir des points communs ensemble. Ainsi j'admets, avec eux, 1 uitervention de la raison dans les choses religieuses; il est vrai, jusqu'à nne certaine limite que je vais indiquer. Je reconnais aussi, comme eux, que TExpiation par Christ, en elle-même et dans ses profondeurs, est on Tait incompréhensible et inexplicable. Mais voici les deux propositions, de la vérité desquelles je voudrais les convaincre. Premièrement , que si le mystère de la Croix ne peut être ration* nellemf nt compris (comme il ne peut 1 être en efl'et), ce n'est pourtant pas un motif raisonnable pour le rejeter. Secondement, que si le mystère de la Croix surpasse la raison (comme il la surpasse en eiTet), ceiiainement il ne la contredit pas ; et c'est là cette limite dont je parlais tout à l'heure. Eh bien, mes frères, raisonnons donc, puisque telle est notre tâche aujourd'hui. Cette tache, je ne puis rite le dissimuler, elle est pleine d'écueils et de difûculiés de tout genre, parmi lesquelles ce n'est pas la moindre» peut-êtie, que d'avoir seul la parole. En effet, telle objection, non prévue ou jugée sans importance par le prédicateur.
12i GINQUIÈMB COIÏFÉRBEfCB.
peut pourtant, à son insu, servir de refuge, et paralyser quelquefois auprès de plusieurs presque tous ses efforts ; car, malgré l'intérêt et les soins minutieux qu'il apportera, comme c'est son devoir, à chercher à se placer au point de vue (hélas ! déjà si variable) de ses auditeurs, il est impossible qu'il y parvienne toujours. Aussi , si je sens le besoin de demander à Dieu, du fond du cœur, de venir en aide à ma faiblesse, dans un travail entrepris pour soutenir la vérité de son Évangile, et si, en même temps, je prends rengagement devant vous d'employer toujours Tanne du raisonnement, selon mes lumières et mes for* ces sans doute, mais en toute sincérité et en toute droiture, je vous demande également à tous, mes frères, d'apporter, dans cette espèce de discussion, la même sincérité et la même droiture. C'est ainsi seulement qu'il peut en ressortir la vérité, et par conséquent la vie et le salut pour vos âmes. Dieu veuille que tel soit le fruit de nos recherches. Amen.
1. M le mystère de la Croix ne peut être ratlonBellenent compris, ce n^eat pas un ma* tlff raiaonnaMe pour le rejeter.
11 est impossible de croire ce qu'on ne corn-
LA BAISON. 12S
prend pas, c est positivement renoncer à sa raison. — Telle est l'assertion de bien des gens, qui regardent peut-être en grande pitié ceux qui disent, commeje le fais^ nom croyom sans comprendre. Examinons cependant si cette soumission de notre part est aussi étrange et aussi déraisonnable qu'elle leur semble.
-Quant à moi, elle me le paraît si peu, qu en vérité ce serait plutôt la prétention opposée que je serais tenté de trouver étrange et peu raisonnable. Et en efiét, si elle était fondée, c'est-à-dire si on ne devait rien croire de ce qu'on ne com* prend pas, je ne sais pas trop ce qui nous resterait de nos croyances. Par exemple : nous ne pouvons connaître ce qui existe et ce qui se passe en dehors de nous que par nos sens ou par le témoignage. Eh bien, qui a jamais expliqué ou compris, non-seulement ce que c'est queues sens (l'ouie, la vue), mais la manière dont ils nous mettent en communication avec les choses extérieures, leur asservissement parfois à notre volonté, et parfois aussi leur révolte, leurs inconcevables hallucinations, leurs contradictions, et, par conséquent^ le degré précis de confiance qu'ils méritent? Nous ne devrions donc pas nous fier à ce qu'ils nous rapportent, mais suivre, au contraire.
126 GIirQUIÈMS COffFÉBElTGB.
ces philosophes qui ont été conduits précisément par là, comme vous le savez, à mettre en doute et même à nier complètement lexistence du monde physique. Cependant nous croyons tons ici à la réalité des choses qui nous entourent, quoiqu'il nous soit impossible d'expliquer la nature et le mode des perceptions qui nous les révèlent.
Le témoignage, l'histoire, nous présentent les mêmes difficultés, les mêmes mystères. Tantôt ce sont des faits vraiment incompréhensibles, que le témoignage nous force à admettre ; tantôt ce sont dos témoignages parfaitement concluants , que les faits nous forcent à rejeter. Que je vous cite un exemple de ce genre (quoique jesois forcé d'être très-sobre d'exemples, et à mon grand regret, car ils saisissent bien mieux que le raisonnement seul), que je vons cite, dis-je, un exemple de mystère historique assez singulier. Vers la fin du troisième siècle de notre ère, un auteur grec fort peu connu, et d'une assez mince autorité, en racontant une éruption du Vésuve, consacre une ligne (pas davantage) à dire que cette éi*uption ensevelit complètement deux villes populeuses. Or, la réalité d'une pareille catastrophe, qui était censée avoir eu lieu au centre même de
uk AAiSM. linr
r^mpire romaio» à une des époques les plus Ivh mineuses de rhistoire^et qui eût ainsi produit un immense retentissement, Ja réalité de cette catar strophe ne pouvait être raisonnablement aclmise sur la foi de ces quelques mots d'un historien étranger, qui écrivait plus de cent cinquante ans après ce prétendu événement, et qui était le premier, et qui resta le seu/, à en faire la plus légère mention. D'autant plus qu'on avait contre lui le rapport circonstancié d'un contemporain ; que dis Je? d'un témoin oculaire, d'un homme parfaitement éclairé, de Pline le jeune , qui, peu d'années après cette éruption et sur la demande de son ami Tacite, le célèbre historien (qui voulait, dit-il, transmettre ce fait d'une manière sûre à la postérité), lui en envoie d'abord une première relation; puis, sur la demande de nouveaux détails, il lui en envoie une seconde plus complète, où il peint les dangers qu'il a courus, les cendres et les pierres qui obscurcissaient le ciel et remplissaient l'atmosphère, lëpouvante des po* pulations fuyant dans les campagnes. . . et des deux villes ensevelies, pai tin $eul mot I Aussi laissa-l-on dormir ce conte, avec tant d'autres, pendant près de quinze cents ans, jusqu àceque, dans le milieu du siècle passé, l'outil d'un ouvrier qui creusait
ISg CINQUIÈUB GONFÉRBNGB.
des fondements, frappant par hasard une voûte, fit apparaître Herculanum et Pompéi. Il fallut bien croire à ces témoins irrécusables. Mais, quant à comprendre et à expliquer rationnellement le silence de r histoire, et en particulier celui de Pline, c'est ce qui n'est pas possible. — Il y a bien d'autres mystères historiques , sans doute ; mais j'ai tenu à citer celui-ci, parce qu'il montre assez bien la portée de certaines objections qu'on pourrait élever à l'égard de nos Livres saints, par exemple le silence (s'il est réel) de l'historien Josèphe sur notre Seigneur, ou telle autre du même genre.
Mais, des faits incompréhensibles et inexplicables qu'on estpourtant forcé d'admettre, nous en sommes entourés! nous en vivons, pour ainsi dire, âme et corps ! Eh 1 il n'y a presque que cela dans la nature!... Qui a jamais expliqué ou compris, par exemple^ comment cette aiguille suspendue se tourne invariablement vers le Nord ? On la suit pourtant avec confiance à travers l'immensité des mers, et elle ne trompe jamais. Qui a jamais expliqué ou compris, comment des animaux, des insectes, dès leur naissance et sans l'avoir appris, non-seulement font des œuvres d'art si merveilleuses, si régulières, que l'homme luimême est incapable de les égaler, mais donnent
(tes preuves d'une prévision , d'une finesse d'intelligence, d autnnt plus inconcevables qu'elles ont en vue des situations que ces animaux n'ont jamais pu connaître, et qui ménie ne se réaliseront qu'après leur mort? Cette mouche, par exemple, dont les larves ne pouvant se développer que dans le corps du cheval, vient les déposer sur cet animal, mais là seulement où sa langue peut atteindre, et qui Texcite ensuite par ses piqûres, jusqu'à ce qu'il transporte lui-même dans ses entrailles le fragile et précieux i'ardeau de celte postérité qu'elle ne verra jamais. Il faut pourtant bien le croire, car cela est. Mais vous savez que je pourrais entasser des exemples, et bien loin que le progrès des sciences en diminuée nombre, il . l'accroît sans cesse. Que sont, en etiet, la plupart des découvertes en tous genres, si ce n'est de nouveaux mystères inexplicables? Je pourrais en énumérerici qui rendraient stupéfaits, s'ils pouvaient les entendre, les hommes morts il y a cinquante ans* et qu'ils nieraient peut-être. Et nous avons des savants, parmi nous, qui pourraient en énumérer qui nous rendraient stupéfaits tous, et que nous nierions peut-être, sans la confiance et le respect qu'ils nous inspirent.
Des choses incompréhensibles et inexplicables
laO GINQUlim COMinftEBNCB.
{gat on Qst forcéfd'admeUre?*.. Maisil y en a d«is toutes les sci^ioest même humaines ; et jusque iians les authématiques» qui démontrent que deux lignes peuvent se rapprocher toujours sans se rencontrer jamais* et qu'on peut tenir l'inGni dans sa main! Nous sommes nous-mêmes un mystère inexplicable à nousHOiémes ; et cependant, nous ne pouvons pas nous nier. Qui a jamais expliqué ou compris, ce que c'est que la vie? ou seulement comment le pain se change en chair et en sang? Qui ajamaisexpliquéoucomprisrunion du corps et de rame et leur influence réciproque? comment une cause purement immatérielle agit sur la matière, comment ma volonté fait lever mon bras? — Voulezrvous entrer dans le champ de la métaphysique? ou seulement, croyezrvousenDieu?£t alors, expliquez-vousen conséquence, ou dumoins comprenez-vous, la création, Téternité, un Être qui a sa cause en lui-même ou qui n'en a point, l'accord de la prescience divine avec la liberté de l'homme , et tous ces insondables abîmes où la raison humaine s'est toujours perdue? Ou bien, espéreriez-vous échapper au mystère en vous disant matérialiste, athée? EhJ non-seulement la plupart des anci^is demeurent, comme Tétav nité, rinfioi^ mais il en sugit di^ftoaMaux (dus
LA BAIMV. 191
Mmbrenx, plm incompréfaensiblM» plasmexplicablei» encore que tous les autres. Non, non ; il n'y a qu un seul moyen d'é?iter de croire aux mystères, c'est de ne rien savoir et de ne rcflëchir sur rien« Eh ! c'est là , sans doute, le secrrt de ces hommes que vous entendrez peut-être dire fièrement : « Je ne crois que ce que je vois, ou n que ce que ma raison m'explique; » et qui, tout glorieux de donner ainsi la preuve d un esprit si ferme et si sâr, sont bien loin, certes, de se douter qu'ils ne prouvent autre chose que leur ignorance et leur incapacité. Et c'est pourtant bien là que vous trouverez les adversaires les plus tenaces, les plus confiants et les plus décidés contre tans mystères; car, si l'on a dit sous ce rapport, avec grande raison, que la science et surtout la demi-science enflcnl parfois, on peut dire, je crois, avec la même justesse, que l'ignorance enfle autant, si ce n'est plus, que la science elle même. Oui, tout homme un peu sensé et instruit re-eonnaitra pleinement qu'il lui est impossible de ne pas croire souvent à des choses qu'il ne peut comprendre, et qui même, quelquefois, semblent an premier coup d'œil choquer sa raison. 11 re- Monattra pleinement qu'il est impossible qu'il n'y ait pas des mystères pour nous, puisqu'il y en
132 CIIiOITIBMB CONFÉRENCE.
a pour les plus grands géuies, puisque les Platon, les Leibnitz, les Pascal, les Newton , sont les premiers à les proclamer et à s'y soumettre en s'humiliant; et que, eussions-nous dix fois plus de génie qu'eux , eussions-nous toutes les facultés des anges, il serait encore impossible qu'il n*y eût pas, pour nous, des choses incompréhensibles et inexplicables. Il reconnaîtra pleinement que , pour Fhomme, demander qu'il n' y ait point de mystères, c'est demander, au fond, de connaître parfaitement le plan et tous les détails de l'univers, c'est-à-dire, c'est demander d'être Dieu; car Dieu seul, l'auteur, le centre et la lumière de toutes choses, les voit sans ombre.
Eh bien, mes frères, serait-il possible, seraitil vrai, que, parmi ces hommes sensés et instruits, et peut-être dans toutes les classes, dans toutes les vocations, il s'en trouvât qui, en reconnaissant toutes ces choses, ne veulent pourtant accepter aucun mystère dans la Révélation? Seraitnl possible, serait-il vrai, qu'ils contredisent à ce point leurs propres principes, dès qu'il s'agit des choses révélées, sans se douter qu'ils imitent tellement ainsi ces ignorants de la nature dont je parlais tout à l'heure, et dont le naïf orgueil les faisait sourire? Quoi ! mon frère, vous qui recon-
LA HAISON. 133
naissez si bien que vous ne voyez rien à vos pieds, vous voulez tout voir dans les profondeurs du Ciel ? Quoi ! vous qui restez muet pour expliquer comment germe et se développe un grain de blé, vous voulez savoir à fond comment germent et se développent les conseils et les perfections du Très- Haut? Et vous ne permettez pas à la Révélation de se refuser à une prétention si étrange, pour ne pas dire plus! Ignorez-vous donc que, quand il n*y aurait point de mystères ailleurs, il faudrait, par la nature même des choses, qu'il y en eût là? Ignorez-vous que de grands philosophes, qui ne se plaçaient point au rang des chrétiens, ont dit qu'une Religion sans mystères, par cela seul était une Religion fausse? Ignorez- vous que nonseulement les mystères sont inévitables, mais qu'ils ont une haute mission à remplir, qu'ils révèlent l'autorité, la grandeur, la poésie de la Religion, comme la nuit révèle la grandeur et la poésie des cieux? Ignorez-vous qu'en détruisant le mystère, vous détruisez la foi, et qu'en lui ôtant la foi, vous ôtez à l'homme la meilleure part de sa force, de sa consolation , de sa grandeur? — Non, il m'est impossible de croire que, en y réfléchissant, vous refusiez toujours d'admettre des mystères dans la Révélation. Mais si.
aprèft tant de iDoti&, vous persistiez eneora... franchement, e8t*ce contre moi que la raison doit prononcer?
Me sera-t-il permis maintenant, mes frères, saisissant de nouveau le Mystère de la Croix, de proclamer hautement, sans crainte et sans honte, en face de la raison, que j'y crois de toute mon &me... sans le comprendre?
II. Si le mystère de la Croix snrpiisse la ral- I, certainement U ne la contredit pas.
De ce que je viens de prouver que la raison même nous oblige parfois à croire une chose quoique il soit impossible de la comprendre, je ne conclus certainement pas qtfon soit obligé de croire une chose parce que il est impossible de la comprendre. Au contraire, en pareil cas on a le droit et le devoir de se montrer d autant plus exigeant sur les preuves; comme on Ta dit, il me faut des raisons pour soumettre ma raison. — Je vais plus loin même : si i on me présente à croire une chose qui ne soit pas seulement iocompréhen* sible et inexplicable, mais qui contredise directement ma raison , il m'est impossible de Tad*
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l ftAifloir. MB
mettrOy ijnêHês ijm soient d'^knirs tes preures ifai l'appuient ; car, c'est arec ma raison qne j'apprécie la force et la valeur de ces preuves, et si le résultat est d'anéantir cette même raison, il est évident que toute base est ôtée à ma croyance : je ne puis plus distinguer le vrai du faux. Et ceci s'applique à la Religion autant, au moins, qu'à tout le reste. Dieu, qui nous donne la Raison et la Révélation afin que l'une nous conduise à l'au^ tre, ne peut vouloir, en effet, détruire Tune par l'autre, c'est-à-dire, nous fermer le chemin qui conduit à lui, ou nous livrer au premier imposteur venu, contre la fraude duquel nous resterions sans défense. Aussi, c'est ce qui a donné lieu à ce principe si connu et si juste, que si la Révélation peut, et doit même, enseigner des choses au-dessus de la raison, elle ne peut en enseigner qui lui soient contraires.
Au reste, je ne crois pas que personne ait jamais songé à nier sérieusement ce principe. Où l'on diffère, c'est sur l'application : tel dogme étant quelquefois déclaré par les uns directement emtraire, et par les autres seulement supérieur à la raison. Et il faut le reconnaître, c'est ici le point difficile, le point laborieux ; puisque la question reste soumise tout entière aux décisions variai
136 CINQUIÈME COMFÉRi£MCE.
bles et souvent peu éclairées des individus, il est bien vrai que les penseurs, en reconnaissant les droits de la raison, entendaient la raison humaine^ c'est-à-dire ses principes, ses notions universellement admises, et non le petit raisonnement particulier dechacuu, qui est, ainsi que tout le monde en convient, souvent bien faux et quelquefois même ridicule. Mais , comme ce raisonnement particulier est, au fond, le seul instrument que chacun possède pour apprécier et appliquer la raison générale, il faut bien en subir les conséquences; et quand un homme vient vous dire : Malgré tous vos arguments, ce dogme me paraît absurde, il n'y a rien à répondre; il a le droit de parler ainsi. Seulement» c'est à lui de ne pas oublier que s'il est Hbre^ il est responsable; c'est à lui de se demander s'il est réellement d une entière bonne foi dans le jugement qu'il prononce; en d'autres termes, si, avant de le porter, il a fait tout ce qu'il lui était possible pour s'éclairer, et pour écarter de lui linfluence des préjugés, des passions, en un mot de la volonté propre, qui est, quoi qu'on en dise, un élément si puissant pour croire ou ne pas croire. Or, comme tout cela se passe dans le for intérieur de sa conscience, c'est lui seul qui peut en juger. ..et Dieu.
— U me semble qu'il y a là un avertissement sérieux pour chacun, de bien prendre garde à Tusage qu'il fait de ce qu il appelle, à juste titre, son droit d examen et Tautorité de sa raison.
Mais, mes frères, qpoiqu ilui'ail paru utile et même nécessaire de rappeler ici ces principes, aûn que nous nous comprenions bien, je dois convenir qu'ils ne s'appliquent qu'en partie au sujet qui nous occupe.; car personne, que je sache, n'a accusé le mystère de la Croix de contredire directement la raison. Tout ce qu'on en peut dire, c'est qu'on n'aperçoit aucune relation logique, rationnelle, explicable, entre le sacrifice du Christ et le pardon des péchés, et c'est vrai; pas plus qu'on ne peut apercevoir, par exemple, de relation explicable entre une pensée et un mouvement du corps. Mais j'admets l'une de ces relations par suiie d'un senti m ont intime d'expérience personnelle, et j'admets Tautre par suite d'un témoignage que je sais venir de Dieu. Voilà qui surpasse ma raison, mais ne la contredit pas. — Ainsi , la seconde thèse que j'avais à prouver ne se trouvant plus réellement engagée , je pourrais m'arrèter. Qu'opposera-t-OQ, en efiet, à l'expiation des péchés par
tn CINOUIÈMI GOirFBEEErCB.
le sang de Cbrîst? Des difficirités, des objectioiis qui paraissent insolubles? Eh! sans doute, puisque c'est un mystère. Ira-t-on peut-être jusqu à dire que cette Expiation contredit les perfections de Dieu, en particulier, sa sagesse et sa justice? Et quand je raccorderais, pour un moment, il faudrait pourtant bien convenir que ce n est pas la même chose que de contredire la raison; car enfm les perfections de Dieu, ou plutôt les idées que nous nous en formons, ne nous appartiennent pas en propre comme les principes de notre raison; ce ne sont que des déductions plus ou moins éloignées. Je pourrais donc m abstenir. Cependant, convaincu qu'un examen attentif, bien loin d'augmenter, affaiblit la force apparente de ces objections, je croirais manquer à une partie de ma tache, si je les passais complètement sous silence. Écoulons-les donc.
Mais auparavant, quelle esp^ce d objectants vais-je supposer devant moi pour leur répondre? Sera-ce des hommes qui admettent la divinité des Saintes Écritures? Non, mes frères; car, de quelque manière que je m y prisse, je ne pourrais les placer que dans une position à peu près semr blable à celle-cî : w Je reconnais que Toici des » IJvres inspirés de Dieu ; je reconnais que Tex-
LA MAlMir. 189
» pkition des péchés par le sang de Christ y est » dairemerU et abondamment (notez bien ceci pour » éviter tout malentendu), y est, dis-je, claire- » ment et abondamment enseignée; mais, comme )» cette Expiation est contraire à la sagesse de » Dieu... c'est-à-dire à ma sagesse, dont je fais » la mesure de la sagesse divine, ce ne peut être » qu une erreur; et nous allons chercher tous les )) moyens de la faire disparaître de ces Livres que » Dieu nous a donnés dans sa sagesse. » Évidemment celte position est embarrassée. D'autant plus que, quoi qu'ils missent à la place de TEi^piation, dès quils conserveraient quelque chose de Foeuvredu Christ, ne fût-ce que comme Médiateur ou Intercesseur , leur système serait soumis aux mêmes objections que le nôtre, ainsi qu'il me serait facile de vous le montrer , si le temps le permettait. Mais je préfère me prendre à des adversaires dont la position soit plus nette et par conséquent plus forte. Aussi, sans leur demander d'aduiettre Tinspiration des Écritures, je les supposerai seulement croyant en Dieu et à ce qu'on appelle la Religion naturelle; et j'essayerai de leur foire comprendre, que non-seulement leurs objections n'ont pas la valeur qu'ils imaginent, mais que, si elles étaient fondées, elles
IVO CINQtlÈMK GOMFÈRBA'CE.
iraient jusqu*à attaquer leurs propres croyances. Sans doute je ne puis enga<)[er ici avec eux une discussion approfondie, et je le regrette; mais c^est à peine, en vérité, s'il me reste un moment pour donner, à la hâte, une faible idée de ce qu il y aurait à dire sur ce sujet.
En quoi, demanderai-je donc, en quoi TExpialion des péchos par le sang de (Christ est*elle rontraire à la sagesse de Dieu ? — D'abord, diiesvous, parce qu elle est inutile; puisque Dieu de^ mande en outre, pour pardonner, le repenlir et la conversion du cœur, il était bien plus simple, et par conséqiieni plus sage, de se borner à faire connaître ce pardon conditionnel, sans y ajouter tout cet appareil et ce circuit inutile. Je nie donc TExpiation , parce que je crois à la sagesse de Dieu. — Qui prononce ainsi sur la prétendue inutilité d'un fait ou d'un décret divins, parce qu'il n'en saisit pas les motifs? Qu'un habile ouvrier, m ouvrant une montre, me dise: Ce rouage est inutile, j'aurai confiance en lui; mais qu'il ajoute ensuite, élevant ses yeux et sa main : Cette planète est inutile au système du monde , ma confiance disparait. A plus forte raison dois-je me défier de votre jugement sur la partie d'un tout qui vous est encore plus inconnu.
LA RAISON. IVi
Connaissez- VOUS assez, en effet, la nature intime de Dieu , celle de ses perfections , leur influence réciproque et les exigences morales qui peuvent en résulter? Connaissez -vous assez la nature même de l'àme, celle du péché, et leurs rapports avec une économie future? Connaissezvous assez, enfin, toutes les conditions du gouvernement spirituel du Créateur sur les êtres intelligents et libres, pour prononcer ainsi, pour affirmer que le même résultat pouvait être atteint et le même bien produit sans TExpiation? Eh bien, moi , sous tous ces points de vue, je croirais pouvoir affirmer, au contraire , non-seulement que TExpiation était utile, mais quelle était absolument nécessaire en soi. Cependant ce serait peut-être là un autre genre de présomption ; je n affirmerai donc point cette nécessité, suivant en cela l'exemple des plus grands docteurs de TËglise, et je me contenterai de dire avec eux : Dieu est tout-puissant, il pouvait donc pardonner d une toute autre manière (il serait plus que téméraire à nous de le nier}, mais puisqu'il a choisi ce moyen, quoique je ne puisse en saisir la coordination avec l'ensemble, je suis bien convaincu que ce moyen était, si ce n'est le seul, au moins le meilleur. — Et cette manière
148 CINQUltalB GONFÈRENGB.
déraisonner n'est pas si étrange, car, si je ne me trompe , c'est aussi la vôtre en bien des cas. Qu'un homme objecte contre la sagesse divine dans la nature, de ce qu'il y a des poisons on des épidémies (qui lui paraissent bien plus qu inutiles), vous ne nierez pas sans doute la réalité de ces fléaux, mais vous ne nierez pas pour cda la sagesse de Dieu. Vous ne cesserez pas, non plus, de croire que le pain était destiné par^ Providence à la nourriture de Thomme, parce qu'on viendrait vous dire qu'il eût été bien plus simple, et par conséquent plus sage, de le donner directement, au lieu de faire ce circuit de labourer, de semer, de récolter, à travers tant de temps, de peines et de chances inutiles. Et cependant, dans ces exemples et dans mille autres, il s'agit d'un ordre de choses bien plus à notre portée. Ne sentez-vous pas, mon cher frère, que le premier point de la sagesse de l'homme, c'est de reconnaître qu'il ne peut pas être compétent sur tout, qu'il n a pas le droit de demander à Dieu de lui expliquer tout son plan avant de s*y sou* mettre, et que, s'il y a au contraire quelque chose de vraiment insensé, c'est de méconnaître et d'attaquer la sagesse de Dieu, c'est de nier ses décrets et même ses bien£àits, parce qu'on n'en
Lk RAISON. 148
eonnati pas tous les motifs, ou parce que les moyens qu'il emploie ne nous paraissent pas assez simples?
Mais vous prenez ensuite un autre point de vue, et vous dites : Dieu est immuable. Ou il est conforme à sa volonté de pardonner aux pécheurs qui se repentent, et alors le sacrifice n'y fait rien, le pardon viendra sans cela ; ou ce pardon n'est pas conforme à sa volonté, et alors le sacrifice n'y fait rien encore... à moins qu'on ne suppose Dieu variable» et changeant ses décrets par Tii^ fluence d'une circonstance extérieure; ce qui ne peut pas être. — J'aurais bien des observations à faire là-dessus; je n'en ferai qu'une. Transportez immédiatement ce raisonnemen là voire religion; que devient-elle? Elle disparait. Et d*abord,efiacez-en la prière. Quoi! vous prieriez pour la santé de votre père malade, de votre époux ou de votre fils? vous prieriez pour que Dieu bénisse vos travaux et vos entreprises , pour qu'il dirige vers le bien et sauve votre âme ou celles de vos eni'ants? Erreur! Dieu est immuable.
C'est votre raisonnement. Mais, avec ce raison* nement, je puis faire disparaître la repentaace eUe-mème que vous demandez. Écoutes : 0« il efitoonfiaciiie à la vokmté de Diea de sauver les
pécheurs, et alors, qu'ils se repentent ou non, il les sauvera bien; ou cela n*est pas conforme à sa volonté, et alors, qu'ils se repentent ou non, il ne les sauvera pas. Qu'est-ce que tout cela, je vous prie, si ce n'est la destruction de toute moralité, de toute < ommunication de l'homme avec Dieu, c'est-à-dire de toute religion? Ne voyezvous pas que vous arrivez ainsi à Timpitoyable Destin, au pur fatalisme? et vous n'en voulez pas! Vous êtes donc bien obligés de distinguer entre les décrets absolus de Dieu, s'appllquant à la matière et disant: Oua la lumière soit, el la lumière fui, et ses décrets conditionnels s appliquant aux êtres intelligents et libres, et disant à l'homme : Tu seras heureux, si tu es pieux. — Eh ! que de choses j'aurais à ajouter ici, que d'exemples à citer! Vous reconnaissez bien, certes, qu'il est conforme à la volonté de Dieu que ce pauvre ne meure pas de faim, que ce malade soit soigné, ce blessé secouru ; et cependant, vous le savez, tout cela se fera par le concours volontaire de l'homme, ou s'il le refuse, cela ne se fera pas, et ainsi la volonté de Dieu ne sera pas exécutée. Non, non, laissons cette arme de l'immutabilité divine ainsi entendue, c'est un pauvre argument contre l'Expiation. \ l'égard des hommes, Dieu
LA BAISON. 1V5
peut vouloir tels résultats, mais vouloir en même temps que ces résultats ne s'obtiennent que par tels moyens ; et ces moyens, il les choisit, il les varie, s'il le faut, précisément parce qu'il est libre et qu'il est sage.
Mais venons enfin à lobjeetion capitale, à celle qui &it le plus d'impression. Dieu punit linnocent pour les coupables... il n'est donc pas juste ! — Mes frères, si vous déduisez rigoureusement celte conséquence de tout ce qui semblerait la justifier, je ne sais trop ce que vous pouvez penser de la justice de la Providence. Que de fléaux, que de guerres, que de maladies héréditaires, que de souffrances et de morts, qui retombent sur des innocents, quelquefois même en épargnant les coupables! Non, Dieu ne pèse pas à notre balance ses actes souverains ; il semble même parfois à notre faible vue qu'il promène sans règle, sur la terre et sur la mer, ses redoutables dispensalions. Il faut le reconnaître, il est prodigue de la mort«.. parce qu'il est prodigue de la vie et maître de l'éternité. — Mais quittons ces considérations qui m entraîneraient trop loin ; prenons l'Expiation par Christ. J'y vois, en effet, une immense miséricorde pour des coupables , mais je n'y vois pas une injustice pour la Victime.
JO
lU GIVQUltHE COKFÉEENCB.
Car, ne Tonbliez pas, la Croix, ce n'est pas m CHÀTiiiENT... c'est UN DÉYOUEMENT. Tout esi là. Le dévouement , le savez-vous? c'est une puissance propre, c'est un lanj^age et un raisonnement d'un ordre supérieur, c'est une atmosphère plus relevée de l'intelligence, c'est une révélation, c'est le plus beau reflet de Dieu dans l'àme humaine. Le dévouement, il n'est pas rationnel, il est bien plus ! Ce Curlius qui se précipite dans un gouffre pour le fermer , ces hommes qui meurent pour leur pays ou pour une idée, cette mère qui se dévoue pour son enfant, ils sont illogiques^ mais ils sont vrais. Quand un père s'écrie : Laissez la vie à mon fils coupable ^ voici la mienne ! vous , juge suprême, sur le cadavre du père, vous épargnerez le fils ; et si le raisonnement vous condamne, toutes les âmes sont pour vous. Voilà ma réponse à l'injustice de la Croix.
Est-ce à dire , pour cela, que je prétends supprimer le mystère et le placer désormais, par mes réponses, au niveau de votre raison? A Dieu ne plaise! L'Expiation par Christ demeure un grand, un profond mystère. Quand je voudrais l'expliquer, je ne le pourrais pas; mais quand je ie pourrais, je ne le voudrais pas : ce serait attenter à ^ beauté, à sa (grandeur, à sa puissance, le
là. Miiwr. HT
4» de O0tte OMtre de Diea , w iqi'oii a «dît de Diea loMiéBe : a Pks je m*^orcede cantempler » son Essence infinie , moins je la conçois ; nais D elle est , cda me suffit ; moins je la conçois , n plus je l'adore, le m^umilie , et lui dis : Être » des êtres, je suis parce que tu es ; c'est m'éle- 1^ ver à ma source que de te méditer sans cesse. n Le ^us digne nsage de ma raison est de s'a-* )) néantîr devant Toi : c'est mon ravissement I) d'esprit, c*est le channe de ma feiblesse, » de me sentir accablé de ta grandeur \ d — Ces belles paroles sont d'un homme cpie les amis de la raison ne sauraient soupçonner. Elles sont de notre illustre et infortuné compatriote , qui , au milieu de tant de fautes , de tant d'erreurs , de tant d'tégarements d'esprit , fut quelquefois croyant par le cœur, comme ii le dit lui-même ; car il sentait bien plus profondément encore qu'il ne pensait* Mais voilà ses paroles, et je ne demande rien de plus pour la Croix.
Quelques-nns de ceux qui m'écoutent main«* tenant, et qui eussent craint de dire les mêmes choses avec moi , les rediront peut-être sans ré« pugnaBoe avec lean-Jaoques.... Qu'importe, si cela peut détruire Tobstacle qui les empêchait
118 CINQClillB CONPÉftBMCB.
de venir à rËvangile! Qu'importe par quelle voie ils arrivent, pourvu qulls viennent ! Oui , qu'ils s'approchent enfin, avec leur Rédempteur, de ce Dieu qui les aime et les appelle! Qu'ils disent avec nous , que nous disions tous ensemble : O Dieu si grand et si puissant, Maître souverain de l'univers, Être infini, comment de pauvres vermisseaux refuseraient-ils de s'humilier devant Toi ? Gomment de pauvres pécheurs repousseraient-ils tes bienfaits, parce qu'ils ne peuvent en sonder les profondeurs? Ah ! ce n'est pas nous. Seigneur, non, ce n'est pas nous : car nous voulons désormais te chercher , t'adorer , t'aimer. Bénis, ô Dieu, les pas que nous faisons vers Toi. Prends-nous par la main. Aide-noui dam la faible^e de notre foi\ Que chaque jour, nous avancions dans la connaissance et l'amour de ton saint Évangile; que chaque jour, nous nous unissions davantage à notre Sauveur, afin que, lorsque le moment viendra où, pour nous aussi, le voile sera levé, nous puissions, appuyés sur sa Croix, subsister en ta présence, et contempler les merveilles de ta gloire et de ta bonté dans les Cieux. Amen.
> Marc IX, 33.
SIXIEME CONFÉB£NG£
La Bonté etU Vérité le aont i contrées, la Justice et la Paii se sont embrassées.
(PS. LXXZT, li.)
Après avoir établi la vérité de l'Expiation des péchés par Christ, d'abord sur le fondement de Tuniversel et profond besoin qu'en avait l'humanité, puis sur le fondement plus ferme encore de l'autorité divine des Saintes Écritures, je n'ai pas craint de traduire celte doctrine devant le tribunal de la Raison; non pour faire disparaître le mystère, mais pour montrer qu'il peut satisfaire aux exigences légitimes de l'intelligence de l'homme. D me reste, maintenant, à traduire cette doctrine devant un tribunal non moins légitime en ce qui le concerne, celui de la conscience. — Et puisque j'ai parlé de tribunaux, permettez moi, mes frères^ d'en emprunter encore un instant le lan-
152 SIXIÈME COxNPÉREKCE.
gage^ dans l'espoir de rendre plus nette et plus précise lexposition de mon sujet.
Le Pardon gratuit , c'est l'accusé ; il faut donc bien connaître sa nature et ses prétentions avant de pouvoir le juger. Or j ai déjà dit que l'Expiation par la Croix et le pardon qui en est le fruit, ne forment qu'une première partie de la Rédemption, celle qu'on pourrait appeler sa partie négative, et qu'il en est une seconde (sa partie positive, si l'on veut), savoir : la Sanctification. Je ne viens point vous occuper de celte dernière; elle demanderait à elle seule une étude aussi attentive que celle que nous avons entreprise sur l'Expiation. Mais ce qu'il est important de savoir en ce moment, c'est que Tune de ces parties, quelle qu'elle soit, ne contredit nullement l'autre, c'es^l qu'elles subsistent ensemble sans s'afiaiblir mutuellement en rien, et qu'à le bien prendre, elles ne sont pas même successives, mais simultanées. Ce sont, pour ainsi dire, les deux faces d'une même pièce, parfaitement distinctes, mais inséparables pour que la pièce subsiste et garde sa valeur. Mais, pour me borner ici à ce qui concerne le pardon gratuit, sachez- le bien, il ne nous est pas donné une fois pour toutes sur la terre, il est le recours obligé de toute notre vie, il est le pain
LA COHSCIBMCB. 153
quotidien de nos àoies. Comme il est nécessaire et applicable à Tincrédule et au plus grand pécheur, il est de même nécessaire et applicable au Chrétien, à Thomme sanctifié; car, quel que soit le degré de cette sanctification, ce qu'il y a toujours dessous, c'est un pécheur, et un pécheur qui n a et no peut avoir pour ressource et pour saint que le pardon gratuit. Je rappelle enfin que Tessence de ce pardon, c'est, comme son nom rindique, d*étre donné pour rien ; et en effet, une seule condition y est attachée, c est la Foi ; entendant par là, je le répète, avec la confiance en Celui qui pardonne, le regret d'avoir mal fait et le désir de bien faire : en d'autres termes, des dispositions du cœur, mais uniquement des dispositions du cœur et rien de plus. Âhisi, quels que puissent être Fàge ou les circonstances d'un homme, qu'il se trouve au commencement, au milieu ou à la fin de sa vie, Tût-il tout chargé de souillures, imploràt-il son pardon pour la centième ou pour la millième fois, il sera pardonné $il a la foi. Telle est la doctrine du pardon gra* tuit; je ne l'augmente, ni ne l'aflaiblis, ni ne la dissimule; je vous l'expose dans toute sa sincérité, dans toute son étendue, et si vous voulez, d«ms toute sa nudité.
ftM SIXIÈHB COUPÉftRVCB.
Centre cette doctrine, ii]i'''Mciisateiir se lève. U affirme que le pardon graCoit, fût-il enseigné dans 1 Ënmgite, ne saurait écre vrai; et qu'an eiffitraire, rbomme ne peut obtenir son pardon de Dieu qu après l'avoir mérité par quelque chose, après s*ètre sanctifié, après avoir fait de bonnes œuvres. Il ajoute que le pardon gratuit estinMoiuL, qu'il détruit dans le coeur le respect pour la sainteté de la Loi, qu'il est la porte ouverte au pécbé, l'appui de la corruption, et par conséquent, qu'il blesse profondément la conscience humaine, qui doit le repousser avec horreur. Voilà Taccusation. Le système accusé, je rappelle le Pardon par la loi de grâce ; le système accusateur, je l'appelle le Pardon par la loi des (Buvres ; et c'est entre eux que va s'ouvrir le débat.
Mais, avant d'y faire un seul pas, je déclare que le principe de l'accusation est infiniment respectable. Bien plus , je déclare que si l'accusation était fondée, je devrais être, comme je serais, en eflfet, le premier dans cetle chaire à repousser le pardon gratuit; je déclare que tout homme honnéle, tout homme consciencieux, devrait le repousser aussi comme faux, comme indigne de Dieu ; et que lors même quim ange du ciel nous fan*
LA COMSaBNCE. ISS
MM8roû^ selon Texpressbo de saint Paul, il de» vraitétreana{/iàai6 pour nou»* — Ainsi, nous nous entendons bien; nous partons des mêmes principes; si le pardon gratuit est immoral,, nous le condamnons» tous* Il n'y a donc (|u*une seule question entre nous, savoir : S'il est immoral.
Qui sera le juge du procès? Vous, votre conscience; je n'en veux point d'autre. Si votre conscience condamne le pard(»i gratuit, quoi qu'il arrive, rejetez-le ; tout ee que Von ne fait pas selon hspermasion où l'on est, dit TApôlre , est un péché^. Mais n'oubliez pas que la conscience, comme k raison, peut être mal éclairée; or j'annonce que c'est le cas de ceux qui rejettent, pour ce molif^ le Pardon par la loi de grâce. Je prétends prouver que, bien loin d'être immoral, ce pardon sanctifie; et que si Taccusalion portée contre lui avait quelque force, ce serait plutôt contre le système opposé, le Pardon par la loi des œuvres. Suivez-moî, mes frères, avec attention, soyez sincères avec vous-mêmes, examinez et prononcez devant Dieu, et je ne doute pas que vous n'arriviez à' reconnaître, comme moi, cette vérité. — Plus que jamais, dans un débat si sérieux, je sens le besoin du secours d'en haut. Veuille notre Père
^ Gai. L 8. — 3 Rom. XIV, 23.
1S6 SIXIÈME C0NPÉftE5CfS.
céleste nous Taccorder à tous, dans sa bontë, à celui qui parle et à ceux qui écoutent. Amen.
I. La foi an Pardan grmimîi anfBieMto le reapect pa«r la Lai morale.
Saint Paul s'était déjà posé cette objection de rimmoralité du pardon gratuit, quand, après lavoir prêché, il s'écrie : Demeurerons-nous donc dans le péché afin que la grâce soit plus afrofidonte'? Mais celte objection l'arrête peu. II répond : A Dieu ne plaise! puis, il semble regarder comme impossible qu'on puisse réellement tirer cette odieuse conséquence. — Cependant je n'oserais pas affirmer que cela ne soit jamais arrivé à personne, car s il en était ainsi, ce serait bien la seule des grâces de Dieu, soit dans l'Ëvangile, soit dans la natui*e, que la perversité humaine n'eût pas essayé de tourner en dissolution^, comme s'exprime un autre Apôtre. Mais ce que je crois pouvoir affirmer pleinement, c'est que pareille conséquence n'a pu êlre tiiée du pardon gratuit que par ceux qui, au fond, n'y croyaient pas et ne le demandaient pas; car, sachant qu'il ne s'obtient que par la foi, ils ne pouvaient se dissimuler qull leur
* Rom. Ti, 1, 2. — ) Jude> 4.
LA CONSCIENCB. 157
manquait au moins deux des trois dispositions du cœur qui ia constituent : certes, il n a pas le regret d'avoir mal fait, et encore moins le désir de bien bave, celui qui dit : Péchons, afin que la grâce abonde. Évidemment ces hommes, s'ils existent, ne parviennent pas à se tromper eux-mêmes, et ce pardon gratuit, dont on dit qu'ils se font un prétexte, ils savent très-bien qu'ils ne Tout pas. Mais il est encore une autre réponse à cette accusation d'immoralité contre le pardon gratuit, réponse qui se présente assez naturellement ici et que je serais bien tenté de faire, c'est l'expérience. En effet, celte doctrine a été reçue dans l'Eglise chrétienne pendant dix-huit siècles^ et de nos jours mêmes , grâce à Dieu, elle est encore celle de grand nombre de Chrétiens. A-t-on remarqué qu'ils fussent, en général, plus vicieux, plus immoraux, ou même plus mondains que les autres? Les trouve-t-on beaucoup moins disposés aux bonnes œuvres, à y concourir de leur personne, de leur temps, de leur argent? Si peu, que, si je ne me trompe, le monde semblerait disposé à leur adresser (tout au moins sous le premier chef) des reproches contraires, c'est-à-dire une tendance à l'exagération, au puritanisme de mœurs. Et il est bien remarquable que dans toute
tS8 sixita» convÉBiRCB.
rhîstoire anciemie cm coiUaaiponânedel'Églîse, ks vies les plus dévouées, les œuvres les plus difficiles, les plus pénibles, celles qui demandaient le plus d'activité, de persévérance, de sacrifices, d abnégation de soi-même, appartiennent précisément à des Chrétiens qui croyaient au pardon gratuit. Il faut convenir que cette preuve paraît certainement avoir de la force. — Mais j*abandonne cet argument; il devient facilement pénible; il semble descendre aux personnalités; Famour-propre s'en mêle, et il n'entraîne pas.
D'ailleurs, on pourrait toujours dire que ces Chrétiens agissent ainsi par inconséquence avec leurs principes. Rare inconséquence, sans doute, et qu on ne rencontre pas d'ordinaire dans ce sens. Mais, encore une fois, j'abandonne la preuve de l'expérience; je veux prouver plus et mieux que les faits ; je veux prouver que, par la nature même de leur foi et s'ils obéissent à leurs principes, les Chrétiens du pardon gratuit doivent être, plus que les autres, moraux et abondants en oeuvres. Et d'abord, je dis que leur foi, loin de l'afiai* blir, comme on l'en accuse, fortifie et augmente en eux le sentiment de l'autorité, de lagrandeur« de la sainteté de la Loi morale. Et comment, en effet, cela ne serait-il pas? Cette foi leur enseigne
Lk MMfkEiVieM. UN
que le mal est en almmatim à tÉtemel^; «elle leur montre la Loi morale comme faisant partie de Tessenoe même de Dieu , fixe et immuable comme tous ses autres attributs; tellement que, après qu elle fut violée , pour que le pécheur ne pérît pas ^ il fallut, dans la pensée divine, que réparation fut faite à cette Loi I Et quelle réparation! La mort du Fils de Dieu! Je tous le demande, est-ce que cette idée, au lieu de diminuer dans le chrétien son respect pour la Loi , ne la lui présentera pas comme plus sainte encore et plus inviolable qu'il ne le croyait? — Vous connaissez peut-être ce que Thistoire nous rapporte de ce roi des Locrieus, qui, ayant porté une loi qui condamnait les adultères à perdre les yeux , eut la douleur de trouver dans son fils le premier coupable. Il rehisa la grâce que Ton sollicitait pour ce jeune faomme^ de peur que la loi n'en fût affaiblie; mais, par dévouement pour un fils qu*il aimait, il voulut souffrir la moitié de son châtiment et sacrifia lun de ses yeux pour en conserver aussi un à son enfant. Je n'envisage ce (ait que sous un seul point de vue, l'effet qu'l dut produire quant au resp ect de la ioi. Lorsque les Locriens virent sortir leur vieux roi
* Prov. XV, 8, 9, M; et poêiim.
160 SIXIÈME G05PÉBE1ICIS.
et soD fils dans Fétat où ils étaient, dites-moi, croyez-vous qu'ils sentirent en eux l'autorité de la loi diminuée, et qu*elle leur semblât dès lors moins respectable ? Non... 'non! Imaginez donc ce que doit éprouver le Chrétien, qui voit son châtiment porté tout entier sur la Croix par le FiU unique, par le Bien aimé du Père, Celui qui est un avec lui^ Plus il médite, plus il contemple, plus il croit cette réparation divine, plus il sent en lui l'horreur du péché, plus la Loi morale grandit à ses yeux dans ses moindres commandements, plus elle lui apparaît sainte et redoutable. Jusque dans les bras de la Miséricorde de Dieu, it tremble à la pensée de la Justice.
Maintenant, est-ce que le même sentiment pourra être produit chez celui qui croit au Pardon parla loi des œuvres? Examinons. -^ Dans son système, que devient la Lx)i morale, soit en Dieu, soit dans Thomme? Pour le connaître, il n'y a qu'à voir en quoi consiste ce système. Il admet comme le nôtre que la IjOÎ est violée ; mais qu'est-ce qu'il en résulte? Est-ce, d'abord, la nécessité d'une réparation plus ou moins complète pour le passé? est-ce, ensuite, la nécessité d'une obéissance entière pour l'avenir (ce qui serait
* Jean x , 30.
LA COUSCieNCE. 161
alors, sans doute, le plein respect delà Loi)? Nullement; ce qui en résulte, c'est une espèce de transaction entre Dieu et Thomme, transaction dont la Loi fait les frais : c'est elle qui se sacrifie. Quelle est en effet la position de Thomme, quant à son salut, dans ce système? Comme toute la réparation et la satisfaction morales reposentsur lui seul, il faut bien, pour qu'il ne périsse pas, que cette réparation et cette satisfaction morales soient mises à sa portée. Aussi, Dieu consent d'abord à oublier sa vie passée sans aucune compensation (parce qu'en effet il serait impossibles l'homme de la fournir); et quanta l'avenir, Dieu ne demande pas non plus l'accomplissement entier de la Loi (parce qu'en effet il serait impossi* ble à l'homme dy parvenir). Le Dieu souverainement saint consent donc à ce qu'on ne lui obéisse qu'en partie ; et il dit à l'homme : Voici mes commandements ; tu t'efforceras d'en accomplir le plus qu'il te sera possible, et par bonté, je pardonnerai pour le reste. L'homme promet. — Quelles conséquences découlent nécessairement d'un pareil système? D'abord, que la Loi morale n'est plus fixe, immuable et faisant partie intégrante de la Nature divine, mais qu'elle est, au contraire, variable dans son étendue, ar-
M8 SIXIÈME COHriMEKCB.
bîtraire même dass soii<kegré, du moins ai l'égard de rhomme^ qui apfMrend aînaV pour {Mremîère leçon, que cette Loi n'est pas invkialileauxyenx de Dieu. — Puis, que devient-elle ensuite à ses propres yeux? La Loi dit : « Âtme Dieu de toute » Ion âme, aime ton prochain comme toi-même, 1) renonce au monde et à tes penchants. » Et cette Loi, rhomme la reconnaît, sans hésiter, pour être bonne et belle. Mais, se dit-il, Dieu ne veut pas rimpossibJe ; il demande i<^ le plus pour ayoûr ie maim ; ii ne faut rien exagérer. Voyons : je dois faire tout ce que je peux ; eh bien, qu'est-ce que je peux? Le voilà nanti du .droit de tailler dans la Loi la portion à laquelle il devra obéir. Qu'il se fasse, dès lors, sa part la moindre possible, on ne saurait assurément s'en étonner, ni lui en vouloir : c'est la conséquence forcée, inévitable, de son système, il atténuera donc, il choisira parmi les commandements , et il choisira , certes, ce qui lui paraîtra le moins insurmontable, le plus approprié à son âge, à sa position, à son caractère, à sa fortune. Piété, charité, probité, pureté, c'est la Loi sans doute. Maist dira l'un, la pureté n'est pas mon don, je la compenserai par la charité (et il l'entend à sa manière). La piété, dit un aulre^ m'est difficile; mais
UL GomcitircBt tm
je serai (»me dans la probité. Celle-ci, pense un unotsîème, a des premriptions qà'i\ n'est guère possible de suivre toujours strictement dans les afiaires;mais je vivrai dans la pureté. On pourra d<Mic voir, comme conséquence naturelle et nécessaire de ce système» chacun mettre ainsi, plus» ou moins , la Loi morale à sa portée, à son niveau, et se faire une espèce de sanctification facile, moyennant laquelle pourtant il vous dira : qu'il espère bien parvenir heureusement dans letemité.
le suis bien convaincU) mes frères, qu'il n'y a personne parmi vous qui songe à m'accuser ici d'exagérer, et de dire des choses étranges, inconnues. Je suis bien convaincu, par conséquent, qu'il n'y a personne parmi vous qui me taie d'être injuste, si je tire maintenant cette conclusion : que» pour l'homme qui oroit au pardon gratuit, la Loi morale apparaît plus fixe, plus sainte, plus inviolable, que pour celui qui croit au pardon par la loi des œuvres. Et c'était le premier point dont je désirais vous faire convenir.
11. bi f«i an PardaM i^atait eai le pl«» méw moMle pour la saneilllcatloii.
Que la creyant au pardon gratuit se fasse, par
164 SlXltMB CONFÉBBNCE.
cela même, une idée pfus haute* de la Loi morale que celui qui croit au pardon parles œuvres» c'est déjà sans douie une présomption en sa fa-* veur ; on peut espérer qu'il en craindra davan*tage la violation. Mais cela ne suffit pas. Voilà ces deuic hommes en présence de la Loi de Dieu, et, quelle que soit Tidée qu'ils se forment de son étendue ou de son inviolabilité, il s'agit maintenant pour chacun de Texécuter telle qu'il la conçoit ; or, tous deux veulent remplir ce devoir. Mais, hélas! ils n'ont tous deux, sous ce rapport, qu'une volonté bien chancelante et bien faible, ou plutôt, une volonté souvent rebelleet qui l4*s entraine plus facilement au péché qu'à la sainteté. 11 leur faudrait un moyeu d'agir sur cette volonté, de la jeter dans une voie nouvelle, de changer sa faihiesse en force, en un mot, il leur faudrait tm mobile pour se convertir. La question revient donc à celle-ci : lequel des deux a le plus puissant mobile de conversion, c'est-à-dire, par conséquent, lequel a le plus de chances de succès dans l'œuvre de la sanctiûcatîon? C'est là le second pointa débattre avec le système accusateur, qui déclare, vous le savez, que le Pardon gratuit pousse au péché, et lui à la vertu.
Eh bien, quels sont donc les mobiles que ce
système présente à l'homme pour lui donner la force de résister à ses passions et d'accomplir ses devoirs? Ces mobiles sont bien connus et faciles à énumérer. C'est d'abord la raison, qui démontre la convenance de la vertu ; c'est ensuite le sentiment instinctif du bien et du beau, qui la lait aimer; c'est enfin l'intérêt» et j'entends par là cet intérêt grave et puissant, qui ne porte sur rien moins que sur l'attente des récompenses célestes et sur la crainte du terrible avenir dénoncé aux pécheurs. Certes, ce sont là des mobiles qui ont de la valeur et qui sont faits pour agir sur la nature humaine. Â Dieu ne plaise que nous les méprisions ou que nous les rejetions; ils existent pour nous comme pour vous. Mais je me demande si, seuls et par eux-mêmes, ils sont capables de donner une impulsion suffisante à la sanctification. Le sentiment du bon et du beau est bien vague, bien fugitif^ bien faible pour convertir, à en juger, du moins, par Thistoire de Thumanité. La raison, de son côté, est bien froide, bien lente; elle n'a jamais fini d'examiner, de balancer, de rectifier; elle éclaire parfois , mais elle n'enflamme guère. Je crois, à tout prendre, que, de tous ces mobiles, l'intérêt est celui qui ofl're de «beaucoup le plus de force et d'utilité. 11 a bien
rinco&Y^ient de n'être pas très-petavé, et die pft* nitre jusqu'à un certaÎD point étranger, pour ne pas dire opposé , à l'idée de la vertu, dont Tessence serait pliMôt le sacrifice qv^ la redlterche de soi-même. Mais, quoi epi'il ensoitde kiTaleinr morale de ce mobile, aura-t-il au moins une grande puissance surFàme etTaura-t-il toujours? J'avoue qu'à l'examiner de près , et sachant ce que nous soimnes , j'en doute fort. Un intérêt plus TÎi parce qu'il est plus prochain, quotqu'H porte sur des choses de bien moindre importance on même complètement illusoires, cet intérêt ris*quera sourent peut-être de foire oublier le premier ou de ne lui laisser cpi'un rang bien secondaire. Crainte ou espérance, douleur ou plaisir, on pourvoira à l'intérêt qui est là et qui presse ; on renverra l'intérêt plus éloigné et qui peut attendre. N'est-ce pas là l'histoire de tant de gens qui, tout en déplorant cette foneste disposition en eux, ne peuvent parvenir à la changer? Je sutis donc bien loin de croire, mes frères (et vous voyez que ce n'est pas sans moûtj, que les me- Inles oflferts par ee système soient réellement efficaces ponr la conversion du eœur et la sanctification de la vie.
Aussi, ce n'^est pas à cesmobtles que lePtod»
LA OIMIgGIBlfCB. t&l
par la toi de grâce a recons pour conTertir celui qm croît. H hii en présente un autre bien plus efficace, bien plus puissant, ou plutôt le seul puissant, le seul efficace: c'est fmmfur. — L amour? dires-TOUs; mais notre système ne l'exclut point. — J'en conviens ; mais le fait-il naître? c'est la questio». L'amour ne se commande pas, il s'itt* spire. Vous médites bien : Dieu répand ses bienfeits dans la salure et sur toute votre existence. Cest vrai. Et pourtant quelque chose murmure au fond du coeur que la nature a bien ses désastres et l'existence ses mauvais c6tés : ne fût-ce que les souffrances, les maladies, la vieillesse et k mort. Tous me dites bien : Dieu est un créan^ «îer indulgent qui vous rraietune partie de votre dette. C'est vrar; mais il exige Fautre, et c'est là ce qui trouble et inquiète. Dans ce système, la crainte est toujours plus près du cœur que l'amour. On si l'on aime Dieu, voyez : c'est d'un amour si ealme^ s» modéré, que, la plupart du temps, personne ne se douterait que cet amour existe, pas même celui qui Fëprouve.
Ifeis savez-votts ce qui peut pénétrer une âme, h toQcfaer proftindément et ki inspirer lamour? CTesr Famonf» ; «i anour immense, san» bornes, qui nedonne pas quelque chose. • . qui donne tout,
188 SIXIEME COIIFBRENCB.
qui se sacrifie soi-même pour vous sauver, pour vous obtenir une grâce pleine, eniière, gratuite. Figurez-vous un pécheur qui se sent condamné, qui voit son fardeau s'accroître chaque jour et leternitéqui s'approche, qui ose à peine soulever un regard épouvanté vers ce redoutable Tribunal où se prépare son irrémissible sentence, et qui entend tout à coup son Juge lui crier : d Mon » filsy donne-mai ton cœur : c'est tout ce que je te » demande pour te pardonner, pour te presser )) dans mes bras ; et quant au reste, sois en paix, » nous y travaillerons ensemble. » Âh ! si ce pécheur peut croire à cette bonté infinie, s'il peut voir, en Golgotha, par qui et à quel prix cette grâce lui est obtenue, pour peu que son âme soit susceptible d'aimer, soyez-en sûrs, il aimera. £t quand il aimera, il obéira.
Oui, s'il aime, il obéira. C'est là le privilège de Tamour, c'est qu'il lie plus que la crainte, c'est qu'il donne le besoin de plaire à celui qu'on aime, de lui obéir parce qu'on l'aime. C'est le privilège de l'amour d'éire par lui-même l'accomplissement delaloi^; car, obéir sans aimer, si c'est possible, ce n'est rien encore : quand je donnerais tous mes biens aux pauvres, quand je livrerais mon corps pour
1 Rom. XIII, S-iO.
LA CONSGIBlfCB. 169
être brûliy $ije nai pas t amour, dit saint Paul, je ne mis rien... quune cymbale qui retentit^ C esi le privilège de Tamour d'agir sur la volonté, de lui prêter une force nouvelle et quelquefois un irrésistible pouvoir; en un mot, c'est son privilège de créer, et de créer seul^ le dévouement. — Ëh! vous en rencontrez la preuve même sur cette terre. Voyez de quoi sont capables les gens qui aiment. Voyez ce citoyen, ce père, cet enfant, ce qu'ils peuvent endurer, souiïrir, sacrifier, pour les objets de leur amour. Mettez auprès de ce malade si pénible la garde la plus consciencieuse, la plus probe, elle ne supportera pas longtemps, sans murmure, la fatigue, Tinsomnie, les dégOiûts; et si cet état dure, elle fléchira sous le faix. Mettez-y un être dévoué, une épouse, une fille, une mère : elle supporte sans se plaindre la fatigue, l'insomnie, les dégoûts; que dis-je? elle ne les sent plus; elle trouve pour y résister une force plus qu'humaine ; et elle se sacriGe... sans savoir même qu'elle se sacrifie. — Eh bien, voilà ce qu'ont fait aussi, et plus encore, s'il est possible, les Chrétiens qui aimaient Dieu. Voilà la carrière de dévouement oii le Christ appelle tous
* I Cor. XIII , 1-3. — Ayocirv}, traduit par eharitéf signifie proprement mnoiir.
fVD SIXiteB COiTTiRBIIGE.
ceux qu'il a rachetés, en leur dlisant : edm fm m'aime, garde met eommandemenU\ El le fdèle qvî Faïaie, les garde en efteC, oq du moins il y Boet tout son corar et toutes ses forces. Il gémit sans doute de ne pas faire assez, mais plus ilsent, par là même, la grandeur du pardon qui lai est sans cesse accordé, plus il aime ; et plus il aime, plus il obéit.
Telle est, mes frères, l'admirable puissance de w mobile de l'amour, choisi de Dieu pour la sancilHcation du Chrétien; il change le cceor, il en arrache Tégoïsme, il le convertit. — Et voyez encore ce que seul il est capable de Ëiire. il impose lobéissance à Thomme sans contraindre em rien sa volonté, ou plutôt en l'alfranehissant de toute servitude : car c'est être Kbre que d'obéir par amour. Il &it disparaître la bassesse de rhomme en l'élevant jusqu'au Créateur des mondes^ en Funissantà lui cemne un ftlsà son père ; et a fait disparaître Torgueil de Phomme en lui rappekiit que toute cette grandeur n'est que pure ffkce^ et qu'ii n'y a rien en kir que faiblesse et que péché : en sorte que plas le chrétien se sesl Aevë, phis il s'humilie, et plus its^bumilie, plm il s'élève. — Quelle bonté, quelle sagesse dansle
^ Jean XIT923.
Uk COIISCIENCV. ru
choix de ce moyen I quelle intelligence de notre nature! quelle divine harmonie dans ce pardon delà Croix» qui unit eC féconde ainsi, dansl'ame faimaine, sa grandeur et sa misère, lamour et k foi, l'obéissance et la liberté !
Ab ! ne dites plus, dms frères , ne dites ph» qae le Pardon gratuit est immoral ; dites plutât que lui seul sanctifie pleinement! — Oui^ et c'est pour cela même que iXeu Fa doimé.
m. liS fol ao Pardon i^ratolt donne, mnle, la paix à la conscience de rhomnte.
Si le Pardon par la Loi de grâce répond si admirablement à l'instinct moral de l'bomme et à son besoin de sainteté ^ il est un autre point dte ^me sous lequel i) ne manifeste pas moins sa merveilleuse harmonie avec la conscience hunuiine : c'est que, seul Picore, il peut lui rendre la paix et k joie.
Je ne m arrêterai pas , mes frères , à tous démontrer la Write de cette consécfuence du Par«dan gratuit. Elle est facile à comprendre; voua es avez vu peut'-ètre des exemples autour de vous, et voue en éprouverez vous-mêmes la réalité*, aussitôt que , te demandant avec foi , voua
recevrez ce pardon dans vos cœurs. Sans doute, je ne viens pas vous promettre une paix inaltérable, pas plus qu'une sainteté parfaite; le Chrétien ne peut cesser ici-bas d'être un homme pour devenir un ange du Ciel , comme sont quelquefois tentés de se le figurer ceux qui éprouvent les premiers ravissements de la joie du pardon. Non , tant que nous habitons cette demeure terresire , notre vie est toujours un train de guerre contre le mal; c'est une lutte, un œmbal, dit saint Paul. Mais le Chrétien combat, avec son Sauveur à sa droite ; mais il puise sans cesse, au pied de la Croix, une consolation, une force, une vienou* velles ; mais il y retrouve souvent ces moments délicieux, où Ton se sent avec tant de bonheur les enfints de Dieu. C'est là , certes , un assez beau partage, et c'est le privilège du Pardon gratuit de rassurer. La paix ne se trouve nulle part ailleurs. Je pourrais en appeler, pour preuve, à l'exemple même de ces hommes qui ont cm trouver cette paix en affaiblissant la sainteté de la Loi 9 en en retranchant et en retranchant sans cesse, dans l'espoir de la maintenir toujours au niveau de leur moralité, mais en vain; car, si bas qu'ilsla baissent, dès qu'ils s'examinent sérieusement eux-mêmes, ils sont forcés de reconnaître
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que cette Loi, toute mutilée qu elle soit par eux, les condamne encore, et que Finquiétude, les remords et la peur siégt^nt dans ces bas-fonds, aussi bien que sur les sommités de la Loi morale.
Mais je préfère m'adresser ici à ceux qui interprètent plus noblement le Pardon par la loi des œuvres, à ceux qui, pensant qu'on ne peut pas se présenter les mains vides devant Dieu ,. font du moins des efforts réels pour se sanctifier, pour mériter le pardon par leurs bonnes œuvres, pour en payer, si je puis dire, le prix à l'avance, puisque c'est ainsi seulement qu ils croient pouvoir l'obtenir. Ont-ils la paix? Suivez lun d'eux dans sa vie, et vous verrez que non. U travaille sans doute, mais il ne parvient pas à accomplir la Loi , même dans les limites qu'il se trace ; et il le reconnaît d'autant mieux qu'il sent bien qu'il ne doune pas son cœur à Dieu y et qu'il laime bien moins comme un Père qu'il ne le redoute comme un Juge. 11 traîne ainsi sa chaîne, tantôt avec crainte , tantôt avec dégoût. S'il éprouve parfois quelque satisfaction , quelque joie , parce qu'il a fait un sacrifice à la vertu, une œuvre de charité, une bonne communion, que devient-il, quand , peu de jours après , il se retrouve plus coupable et plus indigne que jamais? qu'il se dit,
174 SIXliHB GONrÉftXNCE.
avec une anière douleur^ qa'ii vaet moins qu^îl y a quelque années? qu'il se dematide, avec angoisse, si Dieu n'est pas ainsi contraint de le condamner? k cette pensée, on il recommence, comme avec désespoir, à remonter ce rocher de Sisyphe qui retombe toujours ; on il s'arrête et le considère avec un morne découragement, se disant : c'est impossible, c'est fini. Alors, pentêite, l'idée se présentera-t-elle à loi qu'il devrait au moins se donner les joies de la terre, puisqu'il doit renoncer à celles du Ciel ; alors, peut-être, eask considérant cet effirayant catalogue de devoirs inaccessibles qui remplit l'Ëvangile, et en se rappelant cette parole de Jésus : Si je n'étais pa$ venu et que je ne leur eusse point pêrli, ib ne seraient pas coupables j mais maintenant leur péché est sans excuse * , alors peut-être se dira*t-il à lui-même : Est-ce réellement un bienfait pour moi que l'Ëxangile? Hélas! j'eusse été moins coupable et plus heureux peut-être de ne l'avoir pas oonMi. — £t l'infortuné a raison, si la mort du Christ n'est pas expiatoire,
Ne dites pas, mes frères, ne diles pas que je trace ici des tableaux de fantaisie» Non ; j'en alh teste plusieurs de ceux qui jn'écoutent, et qui me
I um iT, as.
LA COKiGIBNOBL 17S
rendent, en cet iDStant, lëmotgBage ao-dedang d'em. Voilà fai cause de ces piétés contraintes et pénibles , qoi ne peuvent comprendre pourquoi 1 «1 appelle faàU et doM ^ un joug qui leur parait flî pesant et si dur. Pauvres frères , que je vens plains! Ont, et ils sont d'autant plus à plaindre, d'autant plus respectables, dirai-je, dans leur triste Ubemty qu'ils le poursuivent sans salaire, sans compensation, sans joie, sans amour; qu'ils servent comme des esclaves, au lieu de servir oomine les en&nts de la maison. Oh! que je voudrais venir à leur aide ! que je voudrais les œnduire à la iource deau vive^, et faire pénétrer jusqu'à leur cœur cette voix qui leur dit : Vom tous qui ile$ attirés, ven'iz aux eaux; et vous qui novez point d'argerU^ venez , achetez et buvez du vin et du lait y sans donner ni argent m aucun prix^l
Mais que deviendrez- vous , mes chers frères , si vous persistez dans ce système? Quand viai- 4ra le nuament de la mort , vous ne serez pas plus riches pour acheter voti*e grâce ; il vous £i«^ dra donc périr désespért^s? Oh ! qae votre système est terriUe 1 11 épouvante , quand on songe à la misère et à la corruption de Thumanité ; il asmhle qu'il prejette sur elle conune un voile fii-
' MM. n, aSt.-*» àffôe. zxi, «.-> * Es. iy, 1, et âpoc. xm, 17.
176 SIXIÈME CONFfiRENCe.
nèbre, il semble qu'on la voit étouflëe sous Tinévitable condamnation, comme sous le plomb d un cercueil. Àh ! laissez-moi me réjouir de ce que votre système n'est pas celui de Dieu ! Laissez-moi me réjouir de ce qu'il y a un Pardon gratuit pour tant de millions d'âmes immortelles, qui s'abreuvent maintenant d'impiétés et de vices dans ces campagnes et dans ces villes populeuses, mais qui entendront peut-être, avant de tomber dans l'abime, un de «es appels de la Croix, que le Seigneur fait répéter chaque dimanche, chaque jour, autour d'elles! — Lorsque je proclamais la nécessité de la condamnation de l'homme sans l'Expiation du Christ , vous m'accusiez de dureté, vous parliez de la bonté de Dieu. Eh bien, la voici, cette boulé, plus grande, plus ma^^niiique que vous n'eussiez pu l'espérer... et que vous ne la voulez maintenant. Elle offre le Pardon gratuit à tous ; oui , à tous sans exception, le croirez- vous? Les pécheurs les plus odieux, les êtres qui, avec raison, vous font horreur, o Bonté souveraine ! Dieu les appelle encore; et il les recevra peut-être, même à la douzième heure... tandis que vous les repousserez ! Voyez cet houime : il est couvert de crimes et de meiu*tres ; c'est tm affreux scélérat que la so-
dété conduit avec justice à l'échafaud pour s'en défaire. 11 a résisté à tout jusqu a ce moment ; mais à la vue de cet instrument terrible, de cette étroite issue par laquelle il va subitement passer dans rÉlernité , cet être endurci a frémi. Pour la première fois depuis bien dés années, il sent Dieu etlavenir; et plus il s'approche, plus son effroi redouble : il tremble, il s'écrie. — Qu'avez-vous à lui dire, Ministre de la Loi des œuvres, si, du moins, vous daignez encore reconnaître un frère dans cet homme? Direz-vous qu'un repentir, fruit passager de la peur, n'est rien devant Dieu? Je le dis comme vous. Mais vous ne savez pas si son repentir n'est pas profond et sincère ; et s*il Test, qu avez-vous à lui dire dans votre système? Vous lui direz : Malheureux, tu as repoussé mille appels de Dieu , tu as épuisé la coupe de sa longue patience; maintenant c'est trop tard ; tu n'as plus le temps de travailler pour obtenir ton pardon, tu es perdu. — Mais j'ai une âme immortelle ! mais je me repens! mais je crie à Dieu! est-ce qu'il ne m'entend pas?... et il se tort de désespoir sous votre sentence. À ce spectacle, à ces cris, votre cœur est déchiré; mais si vous êtes fidèle, vous n'avez qu'un mot à lui redire : C'est trop tard... marche. Et il s'avance en chance-
476 sixiÉMi caKKtEiiercE.
Imt -~ Alorft Î6 Tarnôte, moi^ MÎDwtve ée 4a XAràce, «et je JUii dis : .Halbeiireiix, ne tiéponds fm k un hompae qui iie peH lira dans ton oœur, Téponds à DieiL. Regarde cet autre ëchafaud mr ie Calvaire; regarde ce aupplicié, <:'eBt Je F'û% de Dieu qui sou&e et 4}ui meurt pour les plus grands crimioelS' Crois4u en lui? L'atmeMu?
Te repens4u de Umte ton âme, hiigandf...
Ëh bien, écoute : Je te ddien vérité que tu $erû$ au^jaurd'hm mw WÀ iaw le jMiradî^^. -^ O prafe»^ deur!
Oui, écrii^^vou^^ à profondeur! niais ^anlezi- Yous de croire que , mâwe m ce moment , ia sainteté de Dieu açsi^ oompromise. ^^ue oe hn- ^and échappe à Fécl^^faud; qu'il en soit ét^ même de cet autre qui y niontait wm& la terrew de votre système : lequ^ des deu» renoncera k ses çrjunes? Liequel sç convertira? Hélas ! peut-r être ni l'un pi r;swtre. Mais s» lu» doit changer, ah ! ce sçra plutôt ç^uj qui a reçu le Pardon de la Groii:! Touf r.anpo»ce ^ raYan.ee, et j'oserais presque dire que des faits copws le confiimeoi;. il y a çu 4^s palfaHeui>s qjfÀ »e «ant éobapp^ ainsi du pied 4^ l'éch^^^wl. h m (tark pas de ipalfaiteiju^ çpwH^PW!^ }f» l» jWKi«ie des
mes, je parie de nndEaiteurs 4Mmdaninës par k Jutice de Dieu; je ne parle pas de Tëchafeud dres9é sur k place publique , je parle de cet échsffaud qui nous attend tous, et qui s'appelle le lit de iiM>rt. De ces malfaiteurs échappés, le» uns avaient reçu le Pardon par grftce, en promet* tant d'aimer leur Sauveur ; les autres deman* daient un répit , en promettant de renoncer au monde et d'acheter désormais leur pardon , dînienl-ils, par le cliangement entier de leur vie. Lesquels ont tenu le mieux leur parole? Peutêtre pourriez-vous parvenir à en savoir quelque chose... même ici. Mais quant à Dieu, il le savait déjà. — Ainsi , ne vous y trompez pas , même dans ses applications les plus exceptionnelles et les plus rares, même dans son extension la plus mottie, le Pardon gratuit ne cesse p» d'être sAiin*.
— » ' H^ig» <
Maîntenant , mes êrèrm , j » fiai. O'une main bien kible , osiais idèle, j'ai élevé «au milieu de ^vniMiéleBdard de la Cmîx ; je -wusai montcé le •eut (theBnmqoi.pQfSBie vmb x^Bduire à la vie ; fe vous ai fait voir la solution du redoutable f>fO-
180 SIXliMB GONPÉHEMCB.
blèine de rhumanité. Par rirrévocable parole de rËternel-Dieu, et selon ses perfections infinies, la mort, la mort éternelle fut attachée au péché. Ou il fallait que Dieu fit périr tous les hommes pour rester $a%nt et véritable, ou il fallait qu'il ne fût plus lun et l'autre pour être mixéricordieux. Or voici, la mystérieuse et divine conciliation que seul il pouvait faire, il la faite sur le Calvaire. Comme l'entrevoyait le Psalmiste, c'est devant la Croix que la Bonté et la Vérité te $wlt rencontrées, que la Justice et la Paix se sont embrassées.
Six perspectives difiérentes , ainsi que je vous l'annonçais à notre première réunion : le péché,
LA CONDAMNATION, LE SACRIFICE, LA CROIX, LA RAI- SON, LA CONSCIENCE, uous out montré toujours, lumineuse et sainte, l'Expiation par le sang du Christ. — Au sein de celte vaste et sombre forêt, où nous marchons tous ici-bas comme à tâtons^ et dans les ténèbres, entourés d'abtmes inconnus, entendant les cris d'angoisse et de mort de ceux qui tombent, au sein de cette forêt (qui est le monde], armé du flambeau de l'Ëvangile, je vous ai guidés , je vous ai Eût successivement passer par ces six avenues, qui toutes aboutissent à la
I Es. LIX, 10.
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montagne de Golgotha , d'où maintenant vos regards peuvent embrasser la forêt et apercevoir le Ciel. En ce saint lieu, je vous ai conduits devant la Croix plantée au sommet, et je vous y laisse. . . contempler, adorer, aimer. C'est le terme de notre course. Mais avant de nous séparer et de nous dire adieu au pied de cette Croix, ô mes compagnons de voyage, nous y prierons ensemble !
Dieu tout-puissant, Père de noire Seigneur Jésus-Christ, Toi qui nom a$ aimés le premier^ et qui nous as cherchés lorsque nous errions loin de Toi, reçois nos actions de grâce pour ces semences de vérité et de salut que tu as daigné jeter dans nos âmes durant cet hiver. Oh ! que les impressions que nous avons reçues ne s* en aillent pas comme la rosée du matin'^! qu'elles ne disparaissent pas sous le souflle glacé du monde, de notre orgueil ou des passions de la chair^l Bénis nos âmes, Seigneur. Bénis aussi ceux d'entre nous que Tépreuve, la maladie et peut-être la mort, ont empêchés de nous accompagner jusqu'ici. Sois avec eux où qu'ils soient; et que leur exemple, en nous touchant, nous instruise à profiter des courts moments qui nous restent. — Oui , notre Père
« I Jean it, 19. — ^ Os^ ti, 4. * > l Piem ii, 11.
iti SlXliMR OMPÉUUrCB.
céleste, mus te là domndoBS dm fond dacœu»; qp^nouftda venions les rachetés de toa Fils, que nmi'Oyompafi avec ÏMi\ que le sang de la Croix^ notre unique lelîige, nous parifie et nous sancû^^ fis. — -O' Christ, Christ. de Diett non» voulons 6lre pour Toi ;sois pour BOUS» etdè& à présent et dansfrËtemrté! Amen^ amen.
* Jean xni, 8.