LE PROBLÈME RELIGIEUX AVANT LE PROBLÈKE SOCIAL
nos institutions. Rien déplus difficile, de plus com- 'pliqué, de plus délicat. Voilà pourquoi le problème est si redoutable; mais ce n'est pas une raison pour l'évincer. Qu'il soit posé dans ces termes, c'est ce qui me parait évident, et le taissez-^faire absolu n'a pas un seul partisan : partout on fait des concessions. D'ailleurs lé socialisme , de quelque manière qu'on l'envisage, montre que cette tendance à dépasser le domaine de la justice pure est bien puissante, puisque son exagération mémo peut exercer une telle influence.
Eh bien ! Messieurs , vous retrouverez aujourd'hui en religion la même tendance à faire prévaloir le principe de charité. Je ne parle pas du catholicisme, puisqu'arrèté et figé dans ses vieilles formules, il s'est refusé le droit du développement; et pourtant je suis assuré que sous l'orthodoxie obligée il y a un travail intérieur, et que ce travail est dans le sens que j'indique. En dehors du catholicisme , on cherche incontestablement, comme on ne l'a jamais fait , à mettre en lumière le grand principe de l'amour, soit en Dieu, soit en l'homme, à faire tout graviter autour de lui : dogme et morale , on veut tout asseoir sur ce fondement. Quiconque est au courant de la vie théologique de l'Allemagne reconnaîtra que nous ne nous trompons pas. Les grands théologiens , trop ignorés parmi nous, qui sont à la tète du mouvement de la spécu-
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lation chrétienne , la poussent autant qu'ils le peuvent dans cette voie, et la plupart de ceux qui , parmi nous , abordent ces hautes et fécondes études, y entrent à leur suite. Ne vous y trompezpas, c'est un fait tout nouveau. Jusqu'ici c'est le côté de la puissance, de la souveraineté, de la justice divine qu'on a surtout relevé et qui a prédomminé dans la conception religieuse; et cette tentative si générale d'aller plus loin , d'atteindre une profondeur nouvelle dans la Révélation , et de voir dans l'amour le point central de toute la doctririb chrétienne , est une tentative réformatrice. Elle n'est pas arrivée à son terme : bien loin de là; mais elle se poursuit courageusement. Plus tard, nous verrons qu'elle est la conséquence naturelle du développement intérieur du Christianisme, qu'elle vient à son jour marqué, et qu'il n'y a pas d'obstacle qu'elle ne doive renverser.
Quoi qu'il en soit, n'ètes-vous pas frappés de cette coïncidence admirable entre la question sociale et la question religieuse ; et n'y a-t-il pas là une contre - épreuve de tout ce que nous avons dit? Ici comme là, c'est le principe de charité qu'on veut restaurer dans tous ses droits. Gomprenez^vous maintenant que nous réclamions avant tout la rénovation religieuse ? Conquérez ce principe de charité sur les principes contraires qui, en philosophie et en religion, cherchent à l'obscurcir, et la victoire