‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 9 sur 69 · DC CATHOUCISME DEPUIS LA DERNIÈRE RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

DC CATHOUCISME DEPUIS LA DERNIÈRE RÉVOLUTION

camps ennenàis pour combattre l'erreur dans l'un et dans Tautre, et pousser au progrès sous la sauvegarde delà vérité divine.

Voyez quel spectacle le catholicisme nous a donné depuis la dernière révolution : il avait autre chose à faire qu'à songer aux besoins spirituels que la révolution avait pu réveiller en nous; il n'avait pas même le temps de les constater. Il lui fallait pour*voir au danger d'être abandonné à lui-même, et resserrer avec FÉtat des liens qui, un moment, ont paru se relâcher. C'était une œuvre délicate qui demandait toutes ses forces et toute son habileté. Où trouver une heure à consacrer à l'étude généreuse, sans parti pris, du problème redoutable en fa:ce duquel on était placé? Il fallait prendre le veiit : aujourd'hui , caresser une démocratie ombrageuse, lui promettre son concours, bénir ses arbres de liberté; demain, épouser et bénir encore les répugnances , exciter les terreurs d'une partie de la nation. Avec une habileté si consommée on parvient à ses fins, on réussit dans ses intrigues; on se ménage l'appui des gouvernements qui se succèdent, niais au fond on perd toute autorité morale ; on se met du côté où penche la balance, et on ne la fait pas pencher soi-même; on fait de bonnes affaires, mais on ne remplit aucune mission spirituelle. On figure dans les pompes des fêtes publiques; mais aussi, plus on obtient d'hommages officiels, et plus bas on des-

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cend dans IVstime de la société, qui sait bien que ces gens si affairés n'ont pas eu le loisir de .monder sa plaie, de s'enquérir de sfes aéce^isités actiielle^.

Le protestantisme, en conservant plus de dignité que le caibolicisn^e , ne s'est guère montré plus disposé à se mêler aux grands débats du jour. JNous ne parlons pas des exceptions: nous savons qu'il y a en lui, comme dans l'église catholique, un parti progressif qui, soit dans le cadre officiel , soilt . en dehors, aspire à trouver dans la vérité évangélique une réponse aux questions qui nous agitent. Nous savons que bon nombre de croyants sincères travaillent avec zèle à propager les convicUoiis chrétiennes, et nous sommes loin de contester Tiinportance de leurs travaux. . Mais il n'en est pas moins vrai que le protestantisme, dans son ensemble, n'a pas cherché à exercer une influence quelconque en dehors de sa sphère d'action naturelle; il na guère pensé qu'^ $oi, car lui aussi avait une position à conserver.

Il est d'autant plus urgent de s'occuper de la rénovation religieuse, que ceux qui représentent officiellement parmi nous la religion, y ont moins soipgé. Mais entendons-nous bien. Est-ce à dire que cett(& rénovation doit être le bouleversement de tout notre passé religieux, et qu'il nous faille, dans un sens absolu, une religion nouvelle? Non, Messieurs : à nos yeux, la religion définitive, la religion par-

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faite est le Christianisme. Aussi ne voulons-nous pas parler d'un progrès sur rÉtangiie» mais d'un progrès dans la «oanaissaoee de TÉvangile. Nous creyoïfê cfua totti y est renfermé, parce qu'il y a là plus qu'un livre, plus qu'une philosophie: il y a un fait, un fait immense que rien ne peut détraire, que rien ne peut remplacer, un fait qui exauce tout oe qui s'agite en nous, de désirs élevés et d'aspirations profondes. Qui donc a le droit de parler de religion nouvelle? Une religion, ce n'est pas un système, ce n'est pas une idée, ce fi'est pas une poésie, ce n*est pas une parole. Des systèmes, on en crée à son gré ! des idées, on les multiplie à l'infini! une poésie, il suffit d'un rêve pour qu'elle flotte en nuages brillants à nos regards! une parole retentissante, c'est assez d'un mouvement passionné pour la prononcer! Mais piour que cette parole ait de l'être , pour qu elle devienne une réalité, une puissance, une foi, il faut que quelque chose de grand se passe, il faut un événement qui change la condition de l'humanité. On ne rapporte pas de son cabinet une religion toute faite, comme on en rapporte un roman ou une métaphysique. 11 s'agit de prendre dans son cœur toutes les douleurs, toutes les misères de l'humanité et de lui donner en échange toutes les consolations du ciel; car une religion qui ne console pas, qui ne relève pas, n'est pas une reli-

24 LÀ RÉNOYATIOIf RELIGISCSE ET LE CHRISTUNISME.

gion. Une religion est une délivrance et un salut, ou elle n*est rien. Quand donc vous entendez parler d'une religion nouvelle, demandez à celui qui l'apporte : As-tu pleuré de mes larmes et en as-tu tari la source?

Or, depuis le Christ, qui pourrait répondre : Je t'ai fait? Montrez*moi ce qui s'est passé de grand, agissant sur la conscience de l'homme, et qui ne découle directement ou indirectement de son œuvre? Je sais bien que telle n'est pas la pensée générale. Je sais bien que beaucoup croient que la société moderne ne fournira sa carrière qu'en sortant de l'orbite que le Christianisme lui avait tracée. Messieurs, permettez moi de vous le dire, il y a dans ce préj ugé plus d'ignorance que d'opposition à l'Évangile. L'Évangile ! rien n'est plusdéfîguréet mutilé aujourd'hui. On le regarde comme un missel du moyen âge, ou comme un pamphlet revolutionnaire.il n'est ni l'un ni l'autre. C'est le récit du grand fait qui est à la base de l'histoire moderne. Ce fait domine l'histoire et n'est enseveli dans aucune de ses périodes, comme s'il en devait venir une qui eût à le dépasser. En prétendant que la société du moyen âge était la seule société qui lui correspondit, on le rapetisse misérablement. Au contraire, c'est parce que la vérité chrétienne s'y est sentie comme dans un étau qu'elle a brisé ce moule étroit ou quelques uns voudraient encore la retenir. Dans toutes les

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UL RENOVATION RBtlfiBUSB ET LB CHUSTUNISIIB. 25

époques, s'il y a «ne force cachée qui s*agite, qui tende à rompre les institutions imparfaites, pourvu que ce soit par des moyens spirituels et moraux , c'est l'esprit chrétien. Ne croyez pas qu'il se renferme et s^emprisonne uniquement chez ceux qui se posent comme ses gardiens et ses dépositaires. Si vous le jugiez par eux vous en auriez une bien faible idée. Il y a un souffle de l'Évangile dans vos pensées à tous, dans ce qu'elles ont de généreux et d* élevé, et quand il y a du vent dans nos voiles, il vient de là. Rien n'est plus progressif que le Christianisme; les retards au progrès ne viennent que de notre faute. Son principe est invariable, mais il tend à s'appliquer, à se réaliser toujours mieux dans toutes les sphères ; dans nos conceptions religieuses d'abord , puis dans les institutions. Le livre divin nous a été donné il y a dix-huit siècles , mais nous passons les siècles à le lire, à le déchiffrer. Chaque époque dans son résultat définitif peut se nommer d'une parole de TÉvangile, parce que dans chacune une parole de TÉvangile a été la cause et le ferment de ses agitations fécondes, et que l'organisation sociale n'a fait que suivre la réforme religieuse à tous les degrés où elle s'est produite.

Nous pouvons maintenant compléter notre pensée; nous ne disons plus seulement : il faut une révolution religieuse, mais nous disons : il faut un développement des croyances diréti énnes; un déve-

â6 LE P&CmLiUB BILIGIEUX UT US PaOBL^HB BOCjJkt.

I<^p6ii>ent qui s'acc^orde avec no$ |)6soin$ actuels dans oe qu'ils ont de légitime. Naus osqus r^lam^r ce développement avec énergie, no;us ne pomipes p^^s en face du vide et de Tinconfiu, uqu^ ne courons pas il Faventure. Nous ne yenons point vovis dire de lancer une de ces idée$ qui, comme des fusées brillent et passent, parce ({u'eilesspnt sans lier) avec ce qui précède et que ce sont de$ caprices d'un moment. Mous nous rattachons à h chaîne historique de tous les temps, et c'est appuyés sur le passé que nous regardons l'avenir; trouvant dans oe pa$$é we base inébranlable, ou plutôt un germe vivant qui croit et grandit, identique à lui«mâme, mais ppiissant un jet toujours plus libre. Àspipons donc avec ardeur à cet épanouissement de la pensée chrétienne; c'est l'urgence du moment. Chapons }es préjugés obstinés; renouvelons l'atmosphère où se forment et se respirent les idées communes. Puisque les grandes réformes ne s'opèrent que par inspiri^tioç et non par contrainte, la question sociale ne sera résolue dans les bits que quand elle l'aura été religieusement et chrétiennement dans les cmurs.

Tout ce que nous venons de dir^ suppose qu'il y a un rapport très étroit entre le problème religi^x du temps et le problème social. Les considérations que nous vous avons présentées n'auraient sans cela aucun sens. Si, par exemple, la question religieuse pendante était la transsubstantiation ou la consub-

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US PUOBLftiII RELIGIEUX ET LE PROBLÈME SOCIAL. 27

stantiation, ou telle autre doctrine semblable, il va sans dire que nous n'aurions pas grande lumière à aU^ndre de sa solution pour lé problème social.

A quoi se réduit la question sociale, à quoi veuton arriver par elle? On l'a souvent indignement méooDnoe en en faisant une question de boire et de manger, une question toute matérielle. Ce qu'on veut^ avant tout, c'estdedonner une plus grande place dans les institutions et dans la société en général , au principe de solidarité et de charité. Il est certain qu'on oublie trop souvent qu'il doit se eoncilier avec d'autres principes, pour n'être pas subversif et dangereux; il est certain qu'on le dénature et que quelquefcHs on arriv^, en le poussant à l'extrême, à l'anéantissement de la conscience et du ipoi; mais au tra>ers de ces exagérations , de ces erreurs dangereuses, et que nous regrettons amèrement, il y a quelque chose de vrai et de fondé. On sent que ce n'est pas assez pour ta société ie mettre chaque individu à Tabri de la violence, et de sauvegarder sa liberté; car, à quoi bon cette liberté, si Ton ne peut en user el reniplir sa vocation d'homme sous l'oppression d'une miéère extrême? On comprend maintenant que la solidarité entre les intérêts doit être plus grande, que la société n'a pas seulement pour mission de nous protéger, mais encore d<a rendre possible notre développement moral. Or, c'est ce que nous appelais faire passer la charité dans

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