PANTHÉISME IDOLATRE
son repos, soit dans les épouvantes de ses révolutions , comme dans la mythologie indienne qui fi-* gure, Tune dans son dieu Brahma, et les autres dans son dieu $hiva^ Dans une civilisation supérieure on n'adorera plus simplement la nature , mais la na-^ ture humaine. La Grèce placera le ciel sur Tune de ses montagnes, sur TOlympe; elle le mettra à la portée du regard , et ses dieux en descendront si souvent pour se mêler avec les hommes, que ce sera à s'y méprendre, et qu'on ne verra plus de différence entre les uns et les autres. Panthéisme encore , bien que moins franc ^.
Le christianisme ne guérira pas l'humanité de cette éternelle tentation ; seulement, comme il a fait abonder en elle la vie spirituelle, comme il a été l'invasion de l'éterne^ de l'invisible dans le tem ps, il sera plus difficile de nier ce monde supérieur qui nous enveloppe de toutes parts , qui nous étreint en quelque sorte de ses mystérieuses , mais puissantes in-^fluences^ Désormais, il n'est plus possible d'adorer la nature brute : le christianisme a déposé dans notre pensée à tous un spiritualisme invincible qui ne permet pas à l'homme sur lequel son action s'est exercée à un degré quelconque, d'adorer ostensiblement la nature , de célébrer pour elle un culte formeh Mais si dans le fond de son cœur il est panthéiste ,
1 Voir la note (4) à la fin du volume.
I Voir la note (5) à la fin du volume.
^ PÀNTHfilSHfS PUaOSOPHIQVB*
c'est-à-dire idolâtre; s'il désire enferiper toute sa dea* . tinée dans le cercle de la vie terrestre et transformer le ciel en une solitude ou plutôt en un néant, dont il n'ait rien ^ attendre ni rien à ctaindi?a, que fera^lr i]l? Il dissertera, il raisonnera à perte de vue, it philosophera, et il atteindra son but. Il y a un mot attribué par une légende au génie du mal , qui ex-plique très bien notre pensée : <^ Et moi aussi je sui^ logicien! » Ce mot, tous ceux qu'il inspire peuveiit le répéter : et moi aussi , je suis logicien ! Ge qui signilie : là où je ne pourrai arriver de plain saut , j'y arriverai par un détour; quand je qe pourrai plus hardia^ent adorer la nature dâ^fts le^ 3ahal et les Astarté, je la remettrai sur l'autel avec 4e$ idées et diQs raisonnements. Je n^ puis vaincre h pa^içn et la convoitise qui me poussent à les servir de tous mes ^ns : eb bien! j'argumenterai, et d'ar* gument en argument, il se trouvera que le ciel ei Dieu auront aussi bien disparu que dans la plus ) grossière des mytbologies* La logique a vraiment ^té la magie moderne; avec elle on s'est créé un blonde de fantaisie, au gré de ses désirs \ On a multiplié les systèmes et déployé les plus admirables facultés pour arriver... où donc, Messieurs? à Tido* latrie* La philosophie a souvent servi de chemin dks tr^ver^e pow s'y cendre à la dérobée, mainteaaftt
^ Voir la note (6) à la fin du volume.
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qu'on n'ôse. plus prendra la voie directe. Plus d une fois ellea élé le retour laborieux au point de départ du monde ancien. Nos sagesi, noç mages, onjt encore marché vers l'Orient; mais ce n'était pas pour y chercher le Christ , le Dieu spirituel , et pour lui offrir les trésors de leur pensée! Ce n'est pas à Bethfêeni qu'ils se sont arrêtés, c'est à Babylone, c*€St à Tyr et à Sidon , pour y reppeodre l'idole du passé, pouf la déguiser, pour l'erabellir, et pour nous la présenter.
Cette œuvre funeste n'a pas été accomplie en uu jour, elle a demandé des sièoles ; nous ne pouvons vous en dérouler toutes tes phases: qu'il nous suf-* fise de savoir qu'elle a été poursuivie avec une conftlance qui ne s'est jamais démentie. Il y ^ eu com-< me des dynasties suecessives de philosophes panthéistes. Chacun à repris le travail où l'antre l'avait laissé; et depuis Spinoifa en particulier, la plupart des systèmes qui se sont produits , ont tendu à la même fin ^ L'Allemagne y a largement IravaiHé depuis cinquante ans » et grâce à elle on peut dire que notre époque recueille les Traits de c0 péniMe et patient laheur. Le panthéisme est aujourd'hui arrivé à son expression la plus parfaite : H^el en a fit le dernier mot.
Fierm^ttez-moi de vous montrer brièvement com4
1 Voir la iiote (7) i la Bu du volume.
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ment on est arrivé à ce dernier mot qui, tout abstrait qu'il toit, n'en a pas moins un sens tragique. S'il était cru et adopté par notre époque, il serait son épitaphe, car il ne s'écrirait que sur les ruines de tout ce qu'il y a dérivant, de spirituel en elle.
Trois grands systèmes, les systèmes de Kant, de Fichte et de Schellîng, ont préparé ce chef-d'œuvre du panthéisme. Essayons d'en comprendre la âlia* tion; le socialisme étant la conséquence naturelle de ce mouvement, nous ne nous écartons pas de notre sujet.
Kant avait, dans son spiritualisme élevé, fondé toute certitude sur le sentiment moral de l'homme* Dieu, l'immortalité de l'âme, ne lui semblaient prouvés que par notre conscience qui nous révèle les volontés d'un être supérieur et nous parle d'uJi avenir éternel où nous attendent la récompense ou le châtiment. Fichte, son disciple, tira des conséquences extrêmes de ces principes. 11 se dit : Si toute certitude repose sur l'âme de l'homme, il n'y a de certain, d'assuré, que cette âme> Tout le reste est une supposition. Dieu et le monde extérieur peuvent n'être que des rêves. Il ne faut donc croire qu'à l'âme de l'homme, il ne faut adorer qu'elle. Notre pensée est tout. Il en résultait que la nature n'était plus qu'un mirage de l'^prit, une ombre insaisissable. On ne pouvait en rester à un système si opposé à la réalité. Aussi le philosophe qui succéda
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à Fichte, l'illustre Schetling, dépassa bien vite cet idéalisme extrême. C'est vrai, dit-il^ Tâine de l'homme est oe qu'il y a d'essentiel dans le monde; mais néanmoins, le monde matériel, la nature existe. Ces deux vérités contradictoires se concilient très facilement. Le monde n'est pas autre chose que la production incessante de notre àme^ ou plutôt ce qui est en nous âme et pensée est Tesprit vivifiant de la création. Cet esprit universel se répand dans tous les êtres et les anime. L'homme est donc le centre et le foyer de l'univers. Il n'y a pas d'autre Dieu que le moi humain. Hegel alla plus loin encore. Schelling déclare que l'esprit répandu dans la création, l'esprit de vie, qui est l'esprit divin, Dieu lui-même, n'est autre chose que notre propre esprit qui va se perfectionnant sans cesse depuis les êtres inférieurs jusqu^à nous; obscur, confus dans la matière, plus lumineux dans l'animalité, il ne brille de son plein éclat que dans notre raison. Elle est le terme, le point le plus élevé de cette évolution. Eh bien, dit Hegel, le point le plus élevé doit éclairer tons les autres. C'est tou-* jours le même principe divin qui se développe dans le règne minéral et dans nos pensées, et. il a dû se développer partout de la même manière; il a dû suivre partout les mêmes lois; puisque nous trouvons ces> lois avec une entière clarté dans la raison, c'est dans la raison qu'il faut les étudier. Elle est