HEGEL
le par miroir où se reflète la vie universelle, la vie diviae qui q y est plus ténébreuse ei éparse, mats éclairée et concentrée. La raison est l'univers en miniature. Profilons -en; nous le tenons, ce Dieu Prêtée insaisissable qui nous échappait dans le fractionnement des êtrea. Le voilà lié comme de chaînes d'airain par les lois inflexibles de la raison. Que ees lois se déroulent devant nous, et les lois de la vie universelle se dérouleront sous nos yeux. En étudiant la logique, nous étudions le code des mondes, et comme ces lois, ce sont après tout nos pensées, il se trouve qu'à notre insu, chacun d^ nous porte en lui la législation de l'univers. Hegel^ fidèle à ces principes, analyse avec une patience ia^ fatigable tous nos concepts, toutes nos idées, dans leur enchaînement; puis il (Perche à nous les mon^ trer se développant de règne en règne dans la na* ture, et d'époque en. époque dans Tbisloire et la religion. Rien d'aride,, de sec, comme ces formules, et pourtant rien ne passionne davantage. Il y a là la volupté la plus exquise de l'orgueil, et cet homme qui entasse froidement des catégories de togique sur des catégories de logique^ c'est ua Titan qui s'efforce d'escalader le ciel pour en chasser le sou* veraÂn légitime, le Dieu libre et personnel, et pour y placer l'humanité rebelle \
Ces formules, ne croyez pas qu'il les ait inventées
^ Voir la note (8) à la fin du voluuic.
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mvifUSION JDU PANTSiiSliB* 59
tout seul; elles sont montées danssd tètecommela poésie monte 4ans le cœur du poète, du sein de la génération à laquelle il appartient, li a pensé sous son inspiratioa, et il ne fait que lui renvoyer sies senti* ments secrets, justifiés et fixés en systèmes. Aussi les reçoit-elle âe nouveau avec bonheur; et les idées du l^ilosophe se répandent en elle plus rapidement; que les ^ants de ses Tyrtées. Peu importe leur expression algébrique , elles s'en dépouillent bientôt , elles gagnent les conversations, elles descendent dans la rue ooitime les plus sublimes strophes du musicien, les plus éthérés de ses rêves, qui volent sur toutes les bouches en refVains populaires. Ce qui a été la spéculation la plus ardue l'evit sous la fornaed'un préjiigé, et quelquefois éclate dans Tun de ces cris sinistres d'un peuple en révolte, qui retentissent si loin. Ainsi le panthéisme hégélien a bien vite quitté les soiniiiets inabordables de la spé-> culation. Il lui a suffî de traite an& pour atteindre le peuple dans le pays où il a pris naissance. Aujourd'hui i de l'autre côié du Rhin, vous trouverez des logiciens intrépiies dams l'échof^pe et la boutique; les diiaAsona de caJuiret meiteiit le panthéisme en couplets» et voua serez confondius plus d'une fois en entendant un simple paysan disserter sur l^ôtre et le naiii*èti»ei {Mais, que parlonsHious de rAlléitiagne, quand nous-mêmes, nous sommes envahis de toutes parts par ces idées ?
60 DÎFFCSIOK DU PANTHÉISME*
Plût à Dteu qu'elles reposassent en paix dans quel* que livre d'un abord difficile ! mais non, elles sont tellement dans Tair, que les esprits les plus généreux, les plus élevés, s'en laissent pénétrer et les revêtent des brillantes couleurs de leur éloquence* La poésie leur prête son aile divine pour leur donner un essor plus rapide; le roman essaie de les faire vivre, parler, agir, et les incarne dans les principaux personnages qull met en scène. Pas une occasion n'est perdue de leur rendre hommage : les mouvements passionnés du cœur^ les sentiments les plus vifs et les plus purs, tout leur est subordonné dans ces étranges créations. Une sorte d'idéal humanitaire est créé par les maîtres de Tart, et la tourbe des imitateurs va se jeter immanquablement à sa: poursuite ^ Il ne faut donc pas se le dissimuler, le panthéisme n^est pas un accident de notre époque, il en est le trait caractéristique; la philosophie socialiste qui le reproduit parmi nous est dans le grand courant du siècle. Voilà ce qu'il était important d'établir : maintenant il ne nous reste plus qu'à voir commentée panthéisme socialiste est fatal à la question sociale, comment il en retarde indéfiniment la solution , et pour cela il nous suffit de prouver qu'il est fatal au principe de charité*
L'amour, la charité dans l'homme, ne peut reposer
^ Voir la noie (U) à I9 ftu Uu volume.
LB PAHTHilSilB MORTEL AU PRIMCIPB DE CHARITfi. 61
que sur Tamour divin* Quand sou Dieu est un Dieu d'amour^ il comprend que le dévoueoient est sa loi, et il organise la société en conséquence. Or, Messieurs, le dieu du panthéisme, le dieu du socialisme peut-il aimer? Où est-il d'abord? Où puis-je le trouver? Il est ici^ il est là, me dira*tK>n, partout où vous voulez, puisqu'il n'y a que lui dans l'univers. Mais c'est précisément pour cela qu'il ne peut pas aimer. Aimer, c'esj; se donner à un autre, et où est cet autre auquel se donnerait cette divinité indéfinie qui ne trouve que soi dans tous les mondes? Elle ne peut \ que se repaître éternellement d'elle-même; En dehors I de ce moi solitaire et universel il n'y a rien, et la vie t divine n'^est plus qu'un égoisme immense. Et quand même ce dieu étrange se trouverait en face d'êtres vraiment différents de lui, il ne pourrait se donner à eux : pour qu'il se donnât, il faudrait qu'il fût libre, qu'il eût. le droit d'avoir une volonté, et ce droit, on le lui a ravi en lui enlevant toute personnalité. On l'a morcelé à l'infini, on a fait comme une poussière de dieu répandue en innombrables parcelles. Qu'on me montre comment on parviendra à les réunir, à en faire un tout vivant^ et alors je croirai que le dieu panthéiste peut m'aimer. Lui m'aimer ! Mais il ne pourrait pas même me le dire, jamais il n'a prononcé une parole qui fût à lui. Il est muet comme ces espaces infinis qui le déroulent et le dérouleront éternellement. Il a bien autre chose à faire que de
6â LE PAHTHftfBMK KORTBL AU PlUNClPÈ DE CBAlftltlft*
se donner à moi : il a à secouer le joug de cette nécessité plus forte que lui, qui le contraint à franchir ious les degrés de Texistence; et quand il est arrivé au plus élevé, à redescendre encore pdUr recommelt^ eer toujours cette course sans fin, haletante, dans laquelle il se poursuit en quelque sorte et ne peut se
\ saisir. Si vous voulez que je pUise en votre dieu Tinspiration du dévouement, il feut que votre dieu
; soit un dieu personnel qui se soit donné généreuse-
( ment à moi; sinon je n'apprendrai de lui qu'à me
( chercher moi-même.
£t c'estr bien ce qui arrive. Le socialisme panthéiste tue également le principe de charité dand tes relations des hommes entre eux. D'abord, il va sans dire qu'à son point de vue l'amour pour Dieu est impossible. Jamais personne n'âima une abstraction, et Ton perd ce point de ralliement, ce foyer d^affection commune qui réunit les cœ^urs à une hauteur où ils échappent aux divisions mesquines. Ainsi se détend l'un des liens les plus forts et les plus sacrés qui puissent se serrer entre les hommes. Puis, n'avons'Hous pas reconnu que ces désolants systèrties leur ravissent l'individualité, qu'ils tendent toujours plus à les absorber dans la société, à leur enlever leur caractère propre; à les subordonnera la masse, en un mot, à étouffer l'homme sous l'humanité? On n'a pas compris qu'en enlevant aUx hommes l'individuahté, on leur enlève la force même et le nerf du
lÈ PANtHilSKS MOtTEL AU PAW€I?B DB CHARITt. ê^
principe de charité. S'il est vrai que cette charité ! consiste à sortir de son droit ei^clusif^ à en faire l'a- ^ handon dans uae dertaine raesure, pour favoriser le développeaient de son frère; eela suppose Taction la > plus énergique, la plus virile, qui se puisse conoe- | voir* U s'agit de faire le don de soi-môme ; mais pour i m donner, on doit commencer par s'apparlenir. ) Plus l'individualité est vigoureuse, plus on se possède f plij» on esi dans la condition de cette générosité élevée dont nous parlons. Gomment le dévouemenl^sHl possible^ de la part d'un être qui est dépendant , qui ne peut faire un pas sans les lisières sociales, qui eât conduit comme par la main , qui a plutôt un numéro qu'un nom, qui est plutôt une unité q[u'un homme, qui est un simple exemplaire de l'espèce? Cette volonté affaiblie comme un ressort usé n'en a plus la capacité. Si jamais une société s'établit sur des bases pareilles , effaçant en chacun l'empreinte individuelle , vous aures un agrégat d'êtres faibles et incolores, vous n'aurez pas une société morale. Le principe de charité doit nécessairement s'appuyer sur le princi[>e de liberté et de justice. Les hommes libères sont les seuls qui aiment , parce que ce sont les seuls qui aient quelque chose à donner.'
Mais le don y ici- bas, est toujours un sacrifice. Le don de soi même coûte, rabandon de son droit est pénible et pour réaliser le principe de charité, on doit