‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 24 sur 69 · QUATRIÈME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME CONFÉRENCE

De la. philosophie antisocialiste. — Tendance déiste également morteUs au principe de charité. — Examen des écrits de MM. Ck>iisin , Thiers, Migùet.

Messieurs, vous poarrieK croire quelquefois que je m'écarte de mon 'sujet pour me livrer à tles dissertations philosophiques ou religieuses qui n'y ont pas trait directement, et pourtant il ne cesse pas un moment d'être présent à ma pensée. J'ai toujours en vue la question soeialCi je suis oonstamn^ent préoccupé de son urgence; seulement, convaincu que le point de départ d'une rénovation sociale doit être une révolutioD reKgieàse introduisant dans nos y croyances le prîticipe de charité que nouis voulons écrire dans nos bis, je suis forcé de prendre la qtrestion sociale de haut et de loin. Vous avé2 pu remat^quer que jusqu'ici je me suis surtout attaché i disteQt^r les idées généra^les des diverses ^côlès

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socialistes et que j'ai beaucoup moins insisté sur tout ce qui touche à l'organisation même de la société. J'ai cherché à atteindre l'âme de ces systè-» mes, bien assuré que^ comme dans tout organisme» )C l'âme se crée sa forme, son corps,, travailler à renouveler le principe vital d'une doctrine, c'est travailler à la renouveler dans ses applications. Je suivrai la même méthode pour la propagande anti socialiste, et je me demanderai sur quel fondement philosophique ou religieux elle s'appuie, avant de considérer comment elle défend l'état social actuel. Ce n'est pas que je ne veuille me rendre un compte exact du rôle qu'elle a joué dans la discussion, des armes qu'elle a employées; mais avant de suivre de l'œil les flèches lancées à droite et à gauche, il faut voir le carquois d'où elles ont été tirées; avant les idées de détail, il faut coonattre les idées premières dont ell^s découlent*

Nous avons une occasion excellente de les apprécier à leur juste valeur, La nécessité de parer à un danger imminent, de résister à de formidables attaques, a contraint la philosophie antisopialisto à sortir de chez elle en quelque sorte, c'est^-à-dire de ce milieu académique où les adeptes seuls allaient' la chercher ; retraite sacrée où on La laissait de grand cœur, rendant des oracles pour sa propre satisÊiction et jouissant d'une tranquillité d'autant plus grande que le inouvement de la vie nationale, 1,6

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courant orageux de Tavenir s'arrêtait sur le seuil de sa demeure et coulait à côté. Étrange destinée des puissances officielles! elles ont toujours un maire du palais près d'elles qui les supplante à leur insu, et la majesté de leur royauté n'est le plus souyent qu'une majestueuse impuissance. Tandis que la philosophie en renom ou en place trônait dans les chaires de toutes les académies, que l'orthodoxie de ses disciples était surveillée avec une infatigable vigilance, une autre philosophie se glissait dans les masses, et au lieu d'amuser les beaux esprits, répandait ses doctrines parmi ceux qui passent vite de la théorie à la pratique et donnent ainsi une prédominante influente aux idées qu'ils ont actueilKes. Une révolution totale s'était opérée ou s'opérait toujours davantage dans l'esprit du peuple pendant qu'on le croyait docilement conduit à la remorque des saines doctrines qu'on développait si éloquemment. Aussi a-t-on ressenti autant d'effroi que de surprise à cette découverte. Je le crois sans peine; on éprouverait à moins un pénible saisissement. Voilà ce que c'est que de voir les choses à travers une théorie toute faite, et de décider doctrinalement qu'elles doivent se passer de telle ou telle manière, comme si elles recevaient notre mot d'ordre! 11 était donc grand temps de penser sérieusement à opposer idée à idée. On se trouvait en face d'une philosophie populaire, faisant tous les

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jours des progrès, s'altaq^uant à tout ce qu'pn croyait le mieux démontré, invincible tant qu'on ne lui résisterait qu'avec de la poudre et des balles. Tout ce qui est idée, tout ce qui a ét^bU domicile dan$ Tintelligence, fût-ce le rêve le plus insensé, Terreuv la plus effroyable, ne peut céder qu'à des forces morales et spirituelles. Dieu ne permet pas quQ^ même dans sa perversité et ses égarements, la pensée soit violentée et méprisée. Il y va de Tinaliénable dignité de notre âme. On a donc multiplié le^ publications populaires, ou du moins qu'on essayait de rendre telles; mais quelle difficulté n'éprou* vait on pas pour parler cette langue nouvelle I Les esprits les plus distingués reculaient devant la tâche, ou éprouvaient une sorte d'impatience au moment de la remplir. On s'élevait avec indignation contre ceux qui avaient répandu de funestes erreurs dans cette multitude émue, étonnée, souffrante. « Tandis que nous reposant sur l'évidence « de certaines propositions, » s'écrie l'un des plus illustres défenseurs de notre ordre social, « nous « laissions le monde aller de soi, nous, l'ayoïis trouvé « miné par une fausse science ^ »

A qui la faute, si n'est en grande partie à ceux qui l'ont laissé aller de soi? Ce monde que vous laissiez aller de soi, c'était le monde moral, non

* De la Propriété, par M. Thivrs, page 3,

pas le monde potitîquô que vous cherchiez à faire aller à. votre gaisc; c'était ^ monde qui repose ft.ur la conscience pu^dique» mr. La consqiénce du peuple. Cette oonscleoce % . été plus ou moiQa pervertie : d'acçoi^d». mai» si vous ne vpuUes^ pas qu'elle le fût, il fallitit pireiMire souci d'elle, («ei» pkdutes brayagtes que^ Ton poussa, sur les succès de la propagande so^ QÎaliisle awprès du peuple soot en tnèoie temps des f^j^ijBB^sîOQs» On ^voue p^r là Tinciurie que l'on a i^ontrçe à çon égar^* CCiUe incurie^ on en avait fait uqe doctrine : c'est si copmode d'ériger ses fautes en principes! Oiji disait, et qui ne l'a lu? la philoi^pl>ie, c'est-^-dire la vérité dans son, évidence, daps toute ^ richesse» n'est pas abordable à tous, et Ift religion est là pour la remplacer auprès du l^suplej la religion, c'e^t*à-dire la philosophie au rabais, la philosophie incomplète et imparfaite, bonne pour les esprits mn cultivés, au-dessus de laquelle s'élèvent tous ceux qui n'appartiennent ps^ 911 vulgaire des hownes^ C'était avouer naïvement qu'a» ne pouvait pas atteindre le vulgaire des l^#ines^ Il i^'est pas étonnant que, privé de ces (lots de luifiiières dont les philosophes s'inondaient entre enn^ le peuple se soit permis de penser autrement qu'eux. Leur philosophie étant d'après euxmêmes une nourriture trop forte pour lui, il los a crus sur parole, et il en a pris une autre. On dit : c'est du poison. Peut être; mais il était d'autant

plus nécessaire d'y penser d'avance et de lui rompre le pain de la vérité. Enfin on s'est ravisé, un peu tard^ mais bien à temps si l'on avait quelque parole de vie à prononcer. Les hommes les plus éminents dans toutes les branches de la science et de la littérature se sont dévoués à l'œuvre commune; cherchant de toute leur éloquence et de tout leur \ savoir à raffermir la société ébrainlée, faii^nt taire toute susceptibilité pour unir leurs forces et livrant une guerre en régie à ranarchiè morale qui nous menace. Ont-ils réussi, je ne dis pas à supplanter les socialistes auprès du peuple, mais seulement à exercer sur lui une influence quelconque? S'est-il douté des maternelles sollicitihlés de l'académie des sciences morales? Nous ne lecroyons pas, et la preuve que les travaux de celle-ci ont été couroniràs d'un médiocre succès, c'est qu'on organise de nouveau à grands frais la propagande antiscK^ialiste et que l'on convoque le ban et l'arrière-ban des adversaires du socialisme. Si sept mois après que les plus il* tustre& écrivains l'ont combattu avec ensemJ[)le, il est encore si puissant, qu'on en parle avec épouvante et qu'on réclame contre lui de suprêmes efforts, il faut donc que l'on reconnaisse la stérilité des premiers. Cela donne peu d'espérance pour les tentatives nouvelles. Où trouver des écrivains qui aient plus d'éclat que M. Cousin, plus de clarté et de nerf que M. Thiers, plus de science économique

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