LE DÉISME MORTEL AU PRINCIPE DE CHARITÉ
le bagage, avec le passé; Tavanl-garde ne se sou^ cie pas d'eux.
Est-ce à dire que pour nous tout soit à dédaigner dans le déisme? Non, certes : il reconnaît le principe de liberté et de justice; il accorde à l'individualité ses droits, et tout ce qui est écrit et publié dans ce sens par ses adeptes contre le so* cialisme, est vrai et irréfutable. Mais, d'un autre côté, il y a tant de lacunes dans ce système, il est si insuffisant qu'on n'y peut rester, et le socialisme est là prêt à recevoir tous ceux qu'il a rebutés. Et savez-vous quelle est la grande lacune qui, aujourd'hui particulièrement, le rend impuissant? Comme nous l'avons fait prévoir, c'est l'absence presque totale du principe de charité, et nous revenons par là à notre point de vue essentiel. Le socialisme, en insistant sur la solidarité humaine, par ses protestations contre l'individualisme, a au moins l'ap^ parence de ce principe. Nous avons vu combien cette apparence est trompeuse, mais elle suffit pour lui gagner de nombreuses sympathies. Le déisme, dans sa sécheresse, a encore plus les dehors de l'égoîsme, et il repousse davantage. Il nous sera facile de vous démontrer que c'est à bon droit.
Nous l'avons déjà dit, tandis que le dieu panthéiste n'est rien sans le mouvement de la vie de l'univers dont les fluctuations sont les pulsations de sa propre vie, le dieu du déisme demeure absolument
INFLEXIBILITÉ SE BIEU DANS LE DÉISME. l!2i
immobile, invariable, n'intervenant jamais dans 14)istaire du monde pour arrêter le cours naturel des choses, quand même ce cours naturel entraînerait notre malheur; quoi qu'il arrive, il ne sortira pas de son imperturbable sérénité. Il n'accomplira aucune oeuvre nouvelle qui ne découle de l'œuvre de la création, et qui ne soit une application des lois qu'il lui a données. Le déisme ne nous laisse aucun doute à cet égard, car s'il était possible que Dieu prit une détermination qui ne fût pas la conséquence immé* diate des lois de l'univers, nous n'aurions plus cette géométrie exacte qui enchaîne fatalement les effets aux causes et permet de tout comprendre sans autre lumière que celle de la raison. Gomme celte détermination de Dieu reposerait sur sa liberté absolue^ nous ne pourrions en rien savoir s'il ne nous l'avait révélée; le surnaturel, le miraculeux serait accepté,
et avec le miraculeux la nécessité d'une révélation. Qu'on nous montre après cela ce qui resterait du
système? Non, Dieu ne changera rien à l'ordre inflexible établi par lui!
Mais si sa créature, s'égarant loin du droit Ghe«. min, court à sa perte, ne Tavertira-t-il pas? ne lui parlera t-il pas? n'aura- t-il pas des accents paternels^ de tendres supplications pour la retenir? Non, elle connaît la loi qui doit la frapper si ellejîuccombe : cela suffît. Des mots tombant directement de la bouche de Dieu ne seraient pas dsuns Tordre na-
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lurel des choses. Mais si celte créature infortunée s'égarait toujours plus et allait jusqu'au bord de Tablme? Il l'y laisserait tomber. Après la faute lè châtiment, après la semence le fruit: c'est la loi de la création. Mais s'il la voyait frappée à mort, sa gloire flétrie, sans force, se traînant dans un monde de douleur, quoi! ses cris, ses larmes n'éveilleraient aucune compassion dans son cœur! Quoi! il continuerait à frapper, à frapper sans cesse, parceque d'après la loi, la condamnation doit peser lourde ment sur la tête du coupable. La loi, toujours la loi! C'est qu'en effet, c'est une loi insensible qui régne sur nous, une loi muette, une loi de fer! Il semble qu'il en soit du législateur du monde comme de ce législateur de l'antiquité, qui, après avoir promulgué le code d'une cité, disparut. Si à côté de la loi, il y avait le législateur, nous ne pouvons croire qu'il assistât impassible àu spectacle de la vie lamentable de l'humanité! Nous ne pouvons croire qu'il laissât son infortune se consommer parce que telle est sa destinée naturelle, et qu'il s'écriât avec l'indifférence du proconsul romain : ce que j'ai écrit est écrit! S'il n'était pas une idée, une abstraction, s'il était un être vivant, il durait pitié, j'en jure par notre malheur! et s'il avait pitié, lui, le Tout-Puissant, il saurait bien rendre sa compassion efficace. De quoi s'agit-il après tout? Il ne s'agit pas d'abroger les lois sur lesquelles repose le monde moral ;
iHfttXmUTt DE BICC DANS LE DÉISBCE. i23 j
H ne s'agît pas de donner l'exemple de leur violation. Il est bien évident que, si jamais, par compassion , Dieu faisait fléchir la règle du juste et de l'injuste, du bien et du mal, tout dépendrait d'un capricieux arbitraire, il n'y aurait plus rien de certain; et si le déisme ne voulait qu'écarter d'aussi dangereuses erreurs, il serait dans le vrai. Mais il refuse à Dieu non-seuleiaent le droit de sauver l'homme, sans tenir compte des lois du monde moral , mais encore celui d'intervenir quand il se perd, de le secourir souverainement dans sa détresse, tout en maintenant ces lois qu4l saurait bien <^oncilier avec sa miséricorde. C'est cette main tendue du ciel pour nous sortir de notre malheur et nous faire remonter vers le bien et vers la félicité qu'il ne veut pas admettre. Il refuse de croire que quelque chose d'extraordinaire puisse se passer de Dieu à nous. Les battements de son cœur paternel sont comptés; il ne doit élre bienveillant qde pour les bons, et quand il est offensé, il demeure offensé.
Ce Dieu solitaire, toujours prêt à se défendre <M>iitre sa créature, qui ne s'approche de nous que pour nous demander le tribut de nos hommages et de notre obéissance, ou pour venger son droit lésé; qui ne sait que recevoir et jamais donner, c'est un Dteu jaloux de son moi , renfermé en lui*méme, ne vivant que pour lui; c'est une liberté égoïste qui ne v€ut se peslreindre en rien , qui ne pense qu'à elle-