‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 27 sur 69 · INFLEXIBILITÉ DB DIEU DANS LB DÉI$]IB · texte numérisé non relu

INFLEXIBILITÉ DB DIEU DANS LB DÉI$]IB

même. Un tel Dieu n'a jamais aimé, n'aimera jamais^ car l'amour est précisément un abandon de l son droit, et cet abandon de son droit n'est

plus possible quand on veut que tout se passe d'une manière si naturelle. Vous ne voulez pas de faits extraordinaires? autant dire alors que vous ne voulez pas d'amour, (|ue vous voulez le supprimer en Dieu ! car ie don de soi-même est toujours quelque chose d'extraordinaire. Ce qui est naturel, c'est de se renfermer dans les limites de son droit, de ne rien céder, de s'en tenir à la stricte justice. L'abandon de son droit absolu est un acte qui ne va pas de soi , et qu'on ne peut prévoir. Tout acte de l'amour divin est un miracle, car il ne résulte pas nécessairement de la force des choses ; s'il en résultait, Dieu, au lieu de se donner, serait arraché a lui-même. S'il crée par amour, c'est qu'il n'avait pas besoin de créer et qu'il n'avait d'autre matif que d'appeler au bon^ heur et à la vie des êtres innombrables; s'il est contraint de créer par la loi de son être, où est l'amour, où est le don ? De même en est-il de tous les actes de l'amour de Dieu : ils ne se déduisent d'aucune loi du monde. Quand Dieu se donne, je vous mets au défi de mesurer d'avance la générosité de son \ don et l'immensité de son bienfait. Aussi, quand tout va sans dire, du Créateur à la créature, c'est que tout va sans amour.

Le déisme n'a qu^une ressource pour conserver

IMHUIOaiTÉ DJB L^UMANITi DANS Ll DÉISXB. 125

à son Dieu , je ne dts pas l'amour, c*est impossible, mais une certaine bienveillance , pour lui ôter Tapparence de la dureté. En face de sa divinité immobile, il devra poser une humanité également immobile, et c'est bien ce qu'il fait 1q plus souvent. Rien ne se passe en elle qui ne s'y soit déjà passé; le mal et le bien s'y font équilibre; telle elle a été au premier jour de la création , telle elle est encore aujourd'hui; pas plus que son Dieu, elle n'a eu à accomplir un acte surnaturel, par lequel elle sortit d ellemême, pour se donner à lui, un acte d'amour en un mot. Il n'y a pas eu pour elle d'épreuve so lennelle, ou elle eût à choisir entre s'abandonner dans un saint élan à son Créateur, ou vivre pour elle-même, dans Tisolement et l'égoïsme. Par conséquent l'humanité n'a pas subi de grand changement dans sa destinée; son malheur n'a rien d'extraordinaire. On conçoit donc que, sans être insensible, Dieu ait pu ne rien faire d'extraordinaire pour elle, et que tout ait suivi son cours naturel; il n'y a rien de mystérieux dans les rapports qui existent entre l'homme et Dieu ; ce sont des rapports de froide convenance, un échange de bons ou de mauvais procédés; ce n'est pas plus difficile à comprendre que la plus simple affaire de commerce : tant de vertu, / tant de bonheur; tant de mal , tant de douleur. Jamais compte ne fut plus exactement tenu ; c'est une affaire de calcul ; ce n'est pas la peine que Dieu

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nous parle du <:iel, pour nous le révéler. Qu'aurai t-il à nous dire? il n'y a pas plus d'amour dans son cœur que dans le nôtre. La loi qui règle nos rapports nous suffit dans la sécheresse de son langage. Quelles effusions de tendresse voulez-vous entre un débiteur et son créancier ? En vérité je trouve que dans ce système la créature vaut le Créateur, et qu'ils n'ont rien à se reprocher l'un à l'autre.

De tout ce que nous avons dit, il résulte qu'il n'y a pas d'histoire pour le déisme. Pas d'histoire, car les deux grands agents de l'histoire , Dieu et rhomme, demeurent toujours dans la mémesitua^ 1 tion vis-à-vis l'un de l'autre. Il n'y a aucun événement qui, du côté de Dieu ou du côté de l'humanité, les modiiie en rien. Us sont éternellement à distance. Oui, le père et l'enfant restent depuis des siècles en présence, sans que les bras du père se soient ouverts, sans que l'enfant s'y soit jeté, sans qu'il y ait eu entre eux autre chose qu'une froide réciprocité, sans qu'il y ait eu un entraînement, un élan , un acte qui ne fût convenu. £h bien ,*s'il en est ainsi, je dis qu'il n'y a pas eu sur la terre un événement digne de ce nom depuis la création. Un événement pour l'humanité, c'est ce qui change sa situation vis-à-vis de Dieu en bien ou en mal; c'est ce qui se passe entre elle et Dieu; or, rien de nouveau ne s'est passé entre elle et lui , depuis six mille ans. Elle est là , clouée à la même place sans

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avoir fait un pas. Dieu est aussi loin d'elle, et ce que nous appelons Thistoire nest quun peu de poussière qu'elle a fait monter de la terre en se débattant dans Timpatience de son immobilité forcée. Et il est si vrai que, d'après le déisme, rien d'important ne s'est passé ici-bas que nous n'avons pas acquis une notion nouvelle sur Dieu depuis le commencement du monde. Toutes Içs religions , depuis les plus antiques jusqu'aux plus modernes, ont un . fond identique qui n'a pas varié; la religion natu- ' relie, avec ses trois ou quatre idées, est encore la religion suffisante. Il n'est pas , à travers tous les temps, tombé une parole du ciel, et ce silence de Dieu fait qu'il n'y a pas plus d'histoire pour la pensée humaine que pour nous-mêmes. Elle est immoiûle de l'immobilité de nos destinées. Ain^, en résumé, si le panthéisme tue le principe de charité eu faisant de Thistoire un Saturne qui dévore tout, et ne laisse jamais aux êtres divers la possibilité de se ressaisir pour se donner, c'est-à-dire pour aimer, le déisme ne le tue pas moins en niant toute histoire; car si Dieu et l'homme ne sont plus emportés dans le mouvement irrésistible et éternel , s'ils se retrouvent dans la plénitude de leur liberté, ils n'en usent que pour se renfermer en eux-mêmes.

Et veuillez remarquer qu'il y a ici quelque chose de plus grave que dans le panthéisme. Le dieu (3anthéiste ne peut pas aimer, ce droit lui est refusé;

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