JUSTICE ET CHARITE PAE M. COUSIN
Elles s'ouvrent par un écrit de M. Cousin, intitulé : Justice et charité. Il appartenait au chef de l'école ecclectique d'entrer le premier en lice, de présenter la justification de l'état social que l'Académie des sciences morales voulait défendre intégralement. En effet, le système de M. Cousin en est la formule philosophique. L*ecclectisme n'est pas autre chose que le vieui déisme exprimé dans un langage lucide et coloré qui essaye bien inutilement de le réchauffer quelque peu. Il n'a rien d'original ; il aboutit à cette négation de l'histoire, soit en Dieu, soit en l'homme, qui nous a paru l'un des signes caractéristiques du déisme. Il y a pour lui une philosophie naturelle comme pour le déiste ordinaire il y a une religion naturelle; elle est composée des mémesi axiomes invariables et ne subit aucune transformation. Chaque époque pour l'ecclectisme est le renouvellement d'un drame philosophique en quatre actes. La pensée humaine passe successivement du sensualisme à l'idéalisme, de l'idéalisme au scepticisme et du septicisme au mysticisme, comme par quatre étapes où ses logements sont arrêtés d'avance. Dans les Indes comme dans la Grèce, dans tous les pays et tous les siècles, elle a le ravissement de se retrouver toujours la même sans aucun changement, sans aucun progrès, et avec la perpective d'avancer dans Tavenir d'un pas aussi rapide. Ce qu'il y a surtout de précieux pour le philosophe, c'est qu'a-
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près des travaux multipliés il reconnaît qu'il est précisément au point où il était avant de se consumer en si grands efforts. Le campagnard avec son simple bon sens est aussi avancé que lui. H s'est construit avec une peine inouïe une lunette à longue vue; vous pensez qu'il a au moins contemplé la plus lointaine et la plus brillante des étoiles: pas du tout, il a vu ce que vous voyez avec vos yeux. Alors, à quoi bon prendre tant de peine, direz-vous! Nous le pensons aussi, et cette philosophie du sens cornmun nous parait parfaitement inutile. On serait en droit de demander à M. Cousin à quoi, à part quelques beaux travaux sur l'histoire de la philosophie, son ecclectisme a servi à l'humanité, puisque tant de recherches, de fatigues, de veilles, aboutissent à une nouvelle édition du Vicaire savoyard. M. Pierre Leroux a rudement combattu l' ecclectisme; sa doctrine a pourtant quelques points de contact avec la philosophie universitaire. Il pourrait y trouver sa métempsycose et ses revenants, puisque c'est toujours la même philosophie qui revient d'après M. Cousin ; l'ecclectisme joignant la pratique à la théorie a eu soin de ne pas émettre une idée nouvelle, pour qu'il ne fût pas dit qu'il se pensât sous le soleil quelque chose qui n'eût pas déjà été pensé par tout le monde et dans tous les temps.
Naturellement M. Cousin devait tirer du déisme les conclusions que nous en avons tirées pour la