‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 36 sur 69 · DES FORMES ACTUELLES DU CHRISTIANISKE · texte numérisé non relu

DES FORMES ACTUELLES DU CHRISTIANISKE

et vous verrez que le catholicisme et le protesta^* tisme en ont gardé quelque chose et qu'ils n'ont guéri qu'à moitié ces deux grandes blessures faites dans tous les temps au principe de charité. Nous

ne nions pas qu'il n'y ait une très grande distance entre le catholicisme et le socialisme » entre le pro-^ testantisme et le déisme : rien ne serait plus injuste que de les assimiler. Le catholicisme et le protestantisme sont deux formes du christianisme qui acceptent la Révélation , qui reposent sur elle et repoussent toute doctrine se plaçant en dehors d'elle. Le socialisme panthéiste ne peut l'accepter puisque ta nature est pour lui l'étemelle révélation de Dieu. Quant au déisme, son premier et son derjiier n^ot est : point d'autre religion que la religion naturelle y point de religion révélée 1 L'un et l'autre mesurent strictement à notre âme et à notre pensée l'horizon qu'elles doivent contempler, et vous savez si cet horizon est borné. Il ne s'étend qu'à quelques pas devant nous. C'est la terre, la nature, et rien de plus. Le catholicisme et le protestantisme, au contraire, nous ouvrent l'infini et l'éternité. Mais ne serait-il pas possible de voir plus ou moins le monde supérieur et surnaturel au même point de vue que le monde inférieur et naturel? C'est déjà beaucoup de ne plus être enfermé dans celuici. Les murs de la prison sont tombés, mais le prisonnier, à peine délivré, n'auraitil pas encore quel-

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ques ténèbres dans ses regards? En plein christianisme comme en plein soleil on peut avoir gardé la vue confuse et obscurcie, et tout en se trouvant en face de perspectives brillantes et nouvelles, les entrevoir à travers le même voile que d'autres 6nt sur les yeux devant un horizon beaucoup plus restreint. On peut, dans le christianisme , porter atteinte au principe de charité dans un sens panthéiste ou dans un sens déiste, sans faire le moins du monde un écart complet en dehors de la vérité. Il n'y a que ces deux tendances qui en éloignent; pour peu qu'on ait altéré le principe de charité, il faut bien qu'on ait penché vers l'une ou vers l'autre. Nous n'avons qu'une ressource pour éviter cette conclusion , c'est de dire : le catholicisme et le protestantisme réalisent parfaitement rÉvangile. Alors plus de rénovation religieuse, mais aussi plus de rénovation sociale, c'est-à-dire que nous devrions abandonner notre point de vue essentiel, notre conviction énergique.

Messieurs, il va bien sans dire que le principe de charité occupera toujours une place importante dans les diverses formes du christianisme. Il est tellement identifié avec la personne du Christ que, partout où on l'adore, il est impossible qu'il soit absent. C'est en vain qu'on Tétouffe sous de stériles et innombrables pratiques, sous de sèches doctrines. Il est comme le cœur du christianisme. Le cœur bat tou-

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jours SOUS quelque vêtement qu'on ait déguisé la religion divine, et s*il cessait de battre un moment, il ne nous resterait plus qu'uû cadavre. Si donc vous trouvez l'Évangile quelque part, dites-vous que le principe de charité y sera invincible tant qu'on n'aura pas foulé aux pieds le livre dont il est l'inspiration. On ne peut en tourner une page sans respirer ce souffle de Dieu. Les faits constitutifs du j christianisme sont la réalisation absolue du principe ^ de charité, et si le commentaire que l'on en donne lui est quelquefois mortel, le texte commenté, le corps même de la religion chrétienne, le conserve et en maintient la substance. Il n'en est pas moins vrai qu'un mauvais commentaire est un grand danger et qu'il peut stériliser le texte le plus clair et le plus beau. Aussi devons «nous contrôler le dogme, catholique et le dogme protestant pour en revenir toujours plus au mot primitif tel que Dieu Ta écrit, de sa main; à ce mot qui, bien compris, doit se graver dans la conscience publique, puis dans la loi. ]

Eh bien I nous croyons que le catholicisme l'a effacé autant qu'il l'a pu, et que, si le mot divin subsiste encore, c'est malgré lui. Nous l'établirons en vous prouvant que le catholicisme n'est pas autre chose que le socialisme religieux. Si nous {parvenons à vous le démontrer clairement, nous serons en droit de lui appliquer les critiques que nous avons faites aux principes du socialisme, elles retomberont sur

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