ISO BU VRAI CATHOLICISME
lui de tout leur poids, et nous reconnattrons en lui la même impossibité de travailler au développement du principe de charité.
Messieurs , nous n'irons chercher le dogme catholique qu'aux sources les plus authentiqués pour fonder Taccusation que nous portons contre lui d*être le socialisme religieux; nous n'invoquerons pas tel ou tel ouvrage moderne , où il est franchement présenté sous un point de vue socialiste. On pourrait nous accuser de le juger sur quelque néocatholicisme éphémère que l'Église n'accepte point. Nous savons très bien qu'aucun néo - catholicisme rt*est orthodoxe. Un catholicisme nouveau i qu'estque cela? Ces mots jurent ensemble: il y a une hérésie dans leur simple association; le second mot réfute le premier. C^est Vantique catholicisme , le seul qui soit officiel, légalisé, que nous avons en vue. Et nous ne nous fierons à personne pour apprendre à le connaître , nous irons le chercher dans les documents consacrés. Voilà trois siècles que l'Église n*a pas parlé en corps, ^ous n'avons plus devant nous que des individus dont les interprétations pourraient nous induire en erreur. Qui sait s'ils n'ont pas subi des influences hétérodoxes ! Il y a lieu de craindre queTeur esprit n'ait quelque peu marché avec le monde et la société. La lettre dîes arrêtés du concile est seule restée invariable sous là poussière qui la couvre. Elle est aujourd'hui lé
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caibolicisme de droit* Nous ne oroirons qu'elle. Ob! sans doute y mec une oerlaiue habileté on parvient à en tirer ee qu'on veut. On adoii<^t tertains angle», ofi noie dans des flots d'encens et de poésie certaines dactriaes qui, présentées siroplemeat, ont qaelqiie cjiose dedMiqnant. On les coosbine^ on les harmonise avec art, et il sort de ce travail un cathoUcisine tout idéal qui n'est pas ie vrai catholicisme. On l'u embelli, on Ta transformé, on n'est pas positive*ment sorti du dogme de l'Église, on éehappe aiuc anathèmes des Pères du oomâle de Trente ; au point de vue 4é^l, il n'y a rien à dire. On est orthodoxe, mais on met tellement du sien dans l'interprétation des dogmes; on les spiritualise , on les groupe si bien que c'^sl i ne plus s'y reconnaître. Le eathôlicteme dans telle intelligence élevée est ooiamè renfermé dans un vase d'or bcill^at. Il y {^\i un .(oqt autre effipt que che^ le siniiple. croyant, qui' Ta admis fans se mettra en grandes fj^ais d'expiicatiQD^« Au^i ne doit-oi^ p^s tan^ ç'atUvQbçr au cp^tenfu^t q^'au oojDteam. Ce n^'e^t dqpc pas;^ uf Muller,. i^ un ]>feiY* mann, i^ xaji Baulaio,' ^ un Lacprdaire,, que ^'içai deinander W^rai dogme catliQHqj|be« Oaçfi^ }eu|r ibpqdj^e, il prendrait un je ne ss^is qnoi de lAÇMjlerof) > de conciliant , qui ne lui appartient pas. ^ m'j^ tiens aux prçitoQoles de rassemblée souverainiâ qui a promulgué avec \me clarté et une vigueur dont on se passerait bi<^ quelquefois la doctrine immiialjile
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de TÉglise. On est d'autant plus fondé à partir de là dans ses appréciations qu'après tout c'est cette doctrine qui prédomine; c'est elle qui est préchée dans les églises de village, enseignée dans les séminaires , qui est le fond des prônes , des catéchismes. Que nous importe ce qu'en peut faire un esprit distingué? nous songeons avant tcmt à ce qu'elle est pour la masse. Que nous importe la nourriture raffinée du riche? c'est le pain du pauvre qui nous intéresse.
Je suis persuadé. Messieurs, qu'«n vous présentant le dogme du concile de Trente dans sa simplicité, je surprendrai plusieurs de mes auditeurs qui ont compris le catholicisme d'une manière toute dif- .férente. On se fait sur son compte les plus étranges illusions; on vit à son ombre sans bieii le connaître. Pour les uns, c'est la cathédrale aux ogives magnifiques; c'est le chant sublime qui remplit le chœur; ce sont les riches ornements, c'est le mystère de la nef, c'est l'art religieux ; pour les autres, c'est la religion des pères, la religion associée aux gloires de la patrie, inséparable de ses destinées; pour d'autres, c'est la religion de l'obéissance, de Thumilité, de la mortification, c'est le prêtre, c'est le sacrement devant lequel tous les fronts doivent se prosterner; pour un plus grand nombre, c'est un ensemble de pratiques, de formes, de génuflexions, de prières récitées, par le moyen desquelles on fait son salut.
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Hais demandez quelle est ia doctrine catholique à ceux qui s'en réclament. Je suis assuré que vous mettrez dans l'embarras la majorité de ses adeptes. On s* en tient à l'extérieur, on reste dans le vague. Rien de plus ignoré que le catholicisme. Il n'est guère connu que de ses adversaires. Serait-ce que, quand on le connaît bien, il est difficile de lui demeurer fidèle ? La plus grande partie des croyants catholiques sont comme dans un temple où l'on est trop loin de la chaire pour écouter l'enseignement qu'on y donne, et où l'on se borne à considérer les tableaux et les sculptures. Peut-être» s'ils prêtaient l'oreille, seraient-ils moins satisfaits. Et ce n'est pas seulement le peuple qui demeure dans cette ignorance. Étes-vons certains d'être parfaitement au clair sur votre religion? ne lui avez-vous pas donné une sorte de blanc seing? Et ne se pourrait-il pas. que vous fussiez au fond moins orthodoxe que vous ne le pensez? J'espère que plusieurs d'entre vous sont à leur insu hérétiques au premier chef, et je les en félicite de tout mon cœur. Si leur catholicisme était le catholicisme véritable, nous ne serions pas loin d'y souscrire. Malheureusement, T Église aurait raison contre eux, et pièces en main pourrait leur fermer la bouche. Qu'il soit donc bien entendu que nous ne parlons ici que du catholicisme tel qu'il a été fixé au dernier concile, et non de ces catholicismes de fantaisie qui abondent parmi nous et
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qui n'évitent Thérésie flagrante que parce qu'ils ne se sont pas formulés. C'est dû premier seul que nous disons qu'il est le socialisme religieux, et qu'à te titre il compromit gravement le principe de charité.
Messieurs, vous vous le rappelez, le premier trait qui nous a frappés dans le socialisme est la subordination complète de l'individu à la société. Ai-je besoin de vous prouver que le catholicisme a pour principe essentiel de sourâettré absolument liotre individualité à la société religieuse *? Le dogme de Pautorité de l'Église n'est pas autre chose. L^ÉgHse n'est plus la société de ceux qui croient eh Jésus- Christ, et qui lui obéissent librement. Elle est un être à part, armé d'un pouvoir immense; elle slmpose à nous violemment et sans appel. Désormais nous ne pouvons plus avoir une pensée, nous ne pouvons plus nous former une conviction par nousmêmes. Tout doit être subordonné à cet être collectif, l'Église, qui représente dans le domaine religieux ce qu'est l'État dans te domaine terrestre. C'est elle qui croit et qui agît pour nous, comme dans lesocialismerÊtat doit tout faire. EUe a si peur que nous ne secouions son joug un seul moment qu'elle mesure et scande jusqu'aux soupirs de nos prières publiques et qu'il ne doit passer sur nos lèvres que
'^ Voir la nou (15) à la fin dti voltune.
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dés mots dictes par elle. Et veuillez bien reiiiai^quer. Messieurs, que cette soumission à l'Église n'est pas utie condition nécessaire de l'obéissance chrétienne comme on le donne à croire quelquefois. L'obéissance est hors dé cause, car on peut très bien obéir autrement ; il ne s'agit que du mode de l'obéissance. Le catholicisme ne veut pas que nous obéissions directement à Dieu. Son but est donc de nous absorber dans la société religieuse; et la soumission qu'il réclame de nous n'est que cette annulation de notre individualité.
Cette égKse qui passe son niveau sur nos pensées , n*est pas simplement l'association de tous ceux qui ont adopté là nième foi. Déjà il y aurait là excès de pouvoir de sa part : ce serait en religion le principe de la souveraineté du peuple poussé à ses dernières limites. On se récrie vivement contre ceux qui attribuent au peuple dans son ensemble une autorité absolue, brisant toute résistance et écrasant de son poids les volontés individuelle^. On rédlame avec force; on dit, et avec raison, que l'individu n*e$t pas semWable au flot de TOcéan qui né se distingue pas de la masse des eaux et est emporté par elle d'un bout du monde à Tautre, tantôt routé dans le fond des àbtmes, tantôt jeté sur les plages tes plus diverses. On prétend quMl a des droits inaliénables comme créature morale. C'est bien! mais alors il feudi^ait en religion écarter complètement
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Terreur dangereuse qu'on veut éviter en politique, et bien loin d'y songer, ie catholicisme ne fait que l'aggraver. Au moins, si la société religieuse était considérée dans sa totalité comme le pouvoir souverain, chacun aurait une part quelconque dans ce pouvoir, de même qu'en république,^ chacun participe dans une certaine mesure, au gouvernement. Mais il n'en est rien; d'après le dogme catholique, le pouvoir souverain n'est pas l'ensemble des fidèles; il est aux mains d'une caste isolée de tousi, renfermée dans les cadrer d'une vaste hiérarchie s'élevant depuis le simple clerc jusqu'au vicaire de la chrétienté. C'est la monarchie la plus absolue qui se puisse concevoir. Le prêtre est maître et despote ; lui-même s'annule devant un supérieur qui s'annule devant un autre, et vous aver ainsi une vaste chaîne de servitude qui remonte jusqu'au prince des prêtres, vérital)le czar spirituel. Il n'y a rien de nous dans ce pouvoir immodéré qui pèse sur nous. Il est imposé du dehors. Notre individualité est donc vraiment broyée autant qu'il est possible, et le socialisme n'est jamais allé aussi loin dans ses rêveR. Quand vous vous représentez, d'après l'une de ses plus célèbres utopies, cet atelier national où des multitudes d'ouvriers travailleraient sans initiative, sans liberté, sans ardeur, vous trouvez que ce serait l'un des plus tristes spectacles que Ton pourrait contempler. Que direz vous donc de cet atelier na-
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tional de croyances, (fidées religieuses, dans lequel chacun se repose paresseusement sur le pouvoir central qui a réglé minutieusement sa tâche , qui le réduit au rôle de machine, et pourvu qu'il n'ait pas travaillé, pensé , médité pour son compte, lui assure le salaire de sa longue journée : le salut et le repos éternel. C'est là du communisme sur la plus grande échelle qui se puisse concevoir. Personne, au point de vue religieux, n'a de chez soi dans le catholicisme ; personne n'a pignon sur tue, suivant l'expression de Pascal; personne n'a le droit de marquer de son sceau, de faire sien le dogme universel. Tel il est entré dans notre pensée, tel il en doit sortir sans qu'il se soit mêlé à notre substance. Nous n'avons pas de propriété morale et religieuse; nos pensées sont des espèces de magasins où sont déposées les vérités dont TÉglise est gardienne. Elles doivent y demeurer immuables, intactes; nous ne nous les approprions pas par une foi personnelle, nous ne possédons rien; nous sommes la propriété, la chose du pouvoir religieux qui nous étreint de toutes parts. En vérité, quand on a ainsi aliéné sa liberté la plus essentielle, sa propriété la plus précieuse, je ne vois pas quel grand intérêt l'on a à combattre le socialisme. Quant à moi, je déclare que, si la propriété extérieure n'est pas la garantie de la propriété intérieure, spirituelle, qui me permet de disposer de moi sans entrave pour me donner libre-
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nient à Dieu, et accomplir ma destipation comnte créature libre; si elle ne f^it plu^ <|u's^«Hurer la jouissance paisible des biens inférieurs, elle n'a plus pour moi aucune base 60J[i(|is. Une fois que ; VOUS avez confisqué la propriété morale» . confiiSquezy prenez tout ce que vous voulez, vous ne nous appauvrirez pa^ beimcoup.
Ainsi) Messieurs, sur ce prepiier. point , absorption de Vlndu?iduaHtéy le catholicisme et le socialisn^ ne sont que trop d'accord. Us ne le sont pas moins, toufours avec la différence des préoccupations, terrestres d'une part, religieuses de l'autre, pour un autre principe : Tii^dividu entièrement subordonné à la société doit tirer de celle-ci toute sa force, toute sa vie. Il n'a rien à espérer de ses efforts, de ses I travaux, il est passif et impuissant. La société seule ^ doit s^ir en lui et pour lui. Aussi le socialisme attend-il tous nos progrès moraux et spirituels de la société. Ce sont de nouvelles institutions sociales qui d'après lui doivent nous régénérer dans l'avenir. Telle est aussi la doctrine catholique, seulement elle ne porte pas nos regards vers- l'avenir, m^^is vers le passé. Elle admet la vertu toute-puissante pour nous améliorer et nous transformer, de certaines institutions de la société religieuse qui remontent, d'après elle, à la plus haute antiquité. Ces institutions sont les sacrements. Le sacrement, pour le catholi- .que, a une vertu intrinsèque que rien ne peut lui