DU SACREMENT
enFever, ni rindigoité de celui qui le confère, ni rindifférence de celui qui le reçoit \ Il agit par lui seul, et sur quelque front que tombe l'huile sainte, que lliostie soit prise par celui qui murmure un blasphème ou par celui qui chante encore du fond de son cœur les louanges de Dieu , le mystère n'en est pas moins consommé. Le petit enfant qui n'a pu accomplir aucun acte avec connaissance de cause est par le fait seul de son baptême considéré comme chrétien.
Oubliez, Messieurs, si vous le pouvez, tout ce qu'une longue tradition traîne après elle de souvenirs poétiques qui vous trompent sur sa valeur; essayez de vous placer à un autre point de vue que celui du sentiment. Quand on n'y réfléchit pas^ il y a quelque chose de touchant dans le spectacle de ce nouveau-né qui est transporté dans le temple de Dieu, et qui des bras de son père passe aux bras du prêtre pour recevoir, en même temps que son nom pour la terre, un nom pour le ciel. On peut également éprouver une émotion attendrissante à la vue du sacrifice offert à Tautel, et de cette foule prosternée comme un peuple de roseaux , suivant l'expression du poëte, recevant le pain consacré. Mais, si nous allons plus loin que cette émotion, si nous nous souvenons que ni à cet enfant, ni à cette tbule, on n'a demandé un acte, un sentiment} si
-< Ydr U uot^ (16) & la fin lia voteve.
160 LE CÀTHOLiaSIIB BTLB SOCIALISME POURSUIYEHT LE MÊME BOT.
nous nous souvenons que tout repose sur une cérémonie, alors Témotion, l'admiration, disparaissent et nous trouvons qu'il y a là une sorte d'insulte pour Fâme humaine, qui n'est pas traitée comme un être libre et moral. Il faut qu'on la méprise bien pour croire qu'il suffit d'une goutte d'eau et de quelques génuflections pour la transformer sans sa participation, et qu'on peut, avec quelques mots inintelligibles, lui jeter le salut éternel, comme autrefois on croyait, avec des formules cabalistiques, jeter un sort à quelqu'un. N'est-elle pas tout autant dépouillée de sa dignité naturelle, quand on prétend la régénérer au moyen d'un sacrement, que lorsqu'on prétend guérir ses misères avec une organisation meilleure de la société? Dans l'un et dans l'autre cas la chose l'emporte sur la personne.
Messieurs, ce mépris du catholicisme pour l'homme repose sur son principe premier; nous n'en avons vu jusqu'à présent que les applications, il est temps de l'envisager en lui-même. Quand nous avons cherché quel était le principe premier du socialisme, nous l'avons reconnu dans cette philosophie panthéiste qui est aujourd'hui si répandue. Il semblerait que sous ce point de vue le plus essentiel, on ne peut comparer le catholicisme au socialisme; car évidemment le catholicisme n'est pas panthéiste. Il ne^ confond point Dieu avec la création ; il reconnaît sa personnalité, il l'adore dans son ciel, dans sa li«
Là GLOIU Dfi L'HOim PAR L^ÉLOIGHCMENT BB DIEU. t6i
berté souveraine. Néanmoins, il poursuit le même but que le socialisme panthéiste, et il y arrive autant que cela est possible en ne rejetant pas ouvertement le christianisme, en le transformant peu à peu. Quel est le but du panthéisme? Affranchir l'homme du pouvoir de Dieu, le rendre à lui-même ^fin qu'il n'ait d'autres lois que celles de sa volonté et de sa raison. Le panthéisme poursuit ce but en niant le monde surnaturel et invisible; il ne reste plus alors que le monde naturel, et dans ce monde l'homme occupe le premier rang : il peut s'adorer. Eh bien I le catholicisme, lui aussi, non pas le voulant et le sachant, mais par la réaction naturelle de notre cœur rebelle, a cherché à reprendre pour l'homme la gloire dont l'Évangile l'avait dépouillé. Mais il ne pouvait nier le monde invisible sans cesser aussitôt d'avoir la moindre apparence de christianisme. Il y avait un moyen d'arriver au même résultat : c'était de placer le monde invisible tellement loin de nous, qu'il fût comme l'une de ces métropoles éloignées de quelques mille lieues de leurs colonies, n'exerçant aucun pouvoir sur celles-ci et leur permettant ainsi de former un royaume indépendant. Le vice-roi est plus roi que le souverain véritable qu'on ne voit jamais. Si Dieu demeure à une distance infinie de l'humanité, Thumanité en profitera pour régner à sa place; en rendant le monde divin et invisible Ipintain, on réussit aussi bien à s'en passer qu'en
16â PJIINGIPE FONDAMENTAL DU CATHOLSCISIOE.
niant sa réalité. Or, Messieurs, nous croyions pouvoir prouver que c'est là ce qq a fait le catholicisme; mais, de mêa^e que le panthéisme socialiste, il a payé bien cher cette prétendue élévation de l'homme. Il ne l'a élevé qu'en le dégradant ; contradiiition que nous ne nous changeons pas d'expliquer : c'est la contradiction même du mal qui est voué à une éternelle déception. Le panthéisme, en n'admettant pas un Dieu personnel et in^ visible, n'admet pas que l'homme soit «n rapport direct et personnel avec Iqi; nous n'avons en nous qu'une parcelle de la divinité indéfinie: aussi notre individualité n'a-t-elle rien de sacré- Si nous établissons clairement que le catholicisme ne reconnaît rien de divin, dans le sens le plus éfevé du mot, dans la nature humaine prise en soi, nous comprendrons qu'il fasî^e également, ban marché de îiotre individualité, et que notre vie morale et religieuse devienne pour lui quelque chose de mécanique et d'extérieur. Je me permets, Messieurs, de réclamer votre attention la plus sérieuse, nous touchons à la racine même du catholicisme, et nous en verrons sortir ses diverses doctrines de la manière la plus naturdle.
L homme, pour l'église catholique, n'est pas vraiment de race divine; car, avant même qu'en se livrant au mal il ait perdu sa perfection originelle, dans l'intégrité de .son être, lorsqu'il sort des mains
L^HOMMB N'B^T PAS DE RACE piVINB. 163
de son Crédfeur, il ne lui est pas uni par un lien étroit; la justice , d'après le dogme catholiçiue, est déjà un dpn pour ^ui *. Un don! vous lavez couppris. Messieurs; on ne reçoit que ce qu'on ne possède pas. S'il reçoit la justice, c'est qu'il pe la possède pas par nature; s'il faut qu'elle luf ^ient^ip de Dieu jpyr par jour alors quei rien p'2l pu corrompre son cceur, il s'en suit qu'il ne p$ut la tirer de lui-m^me, La justice, c'est la conformité i Dieu : l'homme n'est donc pas originairement conforme à Dieu. Il naît Ipin de lui. Il n'a pai$ en lui quelque chose de Dieu, un instinct divin qui le porte à lui être semblable dans sa vie. Dieu n'est pas dans notre conscience, car s'il y était aussi longteinps que cette conscience n'aurait pas été obscurcie, l'homme n^aurait que faire du don de justice. Dieu est extérieur à l'homme : voilà pourquoi, dè^ le premier jour de la création, d'après le catholicjijsqfie, l'enseignement et la tradition étaient nécessairejS pour qu'il ne tombât pas dans l'erreur. Il ne suffisait pas que la voix de Dieu se promenât au vent du jour dans les arbres du jardin pour qu'il }e reconnût, pour qu'il se prosternât et adorât. Non : il fallait que de la bpuche de son Crés^teur descendit un commandement précis, positif, qui le contraignit à accepter la vérité. C'est là le fondement du principe
^ Voir la note (17) à la fin do volume.
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d'autorité qui est le principe catholique par excellence. 11 repose sur cette doctrine désolante que l'homme a été créé à peu près vidé de Dieu. Qu'en ferait-on, je vous le demande, si Ton croyait que dans les profondeurs de notre âme Dieu a déposé un germe vivant de son être que rien ne peut complètement étouffer? Ne serait-on pas forcé d'admettre que ce sentiment divin devait éclater avec force, dans l'Éden, quand Dieu se manifestait dans sa gloire et son amour? De même qu'à la vue de la première femme apparaissant pleine de beauté et de noblesse, le premier homme, d'après le récit biblique, s' est écrié: Je la reconnais, elle est mienne! n'aurait-il pas dû s'écrier, lorsque la vérité se serait -montrée à lui dans sa beauté plus pure et plus céleste : Je la reconnais, elle est mienne! je suis fait pour elle, et elle pour moi ! Quand donc on prétend que rhomme a dû être traîné à ses pieds comme un captif, c'est prétendre ou qu'elle a peu d'attrait et de puissance, ou que l'homme est originairement bien vil. Alors on fait bien de multiplier les chaînes pour nous y attacher; car, si dans notre innocence nous avons eu besoin, pour la reconnaître, d'un enseignement; si nous avons eu besoin d'être informés de sa présence pour nous en douter, que ne nous faut-il pas maintenant que notre pureté primitive est perdue ? Puisque notre cœur n'a pas volé vers elle au premier regard, on doit faire de nous ses es-
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claves. Le catholicisme est conséquent : seulement, qu'il n'impose pas la conséquence de ses principes à ceux qui ne les acceptent pas, et qu'il nous concède que, quand on voit dans l'homme une étincelle de la divinité qui n'a pu s'éteindre , on peut se passer de cette contrainte tyrannique exercée sur sa pensée; on peut espérer que les paroles de la vérité trouveront quelque écho dans son cœur, et que, s'il avait pu les oublier complètement, elles retentiraient à ses oreilles comme ces chants d'une patrie loin taine qu'un esclave, emmené dès le berceau sur une terre étrangère, ne reconnaît plus ; mais les notes mystérieuses lui apportent quelques brises de l'air natal, et ses larmes coulent. Qu'il nous concède surtout que ceux qui croient au retour de Dieu dans l'âme par la foi chrétienne, ont le droit de rejeter avec quelque indignation toute autorité humaine, car elle serait une preuve de méCance à son égard et une injure à sa puissance. Quand Dieu revient à nous, il sait bien y revenir tout à fait, à moins que nous ne le chassions de nouveau. Mais s'il est regardé comme extérieur à l'homme, si Ton maintient cette distance infinie entre nous et lui, alors on est fondé à l'iniliger à l'intelligence et au cœur avec menace et violence. Le catholicisme n'a d'autre ressource que ses anàthèmes pour le maintenir en nous.
Maintenant, Messieurs, nous avons la clef de tout son dogme. Nous n'avons plus lieu d'être surpris