‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 40 sur 69 · LA PRÊTRISB DAI^S LE CIEL · texte numérisé non relu

LA PRÊTRISB DAI^S LE CIEL

Le catholicisme est tout à fait semblable, sous ce rapport, à ces systèmes gnostiques ou alexandrins, d'après lesquels la Divinité, éternellement renfermée dans sa dignité suprême, ne communiquait avec le monde qne par le moyen d'esprits inférieurs. On dirait un de ces rois d'Orient cachés dans leurs palais, qui ne parlent à leurs sujets que par l'entremise de leurs serviteurs. Et quelle longue suite de serviteurs entre le souverain et nous ! La prêtrise ! mais elle n'est pas seulement sur la terre, organisée en caste et personnifiée dans le pouvoir le plus arbi^ traire qui se puisse concevoir; elle est encore dans le ciel! Là une nouvelle série de prêtres commence, qui va se concentrer également dans une personnalité humaine, assise tout près de Dieu; la Vierge est dans le ciel ce qu'est la papauté sur la terre. Et cette Vierge, ces saints, on les prie pour qu'ils prient à notre place. Nous n'avons pas même le droit de pleurer, de gémir aux pieds de Dieu. Nos larmes devront encore être présentées par d'autres que par nous. Plus on multiplie les hommages, plus on témoigne de respect pour ces intercesseurs de l'humanité, plus on les place au-dessus d'elle, plus aussi on l'abaisse elle-même. L'exception fortifie la règle, et l'homme ne paraît plus que comme un être misérable et infime que Dieu dédaigne trop pour s'adresser à lui directement.

Oui; mais en même temps, Dieu n'apparait

HÉGÀTIOM DU PRINCIPE DE CHARITÉ. i69

plus que dans un lointain où sa souveraineté n'est plus qu'une idée; la souveraineté réelle a passé au prêtre. On se résigne à ne jamais voir ce Dieu caché, on le laisse derrière son voile au fond du sanctuaire et à force de n'apercevoir que des hommes dans le parvis, on se prend à les adorer. L'orgueil humain y trouve. son compte; on éprouve une satisfaction secrète à se prosterner devant des hommes, soit ici-bas, soit dans le ciel, et l'on arrive à l'idolâtrie du panthéisme en suivant un chemin tout différent. Ainsi, le catholicisme rejoint le socialisme, et nous pouvons nous attendre que le principe de charité n'y sera pas mieux con* serve. Tout ce que nous avons dit jusqu'ici nous a permis de le prévoir.

Gomment voulez-vous d'abord que le principe de charité soit reconnu en Dieu une fois qu'il laisse l'homme si loin de lui ? Il ne s'est pas vraiment donné à lui : il le tolère, voilà tout; mais il ne s'abaisse pas jusqu'à lui. S'il s'abaissait jysqu'à lui, il n'y aurait \ pas tant de saints et de prêtres entre eux. Le père de l'enfant prodigue, quand il lui pardonnait, ne le laissait pas dans le vestibule de sa demeure: il allait au-devant de lui et le pressait sur son sein. Il n'y a donc pas pardon sérieux de Dieu à l'homme, il n'y a pas l'abandon de son droit, l'acte d'amour qui doit fonder la charité dans nos relations réciproques. Et cela est si vrai que le catholicisme a tout fait pour^

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