LB CATHOLICISME ENNEMI BB LA LIBERTÉ
quand on lui posera la question sociale, il répondra comme l'un des plus illustres orateurs catholiques à la tribune de TAssemblée nationale, en parlant du feu éternel réservé à ceux qui s emparent du bien d^autrui \ Cela simplifie beaucoup le problème, mais aussi cela s'appelle se retirer devant lui.
Eh ! que parlons-nous du problème social ? il y a un autre problème, tranché dès longtemps dans nos sociétés modernes, qui précède nécessairement le problème social, et qui est resté insoluble au catholicisme : c'est le problème de la liberté. Je me trompe, il Fa résolu, mais c'est pour le condamner comme une damnable hérésie. Nous savons bien que l'église catholique a parlé quelquefois de la liberté avec éloge, mais c'est dans des moments de suprême péril. II ne faut pas juger les gens quand ils ont peur; ils embrasseraient, dans ces jourslà, leurs adversaires les plus déclarés. Il faut les prendre quand ils sont en pleine sécurité, alors on sait qui ils aiment et qui ils repoussent. Or, je le demande, quand le catholicisme a été puissant, toutes les fois qu'il a été le maître, a-t-il aimé la liberté? a-t-il favorisé son développement parmi les peuples? lui a-t-il donné sa bénédiction? La liberté! elle a reçu toutes ses foudres, tous ses anathèmes. C'est peut être pour cela qu'elle lève si fièrement la tète..
* Af . de MontalemberU
il 4 LE CATHOLICISME ENIïEMI DE LA LIBERTÇ.
Je ne remonterai pas très haut dans le passé, je n'irai pas vous rappeler l'inquisition, déclarée $ainte; la Saint-Barthélemy, célébrée par des Te Deumi et le fer et le feu, portés partout où l'on pouvait supposer que des croyances libres se formaient. Je me renfermerai dans l'histoire contemporaine , et je poserai cette simple question : Qui donc s'est tenu le plus longtemps sur la brèche, pour défendre les vieux privilèges? qui donc a cherché partout à bâillonner la pensée? qui donc a appelé les libertés les plus élémentaires d'un peuple affranchi, des erreurs monstrueuses ^ ? qui donc a combattu à outrance, ouvertement ou secrètement, les principes de la Révolution de 1789 ? Le catholicisme , toujours le catholicisme; et par là je ne veux pas dire tous les catholiques : il en est, raènie parmi les fervents, qui sont libéraux, amis de la démocratie; mais ce n'est pas leur Église qui est libérale. Elle, libérale! il lui f8\udrait romprç avec tout son passé, et répudier tout son dogme! U n'y a qu'une société qui réponde à ce 4ogine, c'est celffi du moyen âge. Voilà la société orthodoxe. Toute autre est entachée d'hérésie, et le catholicisme ne s'éloigne qu'en gémissant de ce type parfait, pour lui, de l'ordre social. Oui, le moyen âge avec le pape et l'empereur, le moyen âge féodal^ tyrannique, c'est bien le
* Voir les Encycliques de Grégoire XVI,
Ll CATflOUGISlIE BlfHSin DS LA LIBBRTÂ. 175
vrai catholimme. Il est facile de vous le prouver. Nous avons reconnu que, d'après le dogme catho* li{|ue y Thomme n'avait rien f o lui qui fût originairemef)t de Dieu , que par conséquent il n^était pas capable de reconnaître la vérité, de s'y soumettra volontairement, et d'être sous sa haute et spirituelle tutelle. De là la nécessité de Tautorilé en matière de religion , et des lisières de l'Église pour ne pas faire fausse route. Mais si l'homme est si inintelligent pour reconnaître la vérité dans vne sphère, il sera égale* ment inintelligent pour la reconnaître dans une autrel La vérité ne se scinde pas en deux: il n'y a pas une vérité pour la terre et une vérité pour le ciel , une vérité pour la société religieuse et une vérité pour la société civile. L'une et Vautre société reposent sur des principes communs avec des buts très différents, sans doute, mais la base est identique. Les sociétés humaines ont pour fondement une pensée de Dieu. Si vous m'accordez que je puis reconnaître une pensée de Dieu par moi-même, c'est-à-dire, arriver à Içi vérité sans être conduit pas à pas, pourquoi ne pourrais-je pas reconnaître d'autres pensées du même Dieu? Prenez garde! vous m'apprenez à marcher, et alors je pourrais bien jeter la béquille que vous m'avez imposée et courir en avant. La conclu<sion s'impose d'elle-même. Le catholicisme l'a bien senti , aussi a-t-il toujours cherché à appliquer dans l'ordre civil le principe d'autorité , de la même ma-
176 LE càthoucisve gnneki ds là liberté.
nîère que dans Tordre religieux. Il n'y a rien dans l'homme qui puisse donner aucune garantie à la vérité : donc il faut lui imposer souverainement des chefs, des guides, des maîtres; et ces chefs, l'humanité ne doit point les considérer comme ayant reçu d'elle une délégation, car elle aurait pu se tromper: leur autorité doit découler directement du ciel. Le droit divin consacre le prêtre de l'État, comme le prêtre de TÉglise. Le roi et le pontife reçoivent la même huile sainte. Également élevés au-dessus des hommes, ils les conduisent comme un troupeau; la houlette est mise dans leur main, pour les faire obéir et les mener droit au salut éternel , ou même pour les y pousser malgré eux. L'autorité laïque, comme l'autorité religieuse, se fractionne; elle a aussi sa hiérarchie; les nobles sont comme les prêtres et les clercs inférieurs; mais tous les pouvoirs viennent se réunir et se concentrer dans une main. L'idéal serait que, de même qu'il n'y a qu'une tête à l'autorité religieuse, il n'y eût qu'une tête à l'autorité laïque, et qu'ainsi la société et l'Église fussent exactement parallèles. Une fois que le pasteur des âmes et le pasteur des peuples se seraient entendus, le second s'annulant, volontairement, devant le premier, comme tout marcherait bien dans le monde! Le pape et l'empereur se soutenant, s'appuyant , il n'y aurait plus un obstacle au bonheur de l'humanité , c'est-à-dire, à leur pouvoir ; et les bulles de l'un, les
d4çp6ts.4e r^«tr^9 reçus à gçpp^iSi, ji'iraieQt plus se^ briSiW co^trie les ré^tances de.l^irréçoiiciUablQ ear neiQÎe de TautacUé s^rs frpin^ la liberté. Le çatho-. Ucisine mène néoessairement à ces doclriDes, çt quan^ . le despotisme spirituel ce se trouve paSf en face du despotisme tempofel^.on ^croirait voir ^^t^ibleau ss^ns son pendant naturel.; mais, ceiui qui reste rap* pelle si. bien l'autre qu'on pe.ut s'en passer.
Les dpct^urs catholiques las plus oribodof es ne r.en ont pas moins regretté vivement. .Qui contesr, tera ^^p i)QS€)ph de Maistre ne soit dans la vraie tradition catholique? Il y qst bien |ilus« ^yez^^»n sûrs^ que M, Bautain qui a pris précisément; le contre^pied de la thèse que npus soutenons, diai^s ses conférences de Tannée d^niére» Il aprétqi^u que le catholicisme était le parrain de la liberté moderne* S'il a jeté son. parrain, s'il a, présidé à. sa naissance, il.faut avou^. qu'il est.d'autapt plus co|ipable de l's^voir ^insji mal* traitée. M. Bautain maintient complètement If^^er^t: vitu^P de la pensée vis-à-vis de l'Église. Qui n<Q vo)^ alors qu'il, y a un manque de logique à relâcher, pç^i^ la vie ordipaire et civile, les ljlei}s que l'on a serrés 4Î fprtemei^t pour la vie religieuse, de laquelle la pror mière doit s'inspirer? Nous n'acpuserpns perlées ^pAis la, parfaite loyauté, de. Si^* Bajut^^q; n^is ppijir $ion église v^'^^ autre ch^se. Elle concédera .^elle 014 telle liberté quand elle ne pourra agir autrement. Quand on la lui aura prise, elle dira : Je vous la
demne, àtm pas avant. Elle la oédêrà avec Teitipresseinedt qtxé met un roi à céder uâe province âé se^ états; et encore ne la cédera(-t-eAe qtf à moitié', àtt fbnd elle pêhscra toujours à la ressai^r. Eiie a'èt^a podr le pay^ fedn(piis des ëf^âquès'sii partibûè iàfiielhitn. tWê trdtivelra dès docteurs dévoués qui sa'ttrbttt ftnrë i^tloït son droit àl son grand contentement ^ et qui) pàf exemple, dé(^larei^ont , comme
un écrivain^ auquel la politique a donné un grand refîéf , qâe la tolérance est la veftu des siècles in^ci'édulës; ce qui fait sufipôser que TintoléVaniie e^t une vertu infiniment pl^s désirable.
^ Depuis le seiKiëine siècle» C'est-à-dire depuis que la liberté s'e^ft éveillée, depuis que là société du moyen âge a été ébfâAlée, l'église éâthélique a eé' dès croisée ^funëftduvelle espèce, qnif n'allaient pas* veréer leur sang ^ur enquérir un'toinybeau,'nlàia p6iir ét6uflter Tes^ïrit moderne, poùf rebtaurer \ë mo^refi âge. Ils se É&tït fa^s les champions, les soldatis de rautorîté eft leiifr l^ubre devise : Periridè ut ca* itàver indiquait ïAHù' le but de leurs cémbats. C'est de ces croisés^ là et non pas des* autres qu'on veut notis hÏTé les ffls, à Cë qu'il paràtf, en flous envoyant chercher des indulgtenV^es bien méritées.
lé laisse la politiqiiie complètement en deborsi de èes entretiens; mais il est des événements trop ca^
t Voyei la note (19) à U fia du volume.
LB CATHbUtlftrffc SltNBMr ifÈ LÀ ttSfiftfi. ' 179
râctéfi^iqifes aliJ t)oint ^iè vtte i*èW^iedx pow lès passer soûs inlelice. L'imconipaVibilké ab^bhire eiitre le e9ftb619ctènie et la Mhetié a^t-èllë ai^sek éclaié dàiis le règne 4e ce pape qtrr l'aimait » $eiiïblé-tiI/aTàht de Tavûlr ttien connoe et qui a denti t^ne don cdniaét étsiit mortel à Tâglide (tfaTil représentait! Eh f'ie fi l'^s^rfv m<!Mterne et lé câthdlici^me se sont rencontrés,, et e'est pdiir se séparer en se macrdissâlnt. Et demain peut-être nôus' apprendront que' lé {^pe à vaii^u son peuple : par ta puîssaheé de ses armes spîritoellést Non , mais par les baïonnettes^ de Tétratagér. 1t y a des TÎctoifes dahs lesqueUé^ le vainqueur estf vraiment à plëifidrë. Nous aimerions à croire qfue cette èétrissure ne sera j^as imposée auf caifafolkismë.
• Éeséieu^s^, ûoui^ en avons assez dif pour vôûi montrer qu'il tfet Tadversaîre juré de f esplrîi nid* d^ne. Nous n'avons ^s p^i^ des faits égrenée, riou^' somfnes rèmtontés^ à son prîhbipe premier. Vous comprenez maintenant s'il est cà][)àble d'atdet à' Ikf soutien de la question sociale! Noua YoxH avtoAsdit qu'il était le socialisme religieux et qu'il portait la même atteinte que ie socialisme proprement dit au l^incipe de charité en reiiversant le pi^indpe de libetué. Nous i^avons prouvé, croyôns-nous. Mais atf moins le ftoeialisme est-il préoccupé dé l'avenir; it nous force à y porter nos* regards. Savez-vow quelle est actiiellement la préocoiupaiioïi oflb^ièlte dii catho«-
180 LB CATH0UCIS1I& mXKSMl DU U UBJBKTÉ.
ILci^me» la que$ttaa essentielle qu'il pose au mpo^e? L'une des dernières ençjf cliques du p^pe nous Tap^ prend. C'e3t la question de l'immfculéç exception de la Vierge. L'immaculée, conception! alors. qu'il, s'agit de renfantement d'une soiciété nou>^le« plus c^ré^ieiiqua et par qoii^iéqueut plus libérale, enS^n?tement pénible» laborieux, et pteiq dedanger. Quand nous ne oonn£\îtrions pas son impuissance pour nous sauver» ce fait seul nous subirait !
£^ pourtant, il y a dans le sein du catholicisme, et
jusque dans son clergé un travail qi^i sera fécond,
parc^ que c'est un travail de décomposi^tion et qui
finira par brisçr le vieux, dogme. Nous serions
désolés si nos paroles pouvaient tasser quelqu'un
de ces esprits généreux qui n'ont p^s. encore
tQutàJfait Sje^^HA te ioug. Qu'Us se.diseirt bien
qiiç cç n'est pa;5 pour ébranlea' les croyances chré-
tiennes que nous avop^ , combattu, le cathpHcisine.
Non^ nous sgmiues.des hommes de foi, de jcojavic^
tipn, et c'est au contraire p^rce que le (Qa^holicisipe,
véritable iK>i^s, semble. une calompie vivante de TÉ-
vangile; c'est parce que nous cr<;^ous qu'il l'a dans
tous les temps présenté sous le jour le plus faux et
l'a fait repousser de bien de^ bomme^ de cœur et
4'intelligepçe^.qui, s'ils l'eussent coQnu tçl qu'il
fst, re^i^^ent: embrassé; c'est parce que le çatholi-
QÎsme iK)us semble l'un des.p|us grands pbsftaçlea
au développement de. la foi. chrétienne, parmi nous,