SIXIÈME CONFÉRENCE
InsuflSsance du protestantisme.
Messieurs, en plaçant eft présence du principe de charité les diverses doctrines que nous aron^ examinées jusqu'ici, nous avons dû les condatnner tour à tour, parce qu'elles nous ont paru le détruire ou rt)bscurcîr. Vous vous demandez peut-être, où je veux vous conduire avec toutes ces négations, et si je ne cherche à accomplir qu'une œuvre dedestruction. Rien n'est plus loin de ma pensée; Nier sans affirmer, détruire sans rebâtir, me semble le ' travail le plus triste, le plus stérile auquel on puisse se consacrer. On n'a le droit de déblayer le terrain que quand on croit pouvoir y asseoir les bases d'un édifice, le préférerais laisser un homme dans une croyance faussé, que de la lui' enlever pour ne rien lai
186 NOS NtGATIONS TBlfDEHT À DBS AFFIRMATIONS.
donner à la place. Croire, pour la pensée c'est vivre. La foi, à quelque objet qu'elle s'attache, a toujours quelque chose de grand, de puissant, qui fait reconnaître l'itQ^ hutnjBàt>e avi^c 'ff$ li}i]lt(^ destinées. Je ne la reconnais plus dans ce scepticisme moqueur et froid, qui ne sait que briser nos forces, en nous jetant au milieu de contradictiims sans nombre ; je crois voir apparaître en lui l'esprit satanique, qui vient railler notre impuissance et la redoubler, s'il le peut. La joie impie qu'il manifeste , à la vue de notre misère morale, est l'expression la plus amére du désespoir. Il y a encore une prière et une espérance dans les larmes; la vérité exauce nos gémissements; ce rire sardonique l'a toujours repoussée. Il fauf dpn<? pe |)résfei:v^r;4»i 4i>t4^ CQwme4»i*:feôW de la mor(,.I^ ce n'e^ pa^ nwi%^ î^ttai^v» , qi^i pher-^ c^erotts à vo|is rapp|[)i;ter, Jou^ ?«^iMi ^am ^<^f^ pensécî à une.afl^rmaUofi pifii^santç, qi c'e^ uq ^utol que no^s voudrions ^{eyer avec t^us ces déi^v'n ; qv pl(it6t^ no^s vpudriQna vous inqntr«r que pet autel doit être élevé par yoi}^, que le pr^npfpe ^e charité peut être ravivé, cppime il ne l'a jam^is.^té, et qp'fl ne sera réalisé. 4^n$ ta^ociélç qup qvai^^ il aura éfé ^doré paf r^ndiyi4u, c'estràrdire jç^ponpu i^p Qieuipt lu plus clairefpaeat dans l'^yangilç. ^t déj^ fipu^^y^ms fpançhi plusieurs degrés de çe^ ^utql; pç»\is' avoos monté un ^egré à chaque système qpe oqus lai^ssions derrière itpus., et trouvé ^^9 a|firn)a|^n d/àp» çh»-
UIPOÈTAlfCE BISTORIQUB DU PROTISTAHTISIUI. 19*7
cune de nos négations. Ainsi , après avoir rejeté le
panthéisQie, il nous est i^té pp Dieu p^sonnel;
après ^yoir rejeté ledéi^me^ il npias est resté un piçu
^e révélant, sortante son droit a^plu; enfin; apr^
avoir rejeté le catholicisme, il nçMis est resjté un Dieu
se donnant réellement, et non d'une m0nièrp illu-
soire et vaine. Nous avons ençQrç, çrovQns-nçu^, un
l^pré à jfi^^nç^ir |i|ajur arriver w ternie dç cette as-
Cj^pj^iop : C(Ç 4^pé, ç';^s|; Iç protestanjisnie.
Messieurs , ^eyt-êtfe troijve)rez-ypq? étrange aue
jp lui ?i|trii)ue çe^Je fnjpçrj^ripek- Ij np you§ paï:^ît
p^ p^fçep ep FrpucÇ'UÇiiB ijap^ue^e teJJ^ (ju'çn
^iye Iç €p9®i4éref: ÇOîpp^e wn* pyiss^nce morale d^ns le pays. Detrçmpez-voùs : le protestantisme
M été une grande phase de 1 histoire 4é rhunaa-
nité^ il a agi profondément sur elle, les uns dirpnt
en mal, les autres en bien, mais sa trace est inef-
façahle. Peu importa qu'il n'y ait qu'une poignée
de protestants parmi nous; nous n'en avons pas
moins subi l'influence dans notre histoire natio-
nale; elle a été complètement modifiée par lui. Il ne
faut pas considérer les divers peuples dans Içur iso-
lement : il y a entre eux une étroite splidaritéd^ des-
tinées. C'était déjà virai dans l'antiquité, même abrs
aue les frontières s'élevaient si hautes entre les di-
' • ' ll'l» «ji.t ,' .-'
verses nations et qi^;^' elles se jetaient 4édg(igneusçm eut les pnesau}^ autres le nom de barbares. Â chaque époqj^ieup peuple particulier était chargé providentiel-
J88 IMPORTANCE HISTORIQUE DU PROTESTANTIfilte.
lernent de faire un paâ en avant, et en définitive tous en profitaient. L'Asie Mineure recueillait, à la fin de l'ère païenne, le fruit des luttes fécondes de la Grèce, comme si elle les eût livrées elle-même, et l'humanité formait réellement cet homme collectif que Pascal voyait avancer dé siècle en siècle , vers le but qui lui était marqué.
Ce fait est bien plus frappant depuis que le christianisme a rebaptisé la race humaine dans sa source divine et lui a rappelé la grandeur et la communauté de ses origines. L'histoire moderne est comme lin drame à plusieurs actes dans lequel chaque nation a successivement le premier rôle, mais Taction n'en avance pas moins pour tous. Ainsi le premier rôle a été rempli, pendant les quinze premiers siècles de l'ère chrétienne, par les peuples latins mèridionnaux, mais au seixième siècle les peuples germaniques en ont été chargés, et les uns comme les autrès ont pris part au développement religieux et social qu'ils ont tour à tour inauguré.
On doit donc nécessairement tenir compte du grand événement qui a partagé en deux l'histoire de l'Europe. C'est un Jalon de la route où nous marchons, qu'on ne peut laisser de côté. Ou bien il faut s'y arrêter comme au terme de notre développement, ou bien il faut le franchir; mais il n'est pas de détour qui nous dispense de passer par là , à moins que nous ne soyons d'avis de ne pas avancer du tout
LB PSOTBSTÀRTISIfS KST l'un BBS ÉUKBNTS W NÛXaB SOCI£t£. 189
OU de rebrousser chemin. Nous sommes d'autant plus obligés de nous occuper du protesLantisfne qu'il entre, dans une très gravide proportion » dans notre constitution sociale. U ne s'e$it pas acclimaté comqie. dogme en France, c'est évident; nous reconnaissons même que cela a tenu à dea causer morales. On peut objecter qu'il a été repoussé a^ec violence, qu'on l'a persécuté, qu'il a été mis au ban de la natioi), hors la loi ; mais il n'en est pas moins vrai que, si la nation en avait voulu, toutes les violences du despo-* tisme n'y eussent rien fait : on ne peut pas résister au vçeu, à la pensée d'un pays. Quand Louis XIV dit : l'État, c'est moi , il se trompe; il n'est l'État que parce que l'État veut bien l'accepter comme sa personnification, comme spn symbole. Si le protestantispie, en, tant que forme religieuse, avait été sympathique au peuple dans son ens^nsble, toutes les armées de la France, employées aux dragonnades, ne l'eussent pas extirpé. Mais son inftuence s'est exercée, d'une autre manière. Tout banni et persécotéiqu'iUit été, il a laissé, en se retirant comme le Parthe , un trait.au coeur du pays, qui n^a pu. çn être arraché. Ce trait était la principe de liberté sous lequel le des-» potisme, que nous pourrions appeler le catholicisme laïque, devait succomber. C'était l'une des premières conséqueaces du dogme protestant.; et Jamais U n'eût été puissant, s'il n'eut découlé d'upe révolution religieuse. Il n'y eut qu'une .moitié 4e I^l réforme réa-
490 LS PBOTÈSTÀ^ttSMAB EST L^UN DES éLÊXBNTSBB NOTRE SOCIÉTÉ.
liisé eiî France, mais cette moitié ne $e réalisa que piarce que l'autre, ta i^hxs inàportànte, avait ébranlé lés esprits. On a souvent dit qiié lôs Grecs, vaincus par les Romains, les avaient yaincuâ à lédrtour moralement, en devenant leurs lùattres en civilisation. On peut aussi dire que le protestantisme, exilé ou écraâê, a conquis la France moralement sous «ri rapport. Ce n'était pas pour lui apprendre les arts amollissants qui enchantaient la voluptueuse vieillesse de la Grèce, mais pour lui communiquer le mâle génie de la liberté. H' sttfBt, pour s*eil' convaincre, de se souvenir de Tinfluence qu'ont exercée deux pays protestants sur la révolution française, dans ses commencements et dans ses résultats définitifs, je veux parler de l'Angleterre et de TAmériqué. Tout le monde sait que, pour Voltaire et lifonté^quieu, l'Angleterre était le pays idéal, et qu'ils vantaient sa constitution comme te chef-d'œuvre le plus admirable. D'un autre côté, la jeunesse française alla respirer en Amérique, dané la guerre de t'indéperidance , des idées mortelles aux anciens préjugés qiiî seuls retardaiekit la ruine dé la vieille monarchie catfaoliqiïe. Nous pouvons donc soutenir avec quelque Maison qne notre société actuelle repose, en partie, sur le protestantisme. Et si nous voulons la sonder jusqu'au' fond, pour reconnaître ses bases, poui* voir celles qui sont semblables à des poutres vieillies et celles qui doiveht être fortifiées , il est nécessaire
que nous envisagions en ftce le dogme protestai , (àterciAiit, o^thtB/e toujours; d le ^mictpe de ch«f ité M péiit pas recevèii^ uèé sanfétion )!>Itis éclatante.
Ef d'Abord, Messieurs, oéé irons^^ftoos cket^cher \ë dogme pfrotestônt? Qu'etftendons-notrs par là ? U ne fiftft pas qu'on puisse nous accuser, soit pour le()eind!re en beaûf, soif pour le dénigrer, de ne ^s iioiis en lîénî r af« vràt do^nie pWftestai^t . On^ Aie refijsera ^u i** être (j^enAlée le droit de le définir, en ttedîsarM : lé principe nOfème dfu protestaMisAoïe vous interdit de présenter une dèetriiië qui soilr la doetrine protes-^ tsAte : tous ne àêvét iious plirler que du libre examen. Ohl alors. Messieurs , je "vous avoue que je no vo^s en parlerais pas ! Si lé protei^tamisme n'avaiir été'que eelâ, si lors âé son apparition il n'avait pas eu un dogme positif, 11 n'eût rien appris de nouveau
au monde/11 «^aurait jtôdébraftlèFB«i-oped'6n bmït i Fautre; il rfe Tâûrait pas divisée en deux cam[|!)S, en deux armées; Il n'aurait pas soulevé dans Tes esprîts cette tempête qui bat encore nos pehsées. SM n'ett pM rattaché le libre examen à «quelque prin** cipef supérieur, religieux,* il se serait borné à riépfétei^ le lleti commun de pbilôsophïë le plus usé. Ce lieu commun étdt connu de tous à l'époqne de la Itéforme , et. pourtant la société religieuse restait engourdie; Télan n'était Ai pris., ni donné; le vieux monde ne subissait aucune transformation, fit on nous Ferait croii^ë que tout d'un coup il a«H
493 LB LIBHE SX^E9i N'EST PAS T4>UT.L« PROJS&TAIIU^^.
rait ^u^ à un pauvre mimiie. de, répéter. ^oteuneUemeut, safîs y rieu ajquter, ce qui était su de ta^t, le monde, pour que tout se transformât! Quoi I la; société euiière se serait arrêtée, le savant aurait suspendu son travail, Thommede guerre aurait ou* blié la querelle qu'il vidait, le peuple lui -môme aurait prêté Toreille , il se serait &it comme ua grand silence, et le mot qui aurait retenti n'eût été qu'une redite, et cette redite eût été le mot d'ordre du mouvement le plus epn^dérable des temps modernes ! Le libre examen , sans doute » est une grande choses mais le libr6 examen est un principe purement négatif, et qui, par conséquent, ne saurait ébranler les masses. Il peut pasr sionuer Thomme d'intelligence dans son cabinet,, parce qu'il a ie loisir d'en, prévoir, d'en appirécier tous les avantages, notais Janjiais^vous ne passion-* nerez , vous n'entraînerez l€{^:peuple en venant lui dire simplement: Tu peux pen^r tout ce que tu veux! Il £aut qu'en même temps vous puissiez lui apporter quelque véiité qui diange sa destinée, ou qui puisse influer sur elle, qui p^rle à son cœur, et qui soit une consolation ou une promesse. Ceux sur lesquels pèse plus lourdement le malheur de noire race en sont aussi plu^ viven^ent préoccupés. Ce qu'ils demandent à une doctrine, ce n'est pas si elle est une belle et libérale philosophie, 4fm^ si elli^iest pour eux une déliyrance. U n'y a au
LB UBIE.KXAXIN BT LIS PROTBSTAimSllJB. 193
fond qu'une question dans ie monde, question toute simple et toute pratique : Comment pourrons-nous être délivrés de notre infortune? G'est la question de celui qui souffre , il n'en a pas d'autre à, faire; et les croyances qui sont devenues populaires ont toujours cherché à y répondre , soit en mettant le salut dans la jouissance terrestre , soit en le montrant dans raccomplissanent de notre vocation supérieure* Or la plus dérisoire des réponses à cette question serait : Pensez ce que vous voulez!
Mais si vous ne nous donnez rien d'autre que ce droit, pourrait -on dire, vous ne nous donnez que le droit de souffrir davantage. Penser ce que nous voulons! Dites plutôt ; Penser ce que nous pouvons! Et sur quoi notre pensée peutelle se porter si ce n'est sur notre propre malheur? Elle y est enfermée comme dans un cercle fatal; elle ne sait que rouler le lugubre piroblème de notre destinée, et si vous ne nous apportez pas une solution qui la change, plus notre pensée sera puissante, plus aussi nous sonderons notre infortune, plus nous souffrirons, et votre libre examen aiguisera le glaive qui nous perce. Il en est peut-être qui échappent assez aux peines de la vie humaine , momentanément du moins, pour que la spéculation soit pour eux à la fois but et moyen. C'est un jeu pour eux : offrez leur votre