LE LIBRE EXAMEN ET LE PROTESTANTISME
libre examen. Mais pour nous, qui mangeons le pain de douleur, pour nous que la fatigue brise, qu'épuisent la pauvreté et la maladie, pour nous, nous n'avons que faire d'un jeu. Nous vous défions de nous distraire de nos souffrances. Il faut les enlever, ou bien nous laisser à nous-mêmes. Ainsi, Messieurs, si les doctrines de la Réforme se sont répandues jusque dans les chaumières et les réduits les plus obscurs de la misère, si elles ont agi sur le peul>le, nous devons ejn conclure que le libre examen n'était pas présenté seul, mais qu'elles ont abordé et tranché dans leur sens cette grande question du salut de l'humanité. Gomme cette question touche à toutes les autres, comme on ne peut la soulever sans soulever celle de notre destinée, de nos rapports avec Dieu, il s'ensuit que la Réforme du seizième siècle à dû avoir un dogme très positif qui peut se constater et s'apprécier.
C'est de ce dogme seul que nous nous occupons. Quand bien même il remonte à plus de trois sièclés, il est encore vivant dans plusieurs grandes Églises : en Angleterre, aux États-Unis et dans quelque parties de l'Allemagne, il exerce une influence puissante. Il a ramené la vie, il y a peu d'années, dans le protestantisme français^ Sans doute, il est débordé Afi toute part comme le dogme catholique , au sein (Ju catholicisme. Nous trouvons dés protestants qui n'ont jamais été protestants en réalité,
qui ^û|)t des panthéistes ou des déistes; et noua en trouvons qui n^ le sont plus tout à fipdt^ qui ont dépassé )^ foroiule dogp^atique du seizième siècle* Mais, si nous mettons de côté les uns et les autres , c'est-à-dir^ s^ ^^^^ cherchons les vrais protestants^ il ne nous restera que ceux qui admettent, à quelques modifications près, le dogme de la Réforme. Le nombre en est important. D'ailleurs, ce dogme n'a pas encore été r^nptacé, dans la conscience chrétienne des églises auxquelles il a suffi long* temps, par un autre dogme aussi puissant, qui soit sa dilatation naturelle. Il n'y a eu jusqu'ici qu'un travail intérieur, élaborant une forme plus large, plus souple, plus vivante du christianisme. Tant que ce travail ne sera pas arrivé à son terme» la société reposera en partie sur le dogme ancien • Il continuera, comme parmi nous, à être l'un des éléments essentiels de sa constitution. Nous devons donc en tenir compte, car il n'y aura de rénovation sociale que quand il aura poussé un nouveau jet, quand il aura eu son développement.
Messieurs, nou^ ne faisons point ici de la science théologique ; je n'ai pas à entrer dans des distinctions ps^rtout ailleurs nécessaires ; je prends le protestantisme tel qu'il se présente à nous quand il est acl^çvé en quelque sorte ; je passe donc sur sa période de formation, perpétuée dans le Luthéranisme; je ne m'attacbç qu'^u protestantisme plei-
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neiuent conséquent avec lui-même, au protestantisme de Calvin et du synode de Dordrecht. Là est pour moi le vrai protestantisme. Nous n'avons pas à nous inquiéter des différences qui existent entre le dogme strictement calviniste et les autres formules dogmatiques de la Réforme, car logiquement elles viennent aboutir au premier * qui , seul, réalise les prémisses posées par elle.
Messieurs, je le dirai dès l'abord, il me semble être tombé dans l'autre extrême que le catholicisme. Si ce dernier a altéré le principe de charité dans un sens socialiste, on peut accuser le protestantisme de l'avoir altéré dans un sens déiste. Je l'avoue hautement, je fais une grande différence entre le catholicisme et le protestantisme; je regarde celui-ci comme infiniment supérieur à celui-là. Il ne me contente pas, il ne me paraît pas suffisant aujourd'hui ; mais je n'oublie pas qu'il a été le commencement glorieux de notre affranchissement , qu'il a donné le plus grand élan qui ait été imprimé à la pensée et à la conscience depuis Jésus-Christ. Je n'oublie pas quelle atmosphère corrompue il a balayé comme un souffle de Dieu, orageux mais purifiant; je me souviens surtout des traits sublimes qu'il a revêtus dans notre patrie, de cette gravité sainte, de cette noblesse,
1 Voyez la note (20) & la fin du volume.