‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 55 sur 69 · JEUNE ÉCOLE CATHOLIQUE EN THÉOLOGIE · texte numérisé non relu

JEUNE ÉCOLE CATHOLIQUE EN THÉOLOGIE

chrétiennement dans ses traits essentiels. Et la répulsion énergique que celte jeune école a rencontrée dans les rangs des défenseurs du catholicisme immobile, suffît pour nous montrer son importance. Elle a été attaquée avec une aigreur mal dissimulée; on a mis de Tacharnement à la poursuivre, elle a été l'objet de plusieurs mandements peu charitables ; elle a été dénoncée comme dangereuse par le chef même du parti politique qui a le catholicisme pour drapeau. Dangereuse, elle lest certainement, et ceux qui veulent maintenir le dogme catholique ont raison de la combattre. 11 est évident que dans un temps plus ou moins éloigné elle doit porter hors de Torthodoxie , au nom même de cette solidarité étroite qui existe entre le dogme catholique et l'ancien droit social. C'est en vain que, pour justifier leur libéralisme, les anciens rédacteurs de YÈre nouvelle citaient des lambeaux de tradition catholique : l'ensemble de cette tradition est contre eux; ils auront beau faire, leur tendance déborde le vieux catholicisme, et s'ils ne font pas acte de soumission, ils iront bientôt plus loin qu'ils ne pensent. Les rédacteurs de VÈre nouvelle admettent la démocratie avec toutes ses conséquences. Ils ébranlent fortement le principe d'autorité au temporel; de la à l'ébranler au spirituel, il n'y a qu'un pas; ce pas, on l'a fait à côté d'eux. C'est précisément ce principe d'autorité que les théologiens catholi-

MOEHLER. GIOBBRTI. 253

ques avancés ébranlentl Le système de M. Newmonn, auquel nous avons fait allusion, lui porte un rude coup avec son principe du développement de la doctrine catholique. Mais on pourrait dire que, comme ancien protestant, il a de fâcheuses réminiscences. Prenons donc un théologien dés longtemps connu. Mœhler, dians sa Symbolique, livre également traduit en français, et approuvé par le haut clergé, Mœhler donne au catholicisme un fondement qui n'est guère catholique. Pour lui la tradition de rÉglise est à toutes les époques l'écho du sentiment chrétien général, du sentiment chrétien de l'Église. Elle n'est plus une simple lettre morte, le parchemin où les droits de l'autorité ecclésiastique sont gravés ; non , elle a son point de départ dans la conscience chrétienne. Mœhler trouve bien moyen d'asseoir sur ce principe tout le dogme catholique; mais avouez que l'édifice pèche par la base. Si la conscience chrétienne est la source de la tradition et de l'autorité, il est évident qu'elle demeure au dessus de cette tradition et de cette autorité, et elle pourrait bien quelque jour abroger l'une et l'autre.

M. Gioberti a été plus foin encore que Mœhler. Pour lui l'objet de notre connaissance, de notre foi, est ce qu'il appelle Yidée, L'idée pour lui, c'est la vérité éternelle et absolue, telle qu'elle apparaît à l'mtuition de Chomme, Eh bien ! cette idée, qui n'est

2SU MOGHLER. GIOBKRTI. MÀRBT.

que la vérité éternelle et absolue^ n'est point une image, ni une forme imprimée dans l'esprit, mais l'objet qui apparaît à Vintuition (Introduction à l'étude de la philosophie, page 254). L'idée est l'objet immédiat de la pensée et de la connaissance : doqc on ne peut assigner d'autre origine à l'idée par rapport à nous, que l'origine de V^^rcice même de Tintelligence (page 254).

M. Gioberti, comme M. Mœhler, prétend prouver que tout le dogme catholique rentre dans l'idée. Peu importe, l'esprit même de ce dogme n'y rentre pas. L'homme n'est plus la chose de l'Église. Il y a entre son âme et la vérité une relation originelle, il y a en lui une parcelle de la Divinité. Le catholicisme tombe sous le pouvoir de la conscience chrétienne; c'est comme une royauté qui n'est plus de droit divin, imposée d'en haut, mais qui dépend du suffrage universel.

Chose remarquable ! l'up des rédacteurs les plus éminents de l'ancienne Ère nomelle, le seul qui fût proprenTent théologien , en est venu au même résultat dogmatique : « La raison humaine, a-t-il écrit « (Correspondant, torne XI, p. 61, 68), est un écou- « leinent de cette éternelle et intelligible lumière « qui éclaire Dieu lui-même, qui est Dieu lui-mêm^, « une participation aux idées éternelles, une union c directe et immédiate de Tintelligence avec les « concepts divins. »

Page 1