‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 57 sur 69 · PASCAL · texte numérisé non relu

PASCAL

de Pascal. Là, Messieurs, là est l'avenir! Pascal en est le glorieux précurseur. Nous ne vous disons donc point : Passez par Luther ou par Calvin, mais revenez à Pascal pour mieux revenir à Jésus-Christ. Revenez à Pascal, car en revenant à lui vous reviendrez à cette religion libre, personnelle, s'affranchissant de l'autorité extérieure, en dehors de laquelle le principe de charité est irréalisable. Relisez ses admirables fragments qui nous ont été rendus comme le tableau d'un grand maître dont on a ravivé les couleurs pâlies. Relisez ce livre des Pensées, confidences de cette âme profonde et passionnée, et vous y trouverez, au lieu de ce scepticisme qu'une critique frivole en ce point a voulu y voir, ce christianisme puissant qui ne repose pas sur les canons d'un concile, imposé sous peine d'excommunication par la contrainte et la "violence, mais qui repose sur ce qu'il y a de plus profond, de plus intime dans notre cœur. Il n'y a plus rien désormais entré nous et Dieu, plus rien que nos misères et les débris de nos grandeurs premières. Pascal ne les peint en traits si saisissants que parce que les unes et les autres nous poussent également dans les bras du Sauveur. La foi jaillissant de notre cœur ému remonte directement à Dieu sans passer par l'homme; avec Pascal nous sommes dans la voie de la liberté.

Le protestantisme n'est pas resté en arrière dans

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cette œuvre d'^ffranchissanent ; son principe était un principe de progrès et de mouTement. Aussi, dés le premier temps de la Réfcn^me» a-t-il été tra*^ vaille extérieurement; toutefois il ne Ta jamais été comme aujourd'hui. On sent généralement , dans les églises protestantes, qu'on est arrivé à Tun de ces moments où Ton doit reprendre un élan^ nou« veau. Sans do^ite, ce catholicisme protestant dont nous avons parlé, et qui substitue une tradition nouvelle à rancienne, n'a pas encore complète* ment disparu ; il n'en est que trop encore qui ont pour la formule dogmatique de la Réforme le même respect que pour la vérité qu'elle exprime, et qui n'admettent pas qu'on puisse comprendre mjeux et plus intimement le christianisme. Mais néa^moin$, sous les secousses répétées des évé* nemepts, sous l'influence des avertissements solennels que Dieii nouj» donne , un grand é))ranle^; ment a été produit dans les esprits. Bien des croyants fervents sentent le besoin, non pas d'une foi nouvelle, mais d'une intelligence plus profonde et plus simple de l'Évangile; ils attendent avec nous une rénovation religieuse dans un sens strictement chrétien ; et, comme nous l'avons dit au début de ces entretiens, cette rénovation, d'après eux, doit tendre à raviver le principe de chsgrité. Au-dessus des deux tendances extrêmes qui se sont produites jusqu'ici, l'une sacrifiant Dieu à l'homme, le Créa-

teur à la créature, la lendaiieé idolâtre, pâtttliélstè; pélagienne, catholique, ot Tautre anéâiitisâaM !a' liberté humaine et né laiséaut debout qu'une loi et qu'un décret/ la tendance du caNiniismë outré, ils con^ivént une tendance supérieure qiii doit inon-' trèr rharxnonie inftâ^ieure et proifondé es^îstànt entre notre conscience et rÉvan^lè. Tandis qu'on a trop' longtemps crû qtte le christianisme apparaissait dans la Vie de Thomtoe soUdàinehierit, comme uii' coupi d'État de la grtice en quelque sorte, sans précédent, sans autre rapport avec 'nôtre être mbraF qile cdui qui s'établit tout d'un feoùji màgiqufe'mérit , beaucoup pensent aujouriJ'hui qu'il répond au vœu' secret de l'àme humaine. L*apolôgiè de la religion divine ne s'appuie pluâèant duk* tel Mt extérieur que sur ce grand fait moral que toute âme hùmaihé a besoin du christianisme, et; quiand elle ne lé ré" pousse pas, troTïve en lui une vie' nouvelle déVelbp-paût toutes sestaculléSf en les puriflanÉ. C*està feire" ressortir cet accord de ce que nous t)dûvclns àp^ié-* 1er l'élément" divin et' l'élément huràaîh dans le" christianîsme, dans la Jjèrsbrine du Christ, dans la'" lettre même du document sacré et daiis toutes les' doctrines qui en découlent, que la' spéculation chrétienne s'est attachée.

L'Alleniagiïe nous ^ devancés dès longtemps dans cette voie. En oppoéitîon à la philosophie panthéiste qui y compte tant de disciples, urte théologie chré-'

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tienne, pleine d*|iumilité et de liberté, s'y est développée: et tandis que le célèbre Strauss consacrait

sa science et son immense talent à faire du Christ un mythe insaisissable, les Néander, les Nitsch, les Julius MûUer, les Dorner, les Tholuck, le moptraient dans la plénitude de sa vie divine et humaine, et, pour que nous Tadorassions mieux, sou-

levaient le voile des traditions.

Parmi nous, le protestantisme, desséché par un froid rationalisme, s'est ranimé il y a trente ans; d'abord on a voulu le ramener à la formule dogmatique de la Réforme, mais la vie nouvelle ne s'y 6st renfermée^ que pour la dilater. Un homme surtout a travaillé à oet épanouissement de la foi chrétienne qui n'était que le jet d'une vie intérieure plus puissante et plus libre. Cet homme, peu connu parce qu il a pris soin de cacher son nom autant que d'autres s'efforcent de le faire retentir , a été l'un des plus grands esprits du temps. L'influence de Yinet a été immense sur tcms ceux (jui l'ont connu: il a vraiment été le Jean Huss ou le Wicleff de la rénovation religieuse ; il Ta comme greffée d'une main délicate sur la foi ancienne. C'est de ses écrits débordants de charité^ riches de pensées exprimées dans le style le plus simple , le plus nuancé et quelquefois le plus brillant, que cette harmonie profonde entre le christianisme et l'homme est admirablement montrée. Nous

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ne saurions trop en recommander la lecture à ceux qui soupirent après la vérité sans la connaître en^ core, car ils ne pourraient trouver un guide plus afféctueuxy plus sympathique, plus sûr, pour les conduire à la lumière.

Il est un côté de Tœuvre de Viiiet qui n'a pas été suffisamment compris, c'est la revendication énergique qu il a toujours faite des droits de la conscience. Depuis ses premiers écrits jusqu'aux der* niers sortis de sa plume, on peut dire qu'il n'a cessé de travailler à l'affranchir, à la dégager des liens de la tradition, et à proclamer son indépendance vis«à^ vis de la société civile et religieuse. Il a été suivi dans cette voie par un nombre toujours plus considérable de chrétiens, qui, à son exemple, se sont efforcés et s'efforcent encore de consacrer les droits de l'individualité menacés par le reste de catholicisme que le protestantisme a conservé. Beaucoup de ceux qui ont prêté le concours de leurs sympathies et de leur activité à cette caqse si belle et si peu comprise ne croyaient pas travailler à un développement de la pensée religieuse; et pourtant ils contribuaient largement a le préparer. Nous l'avons dit, la conscience individuelle n'est respectée que quand on reconnaît quelque chose de Dieu dans l'homme, que si l'on voit dans son salut un fait moral et non fatal. Alors seulement il est important de sauvegarder la liberté et la sincérité de ses dé-

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