A. MONOD
« cuD le lui reproche, elle-même en a le sentiment;
« mais comment s'y placera-t>elle? Nul ne sait le
« lui dire; et ce secret semble réservé pour une « Eglise à venir , et après laquelle soupirent les eur « fants de Dieu disséminés dans toutes les com*- « munions chrétiennes, pour ne pas dire, après c laquelle soupire le genre humain, qui pressent « sa délivrance dans celle de TÉglise. Les hommes « croyants eux-mêmes éprouvent le besoin de re- « voir les bases de leur foi. » ( Les fondements ren- « versés T^ par A. Monod; second discours^ pages iO, 55 et 56. )
Ainsi le protestantisme comme le catholicisme, le catholicisme comme le socialisme, et même le déisme, toutes ces tendances diverses aspirent vers l'avenir, et de tous les côtés les regards se tournent vers l'Orient,, pour y chercher l'étoile qui doit nous conduire Vers le Christ.
Qu'est-ce qui empêche donc cette aspiration universelle d'être immédiatement féconde? Pourquoi restons -nous renfermés dans les mêmes formes, également isolés les uns des autres, et ne marchant pas résolument vers l'avenir? Ah! sans, doute, il y a en nous une paresse morale désolante. Nous aimons mieux suivre le courant de nos habitudes religieuses ou philosophiques qui nous porte inquiets, soucieux^ mécontents,, que de le re-
PU 01^110 .OBSTACLE À iA |U6lf0Y4TlO]y ^L^^l^mpi- $63
laoïiter, qufiiid cet effort pourr^^it nous, jsauver h Et nous restons là gémissant de ce. que la, vérité nous fuit, tandis que. c'j^st nous qjiija^ fuyons,, iio]us qui ne voulons pas prendre la peine de la chercher!
Mais ce n'çst p^s le seu^obstaple qui s oppose à notre développ^q^ent tiel^gieux. jN^otre société est organisée de manière à rpntr^yer.. On. dirait que,. d'avance» on a pris des ga^s^nties coptr^.lui; pn aurait voulu lô rendre impossible , on aurait vjpulu nous f^ndamner à rimmobilité, qu'on n'aurait pu.p;iieux faire. Qu'a-tHoa fs^it? ,0n a uni à VÉltsA les diverse^ formes religieuses e:p,$ta9tes; cin ^n a fait qu^ue chose d officiel ^qpi e^t çntreu^nu comme mie admini&tmtion« Ell€^S9nt.9S9Urées, soutenues,, parje gouverne*, iqf^nt 4m>^ys- C'est ea vaîn qu'une forjne religieuse yi^Uit, iQ'iesten y^jtiKi que nous reconnaissoiis.en ûlle uçe arriére js'iQpposaat à^nos progrès^ celte bairi;ière reste .d^yapt, xiqu$ comme ;UO0.muraiUle iaficaachJissa- Ue^ Lei^ lorog^s r^UgieMses nedépèn<]|eal pas/les; con* viçti((>ns.ide leurs adhérents, mais /dles puisent à la ao^cei,de Timpôt. {Iln'y à^ldnc pas correspondance Wtre leur situation.extérieiire^t Içur situation iiilé* cieure. .Peu. importe qu^çlles perdent toute vitalité morale, d^es. subsisteront toujours, galvanisées par un pouvoir étranger. I Oui '/ il se pbui*rait que certaines formes religieuses ne: fussent plus qXié^dës cadavres, pfkrce qne le i^hristiamsme se serait retiré d'ailes , et nous devrions néanmoins , g&rder <:es ca*
264 l'état PSftPiTUB BSS POWIBS MSLIGnUSlSS VifiILLIES.
davres de par l'État , et ils seraient aussi splendidement vêtus que si l'esprit les animait!
Le catholicisme et le protestantisme actuels nous ont paru insuffisants et incapables de régénérer notre société : notre plus grand intérêt serait donc qu'ils disparussent pour céder la place à un christianisme plus vivant, plus divin. S'ils dépendaient uniquement de leurs adeptes, quand ces adeptes diminueraient, ils s'affaibliraient en proportion , et le moment pourrait venir où ils disparaîtraient tout à fait. Ce moment n'arrivera jamais, tant qu'ils vivront du budget et non pas de nos adhésions. Malgré le détachement des populations, malgré l'incrédulité des classes élevées, malgré le sentiment si général parmi nous de son impuissance, le catholicisme n'en garde pas moins tous ses temples, toutes ses pompes, toutes ses gloires extérieures. Malgré ses divisions intérieures, malgré ses négations, malgré tous les droits qu'il aurait à mourir, le protestantisme officiel a encore l'apparence et le nom d'une Église. £t ainsi la foule des simples, de ceux qui souffrent de l'imperfection d'une forme rdigieuse et n'en ont la conscience que si cette imperfection éclate aux yeux, est retenue, pour son plus grand malheur, dans des formes décrépites comme un troupeau dans un bercail. Il y a plus : ceux4à même qui voient l'avenir ailleurs , qui croient que, dans ces jours de suprême péril, il est nécessaire de ren-
LIS RBllGIONS OmGDSLU» NOUS RBTIKNNEIIT BANS LA PICTION. 265
voyer les âmes à Dieu et à l'Évangile pour recevoir de lui directement le mot qui sauve sans qu'il passe par le porte-voix de telle ou telle Église; ceux qui pensent que notre salut est retardé par le catholicisme et le protestantisme officiel, sont forcés de les
soutenir, de les faire vivre et de prolonger cet état qu'ils jugent fatal à tous ! Et ces aspirations que nous nous plaisions à décrire, ces tendances généreuses, libérales, chrétiennes , vont se briser contre des institutions pétrifiées à Tombre desquelles on retient les multitudes qui ne voient que le dehors. Ah ! si ces religions officielles étaient abandonnées à elles-mêmes, si FÉtat leur disait : « Allez, marchez sans mon appui, marchez seules , et oh verra celle qui aura le pas le plus rapide vers le ciel et vers l'avenir! » — alors on pourrait espérer que l'heure de la rénovation religieuse sonnerait bientôt. Alors lés traditions mortes tombant de tout leur poids sur la terre, on saurait où l'on en est, et ce ne seraient plus quelques-uns qui aspireraient à un ordre de pensées et de choses meilleur, mais du cœur même dû pays il s'élèverait une ardente prière, un désir immense d'une foi vivante, et ceux qui en ont le principe, où qu'ils soient, pourraient répondre à cette prière. Quand nous pensons que ces religions officielles nous retiennent dans un état faux et hypocrite, qu'en même temps qu'elles donnent le change au peuple, elles irritent Tincrédulité et
266 LA PROTECTION DE L*ÉTAT 0fJUEB ▲ LA l^ELIfilON.
la rendent chez plusieurs incurable; quâtnd pous pensons qu'elles cent là pour nous éc^raf er ,(jiiy pf^^é^ pour comprimer l'élan de nos coeurs, que voulezvousque nous éprouvions sipeii'e^t dç l'ji.adignation! Nous oublions Hnîiïuité, flagrante , qu'elles perpétuent en levant un impôt suc les consciences; nous oublions les atteintes niiultipliées qu'elles ont portées à la liberté religieuse, nous ne voyons qu'une chose : voilà une société malade, qui a besoin ^'ètre guérie, quia besoin d'une réformation ^ft^dic^le, à laquelle il faut un chrîstifi^lsnxe plein ,de sève pour la régénérer; ^11q le sept^ pll^ appelle la,déli^nce, et elle ne jpeut. seccjuer,JCf;J9Ug4e formes religieuses qui ne sont, plus ce ^hristianisnie salutaire,,, et elle-même est çoqdamqée à forger ç^joug! Gela ne suffit-il pas pour combs^tre comme ^'un de nos plus grands malheurs l'union des ^;ges .diyefseSj^;(rec l'État*?'' ^'*"' ■ ^ ■ !
On me dira pept-^J-re/^Jlilais p^'en^ez^gairde, ne craignez«-yous pas (|ue Oj^.tte én^ai^qimtion trqp prompte ne soit nuisi.]|)le au f^rjstia;:ijsn^e, et qu'on ne se jette dans rj^ncrédjilUé? jTîJon,^ i^)^^ Ï6 P>Î?ÂPS pas, parce^ qUe ^\ je le craignes, je.lie.. gérais plus chrétien. .Je ne crois p^ts^qu'une^irçligio^ divine ait besoin» pour vivre, d'extorquer — car ç!esl,le,mpt ,—
*■ Voir la note (24) à la fin (|a volume,
I,À PBOTBCTIOlf DR L^tTAT INJUBE A t^ ^BIUGION. 267
d'elle. Je ne crois pas que, pour que la balance penche de son côté, il soit nécessaire à'y mettre de T.or OU uoe épée comme dans (^Ue où Camille jf^t? son glaive. Ce qu'il faut au christianisme, ce qu'il de* mande ) c'est la ^iberté«,Il js'^n passe bi^U; quand on la lui refuse, mais la pire d^ captivités pour lui, çi'esl celle des forfnes perpétuées alors que Te^iprit s'est retiré. .Ce qu'il faut au christianisme, ce sfopt Jea.po-^ sitipns vraies, sans diss^in^lation» saps .fiction ,. et depuis les Juifs de Jérusalem jpsqu'à .aujourd'hui, il a .trouvé le plus grand obstacle dansées^ religions se surviva^it à elles-mênies et n'ayant plus qu^ I9 force de communiquer leur glace et leur mort.
Et si l'on m'objectait que l*État^ dqit se mojçktrer religieux et par conséquent ; ppyer . les . rçl^ions , ; je répondrai : il doit, tes respecter, c'est pojur^çela^ qu'il ne doit pas les mépriser. Or, il les m^piTjse d'une manière sanglante en en soutenant trois pu quatre à la fois. Il montre par là qu'à ses yeux elles sont souverainement indifférentes et qu'il se moque de leurs prétentions à posséder exclusivement la vérité. Il paye la forme catholique, la forme protestante, la forme juive, c'est-à-dire qu'il dédaigne également leurs dogmes, et il nous enseigne à tous ce dédain professé si ouvertement* Voilà qui blesse mon sentiment religieux, voilà qui doit blesser le vôtre , et rien n'est plus propre que cette superbe indifférence à développer en nous l'insouciance à l'égard
268 DSYOIR BSS HOMIIBS DE COlITIGTiOlf.
de la vérité* Pour être conséquent, pour se montrer religieux , l'État ne doit adopter qu'un culte. La religion d'Éiat vous fait horreur et vous avez raison , mais la logique conduit là . Aussi tous ceux qui veulent le développement sincère, normal, de fa vérité religieuse, tous ceux qui la respectent et l'honorent, tous ceux qui désirent hâter le jour où une réponse solennelle sera donnée à tous ces désirs, à toutes ces aspirations qui de toutes parts s'élèvent ; tous ceux enfin qui veulent simplement respecter les droits inaliénables de la conscience individuelle froissée toutes les fois qu'elle est contrainte de sou* tenir ce qu'elle repousse, doivent combattre énergiquement les religions officielles, s'en détacher • s'ils y tiennent, et éclairer l'opinion publique à cet égard; car, quand la liberté et la sincérité remplacent le formalisme et la fiction dans un pays, la vérité n'est pas loin dé l'éclairer.