‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 61 sur 69 · LA CHUTE · texte numérisé non relu

LA CHUTE

du principe de charité^ en le voyant si divinement consacré à la croix ; elle aussi s'écrierait : cet homme était un Dieu!

Messieurs, pour bien comprendre cette scène à la fois tragique etsublime, qui se passe sous ce ciel char* gé de ténèbres et de tempêtes, il faut nous reportei" à une autre scène qui , seule, lui donnesa signification. Nous ne pouvons comprendre le pardon que si nous connaissons Toffensequira couverte, la déchéance de laquelle il nous a relevés. Et sous ce rapport déjà, le christianisme seul sauvegarde le principe de cha* rite, parce que seul il donne la raison de la souffrance ici*bas,en la rapportant à une chute morale et non pas à un hasard ou à bne fatalité. Toute docr trine qui n'a pas résolu cette énigme à la satisiaction de notre cœur, ne peut pas nous parier de dé^ vouement et de charité. Nous parler de dévouement au nom d'un Dieu, qui nous laisse ou qui nous fait souffrir, sans qu'il y ait nécessité morale! il y aurait là une ironie sanglante. Aussi la première chose que Qous devons demandera un système, c'est de nous dire pourquoi nous souffrons. Est<;e notre faute, ou bien est-ce la faute. du Dieu qu'il nous donne? Si Ton nous dit que nous souffrons de par le bon plaisir de Dieu , nous saurons que penser du système; il ne nous présente qu'un Dieu pervers ou impuissant. Car enfin, pourqu,oi nous fait-il souffrir? Est-ce parce qu'il a bf)soin de nos larmes pour se dis*

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traire, ou bien, tnsoumnt dans le fond de son ciel, DOS douleurs seraient-etles le fruit de son abandon dédaigneux ? Si Ton répond : là Souffrance est après tout un bien, parce qu'elle excite notre activité, il faudrait qu'on pût nous ibontrer qu'yen définitive le bien l'emporte sur le mal ici-bas, et que la souiFrance aboutit toujours à une activité salutaire. Que fait-on alors de tant de destinées brisées, de tant de forces annulées, de tant de pen* sées flétries, de tant de cœurs usés par le malheur? La souffrance stérilise autant qu'elle féconde, et comme on peut très bien se représenter une activité pleine d'ardeur avec une autre inspiration que celle de la douleur, elle reste, commue une accusation étet'nelle et irrécusable contre la Divinité; et il s'élève de la terre une voix de pleurs et de sang pour la maudire. Malheur à qui Pentend et qui doit reconnaître que c'est bien son dieU qui est accusé par ellel Qu'en doit-il conclure, sinon que son dieu est un dieu méchant? Il n'apprendra de lui que l'égoïsme et la perversité; et en vérité, mieux vaudrait, pour l'humanité, l'athéisme que l'adoration d'un tel dieu. Et c'est pourtant là (}u'on en est réduit, toutes les ibis qu'à un deg^é quelconque, on est forcé d'attribuer directement à Dieu la lâouffirance et le mal. Il est préférable, Hnème au point de vue de notre dignité , que l'homme s'en attribue la cause première , et accepte l'humiliation en recon-

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naissant sa déchéance; car, tant que son Dieu demeure un Dieu de sainteté et d'amour, il peut espérer de retrouver par lui et la sainteté et l'amour; mais quand son Dieu est abaissé et dégradé, il n'y a plus de remède, c'est le niveau des êtres qui s'abaisse. Ge qu'on ôte au Créateur, on l'6te à la créature qui dépend de lui.

Le christianisme, par le plus simple des récits, tranche cette terrible question de la souffrance , et nous reportant sur le seuil de l'histoire, aux pre^ miers jours du monde , nous montre le principe de charité déjà réalisé dans ces premiers faits qui ont déterminé notre destinée terrestre. Si vous lui de* mandez qui est accusé par la souffrance, par le mal , il vous répondra : l'homme, l'homme seul! C'est cette réponse qui a irrité contre lui l'orgueil humain dans tous les temps. On a repoussé avec colère le christianisme parce qu'il ne venait pas, comme les autres religions, une flatterie à la bouche, mais en nous parlant de déchéance. Une doctrine qui descend du ciel n'en vient pas pour nous flatter; ce sont les doctrines qui voudraient y être placées par notre idolâtrie qui essayeait de l'acheter en caress^int notre orgueil. Les faut dieux mendient le ciel par des bassesses; à la maniée seule dont Jésus-Christ nous parler on pourrait voir qu'il lui appartient et qu'il en dispose.

D'après le christianisme, Dieu a appelé à la vie

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des êtres innombrables; mais, parmi c^s êtres, il en est un qui porte son image ^ qui est capa-* ble de le connaître et de le servir : c'est- l'homme. Dieu n'avait nul besoin de lui; se suffisant à lui-même dans la béatitude de son éternelle gloire, s'il a créé le monde et l'homme, il les a créés, non pas pour lui, mais pour eux, pour faire leur féli^ cité« Déjà là nous trouvons le don libre, c'esb-àdire l'amour. Il est sorti des limites de son moi divin où il pouvait se renfermer; il s'est donné volontairement. La création est le premier mystère de l'amour dans le christianisme.

Dieu est un Dieu d'amour, l^homme doit l'aimer à son tour , c'est la loi de son être fondée sur la nature même de Dieu. Il n'a pas d'autre vocation. Mais l'amour n'est pas un fait naturel, puisqu'il con^ siste dans le don de soi à un autre, et qu'on ne peut avoir &it ce don avant d'avoir eu la libre possession de soi-même* L'homme,, en sortant des mains de son Créateur, est bien un être pur et saint ; mais c'est un être imparfait, dans une sorte d'enfance morale, uni à Dieu, comme leiiérre au chêne par un lien de nature. Il n'y a pas encore amour, parce qu'il n'y a pas encore liberté. Il n'y aura amour pour lui que quand, par un choix libre, il se sera donné à Dieu. Mais, que pouvons-nous donner à Dieu? Ne sommes-nous pas à lui ! Ne tient-il pas dans ses mains le fil de toutes nos existences, pou-

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