‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 62 sur 69 · LA CHUTE · texte numérisé non relu

LA CHUTE

vaiil le briser ou le relier à lui à son gré? Il est cependant une chose que nous pouvons abandonner à Dieu, c*est notre volonté; nous pouvons la sacrifier à la sienne par Tobéissance. Ainsi, Tamour n'est possible pour nous que par l'obéissance. C'est sur un acte d'obéisssance que devait reposer l'union entre le Créateur et la créature. L'homme De pouvait rester dans cet état d'enfance morale qui était sa condition primitive ; il devait en sortir par un acte d'obéissance qui substituât l'union morale et spirituelle avec Dieu à l'union naturelle et instinctive. Et pour que cet acte fût possible, il fallait qu'il fût renvoyé à lui-même, qu'il pût distinguer entre sa volonté et la volonté de Dieu, et choisir entre robéissance et la rébellion. Une épreuve était nécessaire pour qu'il choisit entre Dieu et lui-même, entre l'amour et l'égoïsme. — Comprenez-le bien , Messieurs, l'épreuve seule était nécessaire , et non la déchéance; l'épreuve, c'est-à-dire une heure solennelle ou , placé vis-àvis d'une loi de Dieu, révélation de sa volonté, l'homme se sentit capable de l'accepter ou de la refuser. Sans doute celte épreuve, pour être sérieuse, devait impliquer la possibilité d'une chute, mais rien de plus; elle ne l'entrainait pas fatalement; elle eût cessé par cela seul d'être une épreuve. Le mal était possible, il n'était pas nécessaire. Et cette possibilité de mal était dans te plus grand intérêt de

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rhomme,, car, par elle, il pouvait devenir une personnalité libre, il pouvait se donner volontairement à Dieu qui s'était donné à lui, entrer pour toujours dans cette ineffable union de laquelle d'ineffables félicités devaient découler. Cette chance de malheur et de déchéance, Dieu ne la suspendait sur sa tète que par amour. Et maintenant, si dans cette épreuve Thomme a succombé, si, au lieu de se donner à Dieu, en acceptant sa loi, i]^ a voulu se dérober à lui, et en s'éloignant de lui , il s'est perdu dans une aride et sombre solitude, qui doit être accusé, est-ce Dieu ou bien est-ce Tbomme? Nos souffrances obscurcissent-elles le principe de cha* rite en Dieu? Evidemment non, puisqu'elle n'ont qu'une cause, notre séparation d'avec lui. Bien loin de l'obscurcir, elles lui donnent une consécration nouvelle, car il n'est pas une de ces souffrances qui ne soit la conséquence de la violation du principe de charité. D'après le christianisme, l'humanité n'est donc malheureuse que parce qu'elle s'est éloignée de Dieu ; plus elle a mis de distance entre elle et lui , plus son infortune s'est accrue. Elle avait été créée pour le bonheur et la paix dans l'amour divin, et c'est elle, elle seule ^ qui a assombri sa destinée. Tout leblen vient de Dieu, tout le mal vient d'elle. L'amour infini demeure sans nuage, comme ce profond azur du ciel que les brumes n'atteignent pas , et l'on peut espérer qu'il brillera de nouveau à nos regards.

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